L’eau du robinet est-elle potable ?

« Peut-on encore boire l’eau du robinet ? État des lieux d’une ressource sous pression »

 Date de publication : 10 juin 2026 Temps de lecture: 4 min


Nathalie Birchem indique dans La Croix que « les alertes se multiplient sur la dégradation de la qualité de l’eau potable. Si certaines pollutions sont désormais maîtrisées, de nouvelles substances – comme les PFAS et microplastiques s’invitent dans nos robinets, ce qui nécessite des besoins de traitement qui génèrent des surcoûts ».
La journaliste note ainsi que « ce sont des médecins qui le disent. «La pollution de l’eau potable constitue une menace systémique, insuffisamment encadrée, aux conséquences sanitaires potentiellement considérables.» Lancée le 1er juin, l’alerte vient de la conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé – Médecins libéraux (URPS-ML)* ».
Nathalie Birchem s’interroge ainsi : « L’eau du robinet est-elle de plus en plus polluée ? Commençons par une bonne nouvelle : sur le front bactériologique, les progrès sont incontestables ».
Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), explique que « la priorité absolue, en termes de pollution de l’eau, c’est la pollution microbiologique. Si vous avez une bactérie E. coli dans le réseau, quelques heures ou jours plus tard, les gens vont tomber malade et ça peut être grave. […] Sur ce type de risque, ça s’est beaucoup amélioré ».
Nathalie Birchem relève que « selon le dernier bilan national du ministère de la Santé, en 2024, 98,1% de la population a été alimentée par de l’eau respectant en permanence les limites de qualité fixées pour les paramètres microbiologiques. Un excellent résultat, stable depuis longtemps. Mais qui chute à 89,8% sur les très petits réseaux de distribution ».
La journaliste souligne qu’« on assiste, depuis la Seconde Guerre mondiale, à l’émergence de nouvelles pollutions de l’eau, dues à l’utilisation massive de la chimie, avec des molécules plus difficiles à éliminer. Ce sont notamment les nitrates et pesticides, dont les apports massifs liés à l’agriculture ont fini par pénétrer les sols, nappes phréatiques et cours d’eau ».
« Sans oublier les PFAS, ces composés chimiques perfluoro- et polyfluoro-alkylés utilisés dans la fabrication de nombreux objets du quotidien, qui s’invitent désormais jusqu’au robinet », remarque Nathalie Birchem.
Elle indique que « les nitrates restent globalement sous contrôle, avec 98,8% de conformité en 2024. En revanche, la détérioration est nette sur les pesticides. «On est passé de 94% de conformité en 2014 à 71,5% en 2024», détaille Régis Taisne. Soit 19,2 millions de personnes qui se sont retrouvées, au moins une fois dans l’année, avec une eau non conforme aux seuils réglementaires ».
Corinne Feliers, directrice R&D et qualité de l’eau à Eau de Paris, déclare qu’« on recherche de plus en plus de molécules et on est en mesure d’en trouver à des doses de plus en plus infimes ».
Nathalie Birchem continue : « Quelles sont les grandes pollutions ? », et cite notamment Pauline Cervan, toxicologue à l’ONG Générations futures, qui précise que « quand le nitrate dépasse 50 mg/l, l’eau ne doit pas être consommée par les nourrissons et les femmes enceintes ».


La journaliste observe que « le sujet le plus grave reste celui des pesticides ». Pauline Cervan explique : « Au fur et à mesure qu’on découvre leur toxicité, certains sont interdits. Mais, d’une part, ils peuvent rester très longtemps dans l’environnement. D’autre part, on a un gros problème avec leurs métabolites, des produits de dégradation dans l’environnement, qui sont parfois encore plus dangereux, mais sont mal mesurés ».


Nathalie Birchem observe en outre que « si les bactéries peuvent être la cause directe de maladies, potentiellement graves, les substances chimiques «ont un effet plus indirect : on ne va pas mourir à cause d’un pesticide dans l’eau, mais cela va créer un surrisque de survenue d’une pathologie», explique Pauline Cervan ».


La toxicologue précise que « les nitrates accroissent le risque d’une formation, chez le fœtus et le nourrisson, d’une maladie qui touche l’hémoglobine. Certains pesticides sont cancérigènes ou reprotoxiques. D’autres sont des perturbateurs endocriniens, qui peuvent perturber les fonctions reproductrices et occasionner des désordres hormonaux ».

*https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=e1dfc9b2accf33d37ed39b440e4b124c&id_newsletter=23860&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23860&from=newsletter&slnk=9

Voir aussi:

Contamination chimique de l’eau potable : alerte sanitaire ou panique excessive ? https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/01/75158/

*https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/01/les-unions-regionales-des-professions-de-sante-alertent-sur-la-pollution-de-leau-potable-par-les-pesticides-les-pfas-et-les-microplastiques/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/27/bassin-adour-garonne-le-bon-etat-demande-par-la-directive-cadre-sur-leau-ne-sera-pas-atteignable-partout/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/24/pour-france-nature-environnement-le-gouvernement-na-pas-pris-les-mesures-pour-proteger-les-captages-deau/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/14/les-municipalites-constituent-la-bonne-echelle-pour-preserver-au-mieux-les-reserves-en-eau-et-sa-qualite/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/13/linterdiction-des-herbicides-sur-les-aires-de-captage-polluees-bloquee-par-letat-a-la-commission-de-leau-de-la-vilaine/

Le moratoire sur la politique de l’eau risque d’aggraver les contaminations mais aussi les maladies engendrées ( collectif de 650 chercheurs, cliniciens, acteurs de santé). https://environnementsantepolitique.fr/2026/02/11/71228/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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