Pour leur premier débat, les candidats à la présidentielle sommés par le Medef de faire des économies
Sept candidats, pas tous investis ou certains d’aller jusqu’au bout, ont répondu aux questions d’un parterre de patrons décidés à peser sur le scrutin de 2027. Droite et extrême droite ont donné des gages, tandis que les gauches se sont rebiffées.
Sarah Benhaïda et Alexandre Berteau
« Le premier problème, c’est l’État. » Dès les premières minutes du débat, Bruno Retailleau a voulu poser le cadre. Le candidat du parti Les Républicains (LR) à la présidentielle a choisi son ennemi. Un « État vorace », qui « prend les entreprises pour des vaches à lait », un « État paperasse », qui « asphyxie les forces vives de la nation ». Le leader de la droite a promis un cap clair : « c’est l’État qui doit être au service de l’entreprise », et pas l’inverse.
Le chef de LR n’avait semble-t-il pas été insensible au petit coup de pression que le président du Medef, Patrick Martin, avait tenu à adresser aux candidat·es à la présidentielle à la veille de leur tout premier débat, organisé jeudi 27 août par l’organisation patronale au stade Roland-Garros, dans l’ouest de Paris. « Nous sommes des influenceurs. […] Ne nous sous-estimez pas », s’est-il targué dans son discours d’ouverture de l’université d’été du Medef, mercredi.

Le lobbyiste attitré des chef·fes d’entreprise a exhorté les responsables politiques à faire preuve de « courage » – le thème choisi pour la rentrée du mouvement, dont la représentativité est contestée. À ses yeux, ce courage consiste à couper dans les dépenses publiques, à réformer les retraites, à « faire voler en éclats le carcan qui étouffe notre pays », à mettre fin à « l’étatisme » et à ne pas « alourdir encore les prélèvements sur les entreprises »… Malgré une distribution record d’argent public sous les deux mandats d’Emmanuel Macron, ces dernières ont « largement atteint » leur « seuil de douleur », a averti Patrick Martin.
Sa liste de courses, tout comme la tournure du débat qui allait suivre, n’aurait sans doute pas déplu au président d’extrême droite argentin, Javier Milei. Celui qui se présente comme un libertarien avait justement été invité, en vain, par le Medef à son raout estival, comme l’avait révélé Mediapart.
« Taper l’assistanat »
Pendant plus de trois heures, sur la scène installée au milieu du célèbre court Philippe-Chatrier, les sept candidat·es à la présidentielle choisi·es par le Medef ont été appelé·es à exposer leur programme économique. Et ce dans le cadre, implicitement imposé par les centaines de chef·fes d’entreprise venu·es les écouter, de la réduction des dépenses publiques.
De Gabriel Attal à Marine Le Pen, en passant par Édouard Philippe et Bruno Retailleau, la droite et l’extrême droite se sont évertuées à répondre à ce cahier des charges.
Le patron de LR a promis « non pas des réformes » mais « une rupture », non pas de la « simplification » mais de la « déréglementation ». Au programme : « diminuer le nombre de fonctionnaires » d’environ « 250 000 à 300 000 », supprimer leur statut excepté pour le domaine régalien, retarder l’âge de départ à la retraite et introduire des retraites par capitalisation. Le leader de la droite post-gaulliste s’est aussi engagé à « tape[r] l’assistanat » et à « diminuer le coût du travail et redonner du pouvoir d’achat » en faisant en sorte qu’à partir de la 36e heure de travail, ni l’employeur ni le salarié ne payent de cotisations.
Potentiellement amenés à s’allier au cours de la campagne, Bruno Retailleau, Édouard Philippe et Gabriel Attal ont veillé à plutôt s’épargner. Ils étaient aidés par la proximité de leurs propositions, que ce soit sur les retraites et la baisse des impôts de production des entreprises, ou encore sur la poursuite de la politique de l’offre portée par Emmanuel Macron depuis dix ans.
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Alors qu’ils sont tous deux porteurs de l’héritage des deux mandats du président sortant, Édouard Philippe a tenté de l’assumer, quand Gabriel Attal a cherché à s’en dissocier. «
C’est bien qu’ils soient deux parce que pour défendre ce bilan, mieux vaut être deux », a attaqué Raphaël Glucksmann, tout frais candidat à la primaire du pôle social-démocrate.
