Fin des usines – Explosion de la dette (Jérôme Fourquet)

Dette record, production à l’arrêt, économie de loisirs : la France peut-elle encore tenir ? L’analyse de Jérôme Fourquet 

La France de Fourquet - Industrie, agriculture et dette record... Peut-on encore tenir sans produire ?

Publié le 20/08/2026 à 11h13, mis à jour le 20/08/2026 à 15h58 https://www.lefigaro.fr/flash-actu/dette-record-production-a-l-arret-economie-de-loisirs-la-france-peut-elle-encore-tenir-l-analyse-de-jerome-fourquet-20260820

Un déficit devenu incontrôlable, une balance commerciale en chute libre. Comment aurait-il pu en être autrement avec moins de voitures produites, ou encore moins de fermes agricoles ? Pour Le Figaro TV, le directeur Opinion de l’Ifop décrypte un demi-siècle de bascule.

Les entrepôts mythiques de Tarbes où feu le GIAT – alors entreprise stratégique d’État – faisait construire les tourelles des chars Leclerc ont été reconvertis en 2022 en un immense mur d’escalade au nom de circonstance : «L’Usine». «On voit de façon tout à fait spectaculaire le remplacement de la production historique par les activités récréatives, soit le passage de la sphère productive à la sphère présentielle», résume Jérôme Fourquet dans l’émission La France de Fourquet sur Le Figaro TV, s’appuyant là sur les travaux de l’économiste Laurent Davezies.

Ce dernier distinguait la «sphère présentielle» de la «sphère productive».

La première englobe toutes les activités économiques qui répondent aux besoins des populations locales et des touristes à un endroit donné : commerces, services à la personne, garagistes, coiffeurs, etc.

À l’inverse, la seconde inclut toute la production qui a vocation à être exportée des territoires de production.

Alors qu’au début du mandat de Valéry Giscard d’Estaing, les deux sphères étaient à exacte même proportion, le déclin de la sphère productive s’accélère et en 1990, seuls les Hauts-de-Seine, l’Aube et la Mayenne résistent en conservant une majorité d’activités productives. Quinze ans auparavant, 52 départements dépendaient principalement de l’industrie et de l’agriculture. «Dès les années 90, la messe est quasiment dite pour le tissu productif, aujourd’hui rayé de la carte au profit d’activités résidentielles sur la totalité du territoire français», relève Jérôme Fourquet. Une hémorragie non sans conséquences, puisque l’auteur de Métamorphoses françaises (éd. du Seuil) a recensé 940 fermetures de sites industriels de plus de 50 salariés entre 2008 et 2020.

L’effondrement du secteur automobile français

Juste sous nos yeux, le secteur automobile subit de plein fouet l’effondrement le plus spectaculaire. 3,7 millions de voitures étaient assemblées en France en 1990, quasi autant en 2005, pour n’arriver aujourd’hui qu’à un maigre et laborieux chiffre d’1,3 million de voitures construites en France sur l’année 2022.

Non sans rappeler l’usine du GIAT de Tarbes devenue salle d’escalade, Jérôme Fourquet cite en «exemple emblématique du déclin de notre automobile» le cas de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, où «la transformation paysagère est tout à fait éloquente : c’est aujourd’hui une cité musicale (La Seine musicale, NDLR) qui trône sur l’île, en lieu et place de la mythique usine Renault Billancourt qui a fermé ses portes en 1992».

Nous sommes passés d’1,6 million de fermes agricoles en 1970 à 350 000 aujourd’hui. C’est le plus grand plan social de l’Histoire de France contemporaine.Jérôme Fourquet dans «La France de Fourquet»

L’agriculture, requiem pour une exception française

«Parallèlement à la contraction de notre premier moteur productif qu’était l’industrie, les effectifs de notre second moteur productif qu’était l’agriculture  ont fondu comme neige au soleil», fait remarquer Jérôme Fourquet sur Le Figaro TV. En 1970, la France comptait 1,6 million d’exploitations professionnelles contre seulement 350 000 fermes aujourd’hui.

«Bien que silencieux, c’est le plus grand plan social de l’Histoire de France contemporaine», ajoute le sondeur, qui précise toutefois que «ça ne se voit pas forcément à l’œil nu, la taille moyenne des exploitations agricoles ayant fortement augmenté et les derniers agriculteurs restants reprenant tout ou partie des terres délaissées, mais l’agriculture comme profession a été réduite à la portion congrue».

Balance commerciale, endettement et déficit : le prix à payer

Dans sa Théorie de l’évolution économique(1911), Joseph Schumpeter, chantre de la destruction créatrice, jugeait que «le nouveau ne sort pas de l’ancien mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner». L’Aveyron, cité en exemple typique du déclin de la sphère productive par Jérôme Fourquet, ne fait pas exception.

Là où la métallurgie à Decazeville ou l’ameublement du côté de Sévérac-le-Château faisaient office de poumons économiques du département, les enseignes de supermarché désormais pullulent. À l’échelle nationale, une marque comme Intermarché par exemple a plus que quadruplé son implantation dans les années 1980, au moment même où l’on constatait un essor de l’économie de services et une chute libre de la production. Le long de la Seine, les entrepôts logistiques ont «littéralement remplacé les friches industrielles désertées», observe le chroniqueur au Figaro TV .

La dette publique est le carburant indispensable au fonctionnement d’une économie présentielle lorsque les moteurs productifs sont à l’arrêt Jerome Fourquet (Le Figaro TV)

«Conséquence mécanique de ce basculement à une économie présentielle : il y a un prix à payer et c’est notamment la dégradation de notre balance commerciale, en excédent dans les années 1990 et qui, aujourd’hui, pique totalement du nez», soulève le directeur Opinion de l’Ifop. Autre facette peu reluisante de l’économie tertiarisée : une dette publique en courbe exponentielle qui paie les retraites, les aides à la consommation, les importations, les conséquences des crises diverses et… les emplois publics. «Nos régions désindustrialisées sont perfusées d’argent public. On voit souvent dans les villes qui ont perdu leurs usines combien la mairie et l’hôpital  sont devenus les principaux employeurs», rappelle notamment Jérôme Fourquet. Sans industries ni agriculteurs, nos régions ont-elles d’autre sort que le coma artificiel ?

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire