Annuler la dette publique ne réglera pas le problème de la gauche face aux marchés
Si la proposition de La France insoumise d’annuler la dette publique paraît alléchante sur le papier, elle n’empêchera pas un programme de gauche ambitieux d’être attaqué par l’ordre établi et les marchés financiers si celui-ci était réellement appliqué.
3 septembre 2026 à 18h32 https://www.mediapart.fr/journal/politique/030926/annuler-la-dette-publique-ne-reglera-pas-le-probleme-de-la-gauche-face-aux-marches
« Refuser le chantage : annuler la dette publique »
, c’est ce que prône sur son site de campagne pour l’élection présidentielle de 2027 le candidat insoumis. Jean-Luc Mélenchon propose d’ores et déjà, pour se donner des marges de manœuvre budgétaire en cas d’arrivée au pouvoir, d’effacer une partie de la dette publique française – celle détenue indirectement par la Banque centrale européenne (BCE) depuis la crise du covid-19.
« C’est une dette à nous-mêmes, puisque nous sommes membres de la zone euro », a justifié le chef de file insoumis lors d’un débat organisé par le Medef, le 27 août 2026.

Une telle manœuvre ferait baisser de près de 20 points de pourcentage le rapport entre le niveau de la dette publique et le produit intérieur brut (PIB) de la France qui s’établissait, au premier trimestre 2026, à 117,5 %, selon l’Insee.
« Congeler la dette dans le bilan de la banque centrale, c’est annuler le pouvoir de nuisance des marchés et désarmer le chantage à la dette », écrivent dans une tribune pour Le Nouvel Obs *, publiée le 22 août, des économistes soutenant la proposition insoumise.
« La dette publique peut être annulée, comme l’a dit Jean-Luc, sans aucun impact économique ni financier », assurait de son côté Matthieu Pigasse, dont le métier de banquier d’affaires est d’aider les États à renégocier leur dette, parfois pour le pire.
Une décision déjà portée en 2020
Sans surprise, la proposition du leader insoumis a fait réagir jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir politique et économique. C’est « la crise financière assurée », a rétorqué le ministre de l’économie, Roland Lescure, sur la même ligne que l’ancien président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, invité à s’exprimer sur BFMTV.
Cela « ne peut pas fonctionner », disent Les Échos, tout comme un chroniqueur du magazine Challenges, qui fustige le piège de l’« argent magique ». Une autre estime dans La Croix que Jean-Luc Mélenchon serait même « à la dette ce que le professeur Raoult était aux maladies infectieuses ».
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Mais comme la taxe Zucman il y a un an, qui fut très utile pour remettre au centre des discussions l’accumulation des ultrariches et leur faible taux d’imposition, la proposition insoumise d’annuler la dette publique a pour grand mérite de faire réfléchir sur l’insupportable discipline par la dette imposée aux politiques budgétaires par les marchés financiers et les dirigeants politiques aux manettes.
Cette austérité fait passer pour nécessaires et rationnelles des réformes inhumaines, comme dérembourser des médicaments, désinvestir dans les services publics ou refuser toute planification écologique. Ce sera encore une fois le cas dans le budget 2027, dont les interminables discussions au Parlement vont débuter dans les prochaines semaines.
Rappelons que cette proposition d’annuler les titres de dette publique française logés à la BCE, beaucoup la portaient déjà à la fin de l’année 2020. Et bien au-delà des rangs de la gauche insoumise. À l’époque, des personnalités comme l’homme d’affaires Alain Minc, Arnaud Montebourg ou Hubert Rodarie, l’ancien président de l’Association française des investisseurs institutionnels – qui regroupe des assureurs, des mutuelles et caisses de retraite d’entreprises publiques – y étaient favorables sur le principe.
La BCE avait en effet racheté quelques mois auparavant pour près de 500 milliards d’euros de titres de dette française – elle l’a aussi fait pour d’autres pays de la zone euro – afin de maintenir l’économie du Vieux Continent sur pied durant les confinements imposés par la crise sanitaire.
Le raisonnement qui consistait à demander une annulation rapide de ces créances était simple : en 2020, la dette publique française avait bondi de 100 % à 120 % du PIB à cause de la crise sanitaire, un élément extérieur et imprévu qui risquait d’obérer toutes les marges de manœuvre budgétaires pour les années à venir.
