Présidentielle 2027 : le clivage gauche-droite s’impose en début de campagne sur les enjeux économiques
Par Mariama Darame et Thibaud Métais
Publié aujourd’hui à 06h51, modifié à 14h25 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/28/presidentielle-2027-les-enjeux-economiques-au-c-ur-du-debut-de-la-campagne_6758953_823448.html
Décryptage
Sept prétendants à l’Elysée ont confronté leurs diagnostics et leurs convictions sur la fiscalité et les retraites, la dette et le coût du travail, jeudi 27 août, au stade Roland-Garros, à l’invitation du Medef, lors de la Rencontre des entrepreneurs de France.
Et si la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 avait véritablement démarré sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros ? Jeudi 27 août, sept prétendants à l’Elysée ont débattu de l’avenir économique de la France, à l’invitation de la première organisation patronale, le Medef, présidé par Patrick Martin.
Durant près de trois heures, la présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, le président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, les deux anciens premiers ministres Edouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance), l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique), la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, et le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, ont exposé leurs diagnostics et partagé de nombreuses convictions sur la dette, les retraites, la fiscalité, les normes et le coût du travail.
Cette première confrontation a aussi permis de dessiner quelques perspectives au milieu d’un paysage politique confus. A huit mois de l’élection, la profusion de candidatures et les dynamiques de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne rassurent pas un patronat déjà inquiet des retombées politiques de la dissolution ratée de l’Assemblée nationale du 9 juin 2024.
La Rencontre des entrepreneurs de France, annuelle, a ainsi été l’occasion pour une partie du monde économique d’exprimer son ras-le-bol et sa défiance vis-à-vis du personnel politique alors que la situation budgétaire du pays ne cesse de se dégrader, et que l’absence de majorité au Parlement engendre des décisions économiques rarement cohérentes. « On n’a pas les politiques qu’on mérite, déplore Nicolas Louvet, PDG de Coinhouse, plateforme d’investissement en cryptomonnaies. Depuis des années, notre personnel politique s’enfonce dans la démagogie, dans les propositions éphémères. »

Dans cette arène emplie de scepticisme, les candidats ont tenté de rassurer sur leurs intentions. Assis côte à côte, les prétendants à l’Elysée ont convergé vers un constat alarmiste sur la conjoncture économique française. « Je crois qu’il y a un consensus général sur la gravité de la situation. Tous les indicateurs économiques ayant viré définitivement au rouge », a soutenu Marine Le Pen, se référant à l’augmentation des taux d’intérêt observée au cours des derniers mois.« On est au bord de la faillite, et jamais les Français n’ont été aussi pauvres », s’est indigné Bruno Retailleau. « La situation n’est pas bonne, et les entreprises souffrent », a jugé, de son côté, Edouard Philippe. « L’économie monde va prendre de rudes chocs, et la France ne pourra pas vivre en dehors de ces chocs », a mis en garde Jean-Luc Mélenchon.
« La dette, c’est un sujet sérieux »
Derrière ce consensus se cache une appréhension partagée par toutes les équipes de campagne : celle d’une crise financière et budgétaire qui pourrait sérieusement compromettre la capacité du prochain locataire de l’Elysée à appliquer son programme. Les candidats ont ainsi avancé leurs solutions afin de régler au plus vite la question du déséquilibre des comptes publics.
Parmi les promesses d’orthodoxie budgétaire et la quête de nouvelles sources de financement, une proposition a concentré l’attention de l’auditoire et les saillies de nombreux candidats. Jean-Luc Mélenchon envisage de « foutre au feu » une partie des titres de la dette française auprès de la Banque centrale européenne. « C’est une dette à nous-mêmes, car nous sommes membres de l’euro », relativise l’ancien sénateur socialiste. Ses propos ont provoqué l’ire d’Edouard Philippe.« Vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire (…) la dette, c’est un sujet sérieux », s’est-il agacé, avant d’être rejoint par Gabriel Attal : « Plus personne n’aurait confiance en nous. »


Les deux autres candidats à gauche de l’échiquier, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier, ont préféré rappeler les causes profondes de l’endettement français, entre désindustrialisation massive et productivité en berne. « Dans dix-huit mois, la France aura atteint son plus bas niveau d’emploi industriel de l’histoire. C’est ça le bilan du macronisme », a lancé Marine Tondelier.
