Les mesures drastiques prises par Washington pour empêcher l’arrivée d’un cas avec le virus » Ebola » dans le pays sont critiquées par de nombreux scientifiques ».

« Ebola : la stratégie des Etats-Unis jugée “excessive” et “contraire à l’éthique” par des experts en santé »

 Date de publication : 10 juin 2026 Temps de lecture: 3 min


Delphine Roucaute remarque en effet dans Le Monde : « Interdictions de voyager, envoi en Europe d’Américains malades, centre de quarantaine au Kenya… Les mesures drastiques prises par Washington pour empêcher l’arrivée d’un cas dans le pays sont critiquées par de nombreux scientifiques ».
La journaliste explique que « face à l’épidémie de virus Ebola qui s’étend en République démocratique du Congo (RDC), la priorité du gouvernement américain a été, dès le 27 mai, très clairement énoncée par le chef de la diplomatie, Marco Rubio : «Nous ne pouvons pas et ne laisserons pas un seul cas d’Ebola entrer aux Etats-Unis».
« Tout est fait, depuis un mois, pour tenir Ebola le plus loin possible du sol américain », relève Delphine Roucaute.
La journaliste observe que « Jay Bhattacharya, qui cumule les directions des deux principales agences sanitaires américaines, les CDC et le NIH, affirme que les mesures prises par son administration «sont scientifiquement fondées et tiennent compte des données épidémiologiques». Une affirmation que ne partagent pas les experts en santé interrogés par Le Monde ».


Delphine Roucaute rappelle que « le virus Ebola se transmet par contact direct à travers les fluides corporels des personnes déjà visiblement malades. Dans les pays munis de systèmes de santé solides comme les Etats-Unis, ce virus pourtant très létal n’a qu’un potentiel pandémique faible ».


Amesh Adalja, chercheur au centre pour la sécurité sanitaire de l’université Johns-Hopkins (Maryland), déclare ainsi que « la déclaration de Marco Rubio est devenue une contrainte administrative qui l’emporte sur la logique médicale ».
Peter Hotez, doyen de l’Ecole nationale de médecine tropicale du Baylor College of Medicine (Texas), note pour sa part : « D’un point de vue historique, je n’ai jamais vu les interdictions de voyager porter leurs fruits ».


Amesh Adalja d’ajouter : « Les interdictions de voyager constituent un outil politique déguisé en mesure de santé publique. Elles sont l’arme de prédilection des responsables politiques qui veulent donner l’impression d’agir ».
Delphine Roucaute indique ainsi que « dans le cadre du règlement sanitaire international (RSI), l’OMS a formulé des recommandations : au-delà des voisins de la RDC, les autres pays ne doivent pas instaurer de restrictions de voyage, qui gênent les efforts contre le virus ».


La journaliste relève que « les autorités [américaines] ont franchi un pas supplémentaire. Elles ont décidé d’ouvrir, au Kenya, un centre de quarantaine pour les cas suspects ou avérés d’Ebola, essentiellement des Américains. Les Etats-Unis sont pourtant équipés d’installations conçues précisément pour répondre à ce type de circonstances ».


Amesh Adalja souligne que « le Kenya ne dispose d’aucune infrastructure de traitement d’Ebola équivalente à celle que nous avons mise en place aux Etats-Unis. Il est impossible de considérer que cette structure improvisée soit même proche du niveau de soins dispensés dans nos hôpitaux ».


Delphine Roucaute constate que « le centre est également mis en cause par la société civile kényane, qui craint l’importation de cas de cette maladie, qui n’a pas encore touché leur pays. Alors que plusieurs manifestations se sont organisées contre le centre, sa construction est pour le moment suspendue par la justice kényane ».

Epidémie d’Ebola : au Kenya, la colère ne retombe pas contre l’ouverture d’un centre de quarantaine pour les malades américains

A environ 200 kilomètres de la capitale, Nanyuki a été le théâtre mardi d’une nouvelle journée de mobilisation contre le projet, qui doit être installé sur une base aérienne. La journée a été marquée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. 

Par Alba Dufaure (Nanyuki (Kenya), envoyée spéciale)

Le 09 juin 2026 à 19h05, modifié hier à 10h26 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/09/epidemie-d-ebola-au-kenya-la-colere-ne-retombe-pas-contre-l-ouverture-d-un-centre-de-quarantaine-pour-les-malades-americains_6700206_3212.html

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Lors d’une manifestation contre le projet de centre de quarantaine Ebola établi par les Etats-Unis, à Nanyuki (Kenya), le 1ᵉʳ juin 2026.
Lors d’une manifestation contre le projet de centre de quarantaine Ebola établi par les Etats-Unis, à Nanyuki (Kenya), le 1ᵉʳ juin 2026. ANDREW KASUKU/AP

« Notre pays n’est pas une décharge ! » Entre les hurlements, les sifflets, les lamentations, c’est le cri que l’on a pu entendre, mardi 9 juin, de la bouche d’une manifestante drapée dans un drapeau kényan. Comme elle, plusieurs centaines de protestataires sont descendus dans le centre-ville de Nanyuki, à environ 200 kilomètres de la capitale, Nairobi, pour dire leur opposition au projet américain d’établir un centre de quarantaine pour le virus Ebola.