Dès lors, pourquoi ne pas l’annuler ? Surtout qu’on ne parlait pas ici de faire défaut sur les créanciers privés – banques, assurances, fonds de pension – mais sur la Banque centrale européenne, une institution singulière qui rinçait alors à l’œil.
Un débat technique sur le fond
Peut-on faire disparaître la dette publique détenue par la BCE par le biais de la Banque de France ? Les économistes des instituts La Boétie (proche des insoumis), Veblen ou Rousseau en sont persuadés depuis bien longtemps. Ils et elles estiment que les banques centrales ne sont pas des institutions comme les autres et peuvent vivre à perte, dans le jargon avec des « fonds propres négatifs ».
Un argument déjà avancé par la très sérieuse Banque des règlements internationaux (BRI) dans une note de 2013 : « Les banques centrales ne sont pas des banques commerciales. Elles ne recherchent pas de profits et ne sont donc pas confrontées aux mêmes contraintes financières que les institutions privées. Concrètement, cela signifie que la plupart des banques centrales pourraient perdre de l’argent jusqu’à ce que leurs fonds propres deviennent négatifs, tout en continuant à fonctionner avec succès. »
D’autres économistes pensent cette solution erronée, comme Henri Sterdyniak, sur son blog Mediapart. Pour lui, ce serait comme déshabiller Pierre pour habiller Paul : « La Banque de France est une filiale financière de l’État ; elle lui verse chaque année en dividendes (ou impôt sur les sociétés) la quasi-totalité de ses profits. Imaginons que la Banque de France annule les titres publics qu’elle détient. Ce serait une opération interne au secteur “État + banque de France”. »
Ainsi, « l’État qui avait une dette de 118 % du PIB n’aurait plus qu’une dette de 98 % du PIB ; mais sa filiale financière, la Banque de France, aurait une dette de 20 % du PIB : la dette globale du secteur “État + Banque de France”, détenue par le secteur privé, serait toujours de 118 % du PIB ».
Or, dit-il, « la Banque de France devrait toujours rémunérer les dépôts des banques, mais elle n’aurait plus les ressources des intérêts des titres qu’elle détenait. Elle serait donc structurellement en déficit ; elle ne verserait plus de dividendes à l’État ». Ainsi, en annulant la dette, « l’État économiserait une partie de ses charges d’intérêt, mais ne recevrait plus les dividendes de la Banque de France ». Un jeu à somme nulle donc.
Surtout, il faut rappeler que la dette française s’échangeait à l’époque à taux zéro, voire à des taux négatifs sur les marchés. Donc, l’impact d’une réaction épidermique des marchés financiers répercutant le défaut auprès de la BCE sur les taux d’emprunt français de quelques dixièmes de points de pourcentage aurait été largement surmontable du point de vue budgétaire.
Mieux valait-il alors « foutre au feu » les titres de dette, pour reprendre l’expression récente de Jean-Luc Mélenchon. Mais les chantres du rigorisme monétaire et budgétaire, au premier rang desquels le gouverneur de la Banque de France de l’époque, François Villeroy de Galhau, en ont fait une affaire de principe : hors de question de créer un précédent. Ils sont montés au créneau pour annihiler toutes les velléités de défaut de la dette BCE et ont obtenu gain de cause.
Situation tendue
Mais depuis, la situation a évolué. Et il n’est plus certain que l’annulation de la dette publique auprès de la BCE soit la meilleure des priorités politiques à avoir, notamment pour trois raisons.
D’abord, la situation sur les marchés financiers est bien plus tendue qu’il y a six ans : la Banque centrale européenne a relevé drastiquement ses taux directeurs à partir de l’été 2022. En plus d’avoir été répercutée sur les taux d’emprunt des États, cette hausse a considérablement affaibli la demande en France.
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À cela s’ajoute la concurrence croissante entre les besoins de financement de l’intelligence artificielle (IA) et des États qui, depuis trois semaines, alimente une hausse générale des taux des obligations d’État.
En parallèle, l’échec de la politique économique menée par Emmanuel Macron a éclaté au grand jour : la dissolution a créé une période d’instabilité politique qui court toujours et que les marchés ont sanctionnée.