« C’est quand même assez étonnant de se prendre des leçons sur la dette de la part de deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron », a fustigé le candidat de Place publique, soulignant les 1 000 milliards d’euros de dettes contractés durant les neuf dernières années.
Lire le décryptage | Présidentielle 2027 : le bilan d’Emmanuel Macron, un lourd héritage à porter pour Gabriel Attal et Edouard Philippe
Fait marquant de ce début de campagne, les représentants du bloc central n’échappent jamais très longtemps aux piques de leurs adversaires sur le bilan du chef de l’Etat. Si Edouard Philippe ne s’est pas épanché sur sa filiation avec le macronisme, évoquant la nécessité de « continuer » la politique de l’offre qui avait donné des « résultats » entre 2017 et 2020 lorsqu’il était à Matignon, Gabriel Attal a lui endossé le passif économique du chef de l’Etat. Il a reconnu des réussites (baisse du chômage jusqu’en 2024, relance de l’apprentissage, retour de l’attractivité), puis a pointé « des échecs et des erreurs économiques ».
Au-delà de la capacité de Jean-Luc Mélenchon à susciter la controverse autour de ses propositions, ce premier débat présidentiel a mis en exergue le retour du clivage gauche-droite sur plusieurs thématiques économiques structurantes, dont l’écologie, les retraites, la question des salaires, le rapport aux normes et le rôle de l’Etat dans l’économie. A gauche, Raphaël Glucksmann a plaidé pour un « nouveau pacte social », soit la fin de l’« héritocratie », en taxant davantage les « méga-héritiers » et les hauts patrimoines tout en favorisant les hausses des salaires.



De son côté, Jean-Luc Mélenchon a intimé aux chefs d’entreprise d’« augmenter le smic », ce qui lui a valu les moqueries de ces derniers. « Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps parce que vous aurez la récession », a averti l’« insoumis ». De son côté, Marine Tondelier a longuement évoqué l’enjeu de l’investissement dans la transition écologique après avoir soutenu une hausse du smic à 2 000 euros brut. « L’inaction climatique coûte cinq fois plus cher que l’action », a-t-elle insisté.
Clivage sur les retraites
A rebours de cette position, Bruno Retailleau a réitéré sa promesse de faire adopter une réforme constitutionnelle visant à supprimer le « principe de précaution » de la charte de l’environnement. Comme Edouard Philippe, Gabriel Attal et Marine Le Pen, il propose une diminution massive des impôts de production et des normes. La candidate d’extrême droite a même promis de mettre en place une règle d’or empêchant tout déficit sur les dépenses courantes de l’Etat, engagement déjà pris par plusieurs candidats de la droite et du centre.

Une inflexion importante pour Marine Le Pen. « Vous voyez qu’on peut avoir un certain nombre de points communs », a-t-elle fait valoir devant le patronat, qui ne cachait plus sa préférence pour le président du RN, Jordan Bardella. En tête dans les sondages, Marine Le Pen avance, elle, sur une ligne de crête : elle veut marquer ses différences avec Jean-Luc Mélenchon sur la gestion des finances publiques, mais ne peut pas non plus brusquer une partie de son électorat populaire, restant ferme sur son engagement de revenir à un âge de départ à la retraite à 62 ans, voire 60 ans.
Ce sujet des retraites trace une ligne de départage entre les candidats de droite, qui ont accompagné l’adoption de la réforme Borne en 2023, et ceux issus de la gauche, qui l’ont contestée. Les candidats « insoumis », écologiste et Place publique en ont défendu l’abrogation. Jean-Luc Mélenchon vise toujours à moyen terme le retour de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. A droite et au centre, Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont réaffirmé leur volonté d’introduire la capitalisation dans le système par répartition. «Nous allons devoir travailler plus longtemps », a répété Edouard Philippe, de plus en plus silencieux sur son idée de reporter l’âge légal à 67 ans.
