Avec les patrons, droite et extrême droite ont donné des gages, tandis que les gauches se sont rebiffées

Pour leur premier débat, les candidats à la présidentielle sommés par le Medef de faire des économies

Sept candidats, pas tous investis ou certains d’aller jusqu’au bout, ont répondu aux questions d’un parterre de patrons décidés à peser sur le scrutin de 2027. Droite et extrême droite ont donné des gages, tandis que les gauches se sont rebiffées. 

Sarah Benhaïda  et Alexandre Berteau

27 août 2026 à 22h27 https://www.mediapart.fr/journal/politique/270826/pour-leur-premier-debat-les-candidats-la-presidentielle-sommes-par-le-medef-de-faire-des-economies?utm_source=quotidienne-20260828-171245&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260828-171245&M_BT=115359655566

« Le premier problème, c’est l’État. » Dès les premières minutes du débat, Bruno Retailleau a voulu poser le cadre. Le candidat du parti Les Républicains (LR) à la présidentielle a choisi son ennemi. Un « État vorace », qui « prend les entreprises pour des vaches à lait », un « État paperasse », qui « asphyxie les forces vives de la nation ». Le leader de la droite a promis un cap clair : « c’est l’État qui doit être au service de l’entreprise », et pas l’inverse.

Le chef de LR n’avait semble-t-il pas été insensible au petit coup de pression que le président du Medef, Patrick Martin, avait tenu à adresser aux candidat·es à la présidentielle à la veille de leur tout premier débat, organisé jeudi 27 août par l’organisation patronale au stade Roland-Garros, dans l’ouest de Paris. « Nous sommes des influenceurs. […] Ne nous sous-estimez pas », s’est-il targué dans son discours d’ouverture de l’université d’été du Medef, mercredi.

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Les sept candidat·es à l’élection présidentielle de 2027, lors de la deuxième journée du rendez-vous « La REF 2026 » des entrepreneurs français, organisé par le Medef, au complexe de Roland-Garros à Paris, le 27 août 2026.  © Photo Romuald Meigneux / SIPA

Le lobbyiste attitré des chef·fes d’entreprise a exhorté les responsables politiques à faire preuve de « courage » – le thème choisi pour la rentrée du mouvement, dont la représentativité est contestée. À ses yeux, ce courage consiste à couper dans les dépenses publiques, à réformer les retraites, à « faire voler en éclats le carcan qui étouffe notre pays », à mettre fin à « l’étatisme » et à ne pas « alourdir encore les prélèvements sur les entreprises »… Malgré une distribution record d’argent public sous les deux mandats d’Emmanuel Macron, ces dernières ont « largement atteint » leur « seuil de douleur », a averti Patrick Martin.

Sa liste de courses, tout comme la tournure du débat qui allait suivre, n’aurait sans doute pas déplu au président d’extrême droite argentin, Javier Milei. Celui qui se présente comme un libertarien avait justement été invité, en vain, par le Medef à son raout estival, comme l’avait révélé Mediapart.

« Taper l’assistanat »

Pendant plus de trois heures, sur la scène installée au milieu du célèbre court Philippe-Chatrier, les sept candidat·es à la présidentielle choisi·es par le Medef ont été appelé·es à exposer leur programme économique. Et ce dans le cadre, implicitement imposé par les centaines de chef·fes d’entreprise venu·es les écouter, de la réduction des dépenses publiques.

De Gabriel Attal à Marine Le Pen, en passant par Édouard Philippe et Bruno Retailleau, la droite et l’extrême droite se sont évertuées à répondre à ce cahier des charges.

Le patron de LR a promis « non pas des réformes » mais « une rupture », non pas de la « simplification » mais de la « déréglementation ». Au programme : « diminuer le nombre de fonctionnaires » d’environ « 250 000 à 300 000 », supprimer leur statut excepté pour le domaine régalien, retarder l’âge de départ à la retraite et introduire des retraites par capitalisation. Le leader de la droite post-gaulliste s’est aussi engagé à « tape[r] l’assistanat » et à « diminuer le coût du travail et redonner du pouvoir d’achat » en faisant en sorte qu’à partir de la 36e heure de travail, ni l’employeur ni le salarié ne payent de cotisations.

Potentiellement amenés à s’allier au cours de la campagne, Bruno Retailleau, Édouard Philippe et Gabriel Attal ont veillé à plutôt s’épargner. Ils étaient aidés par la proximité de leurs propositions, que ce soit sur les retraites et la baisse des impôts de production des entreprises, ou encore sur la poursuite de la politique de l’offre portée par Emmanuel Macron depuis dix ans.

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Alors qu’ils sont tous deux porteurs de l’héritage des deux mandats du président sortant, Édouard Philippe a tenté de l’assumer, quand Gabriel Attal a cherché à s’en dissocier« 

C’est bien qu’ils soient deux parce que pour défendre ce bilan, mieux vaut être deux », a attaqué Raphaël Glucksmann, tout frais candidat à la primaire du pôle social-démocrate.