En outre, l’incapacité de la politique de l’offre à générer de la croissance économique est maintenant intégrée. Pis, les comptes publics ont dérapé en 2023 et en 2024 : un trou de près de 70 milliards d’euros est apparu, principalement dû à un manque de recettes fiscales, ce qui a creusé encore plus les déficits publics.
Autrement dit : les aides publiques au secteur privé sont incapables de produire de la croissance qui permettrait de réduire le niveau du déficit et de faire reculer le ratio d’endettement de la France.
En conséquence, les taux d’intérêt auxquels la France emprunte ont grimpé en flèche : à plus de 4 % sur dix ans désormais. Ce taux est surtout largement supérieur à l’inflation, actuellement à 2,4 %. Ce qui veut dire que les taux d’intérêt réels sont bien plus élevés qu’en 2020.
Dès lors, en cas de non-remboursement volontaire de la dette logée à la BCE, une réaction épidermique des marchés aurait, si elle se produisait, des impacts bien plus importants que si cela s’était produit fin 2020.
« Les marchés sont emportés par les forces élémentaires de l’opinion et de la croyance », disait récemment sur son blog l’économiste Frédéric Lordon. Dans l’état actuel des choses, ces forces sont clairement contraires à un défaut partiel sur la dette publique, qui plus est proposé par un gouvernement de gauche.
Ensuite, il ne fait nul doute qu’au niveau européen, la situation s’étant gravée dans le marbre, il est beaucoup plus compliqué de négocier un défaut avec les autres pays de l’Union.
« La France ferait indirectement supporter la perte aux autres banques centrales nationales. Les partenaires européens – Allemagne, Pays-Bas, pays nordiques… – ne peuvent évidemment pas accepter que la marge de manœuvre budgétaire française soit financée par leur propre bilan », estimait auprès de l’Agence France-Presse l’économiste chargé de la France chez Rexecode, Anthony Morlet-Lavidalie.
Une tâche déjà immense
Pour ne rien arranger, rappelons que la période n’est plus aux politiques monétaires accommodantes qui ont couru de 2011 à 2022. Les membres du conseil des gouverneurs de la BCE – dont font partie, notamment, les dirigeant·es des banques centrales des pays de la zone euro –, qui privilégient une politique monétaire stricte, ont repris le pouvoir.
Le président de la Banque fédérale d’Allemagne, Joachim Nagel, en tête, qui a déjà opposé une fin de non-recevoir à la proposition insoumise : « Aucune banque centrale de l’eurosystème – ni la BCE – n’a le droit d’annuler la dette d’un État, explique-t-il. Cela constituerait un financement monétaire des gouvernements, ce qui est interdit par les traités européens. »
Le président de la Bundesbank fait référence à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit l’« acquisition directe » de la dette par la banque centrale. Certes, qui suit depuis le début du siècle les politiques européennes sait que les traités sont en permanence tordus et que le sujet est davantage d’ordre politique, ce qui nécessite un rapport de force.
Or, et c’est le dernier argument, en matière de rapport de force, La France insoumise (LFI) aura déjà beaucoup à faire pour faire accepter son programme.
Annulation ou pas de la dette, qui peut sérieusement penser que les marchés financiers, et plus globalement le camp du capital, chaque année plus radicalisé, ne crieront pas haro sur le programme de LFI si celle-ci arrivait au pouvoir ? Cette offensive aurait lieu même si le niveau de la dette était beaucoup plus faible.

Dès lors, on peut penser qu’annuler la dette logée à la BCE est peut-être en trop au regard de la tâche immense qui attend un gouvernement de gauche de rupture : d’une part, faire accepter aux prêteurs de l’État français une relance budgétaire digne de ce nom, avec une part de fiscalité importante sur le capital ; d’autre part, sortir du joug des marchés financiers internationaux, seul objectif qui permette réellement de se donner de l’air.
Car rappelons qu’environ la moitié des plus de 3 000 milliards d’euros de dette publique française est détenue par des fonds étrangers, sur lesquels l’État n’a que peu de prise.