In fine, les candidats déclarés ont fait preuve d’une extrême prudence à huit mois de l’échéance fatidique. Mais la campagne présidentielle semble vraiment avoir débuté, et chacun dévoile peu à peu ses cartes. Le matin même, Edouard Philippe avait ainsi voulu se distinguer de ses concurrents LR et Renaissance en annonçant à l’Agence France-Presse une mesure plébiscitée par le patronat : il s’est engagé à réduire la durée d’indemnisation des chômeurs de moins de 50 ans à douze mois maximum, prolongeant ce mouvement de forte réduction des droits des demandeurs d’emploi entamé sous son mandat à Matignon. Tout à sa quête de crédibilité, la cheffe de file du RN entend, elle, présenter sa trajectoire de rétablissement des finances publiques chiffrée à 125 milliards d’euros d’économies d’ici à « la deuxième semaine d’octobre ».
Quelle sera l’attitude du patronat face à la candidate du RN dans les mois à venir ? Devant les journalistes, jeudi après-midi, Patrick Martin est resté ambivalent. Il a refusé de qualifier Marine Le Pen d’« extrême droite ». « Je ne sais pas vous répondre, a-t-il lancé. A ce stade, de manière avérée, c’est plutôt du côté de LFI que je suis (…) choqué par certaines déclarations et certaines attitudes. » Un sentiment « personnel », jure-t-il, qui ne manquera pas de relancer le débat sur le rôle du patronat dans la prochaine élection présidentielle.

Pour approfondir (2 articles) * et **
*Marine Le Pen maintient le retour à la retraite à 62 ans, en rupture avec la ligne de Jordan Bardella
La candidate du Rassemblement national a officialisé, jeudi 27 août, lors du débat avec les candidats putatifs à la présidentielle organisé par le Medef, son souhait de conserver l’un de ses derniers marqueurs « sociaux », la retraite à 62 ans, voire 60 ans. Elle prévoit d’y ajouter une incitation pour les salariés les plus âgés à continuer de travailler.
Par Clément Guillou
Publié hier à 21h30, modifié à 09h06 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/27/marine-le-pen-maintient-le-retour-a-la-retraite-a-62-ans-en-rupture-avec-la-ligne-de-jordan-bardella_6758537_823448.html

Les spectateurs du court Philippe-Chatrier, en 2024 et 2025, avaient eu le privilège d’assister à la retraite de Rafael Nadal et Richard Gasquet ; peut-être inspirée par l’esprit de Roland-Garros, c’est au même endroit que la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a officialisé, jeudi 27 août, son choix d’une retraite à 62 ans, voire 60 ans, sous le regard attristé des chefs d’entreprise. « Assumons des choix de société ; moi, je les assume », a-t-elle justifié face à ses adversaires putatifs à l’élection présidentielle, à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France, événement de rentrée du lobby patronal, le Medef.
Pomme de discorde du parti d’extrême droite ces dernières années, cette réforme des retraites, l’un des derniers marqueurs « sociaux » de Marine Le Pen, avait été ouvertement remise en cause par le président du RN, Jordan Bardella, avant l’été, au moment où sa candidature à l’élection présidentielle apparaissait comme probable. Le rétablissement de la primauté de Marine Le Pen, malgré sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, a abouti au maintien de sa réforme proposée en 2022, moyennant quelques dispositifs complémentaires à préciser.
Dans sa version rappelée lors des élections législatives de 2024, cette réforme rétablit un âge de départ minimal à 62 ans, voire à 60 ans pour les personnes ayant occupé « un premier emploi significatif » à 20 ans ou moins. La durée de cotisation exigée pour obtenir une retraite à taux plein est de quarante ans pour ces derniers, et s’allonge progressivement jusqu’à quarante-deux ans – contre quarante-trois à quarante-quatre ans dans la réforme votée en 2023, et suspendue par l’Assemblée nationale en 2026. Le coût de cette réforme est aujourd’hui estimé à quelque 9 milliards d’eurosen rythme de croisière par Marine Le Pen, contre environ 35 milliards d’euros par l’Institut Montaigne en 2024.
« Le taux d’emploi est trop bas »
Jordan Bardella, présenté par Marine Le Pen comme son futur premier ministre en cas de victoire à la présidentielle, était favorable à l’abandon de la mesure d’âge de départ à la retraite et à l’établissement d’un pilier de capitalisation, auquel Marine Le Pen n’a fait aucune allusion, jeudi. Mi-juillet dans Le Figaro, après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen, le président du RN avait insisté sur sa vision en la matière, jugeant globalement « notre système des retraites à bout de souffle ».