Marine Le Pen, championne du Rassemblement national (RN), a dit être venue répondre aux « caricatures ». Celle qui, en 2012 encore, n’avait pas de mots assez durs contre « l’élite financière » et les « grands patrons mondialisés, CAC 40 et Medef réunis », a veillé à donner de nombreux gages au patronat. Encore considérée comme « de gauche » par de nombreux patrons, elle a assumé son projet de réforme des retraites à 60 ou 62 ans mais leur a garanti un « choc de compétitivité fiscale » et la suppression de nombreuses normes. « Le premier qui doit faire un effort, c’est l’État, et il doit baisser drastiquement son train de vie », a lancé la cheffe de file du RN, sous les applaudissements du public.

Convergences à gauche

La question du pouvoir d’achat et du travail a occupé une large place dans les débats. Gabriel Attal a voulu parler à « la classe moyenne qui bosse et qui a le sentiment qu’on lui demande toujours plus d’efforts, qui voit son net s’écarter du brut année après année ». Comme Édouard Philippe, il a promis de faire « converger le net et le brut »« pour que le travail paye plus ».

Rapprocher le net du brut, c’est justement une proposition que Raphaël Glucksmann, le patron de Place publique (PP), avait faite dès l’annonce de sa candidature dimanche soir sur TF1. Avant d’être aussitôt taclé par Marylise Léon, lors de la rentrée de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) le 25 août.

« C’est faire fi de tout ce qu’est la protection sociale, de ce qu’est le salaire différé, de ce que représentent les cotisations. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de sujet de pouvoir d’achat, mais expliquer qu’on va diminuer un certain nombre de protections collectives pour un net plus élevé individuel, je ne pense pas que les travailleurs soient gagnants », avait dit la secrétaire générale du syndicat.

Une position que Marine Tondelier a aussi tenté de porter dans ce concert antitaxes. La seule des sept candidat·es qui a été copieusement huée (comme la veille sa camarade de parti Sandrine Rousseau) a dû attendre près d’une heure pour pouvoir glisser que « les cotisations, c’est aussi du salaire différé », et rappeler qu’à l’issue de deux mandats d’Emmanuel Macron, la France compte « 11 millions de pauvres »et « 1,5 million de travailleurs pauvres ».

Jean-Luc Mélenchon n’a interpellé qu’Édouard Philippe et Marine Le Pen, les deux adversaires qu’il imagine affronter au second tour.

Avec Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, la secrétaire nationale des Écologistes n’a pas cessé de tirer la sonnette d’alarme. La France est au bord de la « catastrophe » et de la « récession », ont-ils averti tous les trois, en décrivant l’ordre économique actuel comme un « Ancien Régime » en passe de se faire renverser et même comme un « Empire ottoman du XXIe siècle ». 

Si la gauche s’est illustrée ces derniers mois par ses divisions, elle a focalisé ses attaques sur les droites au cours de ce débat.

Raphaël Glucksmann a listé les votes de l’extrême droite au Parlement européen où il siège, tandis que Jean-Luc Mélenchon n’a interpellé qu’Édouard Philippe et Marine Le Pen, les deux adversaires qu’il imagine affronter au second tour.

Et alors que les candidat·es des droites n’ont pas cessé de chercher où couper dans le système social, les trois candidat·es de gauche ont porté ensemble la question de la pénibilité et de la santé au travail.

Si Raphaël Glucksmann n’a toujours pas fixé l’âge de la retraite qu’il entend défendre, Jean-Luc Mélenchon comme Marine Tondelier ont plaidé pour une abrogation de la réforme Borne et même un retour à 60 ans pour l’insoumis.

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« On est en train de recréer une société de privilèges, une héritocratie plutôt que la méritocratie », s’est alarmé Raphaël Glucksmann.

Marine Tondelier a tenté d’alerter : « L’inaction climatique coûte cinq fois plus cher que l’action ». « Quelque chose ne tourne pas rond », a renchéri Jean-Luc Mélenchon, plaidant pour « une politique de santé » face à « la malbouffe qui coûte 9 milliards en diabète et [aux] particules fines qui coûtent 19 milliards ».

Venu pour « dire leurs quatre vérités » aux patrons, le quadruple candidat à la présidentielle, qui avait tenté au début de l’année une entreprise de rapprochement avec les milieux d’affaires, s’est fait tour à tour menaçant et blagueur. Il a évoqué la possibilité de cesser les aides publiques aux entreprises, de « confisquer » des outils de production, comme Arcelor Mittal, dont la nationalisation a déjà été votée à l’Assemblée à l’initiative des communistes et des insoumis·es, et a reproché des « erreurs de calcul » à Patrick Martin et de jugement à plusieurs patrons qui l’interrogeaient.

Le patron du Medef, lui, s’est réjoui à la fin des trois heures d’échanges que le débat ait tourné autour de la « rationalisation ».

Sarah Benhaïda  et Alexandre Berteau

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/08/28/sept-pretendants-a-lelysee-ont-debattu-de-lavenir-economique-de-la-france-a-linvitation-de-la-premiere-organisation-patronale-le-medef/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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