Marine Le Pen, championne du Rassemblement national (RN), a dit être venue répondre aux « caricatures ». Celle qui, en 2012 encore, n’avait pas de mots assez durs contre « l’élite financière » et les « grands patrons mondialisés, CAC 40 et Medef réunis », a veillé à donner de nombreux gages au patronat. Encore considérée comme « de gauche » par de nombreux patrons, elle a assumé son projet de réforme des retraites à 60 ou 62 ans mais leur a garanti un « choc de compétitivité fiscale » et la suppression de nombreuses normes. « Le premier qui doit faire un effort, c’est l’État, et il doit baisser drastiquement son train de vie », a lancé la cheffe de file du RN, sous les applaudissements du public.
Convergences à gauche
La question du pouvoir d’achat et du travail a occupé une large place dans les débats. Gabriel Attal a voulu parler à « la classe moyenne qui bosse et qui a le sentiment qu’on lui demande toujours plus d’efforts, qui voit son net s’écarter du brut année après année ». Comme Édouard Philippe, il a promis de faire « converger le net et le brut », « pour que le travail paye plus ».
Rapprocher le net du brut, c’est justement une proposition que Raphaël Glucksmann, le patron de Place publique (PP), avait faite dès l’annonce de sa candidature dimanche soir sur TF1. Avant d’être aussitôt taclé par Marylise Léon, lors de la rentrée de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) le 25 août.
« C’est faire fi de tout ce qu’est la protection sociale, de ce qu’est le salaire différé, de ce que représentent les cotisations. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de sujet de pouvoir d’achat, mais expliquer qu’on va diminuer un certain nombre de protections collectives pour un net plus élevé individuel, je ne pense pas que les travailleurs soient gagnants », avait dit la secrétaire générale du syndicat.
Une position que Marine Tondelier a aussi tenté de porter dans ce concert antitaxes. La seule des sept candidat·es qui a été copieusement huée (comme la veille sa camarade de parti Sandrine Rousseau) a dû attendre près d’une heure pour pouvoir glisser que « les cotisations, c’est aussi du salaire différé », et rappeler qu’à l’issue de deux mandats d’Emmanuel Macron, la France compte « 11 millions de pauvres »et « 1,5 million de travailleurs pauvres ».
Jean-Luc Mélenchon n’a interpellé qu’Édouard Philippe et Marine Le Pen, les deux adversaires qu’il imagine affronter au second tour.
Avec Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, la secrétaire nationale des Écologistes n’a pas cessé de tirer la sonnette d’alarme. La France est au bord de la « catastrophe » et de la « récession », ont-ils averti tous les trois, en décrivant l’ordre économique actuel comme un « Ancien Régime » en passe de se faire renverser et même comme un « Empire ottoman du XXIe siècle ».
Si la gauche s’est illustrée ces derniers mois par ses divisions, elle a focalisé ses attaques sur les droites au cours de ce débat.
Raphaël Glucksmann a listé les votes de l’extrême droite au Parlement européen où il siège, tandis que Jean-Luc Mélenchon n’a interpellé qu’Édouard Philippe et Marine Le Pen, les deux adversaires qu’il imagine affronter au second tour.
Et alors que les candidat·es des droites n’ont pas cessé de chercher où couper dans le système social, les trois candidat·es de gauche ont porté ensemble la question de la pénibilité et de la santé au travail.
Si Raphaël Glucksmann n’a toujours pas fixé l’âge de la retraite qu’il entend défendre, Jean-Luc Mélenchon comme Marine Tondelier ont plaidé pour une abrogation de la réforme Borne et même un retour à 60 ans pour l’insoumis.
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« On est en train de recréer une société de privilèges, une héritocratie plutôt que la méritocratie », s’est alarmé Raphaël Glucksmann.
Marine Tondelier a tenté d’alerter : « L’inaction climatique coûte cinq fois plus cher que l’action ». « Quelque chose ne tourne pas rond », a renchéri Jean-Luc Mélenchon, plaidant pour « une politique de santé » face à « la malbouffe qui coûte 9 milliards en diabète et [aux] particules fines qui coûtent 19 milliards ».
Venu pour « dire leurs quatre vérités » aux patrons, le quadruple candidat à la présidentielle, qui avait tenté au début de l’année une entreprise de rapprochement avec les milieux d’affaires, s’est fait tour à tour menaçant et blagueur. Il a évoqué la possibilité de cesser les aides publiques aux entreprises, de « confisquer » des outils de production, comme Arcelor Mittal, dont la nationalisation a déjà été votée à l’Assemblée à l’initiative des communistes et des insoumis·es, et a reproché des « erreurs de calcul » à Patrick Martin et de jugement à plusieurs patrons qui l’interrogeaient.
Le patron du Medef, lui, s’est réjoui à la fin des trois heures d’échanges que le débat ait tourné autour de la « rationalisation ».