La critique de cette réforme proposée en 2022 correspondait, pour le parti d’extrême droite, à un désir de rendre son projet plus désirable aux yeux du monde économique, et mieux compréhensible, alors que certains élus du RN peinent encore eux-mêmes à en expliquer la logique. L’un de ses concepteurs en 2022, l’ingénieur François Durvye, poussait vivement en faveur de cette modification ; il a annoncé ce jour quitter le rôle de conseiller spécial de Jordan Bardella et ne pas participer à la campagne de Marine Le Pen.
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Devant les patrons du Medef, souvent inquiets du poids des retraites dans les dépenses de l’Etat, la candidate à l’élection présidentielle a tenté de justifier son raisonnement : « La réforme des retraites que je propose part d’un principe qui n’est pas comptable : elle part d’une évidence, c’est que le taux d’emploi en France est trop bas (…). La facilité, c’est de dire qu’il faut faire travailler les gens très longtemps, sans reconnaître qu’il est difficile de les faire travailler au-delà d’un certain âge (…). La réforme des retraites que je propose est une incitation [à travailler tôt]. »
Présentant cette stricte copie de sa réforme proposée en 2022, Marine Le Pen a ajouté vouloir la compléter d’une incitation pour les salariés les plus âgés à continuer de travailler, en supprimant pour ces employés les cotisations retraite et chômage.
Aucune référence à la pénibilité
Cette réforme serait dénuée de toute référence à la pénibilité du travail, a-t-elle par ailleurs précisé, « sans multiplier par l’âge du capitaine le nombre de fois où l’on s’est penché dans la journée ». Dans le raisonnement du RN, les emplois les plus pénibles sont occupés par les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans, qui bénéficieraient donc d’une durée de cotisation inférieure au reste des Français.
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Cet argumentaire n’est toutefois pas soutenu par la science, estime l’économiste Gilbert Cette, professeur à Neoma Business School et éminent spécialiste des systèmes de retraite. « On a de tout dans les gens qui travaillent tôt, rappelle-t-il. Ce n’est pas forcément celui qui est dans la construction, il y a aussi le fils de commerçant. Ce sont des choses plus complexes et si cela n’a pas été fait avant, c’est qu’on a observé que la relation n’était pas si évidente. Ces choses ont évidemment été regardées de près. »
L’incertitude demeure sur le nombre de bénéficiaires d’une retraite à 60 ans dans le cadre de cette réforme. Le RN prend pour repère le premier emploi significatif au sens de l’Insee, soit un contrat de six mois au minimum, avec des critères horaires et de salaire qui écartent les « jobs étudiants » ou l’apprentissage. Interrogé à ce sujet en 2025 par Le Monde, François Durvye avait estimé que cela ne représentait que 1,5 % d’une classe d’âge. Soit 10 000 personnes par an environ.
**Jean-Luc Mélenchon au centre des débats et des critiques avec sa proposition d’annuler une partie de la dette de la France
Le candidat « insoumis » à l’élection présidentielle a proposé de geler la dette française détenue par la Banque centrale européenne. Attaqué sur son projet lors du débat du Medef, jeudi 27 août, et alors qu’experts et politiques s’écharpent sur le sujet depuis dix jours, il a invité à sortir des « caricatures ».
Par Sandrine Cassini
Publié aujourd’hui à 05h28, modifié à 09h42 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/28/l-annulation-de-la-dette-de-la-france-la-proposition-polemique-qui-place-jean-luc-melenchon-au-c-ur-des-debats-de-la-presidentielle_6758807_823448.html
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« Il suffit de les prendre et de les foutre au feu » : le 24 juin, devant quelques journalistes et des influenceurs, le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, détaille dans une pédagogie toute personnelle sa proposition d’effacer une partie des titres de la dette française, celle logée par la Banque de France, mais détenue par la Banque centrale européenne (BCE). Cette formule en forme de provocation a un objectif, « donner de la matière au Monde et à d’autres journaux pour s’en prendre à moi », avoue-t-il. L’ex-sénateur socialiste, qui porte de longue date cette idée, a envie de remettre le sujet à l’agenda.
Deux mois plus tard, le quadruple candidat à la présidentielle est plus qu’exaucé. Très technique et peu accessible au néophyte, la dette est aussi un objet politique, également très exploité par la droite.