La tension est montée au fil de la journée aux abords de la base militaire destinée à accueillir ce centre. Certains manifestants brandissaient des croix, ornées du slogan « Rejetez Ebola » peint en rouge, d’autres arboraient des tenues de protection médicale. Dès le matin, les protestataires ont été dispersés par des tirs de gaz lacrymogènes et des canons à eau. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés. Un manifestant a été tué, selon la Commission kényane des droits humains, qui impute cette mort à un tir de la police.

Le centre de quarantaine au cœur de la contestation est destiné à des ressortissants américains présentant des risques de contamination au virus Ebola et nécessitant d’être placés à l’isolement. Son établissement, d’abord annoncé par la presse américaine avant d’être confirmé par les autorités, répond au refus de Washington de laisser entrer des cas d’Ebola sur son territoire.

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Depuis que l’épidémie a été déclarée le 15 mai dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs citoyens américains ont déjà été exposés au virus dans l’est de la RDC et en Ouganda. L’agence de presse Reuters en recense six qui ont été transférés vers un établissement médical en Allemagne – dont une personne testée positive –, tandis qu’un autre a été pris en charge en République tchèque.

Des avions militaires

Installé sur la base aérienne de Laikipia, en bordure de Nanyuki, le futur centre devrait compter une cinquantaine de lits, et être géré par du personnel américain. Dans cette ville touristique, située au pied du mont Kenya, deuxième plus haut sommet d’Afrique, le projet suscite de vives inquiétudes alors que le pays n’a à ce jour recensé aucun cas de contamination au virus sur son sol.

Martin Macharia s’est joint aux manifestants, juché sur son vélo. « Si le centre est ouvert, plus personne ne voudra venir », s’inquiète ce loueur de voitures dont le business dépend en partie des touristes. Le 1er juin, plusieurs centaines d’habitants étaient déjà descendus dans la rue à Nanyuki et deux personnes avaient perdu la vie.

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Saisie par le Katiba Institute, une organisation de défense des droits constitutionnels, la justice a suspendu le projet le 28 mai, puis à nouveau le 2 juin. Mais, d’après Reuters, des avions militaires américains ont continué d’arriver, acheminant du matériel technique ainsi que du personnel spécialisé, notamment des médecins, ingénieurs, spécialistes de laboratoire ou encore ouvriers du bâtiment.

Plusieurs manifestants, interrogés par Le Monde, ont aussi dit craindre pour leur santé ou celle de leur famille si des personnes touchées par le virus sont installées à proximité. « Toute pandémie devrait être endiguée à son point d’origine », insiste Nick Karari, venu affirmer son opposition au projet. Cet entrepreneur, en pleine campagne pour le siège de gouverneur lors des élections de 2027, s’en prend au secrétaire d’Etat américain : « Marco Rubio a clairement affirmé que les Américains ne voulaient pas d’Ebola dans leur pays, alors pourquoi l’amener chez nous ? »

Hypocrisie américaine

Beaucoup dénoncent une hypocrisie du gouvernement américain. « Quand Trump est arrivé au pouvoir, il a arrêté les financements Usaid, alors comment pense-t-il que nous allons pouvoir combattre Ebola ? », interpelle ainsi Kamore Warukinyu, venu manifester pour la deuxième semaine de suite. Ce vendeur à la sauvette de chapatis, des galettes de farine très populaires au Kenya, se dit « très effrayé » et insiste : « Nous n’avons jamais vu Ebola et maintenant ils veulent l’importer chez nous alors que nous n’avons rien pour y faire face. »

Les Etats-Unis ont promis 13,5 millions de dollars (11,8 millions d’euros) pour soutenir le Kenya dans ses efforts de préparation contre le virus. Washington a affirmé être en contact avec les autorités kényanes et rester « optimiste quant à la possibilité de résoudre les objections » au projet. Les autorités kényanes, elles, multiplient les prises de parole pour tenter de convaincre. Le ministre de la santé, Aden Duale, a avancé que le centre pourrait aussi accueillir des patients kényans, ce que n’ont pas confirmé les Etats-Unis.

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En visite en Afrique du Sud le 4 juin, le président du Kenya, William Ruto, a affirmé que le Kenya faisait « la bonne chose » en acceptant le projet américain et qu’en refusant le pays paraîtrait « inhumain ». Quelques jours plus tôt, il mettait en avant un « partenariat avec des amis qui ont travaillé avec le Kenya depuis trente, quarante ans ». Son gouvernement est déjà critiqué pour avoir signé, en décembre 2025, un accord de santé bilatéral avec les Etats-Unis, leur donnant accès à des données de santé kényanes en échange de financements. L’accord a également été suspendu par la justice kényane.

A Nanyuki, les riverains déplorent un manque d’écoute de leur mécontentement. Bethuel Onyango, 24 ans est venu porter un message pour son gouvernement : « Nous sommes fatigués de leurs absurdités, le Kenya n’est pas un centre de confinement. Amener le virus ici, c’est inhumain. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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