Plusieurs pistes devraient être explorées dans ce cadre, comme une « redomestication » de la dette, c’est-à-dire faire détenir la dette française par des agents résidant en France, par le biais de l’assurance-vie notamment, mais aussi un retour à un « circuit du Trésor » – modèle des Trente Glorieuses par lequel les banques, les entreprises publiques et les collectivités déposaient leur argent au Trésor public, qui finançait l’économie en retour – ou avoir recours au financement monétaire direct pour les politiques économiques planifiées par l’État.
Ces solutions alternatives nécessiteraient des discussions musclées au niveau européen, que ce soit à la Commission, au Parlement ou à la Banque centrale. Mais ce sont des questions auxquelles devra réfléchir qui voudra véritablement remettre en cause l’ordre économique établi et sortir du joug des marchés financiers.
Face à ces immenses enjeux, annuler la dette logée à la BCE, loin d’être le créancier le plus retors, relève presque du superflu.
Tribune
*« Mettre la dette au frigo » : le débat est celui de notre dépendance aux marchés financiers
Publié le 22 août 2026 à 10h11 , mis à jour le 24 août 2026 à 10h57 https://www.nouvelobs.com/opinions/20260822.OBS117569/mettre-la-dette-au-frigo-le-debat-est-celui-de-notre-dependance-aux-marches-financiers.html
Lecture : 5 min.
Pour Éric Berr, de l’Institut La Boétie, Benjamin Lemoine (CNRS) et la cinquantaine d’économistes signataires de la tribune, dont certains sont proches des insoumis, la proposition de Jean-Luc Mélenchon de « mettre au frigo » les titres de la dette pose la question de la reprise en main démocratique de notre économie.
Ces derniers jours, une polémique secoue le bocal médiatico-politique. En cause : une conférence de presse où Jean-Luc Mélenchon suggère de « mettre au frigo » la dette publique française avec l’appui de l’Eurosystème (Banque centrale européenne et Banque de France). Car cette proposition vient percuter un tabou et une pratiquedevenue si familière qu’elle en paraît naturelle : l’Etat doit nécessairement passer sous les fourches caudines des marchés financiers pour se financer. La conséquence de cette pratique est une dette publique de 3536 milliards d’euros au premier trimestre 2026, qui représente 117,5 % du PIB.
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Provoquer ainsi les réactions de l’économie mainstream permet de rappeler plusieurs fondamentaux du débat contemporain sur la politique économique, monétaire et financière. Une dette détenue par la banque centrale n’a pas le même statut économique et politique qu’une dette détenue par des investisseurs privés. Tant qu’un titre public figure au bilan de l’Eurosystème, il est soustrait aux arbitrages quotidiens des marchés, où s’expriment les goûts et dégoûts des professionnels de la finance gérant l’épargne mondiale. Il ne peut plus être vendu par des créanciers privés qui décideraient soudain que la politique d’un gouvernement suscite de vives inquiétudes ou est insuffisamment « crédible ». Cet emprunt ne participe plus de la même façon à la mécanique disciplinaire qui traduit des propositions politiques considérées comme insatisfaisantes pour les marchés obligataires en hausse de taux, puis en argument pour réduire la dépense publique de la main gauche de l’Etat. « Congeler » la dette dans le bilan de la banque centrale, c’est donc annuler le pouvoir de nuisance des marchés et désarmer le chantage à la dette.
Mais il faut aller plus loin, et faire en sorte que les Etats européens et les options démocratiques évoluent à l’abri des aléas et conceptions socialement entendues des marchés financiers. Une première mesure doit consister à empêcher que la dette actuellement détenue par l’Eurosystème revienne progressivement sur les marchés – un retour « à la normale », au nom de la gestion de l’inflation que beaucoup appellent de leurs vœux. Par ailleurs, la BCE a décidé de « réduire son bilan », c’est-à-dire de diminuer le stock de dettes publiques qu’elle détient à la suite des achats effectués entre 2015 et 2024. Cette institution publique européenne pourrait faire le choix opposé en renouvelant ces détentions afin de maintenir durablement hors marché une fraction significative des dettes souveraines. C’est, au fond, ce que signifie l’idée de Jean-Luc Mélenchon de « mettre les titres au frigo » : soustraire une partie du stock de dette souveraine française au marché, afin de la mettre à l’abri des attaques spéculatives. Concrètement, lorsque les titres arrivent à échéance, le Trésor rembourse le principal à la BCE, ou à l’Eurosystème, qui peut alors réinvestir les sommes récupérées, éventuellement en rachetant de nouveaux titres publics. On pourrait même envisager de transformer ces titres en une dette à très longue maturité, voire perpétuelle, assortie d’un taux faible ou nul.