« Il y en a marre de ces discours délirants sur l’annulation d’une partie de la dette, alors que la France est au bord de la faillite », a commenté le prétendant du parti Les Républicains à l’Elysée, Bruno Retailleau, lors du débat entre les candidats à l’élection présidentielle de 2027 organisé par le Medef, jeudi 27 août, à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France. « S’il suffisait d’annuler la dette, pourquoi ça n’a pas été fait avant ? », a enchaîné Gabriel Attal (Renaissance), qui avait déterré au cœur du mois d’août la sortie de Jean-Luc Mélenchon, en l’accusant sur BFM-TV de vouloir mettre la France en « banqueroute ».
Faire prospérer le sujet
Depuis dix jours, experts et politiques de tout bord s’écharpent. « Chavez et Maduro au Venezuela, Tsipras en Grèce, sans oublier l’Argentine de 2001. Effacement décrété, épargne détruite, capitaux en fuite, souveraineté perdue. Une même et semblable séquence mortifère », a écrit l’ancien ministre de l’économie et des finances (2005-2007) et commissaire européen (2019-2024) Thierry Breton dans une tribune publiée le 25 août par Les Echos.
« Si Jean-Luc Mélenchon fait ce qu’il dit, avec [le banquier d’affaires] Matthieu Pigasse à ma place, c’est la crise financière assurée », a réagi le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, le 24 août, sur BFM-TV.

La polémique a réjoui LFI. « Jean-Luc Mélenchon était ravi que cela fasse la rentrée », a confié la députée du Val-de-Marne Clémence Guetté à l’université d’été du mouvement (Amfis) organisée à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) du 20 au 23 août. Les « insoumis » se sont attelés à faire prospérer le sujet.
Interrogé aux Amfis par le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, Matthieu Pigasse est venu leur servir de caution. « On a annulé 80 % de la dette grecque, détenue par des institutions financières (…), sans aucun dommage (…). C’est l’illustration la plus pure qu’il est possible d’annuler de la dette », a-t-il osé, sans évoquer le plan d’austérité majeur qui avait ensuite frappé les Grecs.
Mais les intentions de Jean-Luc Mélenchon nourrissent les interrogations dans le monde économique, même si le leader « insoumis » ne souhaite pas réactiver le plan B de sortie de l’Union européenne et provoquer un « Frexit ». Le candidat à la présidentielle propose de négocier avec d’autres pays européens pour pousser la BCE à geler la dette publique qu’elle détient, pas d’effacer unilatéralement la dette publique française. D’ailleurs, « les créanciers privés ne sont pas concernés », a-t-il rappelé, jeudi, devant le Medef, tout à son souci de rassurer son auditoire.
Contexte inflationniste
Derrière cette idée, il s’agirait, comme l’explique l’économiste Eric Berr, coresponsable du département économie de l’Institut La Boétie, le think tank de LFI, de « participer à la définanciarisation de la dette, de réduire la pression sur les taux d’intérêt », et de dégager des marges de manœuvre budgétaire. « Nous sommes enfermés dans les politiques austéritaires : les politiques publiques ne se font plus dans la satisfaction des besoins, mais de ce que vont penser les financiers », poursuit-il.
L’idée n’est pas neuve. A gauche, la coprésidente de Place publique et eurodéputée Aurore Lalucq avait fait une requête similaire en 2020 dans une tribune cosignée par Raphaël Glucksmann dans Le Journal du dimanche. Ce que Manuel Bompard s’est empressé de lui rappeler jeudi, sur le réseau social X.
« Ce n’est pas le bon moment », lui a répondu, sur X également, l’eurodéputée qui juge que l’outil n’est plus adapté dans un contexte inflationniste. Elle assure aussi qu’il n’y a « aucune majorité politique au niveau européen » sur le sujet, contrairement à ce qu’avance LFI.

« Le vrai sujet, c’est qu’est-ce que cela changerait ? Le vrai combat politique à mener, c’est celui des taux d’intérêt imposés par la BCE », propose le député du Val-d’Oise Emmanuel Maurel, candidat à la primaire Parti socialiste (PS)-Place publique. « Est-ce qu’on met en place au niveau européen une annulation simultanée des dettes Covid ? Ça aurait le mérite d’alléger le fardeau sans remettre en cause la crédibilité des pays européens », appuie le député (PS) de l’Eure Philippe Brun, également en piste dans le processus de sélection socialiste pour 2027.
