«40 maisons sont inhabitables» : en Charente-Maritime, des habitants inquiets de la pollution d’une usine d’engrais
Les sols de leurs jardins étaient pollués par des métaux lourds «à des niveaux présentant des risques sanitaires», plusieurs voisins de l’usine craignent d’être expropriés.
Plomb, cadmium, arsenic… En Charente-Maritime, les habitants voisins d’une usine de production d’engrais ont appris les uns après les autres que les sols de leurs jardins étaient pollués par des métaux lourds «à des niveaux présentant des risques sanitaires», selon la préfecture. À Tonnay-Charente, après avoir suspecté, pour certains depuis près de 20 ans, cette pollution des sols, des habitants installés à proximité du site de production de la société Timac Agro, filiale du groupe Roullier, craignent désormais une expropriation.
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Les résultats de l’interprétation de l’état des milieux (IEM), demandée depuis 2019 par les services de l’État à Timac Agro pour évaluer les impacts sanitaires de son activité, sont communiqués au compte-goutte depuis plusieurs semaines aux résidents volontaires pour des analyses de sol. Sur 92 parcelles analysées dans ce lotissement résidentiel de la cité de la Coudre, à Tonnay-Charente, près de la moitié présente «un état des sols incompatible avec les usages résidentiels et l’autoproduction alimentaire», écrit la préfecture dans un courrier cosigné avec l’Agence régionale de santé (ARS) et envoyé aux habitants concernés.PASSER LA PUBLICITÉ
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«Nos terrains ne valent plus rien»
Plus largement, l’ensemble des habitants de ce quartier ouvrier, en périphérie de la ville, sont incités à éviter la consommation de légumes cultivés en potager, à laver les jouets utilisés en extérieur ou encore à se déchausser dans leur maison. «Quarante maisons sont tout bonnement inhabitables», résume, amer, Gérard Garder, administrateur du Collectif de défense de Tonnay-Charente (CDDTC) défendant les citoyens touchés par les pollutions.
Bruno Chauvineau, 65 ans, plombier chauffagiste à la retraite et coprésident du collectif, est «écroulé» depuis la réception du courrier le 31 juillet. «Nos terrains ne valent plus rien. J’ai bossé comme un dingue dans cette maison pour laisser du patrimoine à mes enfants et je ne sais même pas si elle sera vendable», confie-t-il. Dans un arrêté fin juillet, le préfet Michel Prosic a demandé à Timac Agro de lui remettre, dans un délai de six mois, un plan de gestion censé définir, parcelle par parcelle, les mesures de nettoyage et de restauration d’un sol sain et les restrictions d’usage. La société a deux mois pour faire appel.
«Laxisme de l’État»
Pour Gérard Garder, cet arrêté «est une grande victoire» qui identifie «enfin Timac Agro comme responsable de la pollution de nos sols». Un dossier long de 19 ans, qui illustre selon lui, «le laxisme de l’État». Fumées, poussières, odeurs pestilentielles : des riverains ont «accumulé les nuisances», sans connaître les conséquences sur le long terme. Et «même si nous n’atteignons pas le seuil d’alerte défini par l’ARS, beaucoup d’habitants sont morts de cancers. Est-ce que nos enfants qui ont grandi sur ces terrains seront touchés ?», s’inquiète le bénévole.
«Dans six mois, que va nous annoncer la Timac ?», s’interroge le Tonnacquois, qui a «du mal à croire» à une dépollution mais redoute aussi une expropriation. «On n’a rien demandé de tout ça. Pendant des années on nous a dit que Timac ne polluait pas, je suis écœuré», fulmine-t-il. Ce site industriel au bord du fleuve Charente, créé en 1915 par la Compagnie royale asturienne des mines, accueillait différentes activités industrielles : raffinerie et laminage de zinc, fonderie de plomb, fabrication d’acide sulfurique, d’engrais.
Au début des années 1960, cette compagnie a cédé une partie du site à des promoteurs, où se trouve aujourd’hui ledit lotissement. Timac Agro a acquis le reste en 1979 pour son activité de fabrication de fertilisants, cessée en mars 2023. Contactée, l’entreprise dit avoir «pris acte de l’arrêté préfectoral» et «examine les suites à (lui) réserver dans le respect des voies de droit». Elle estime avoir «pleinement coopéré avec les autorités administratives tout au long des investigations environnementales»et «demeure attentive aux préoccupations exprimées par les riverains». En février 2024, Timac Agro avait été reconnue coupable par le tribunal judiciaire de Brest de dépassements des valeurs limites d’émission d’ammoniac entre 2018 et 2021.