La BCE pourrait reprendre une politique plus offensive d’achats de titres publics. Elle l’a fait massivement après la crise de la zone euro puis pendant la pandémie. Ces interventions ont montré qu’une banque centrale peut empêcher une crise de dette souveraine lorsqu’elle accepte de jouer son rôle de stabilisateur en dernier ressort. Des achats réguliers et garantis permettraient de contenir les taux d’intérêt, de tuer dans l’œuf les attaques spéculatives, mais sans les assortir des contreparties austéritaires qui ont marqué la crise des dettes souveraines des années 2010. L’organisation de nos sociétés et économies pour faire face à une planète qui brûle le justifie pleinement.
Ces deux propositions ne demandent pas de créer de nouveau dispositif mais seulement d’utiliser des leviers déjà existants et utilisés. Elles sont portées par d’autres gouvernements européens (Italie, Grèce, Portugal, Espagne) dont les intérêts économiques en matière de politique monétaire et de dette publique sont alignés sur ceux de la France. Des dirigeants de ces pays ont publiquement exprimé leur opposition au relèvement des taux directeurs par la BCE. Enfin, ces deux solutions (« congélation » et reprise des rachats) sont actuellement mises en œuvre par la Federal Reserve (la banque centrale des Etats-Unis), ce qui témoigne de leur faisabilité et de leur actualité : dès l’été 2024, la Fed a ralenti le rythme de réduction de son bilan, puis a décidé fin 2025 de mettre fin à la réduction de son bilan en réinvestissant l’intégralité de l’argent des titres arrivés à maturité ; depuis le début 2026, elle a relancé des rachats de titres de dette souveraine. Pourquoi faudrait-il accepter pour la Banque centrale européenne des instruments volontairement amoindris ?
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Cependant, la stratégie de financement public ne saurait reposer uniquement sur la BCE. La France a longtemps disposé d’un système dans lequel le Trésor dépendait beaucoup moins qu’aujourd’hui des marchés financiers. Il ne s’agit pas de ressusciter à l’identique le circuit du Trésor de l’après-guerre, mais d’en retrouver l’inspiration afin d’organiser politiquement le financement des besoins collectifs.
Une partie plus importante de l’épargne réglementée pourrait être orientée vers le financement public. Les banques pourraient être tenues de détenir un plancher de titres publics. Un pôle public bancaire pourrait financer à taux réduit les collectivités locales et les investissements nécessaires à la bifurcation écologique. L’épargne nationale cesserait alors d’être seulement une matière première offerte aux marchés financiers et redeviendrait un instrument de politique économique.
A terme, la question du financement direct des Etats par la banque centrale devra être posée. Les verrous qu’imposent les traités européens ne représentent pas une loi de l’économie mais un choix institutionnel, aujourd’hui daté.
Rétablir les canaux durables de financement public hors marché ne signifie évidemment pas que les déficits pourraient être financés sans limite. Mais la mise en œuvre de politiques raisonnées n’a rien à voir avec le fait de laisser aux marchés financiers un droit de veto permanent. Il ne s’agit pas d’un petit aménagement technique, mais la première pièce d’une architecture macrofinancière qu’il faut reconstruire en profondeur. La loi de l’offre et de la demande de titres d’emprunts, dirigée en réalité par les désirs d’accumulation de la finance privée, ne saurait présider au destin des populations. C’est d’ailleurs cette richesse privée qui requiert, pour fonctionner, des supports de placement stables et réputés sans risque – au premier rang desquels figure la dette souveraine. Contribuer à mettre la dette souveraine hors marché pave la voie d’une reprise en main démocratique du crédit et de ses circuits d’allocation. Ce qui prendrait tout son sens dans le cadre d’une planification écologique et d’un gouvernement par les besoins. La proposition de Jean-Luc Mélenchon a le mérite de rouvrir le débat : voulons-nous continuer à placer notre avenir dans les mains des marchés financiers ?