Sarah Benhaïda et Alexandre Berteau
*Le patronat dit adieu à son rêve de voir Jordan Bardella au pouvoir
Alors que débutent mercredi les journées d’été du Medef, les milieux d’affaires réfléchissent à la manière de composer avec le Rassemblement national et de relancer « l’union des droites ». La candidature de Marine Le Pen à la présidentielle, après l’arrêt de la cour d’appel, a mis à bas tous leurs plans.
24 août 2026 à 18h48 https://www.mediapart.fr/journal/politique/240826/le-patronat-dit-adieu-son-reve-de-voir-jordan-bardella-au-pouvoir?utm_source=quotidienne-20260828-171245&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260828-171245&M_BT=115359655566
IlsIls sont désemparés. Tout avait si bien commencé. L’« union des droites » qu’ils appellent de leurs vœux et à laquelle ils travaillent assidûment était en route. Ils avaient leur candidat, dont ils espéraient écrire le programme économique après lui avoir inculqué « la pédagogie des affaires », qui renforcerait leurs intérêts.
Ledit candidat avait même commencé à endosser leurs demandes, notamment sur les retraites, provoquant de lourdes tensions au sein de son parti. Sa cote dans les sondages montait, préparant l’opinion publique à un déroulé inéluctable au premier tour de la présidentielle.
Et puis, il y a eu le 7 juillet. La justice a condamné Marine Le Pen dans le cadre de l’affaire des assistant·es parlementaires du Rassemblement national (RN), mais sans l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle. Dans les heures qui ont suivi l’arrêt de la cour d’appel, l’ancienne présidente du RN a confirmé sa candidature. Évinçant d’un revers de la main Jordan Bardella, ce candidat sur lequel une partie du patronat avait tout misé.

Une décision judiciaire d’une « grande perversité », a estimé un proche du Medef (Mouvement des entreprises de France). « Les milieux patronaux n’avaient pas prévu ce cas de figure, reconnaît l’un de ses conseillers privilégiés. Ils pensaient que la justice allait confirmer la condamnation de Marine Le Pen en appel et laisserait le champ libre à Bardella. »
« La morale de l’histoire est que le RN est “inopéable”. C’est une entreprise familiale au seul service des Le Pen. Tous ceux qui ont essayé de prendre le parti ont échoué et ont été exclus. Le patronat aurait dû le savoir. Mais il n’a aucune culture politique », analyse un observateur familier des cercles de pouvoir sur un ton faussement contrit.
Que faire désormais ? C’est avec une certaine fébrilité que certains attendent les journées d’été du Medef, les 26 et 27 août, moment de grande communion entre le patronat et une partie de la classe politique. Il s’agit de voir comment les milieux d’affaires vont se repositionner avant la campagne présidentielle, mais aussi ce que va dire le président Patrick Martin, censé faire la synthèse entre tous les courants patronaux.
Contestation grandissante
« On s’en moque de la grand-messe du Medef : ce n’est pas ce qu’on attend du patronat », répond tout à trac un dirigeant d’une PME (petites et moyennes entreprises). « Il a totalement oublié son rôle »,poursuit-il, s’alarmant « de la disparition de nos grands groupes, des délocalisations, de la désindustrialisation du pays ». « Aujourd’hui, les problèmes des entreprises, c’est les coûts de l’énergie, l’accès au crédit, les concurrences déloyales, y compris au sein de l’Europe, la difficulté à trouver une main-d’œuvre qualifiée, surtout dans les secteurs scientifiques et techniques depuis les réformes Blanquer… Mais le Medef n’en dit pas un mot. Il préfère ses petits jeux politiciens. »
Les critiques à l’égard de l’organisation patronale ne sont pas nouvelles. Elles existent depuis plus de quarante ans. Mais ces dernières années, le fossé n’a cessé de s’agrandir entre l’institution officielle et le terrain. Pour beaucoup, le Medef est « en pleine dérive », n’assumant plus son rôle de partenaire économique et social. « Depuis la présidence de Geoffroy Roux de Bézieux [de 2018 à 2023 – ndlr], ce n’est plus qu’un organe de lobbying politique au service de quelques grands intérêts privés », assène un observateur proche de ce monde.
Depuis plus d’un an, les dirigeants du CAC 40 et des milieux financiers demandent à rencontrer Jordan Bardella. Ils ont multiplié déjeuners et rendez-vous plus ou moins discrets.