Si le débat sur la dette existe, la présentation qu’en a faite Jean-Luc Mélenchon pourrait se retourner contre lui. Jeudi, devant les patrons français, il a donc invité à sortir des « caricatures » qui dévoient sa proposition.
Las, alors que la campagne commence, l’heure n’est plus à la nuance. « Ça pourrait m’amuser si ce n’était pas aussi dangereux (…). Vous expliquez que vous allez brûler la dette et vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire», lui a répondu Edouard Philippe sur l’estrade du Medef, ignorant l’explication que venait de faire l’« insoumis ». Des attaques qui pourraient abîmer l’image de crédibilité que Jean-Luc Mélenchon s’attelle à peaufiner.
Lire aussi la tribune (2025) | « Un Etat ne rembourse jamais sa dette, il ne paie que la charge de la dette »***
***« Un Etat ne rembourse jamais sa dette, il ne paie que la charge de la dette »
Tribune
Collectif
Cinq économistes membres d’Attac et de la Fondation Copernic dénoncent, dans une tribune au « Monde », le bêtisier de François Bayrou sur la dette publique, mais reconnaissent néanmoins la menace que les marchés financiers font peser sur celle-ci.
Publié le 31 août 2025 à 08h00, modifié le 01 septembre 2025 à 10h02 https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/31/un-etat-ne-rembourse-jamais-sa-dette-il-ne-paie-que-la-charge-de-la-dette_6637648_3232.html
Temps de Lecture 4 min.
Le premier ministre, François Bayrou, lors de sa conférence de presse du lundi 25 août, a consacré un long développement à la dette publique. Au-delà de la manœuvre politique consistant à essayer d’évacuer les mesures proposées pour le budget 2026, il convient de rappeler quelques éléments qui vont à l’opposé de sa tentative de dramatisation.
Il serait trop long ici de faire une liste exhaustive des discours apocalyptiques sur la dette publique. Citons simplement l’affirmation en 2007 de François Fillon, alors premier ministre, affirmant qu’il gérait « un Etat en faillite ». Du François Bayrou dans le texte. Et d’ailleurs, François Bayrou lui-même reconnaît qu’il alerte depuis des décennies sur le danger d’un haut niveau de dette publique… sans que ce prétendu danger se concrétise en aucune manière.
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Venons-en au fond. Rappelons que le niveau actuel de la dette n’est pas le symptôme d’un Etat qui vivrait au-dessus de ses moyens, dépensant de façon irresponsable et inefficace. Lorsqu’on analyse rétrospectivement la montée du ratio entre la dette et le PIB depuis 1980 (lorsque ce ratio était à 20 %), on s’aperçoit que la dette est d’abord la conséquence de quatre facteurs.
Pas de quoi dramatiser
Primo, les taux d’intérêt supérieurs au taux de croissance durant les années 1980 et 1990 (l’effet « boule de neige ») ;
deuzio, la contre-révolution fiscale des trente dernières années, qui a vu l’Etat se priver de ressources au profit des ménages aisés et des entreprises ;
tertio, le coût direct et indirect de la crise financière de 2007-2008, qui a vu l’Etat sauver le système financier privé ;
quarto, plus récemment, les mesures de soutien pour lutter contre le Covid-19.
Pour autant, indépendamment de ses origines, le niveau actuel de la dette publique représente-t-il une menace ? Il faut comprendre qu’un Etat ne rembourse jamais sa dette. Il ne paie que la charge de la dette. Lorsqu’un titre de la dette publique arrive à échéance, l’Etat emprunte de nouveau pour le rembourser : il fait « rouler » la dette.
Or, en regardant le rapport entre la charge des intérêts de la dette et le produit intérieur brut (PIB), on obtient un chiffre qui est peu propice à créer l’affolement. En 2024, la charge de la dette française rapportée au PIB du pays pour la même année s’est élevée à 2 % du PIB, nettement moins que dans les années 1990, et équivaut à la moyenne de la zone euro. De même, si on rapporte cette charge des intérêts aux dépenses publiques, on s’aperçoit qu’elle s’allège sur la longue durée. Elle représentait plus de 20 % jusqu’aux années 1930, contre moins de 5 % aujourd’hui. Bref, pas de quoi dramatiser.
