La France peut-elle échapper à sa dette ?
Publié le lundi 7 septembre 2026 à 07:40 https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/la-france-peut-elle-echapper-a-sa-dette-1827564
L’Invité(e) des Matins
Alors que la France n’a jamais emprunté aussi cher depuis 2008, la dette s’impose comme un sujet clé de la présidentielle. Deux économistes pour y voir clair : la dette est-elle soutenable ? Peut-on la « mettre au frigo » comme le propose Jean-Luc Mélenchon ? Va-t-on vers une crise de la dette ?
Avec
- Jézabel Couppey-Soubeyran Maîtresse de conférences en économie à l’université Paris-I, conseillère scientifique à l’Institut Veblen
- Natacha Valla Doyenne de l’École du management et de l’innovation de Sciences Po, ancienne directrice générale adjointe chargée de la politique monétaire à la Banque centrale européenne.
La France n’avait plus emprunté aussi cher depuis 2008, lors de la crise des subprimes. Au même moment, une agence de notation confirmait notre note tout en prévoyant un déficit plus lourd que promis, et un candidat à la présidentielle proposait, selon les jours, de mettre la dette « au frigo » ou de la « foutre au feu ». Trois images d’un même pays qui ne sait plus quoi faire de ce qu’il doit. Le débat de l’été s’est déplacé sur un terrain inattendu : le bilan de la Banque centrale.
Qui possède la dette ?
Après être revenue sur la distinction entre déficit et dette, Jézabel Couppey-Soubeyran détaille en quoi la façon dont l’État se finance se distingue de l’emprunt des ménages. « En revanche, on impose aux États, qui ne sont pas des entreprises, de se financer pratiquement comme des entreprises, c’est une partie du problème parce que ça soumet les États aux pressions du marché« , explique-t-elle. En effet, « qui détient la dette ? » est une question « absolument clé pour comprendre quel est le seuil de soutenabilité de la dette« . L’exemple du Japon est à ce titre révélateur. Alors que la dette française représente aujourd’hui 117 % du PIB, ce ratio est de l’ordre de 250 % pour la dette japonaise. Une situation qui permet tout de même au pays de fonctionner, puisque sa dette est détenue pour moitié par la Banque centrale du Japon.
Jézabel Couppey-Soubeyran rappelle que la dette française est détenue pour moitié environ par des investisseurs étrangers qui, « dès qu’ils perçoivent une mauvaise nouvelle, dès qu’ils perçoivent une montée de l’incertitude politique, vont être amenés à revendre de la dette française pour acheter une dette qui va leur sembler plus sûre. Ceux qui détiennent la dette publique aujourd’hui, ce sont des acteurs qui ne sont pas forcément pourvoyeurs de stabilité financière, qui eux-mêmes empruntent pour acheter cette dette », explique Natacha Valla. Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, une piste de gestion de la dette qui consisterait à mutualiser les dettes souveraines des pays européens afin de créer « un Eurobond qui serait équivalent au Bon du Trésor américain ».
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Peut-on l’annuler ?
À propos de la proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler une partie de la dette souveraine, détenue par les banques centrales européennes devenues progressivement créancières des États, Jézabel Couppey Soubeyran rappelle que cette proposition n’a pas pour but de faire de l’annulation de la dette un instrument de stabilisation budgétaire, mais un levier d’investissement. Elle précise ainsi que « la condition, c’est que les États réempruntent les sommes annulées sur les marchés pour lancer de grands programmes d’investissement et de transformation ». En particulier dans le secteur de la transformation écologique, puisque « investir contre le réchauffement climatique, ça permettra de réduire l’inflation ».
Une proposition qui, pour Natacha Valla, risque de contrevenir à l’indépendance des banques centrales, à la fiabilité des titres de dette auprès des marchés et à la crédibilité de l’euro. Elle craint que cette situation ne profite à des monnaies alternatives et explique qu’il y a beaucoup de « monnaies privées qui sont à l’affût et qui seraient très heureuses de voir une crise de confiance sur les monnaies souveraines que sont le dollar et l’euro« . Elle insiste à la place sur la nécessité pour la France de relancer la croissance et de parvenir à « des finances publiques en bon ordre« . « Soyons prudents, soyons bons gestionnaires et concentrons-nous, non pas sur le bilan des banques centrales qui essaient de maintenir la stabilité des monnaies publiques, mais sur le bon sens de bonne gestion », ajoute-t-elle.
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Vivre la dette
Repenser la croissance
Jézabel Couppey-Soubeyran, qui dénonce le « vieux logiciel croissantiste », explique pour sa part que « les banques centrales ne sont pas les techniciennes qu’elles prétendent être, elles sont des acteurs politiques et il faut les impliquer davantage. On a quand même un trop tendance à avoir regarder uniquement sur la stabilisation budgétaire sans voir le mur d’investissement à franchir« . Elle conclut qu’une grande partie des « investissements à réaliser dans ces transformations écologiques, mais également pour maintenir nos services publics, pour les développer, pour faire société… Tout cela coûte, ça ne rapporte pas et on pourra continuer à emprunter de l’argent sur les marchés pour les financer ».
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