Jugeant inutile de batailler contre une instance qui ne représentait qu’elle-même et ne les concernait pas, une frange de dirigeants a décidé d’ignorer ces évolutions. La reconnaissance publiquement affichée du RN, mettant fin à des décennies d’exclusion de l’extrême droite par les milieux patronaux, ainsi que leur soutien à peine dissimulé à la candidature de Jordan Bardella, les ont toutefois incités à sortir de leur silence. Rarement les critiques à l’égard du Medef ont été aussi nombreuses et violentes.
Peu de personnes ont osé s’exprimer publiquement. Des exceptions comme Stéphane Boujnah, directeur général d’Euronext, dénoncent « la faute morale » consistant à frayer avec l’extrême droite. En privé, certains se déchaînent et se disent « dégoûtés » par « l’effondrement moral et démocratique du patronat ». « On ne pactise pas avec l’extrême droite. Jamais ! »,s’emporte un membre influent du Medef. « Le patronat renoue avec ses racines : celle de la collaboration », grince un ancien patron de grand groupe à la retraite.
« Les critiques contre le patronat ont toujours existé. Ce n’est pas une collectivité homogène. Il y a des courants comme au PS, nuance un responsable patronal. Mais je trouve un peu injuste le procès qui est fait à Patrick Martin. Il hérite d’une tâche très compliquée. Ce qui pourrait lui être reproché, c’est de ne pas avoir choisi un cap, d’être toujours en réaction. »
C’est avec une joie mauvaise que ces « contestataires » ont accueilli le crash en direct de la candidature de Jordan Bardella. Il vient confirmer leurs alertes sur le prétendu changement de nature du RN. Ils reprennent en boucle l’avertissement d’Alain Minc, immarcescible conseiller des milieux d’affaires parisiens, dénonçant l’illusion du patronat à vouloir être le « marionnettiste de Jordan Bardella ». Les faits viennent de leur donner raison, selon eux. Le RN reste le parti d’extrême droite qu’il a toujours été, en dépit de ses tentatives de normalisation . Et au moindre tangage, la famille Le Pen reprend le contrôle.
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Mais même au sein des partisans de « l’union des droites », qui réclament un gouvernement autoritaire « pour [mettre en place] les réformes dont le pays a besoin », certains remettent en cause la pertinence du choix patronal de s’être rangé derrière Jordan Bardella.
« Marine [Le Pen] l’a débranché, mais je ne crois pas de toute façon qu’il aurait tenu le choc. Il n’a pas la carrure pour mener une campagne présidentielle, encore moins pour être à l’Élysée », dit un chef d’entreprise. « Moi, je n’aurais jamais voté Bardella »,avoue un patron qui revendique pourtant ses attaches très à droite. « Il n’a pas 30 ans, explique-t-il. Il est sans expérience, n’a pas fait d’études, il donne l’impression de n’avoir aucune base politique et économique solide. C’est un animal de communication tout juste bon à faire des selfies. »
Faire avec Marine Le Pen
Tentant de recoller les morceaux d’un monde patronal divisé et surtout d’effacer l’échec de la candidature Bardella, certains s’essaient à réécrire l’histoire. « Ce n’est pas le Medef ou les patrons qui ont été chercher Jordan Bardella. C’est lui qui a envoyé des signaux d’ouverture. Ils ont estimé qu’il fallait saisir sa main tendue et engager le dialogue. On ne peut pas ignorer un parti politique qui fait un tiers des voix et est aux portes du pouvoir », dit une éminence grise du capitalisme français. « Il n’y a pas eu réellement de ralliement du patronat à Jordan Bardella. Tout cela s’inscrit dans la politique de normalisation du RN », ajoute un autre dirigeant.
« Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais ce n’est pas le souvenir que j’ai, raconte un observateur bien informé. C’est à l’instigation de certaines fédérations, dont celle de l’UIMM [Union des industries et métiers de la métallurgie – ndlr] et de certains lobbies patronaux qu’il a été décidé de nouer des relations avec Jordan Bardella et de le mettre en avant. »
Depuis plus d’un an, en tout cas, les dirigeants du CAC 40 comme des milieux financiers demandent à le rencontrer. Ils ont multiplié déjeuners et rendez-vous plus ou moins discrets avec le numéro deux du RN, qui leur semblait bien plus prometteur et attentif que Marine Le Pen.
Mais, désormais, le patronat n’a plus le choix : il lui faut faire avec Marine Le Pen. « Il suffit de regarder CNews pour mesurer le désarroi. La chaîne était le porte-étendard de l’union des droites, avec Bardella en chef de file, comme le voulait Bolloré. Aujourd’hui, elle ne sait plus quelle ligne tenir », ironise un proche des cercles de pouvoir.
Des contacts discrets s’intensifient auprès de Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy, qui leur semblent les plus aiguisés en matière économique.
Vincent Bolloré, qui donne le ton à une partie des milieux des affaires, ne cache pas ses désaccords avec la présidente du groupe RN à l’Assemblée. Une « socialiste » à ses yeux. Remettre la retraite à 60 ans, comme elle s’y est engagée, est un chiffon rouge pour le patron de Vivendi comme pour nombre de ses homologues. Tout comme ses positions sur l’Europe. « Marine Le Pen s’appuie sur un électorat populaire. Il est clair qu’elle ne défera pas les dépenses publiques ou la protection sociale, et qu’elle ne touchera les retraites qu’à la marge », estime un dirigeant.
Pour d’autres, ce ne sont que des propos de campagne sur lesquels le RN reviendra rapidement. Au printemps, l’association Entreprises et Cités, fondée par Claude Bébéar dans les années 1990, et dont Bernard Arnault (LVMH) et Vincent Bolloré sont membres depuis ses débuts, a organisé une rencontre réunissant le gratin du CAC 40, Bernard Arnault et Patrick Pouyanné (TotalEnergies) en tête, autour de Marine Le Pen. « Elle n’a pas de relations avec les milieux économiques. Nous devons lui faire entendre les urgences du pays », justifie-t-on dans l’entourage d’un des participants.
Estimant le RN « mal préparé » pour assumer le pouvoir, un certain nombre de patrons semblent déjà disposés à leur apporter leur appui pour maîtriser « la grammaire des affaires ». En coulisses, des contacts discrets s’intensifient notamment auprès de Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy, qui leur semblent les plus aiguisés en matière économique. Et qui ont l’oreille de Marine Le Pen.
Jordan Bardella, lui, paraît avoir été « zappé », selon l’expression d’un membre du patronat. Même si Marine Le Pen assure qu’elle en fera son premier ministre si elle accède à l’Élysée, les milieux d’affaires ne croient pas à ce scénario. Pour eux, Bardella ne leur sert plus à rien : il a perdu.
Relancer « l’union des droites »
Désormais, tous se préparent en douceur à l’accession du RN au pouvoir, qu’ils estiment inévitable. Certains semblent même le souhaiter. « Puisque les Français veulent le RN, qu’on tente l’expérience. Au bout de six mois, ce sera la catastrophe. Après ils feront le grand tournant, comme l’ont fait les socialistes au moment de Mitterrand », pronostique un dirigeant. « Tout cela est irresponsable !, grince un dirigeant de PME qui ne se résout pas à cette éventualité. On connaît le prix de l’aventurisme politique. Les États-Unis vont mettre des années à réparer les dommages causés par les folies de Donald Trump. »
Dans la torpeur de l’été, les conseillers et les cercles de réflexion patronaux tentent d’échafauder des scénarios pour garder le contrôle quoi qu’il advienne. Et pour remettre en selle cette fameuse « union des droites », susceptible de porter les « réformes radicales » qu’ils ont inscrites dans leur programme.
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Certains supputent les intentions réelles de Marine Le Pen. Finalement, a-t-elle vraiment envie d’y aller, de gagner le pouvoir ? Ne préfère-t-elle pas plutôt rester dans ce rôle de passagère arrière, qui lui permet de prospérer politiquement et financièrement, de dicter l’agenda politique, d’imposer ses idées, notamment en matière d’immigration et de sécurité, sans avoir à assumer le quotidien gouvernemental et les conséquences de ces choix ? Tout cela pourrait ouvrir le champ pour des alliances possibles.
La partie, selon eux, ne se joue pas seulement aux deux tours de la présidentielle, mais aussi aux deux tours des législatives qui ne manqueront pas de suivre pour « sortir du blocage politique dans lequel se trouve le pays depuis 2024 ».
Dans le cadre de la campagne présidentielle, l’idéal serait de reproduire le schéma des présidentielles de 2017 et 2022 : avoir un candidat de droite face à Marine Le Pen au second tour qui ranime le vote républicain, ce qui a permis à chaque fois à Emmanuel Macron de l’emporter.
Et pour les législatives, passer une alliance – au moins tacite – avec le RN, en lui promettant de reprendre une partie de ses propositions, voire de lui donner quelques portefeuilles ministériels, pour assurer une coalition majoritaire à l’Assemblée. Mais quel candidat de droite serait susceptible de remplir une telle mission ? C’est la question que se posent les milieux d’affaires parisiens en ce moment.
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