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Restent deux questions. La dette pèse-t-elle sur nos enfants comme l’a inévitablement évoqué le premier ministre ? Ceci est à tous égards une fable. La dette a une durée moyenne d’un peu plus de huit ans, et ce n’est assurément pas celle qui sépare deux générations. Ce ne sont pas nos enfants qui paieront la dette, mais nous-mêmes. Et surtout, l’emprunt, donc la dette, permet l’investissement et la constitution d’un patrimoine collectif – des hôpitaux, des écoles etc. –, dont la valeur est bien supérieure à celle de la dette. Ce ne sont pas « nos enfants » qui auront à payer, mais ce sont bien eux qui bénéficieront des services que permet de procurer ce patrimoine.
Portée autoréalisatrice
Cependant, un problème fondamental mais mal posé par François Bayrou subsiste, celui du rôle des marchés financiers, le premier ministre nous menaçant d’une explosion des taux d’intérêt en cas de refus de son plan d’austérité. Cette menace peut être tout à fait réelle, précisément parce que la valorisation de la dette a peu à voir avec une logique strictement économique. D’un point de vue économique, la France n’a aucune difficulté à emprunter sur les marchés. Mais le discours alarmiste de François Bayrou peut avoir une portée autoréalisatrice, et ce d’autant plus que la dette publique est le moyen pour les investisseurs financiers de peser sur la politique économique des Etats.
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Car l’existence d’un marché de la dette publique est le résultat d’un choix politique qui vise à faire de l’Etat un emprunteur comme un autre, avec l’objectif de le mettre sous la pression des marchés financiers et ainsi de le discipliner. C’est ce que matérialise l’interdiction faite par les traités européens aux banques centrales, la Banque centrale européenne en tête, de prêter directement aux Etats. Il est donc fort possible que le refus du plan Bayrou se traduise par une remontée des taux auxquels la France emprunte actuellement et qui vienne grossir chaque année la charge des intérêts (40 milliards d’euros en 2023, 59 milliards en 2024, 66 milliards en 2025) qu’affectionnent ceux-là mêmes qui veulent réduire les dépenses sociales.
Il n’y a que deux façons d’éviter cette évolution : soit la capitulation devant les marchés financiers, c’est la position du premier ministre, soit la sortie de la dette publique de l’emprise des marchés, ce qui suppose reprendre le contrôle de la finance. Il faut pour cela créer un dispositif qui, comme jusqu’aux années 1980, garantira la stabilité du financement ; son cœur sera formé par un pôle bancaire public, édifié au premier rang des institutions financières déjà existantes ; il permettra aux investissements sociaux et écologiques stratégiques décidés démocratiquement de trouver dans l’épargne populaire une contrepartie utile.
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N’étant pas soumis à la logique de la rentabilité financière, ce pôle bancaire public pourra ainsi être un acheteur important et stable de titres de la dette. Par ailleurs, il pourra avoir accès aux liquidités fournies par la Banque centrale européenne dans le cadre de ses opérations de refinancement, comme le permet l’article 123.2 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les titres de dette publique constituant un collatéral de très bonne qualité. Les institutions financières privées doivent, quant à elles, être soumises à un contrôle strict et avoir l’obligation de placer une partie de leurs actifs en titres de la dette au taux fixé par la puissance publique.
Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Christiane Marty, Dominique Plihon, Jacques Rigaudiat sont économistes, membres d’Attac et de la Fondation Copernic.
Collectif
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Présidentielle 2027 : Marine Le Pen et Édouard Philippe, candidats jugés les plus crédibles sur l’économie
Par Collin Sctrick
Publié le 27/08/2026 à 16h14, mis à jour le 27/08/2026 à 16h52 https://www.lefigaro.fr/politique/presidentielle-2027-marine-le-pen-et-edouard-philippe-candidats-juges-les-plus-credibles-sur-l-economie-20260827?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20260827_NL_ALERTESINFOS&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=5VZhZo7Lzh1ZE%2B9%2BPQrH5GKW8lBnS87xrTQ9YSaHx2ECKoghWxlQenyRO6T5cIklUcyRT1n4Wa6suo8Pfiqv4btIGcMDt34o5I

SONDAGE – À l’occasion du premier grand débat présidentiel organisé par le Medef à Roland-Garros, un sondage Odoxa pour Le Figaro teste la crédibilité économique de huit candidats. La candidate du RN arrive en tête, dans tous les domaines, au coude à coude avec l’ex-premier ministre.
