Les Unions Régionales des Professions de Santé alertent sur la pollution de l’eau potable par les pesticides, les PFAS et les microplastiques.

Après le cadmium, les médecins libéraux et la Fondation pour la recherche médicale, alertent sur la pollution de l’eau potable, un autre « enjeu massif de santé publique »

Dans une lettre ouverte au gouvernement, la conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé met en avant la menace que représente la pollution de l’eau potable par les pesticides, les PFAS et les microplastiques. La Fondation pour la recherche médicale interpelle également les pouvoirs publics sur la nécessité de tenir compte des liens entre santé et environnement 

Par Stéphane Foucart et Stéphane Mandard

Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 09h48 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/01/apres-le-cadmium-les-medecins-liberaux-alertent-sur-la-pollution-de-l-eau-de-potable-un-autre-enjeu-massif-de-sante-publique_6695912_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260601&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_4

Temps de Lecture 4 min

SEVERIN MILLET

Un an après avoir propulsé le cadmium dans le débat public avec leur alerte sur la « bombe sanitaire » que constitue ce métal hautement toxique omniprésent dans nos assiettes, les médecins libéraux tirent la sonnette d’alarme sur la pollution de l’eau potable. Comme ils l’avaient fait en juin 2025 avec le cadmium – une proposition de loi visant à réduire sa teneur dans les engrais phosphatés doit être débattue à l’Assemblée nationale, mardi 2 juin –, ils ont pris la plume pour interpeller le gouvernement.

Dans une lettre ouverte adressée lundi 1er juin au premier ministre et aux ministres de la santé et de la transition écologique, dont Le Monde a pris connaissance, la conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (CN URPS-ML) fait part de sa préoccupation sur un autre « enjeu de santé publique massif et trop souvent minimisé : la pollution chimique de l’eau potable ». Le même jour, la Fondation pour la recherche médicale (FRM), premier financeur à but non lucratif de la recherche publique sur la santé, interpelle elle aussi les pouvoirs publics, dans une note soulignant l’écart grandissant entre les connaissances disponibles sur les liens entre santé et environnement et l’état actuel de la réglementation.

« Le cadmium et l’eau potable sont les deux faces d’un même problème : la contamination chimique diffuse et silencieuse de notre environnement quotidien, commente Pascal Meyvaert, le coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML. En tant que médecins, nous ne pouvons pas rester spectateurs. » Le groupe de travail dresse un constat implacable. La pollution de l’eau constitue une « menace systématique »« insuffisamment encadrée » et aux conséquences sanitaires « potentiellement considérables » : cancers, pathologies cardiaques, maladies neurodégénératives, troubles hormonaux, immunitaires ou fertilité réduite

« Prendre en compte la science »

La FRM souligne, de son côté, que les connaissances sur les impacts sanitaires de ces pollutions diffuses s’accumulent rapidement. « Jusqu’à présent, de nombreux travaux mettant en évidence ces effets ne pouvaient établir que des corrélations, mais les progrès de la recherche tendent de plus en plus à documenter les mécanismes d’action et commencent à mettre en évidence des liens de causalité », explique Maxime Molina, président du directoire et directeur général de la FRM.

Dans sa note, la fondation souligne que les effets d’expositions simultanées, dit « effets cocktail », « font l’objet d’une documentation croissante », tout comme l’impact des expositions in utero qui peuvent retentir sur le développement de l’enfant. « Nous risquons de passer à côté de la prévention et de nous retrouver dans vingt ou trente ans avec des problèmes bien plus importants qu’escompté », dit ainsi M. Molina, qui exhorte les autorités publiques à « prendre en compte la science ».

Lire aussi |   Cadmium : le dépistage bientôt remboursé en France mais jugé « trop restrictif » par les médecins

Car, pour les médecins libéraux, comme pour la FRM, la réglementation actuelle est insuffisamment protectrice. Selon les données les plus récentes du ministère de la santé, en 2024, plus de 19 millions de personnes, soit près de 30 % de la population, ont été alimentées au moins une fois par une eau non conforme en raison de la présence de pesticides. Ce chiffre ne prend pas en compte l’acide trifluoroacétique (TFA), un métabolite de plusieurs pesticides, également polluant éternel : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail l’a identifié dans plus de 92 % des échantillons d’eau potable testés en France, à des taux systématiquement supérieurs à la valeur réglementaire théorique.

Outre les pesticides et les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), les médecins attirent l’attention sur une autre famille de polluants « particulièrement préoccupants » : les microplastiques qui sont omniprésents, « sous-estimés » et toujours pas réglementés. Parmi les résultats récents de travaux qu’elle a soutenus, la FRM souligne, par exemple, que les chercheurs du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ont mis en évidence l’impact délétère sur la grossesse de certains phtalates (des plastifiants), impliqués dans des accouchements prématurés.

Renforcer la réglementation

De nombreux effets des polluants du quotidien ont été documentés ces dernières années, rappelle la FRM dans sa note, dont certains ne sont pas spontanément associés aux contaminants environnementaux : troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, troubles du spectre autistique, troubles du comportement, déficits cognitifs, etc. « Nous ne voulons être ni alarmistes ni trop inquiétants, mais il ne faut pas nier des dangers qui ont été démontrés, ajoute M. Molina. Ce n’est pas notre rôle de dire à nos dirigeants comment gérer ces risques, mais il faut au minimum que ceux-ci soient pris en compte. » 

« L’heure n’est plus aux études supplémentaires, l’heure est au courage des solutions », exhorte, de son côté, M. Meyvaert. Une position nuancée par la FRM, pour qui la recherche demeure un important levier d’action. « On sait que les PFAS sont désormais omniprésents dans l’environnement, dans les sols, dans l’eau, etc. Mais nous ne connaissons correctement qu’une vingtaine des molécules de cette famille, alors qu’elles sont des milliers, insiste le président de la FRM. Ces premiers résultats prouvent des dangers, il faut poursuivre et intensifier la recherche pour cibler les substances les plus problématiques et aussi pour identifier des alternatives sûres. » 

Lire aussi |   Cadmium : « Les Français sont trois à quatre fois plus contaminés que leurs voisins européens »

Dans leur missive au gouvernement, qui se double du lancement d’une campagne nationale de sensibilisation auprès de leurs collègues, les médecins libéraux formulent plusieurs recommandations. Ils demandent ainsi de renforcer la réglementation pour élargir le spectre des substances surveillées, réduire la production de PFAS et de plastique à la source ou encore améliorer les systèmes de filtration. Ils exhortent aussi le gouvernement à « favoriser le développement de l’agriculture biologique sur celui de l’agriculture intensive ». Les solutions existent, rappelle également la FRM.

Lire aussi l’analyse |   Cadmium : les autorités sanitaires exhortent le gouvernement français à agir en urgence pour réduire l’exposition

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement a publié, en 2025, un rapport proposant des alternatives à l’utilisation des néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles que voulait réautoriser le sénateur (Les Républicains) de la Haute-Loire Laurent Duplomb, dans la loi qui porte son nom, avant d’être censuré par le Conseil constitutionnel. En février 2026, l’organisme public de recherche a montré, grâce à une étude de terrain menée pendant dix ans, que cultiver sans pesticides est techniquement et économiquement faisable, sous certaines conditions. Une direction que ne prend pas la France avec ses projets de loi agricoles successifs, dont le dernier est en cours d’examen à l’Assemblée nationale.

Stéphane Foucart et  Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire