La valse-hésitation à gauche autour des questions écologiques (Jadot-Glucksmann).

Yannick Jadot rallie Raphaël Glucksmann… et le contredit déjà sur le nucléaire

En l’espace de quelques minutes seulement, Yannick Jadot a annoncé lundi rejoindre la campagne de Raphaël Glucksmann tout en indiquant s’opposer au projet du candidat de Place publique sur le nucléaire, l’un de ses combats historiques. Une contradiction qui raconte la valse-hésitation à gauche autour des questions écologiques.

Sarah Benhaïda

24 août 2026 à 18h44 https://www.mediapart.fr/journal/politique/240826/yannick-jadot-rallie-raphael-glucksmann-et-le-contredit-deja-sur-le-nucleaire?utm_source=hebdo-20260828-175620&utm_medium=email&utm_campaign=HEBDO&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[HEBDO]-hebdo-20260828-175620&M_BT=115359655566

« Donc« Donc le Monsieur Écologie de Raphaël Glucksmann est en désaccord avec le programme de Raphaël Glucksmann ? » Lundi 24 août, sur France Inter, Benjamin Duhamel semble un peu interloqué. Et Yannick Jadot voit instantanément son plan com s’enfoncer dans des sables mouvants.

Le sénateur écologiste préparait pourtant le terrain depuis des semaines, en exhortant son parti à choisir « la social-écologie » pour rassembler au-delà de la gauche, mais aussi à « assumer une clarification » en coupant les ponts avec La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon. L’ancien candidat à la présidentielle devait mettre fin lundi au faux suspense qu’il entretenait jusqu’alors, et annoncer officiellement son ralliement au leader de Place publique (PP), qui a confirmé sa candidature pour 2027 dimanche soir.

Mais, au détour d’une question du coanimateur de la matinale, une faille est apparue : les deux alliés sont diamétralement opposés sur une question centrale pour Les Écologistes, celle du nucléaire. C’est d’ailleurs un des combats premiers de Yannick Jadot. Ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, le sénateur avait même été condamné à deux mois de prison avec sursis et 2 000 euros d’amende pour atteinte aux intérêts supérieurs de l’État après sa participation à l’« opération Plutonium » de l’ONG, en 2004.

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Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann lors d’une visite d’entreprise à Saint-Loubès, près de Bordeaux, le 26 juin 2026.  © Photo Christophe Archambault / AFP

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Fort de ce passé militant, Yannick Jadot a entamé son interview sur France Inter par une phrase choc : « Je ne suis pas une caution dans cette campagne, je suis une garantie. » Mais quelques minutes plus tard, celui qui est censé « préparer les cent premiers jours » de la victoire de Raphaël Glucksmann à la présidentielle et mettre en place « un état d’urgence écologique » bute sur le sujet du nucléaire.

Faut-il, comme le préconise le programme de PP – dont une nouvelle mouture est toujours en discussion –, « conforter le rôle du nucléaire » et « construire de nouvelles unités » ? « Non, on ne construit pas de nouvelles centrales nucléaires », a tranché le sénateur à la radio. Raphaël Glucksmann est-il d’accord avec cela ? « On va discuter […], nous allons trouver un compromis », a-t-il balayé, alors qu’il s’affiche avec son nouvel allié depuis des mois.

L’épouvantail de l’atome

Impossible que l’état-major de Place publique n’ait pas entendu au moins une fois ces dernières années Yannick Jadot marteler dans les médias : « Le nucléaire, c’est la fausse bonne idée pour le climat » ; le nucléaire, « c’est les années 1970, c’est Giscard » ; ou encore, « le dernier avatar du soviétisme ». Après tout, il est aussi celui qui avait fait de la sortie du nucléaire un thème phare de sa campagne présidentielle de 2022.

Au-delà de la seule personnalité de Yannick Jadot, la fermeture des centrales a été de tous les programmes des Verts, devenus Europe Écologie-Les Verts (EELV) puis Les Écologistes. De quoi compliquer la tâche de Raphaël Glucksmann, qui a fait dimanche soir un appel du pied appuyé aux élu·es et sympathisant·es du parti de Marine Tondelier, « qui ont eu raison avant tout le monde » et qu’il espère désormais voir rejoindre sa « République écologiste ».

Pour un proche de Yannick Jadot, le « dissensus fécond » entre les deux hommes permettra d’ouvrir le débat sur le nucléaire.

Un discours qui passera mal auprès des militant·es écologistes qui tenaient les stands contre le nucléaire lors de la rentrée politique du mouvement la semaine précédente, à Grenoble (Isère). D’ailleurs, dans les allées de ces « journées d’été », rares étaient celles et ceux qui défendaient l’option Glucksmann pour la présidentielle. Aucune des personnes rencontré·es par Mediapart n’a plaidé pour ce scénario, et la majorité des cadres ont affirmé retrouver plus d’écologie dans le projet de Jean-Luc Mélenchon que dans celui de Raphaël Glucksmann.

Contacté par Mediapart, l’entourage du candidat PP renvoie vers un laconique message posté lundi sur le réseau social X. « Merci cher Yannick, ton soutien est crucial. Nous allons fonder la République écologique. Et merci d’avoir accepté de planifier et porter les cent jours de la révolution écologique et de la sortie des fossiles. La campagne commence. On y va pour gagner. Ensemble », y écrit Raphaël Glucksmann, au-dessus d’un lien renvoyant vers l’interview matinale de France Inter.

Après ce premier raté, l’entourage de Yannick Jadot assure donc seul le service après-vente. Il n’y a « aucune surprise », indique un écologiste proche du sénateur à Mediapart, ajoutant que « les premiers échanges [entre les deux hommes] montrent qu’ils ne sont pas si éloignés que ça et qu’il n’y a rien d’insurmontable ».

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De fait, le programme de PP n’est pas une exception à gauche, où le discours pro-nucléaire s’est renforcé ces dernières années. Et Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot peuvent aisément se retrouver sur la question de la vulnérabilité d’une France dépendante d’un uranium sous contrôle russe ou de gaz venu de Russie, un combat que l’eurodéputé porte de longue date.

Mieux encore, assure ce même proche de Yannick Jadot, le « dissensus fécond » révélé lundi matin permettra d’ouvrir des discussions, alors que « les pro-nucléaire, qui sont les vrais dogmatiques, font tout pour que ce débat n’existe pas ». « C’est un sujet clé de notre politique énergétique et un non-sens économique qu’il faut aborder avec des données factuelles : par exemple, la Cour des comptes rapporte que le prix de sortie des nouvelles centrales nucléaires est plus élevé que celui de l’éolien offshore », poursuit-il.

Si le débat est ouvert, la semaine ne démarre en tout cas pas comme prévu pour Raphaël Glucksmann. L’attendent encore un grand débat présidentiel lors de la rentrée politique du Medef, mais aussi et surtout les universités d’été du Parti socialiste (PS) – auxquelles il n’a pas encore officiellement confirmé sa participation. Là-bas aussi, l’eurodéputé sait déjà qu’il trouvera plein de futur·es allié·es en désaccord complet avec son projet.

Sarah Benhaïda

Voir aussi:

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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