L’économie, qui figurait parmi les points faibles de Marine Le Pen lors des deux dernières présidentielles, est-elle devenue l’un de ses atouts ? À huit mois du scrutin, 36 % des Français pensent que la candidate du Rassemblement national (RN) mènerait une « bonne politique économique » si elle était élue, selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro. Elle est talonnée par Édouard Philippe, à 35 %, avec un écart qui se situe dans la marge d’erreur. Viennent ensuite Bruno Retailleau (30 %) et Gabriel Attal (29 %), tandis que Raphaël Glucksmann (23 %), Jean-Luc Mélenchon et David Lisnard (18 %) suivent encore un cran derrière. Marine Tondelier ferme la marche avec 13 %.
Une première place cependant toute relative pour la patronne du RN : pour chacun des huit candidats, une majorité des sondés estime qu’il mènerait une mauvaise politique économique, de 63 % à 86 % selon les personnalités. Réalisée les 26 et 27 août auprès de 1 005 personnes représentatives de la population adulte, l’enquête a été menée à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) du Medef à Roland-Garros, cadre du premier grand débat entre sept des huit personnalités testées, consacré aux questions économiques.
Marine Le Pen en tête sur les cinq thèmes
Le détail de l’enquête assoit cette domination, avec des écarts toutefois variables selon les sujets. Sur la dette et les dépenses publiques, Marine Le Pen recueille 34 % de jugements positifs, contre 31 % pour Édouard Philippe. Et ce même si, sur l’épineux dossier des retraites, Marine Le Pen continue à défendre un départ à 62 ans, et même à 60 ans pour ceux qui ont commencé avant 20 ans et totalisent quarante annuités. Elle engrange cinq points d’avance sur la simplification administrative et les normes des entreprises (35 % contre 30 %), et même sept points sur la fiscalité (37 % contre 30 %).
Mais c’est sur le pouvoir d’achat, l’un des thèmes qui structurent déjà la campagne, que la candidate du RN creuse le plus nettement l’écart : 38 % des Français la jugent crédible, contre 28 % pour Édouard Philippe.
Cette image de bonne élève en économie tranche avec celle qui précédait la présidentielle de 2017. Quelques jours avant le premier tour, une enquête Odoxa plaçait Marine Le Pen à 18 %, en queue de peloton des quatre principaux candidats sur l’économie, derrière Emmanuel Macron (26 %), François Fillon (23 %) et Jean-Luc Mélenchon (22 %). Neuf ans plus tard, conjointement à son évolution dans les sondages de popularité, son score a doublé, et l’économie, longtemps considérée comme l’un de ses points faibles, ne semble plus constituer le même handicap dans l’opinion. Cette progression intervient alors même que la candidate et plusieurs cadres du RN restent fragilisés par l’affaire des assistants parlementaires européens, dans laquelle Marine Le Pen et son parti ont été condamnés en appel pour détournement de fonds publics, avant un pourvoi en cassation.
« Foutre le feu » à la dette
Édouard Philippe peut néanmoins tirer un enseignement favorable du sondage : il précède tous ses concurrents de la droite et du centre. Surtout, il est le seul à dépasser la barre des 50 % à la fois chez les sympathisants Renaissance (78 %) et Les Républicains (62 %). Dans les résultats bruts du sondage, aucun de ses deux concurrents ne franchit ce seuil dans ces deux électorats à la fois.
À gauche, c’est Raphaël Glucksmann qui est en tête, avec 23 % de jugements positifs, contre 18 % pour Jean-Luc Mélenchon. Sur la fiscalité, 81 % des Français ne font pas confiance au leader Insoumis, de même que 77 % sur le pouvoir d’achat. Mais c’est sur le traitement de la dette qu’il enregistre son plus mauvais score : 83 % des Français estiment qu’il mènerait une mauvaise politique dans ce domaine. Le sujet de la dette est pourtant l’une des séquences politiques phares de l’été Insoumis.
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Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
Mettre Marine Le Pen en tête sur le plan d’un bonne gestion de l’économie de la france est sidérant. Cela fait penser au mouvement Maga aux Etats-Unis, quoique que propose Trump, c’est toujours très bien ! C’est cela le populisme.
La démission de François Durvye, sa caution libérale auprès du patronat, n’y changera pas les positions de ses partisans.
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