SIGNATAIRES
- Eric Berr, économiste, maître de conférences à l’Université de Bordeaux. Boétie
- Benjamin Lemoine, politiste, directeur de recherche au CNRS et au centre Maurice Halbwachs. Boétie
- Daniel Bachet, professeur émérite, Université d’Evry-Paris-Saclay
- Federico Bassi, maître de conférences à l’Université de Lille
- Hannah Bensussan, économiste
- Sylvain Billot, statisticien économiste
- Bruno Boidin, professeur des universités, économiste
- Mireille Bruyère, économiste
- Louison Cahen-Fourot, maître de conférences en économie, Université de Roskilde (Danemark)
- Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne
- Thomas Coutrot, économiste, chercheur associé à l’Ires
- Nicolas Da Silva, économiste, maître de conférences à l’Université Sorbonne Paris Nord
- Anne Debregeas, économiste de l’énergie
- Valérie Desmoulins, professeure de Sciences économiques et sociales (SES)
- Anne Eydoux, économiste, maîtresse de conférences au Cnam
- Giorgio Fabbri, économiste, directeur de recherche au CNRS, Grenoble
- Pierre Funalot, enseignant-chercheur à l’université de Bordeaux
- Vincent Gayon, maître de conférences
- Patrice Grevet, économiste, professeur honoraire à l’université de Lille
- Isabelle Guérin, directrice de recherche à l’IRD
- Bernard Guibert, économiste
- Ozgur Gun, économiste, Université de Reims
- Layla Hallak, doctorante en économie
- Hugo Harari-Kermadec, professeur à l’Université d’Orléans
- Jean-Marie Harribey, économiste à l’Université de Bordeaux
- Sabina Issehnane, économiste, maîtresse de conférences à l’université Paris-Cité
- Alexis Jeamet, docteur en économie
- Pierre Khalfa, économiste Fondation Copernic
- Dany Lang, enseignant-chercheur en économie, Université Sorbonne Paris Nord
- Frédéric Lebaron, sociologue-économiste
- Léo Malherbe, maître de conférences, Université de Picardie Jules Verne
- Marc Mangenot, économiste, membre de la Fondation Copernic
- Kako Nubokpo, économiste et ancien ministre du Togo
- Stefano Palombarini, maître de conférences en économie
- Nicolas Piluso, maître de conférences en économie
- Dominique Plihon, économiste, professeur émérite à l’Université Sorbonne Paris Nord
- Luc-Albert Rasselet, professeur de SES
- Pétronille Rème, directrice de recherche
- Corinne Remize-Noel, enseignante en économie
- Jacques Rigaudiat, conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes
- Louis-Philippe Rochon, professeur à l’Université Laurentienne (Canada) et directeur de la « Review of Political Economy »
- Julien Salama, doctorant en économie écologique
- Jean-Michel Servet, professeur honoraire
- Bruno Théret, économiste, directeur de recherche émérite au CNRS, associé à l’IRISSO, université Paris-Dauphine
- André Tiran, professeur émérite à l’université Lyon-2
- Julien Trevisan, mathématicien
- Aurélie Trouvé, maîtresse de conférences en économie
- Grégory Vanel, professeur d’économie/Grenoble Ecole de Management
- Carlo Vercellone, économiste, professeur émérite à l’université Paris-8
- Sébastien Villemot, économiste
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Par Collectif
Mélenchon veut « mettre la dette au frigo » : pourquoi ça coince parmi les économistes
Décryptage C’est une proposition que La France insoumise a lancée en 2021 et qui figure désormais au programme du candidat Jean-Luc Mélenchon. Pour résoudre le problème de la dette publique, il suffirait de l’annuler. Ce n’est peut-être pas aussi simple que ça…
Par Claude Soula
Publié le 20 août 2026 à 12h00 https://www.nouvelobs.com/economie/20260820.OBS117532/melenchon-veut-mettre-la-dette-au-frigo-pourquoi-ca-coince-parmi-les-economistes.html
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Comment résoudre le problème de l’endettement public qui étouffe chaque jour un peu plus les finances du pays ? Les taux d’intérêt sur cette dette de 2 900 milliards (voire 3 550 milliards avec les dettes sociales) s’envolent à des niveaux de plus en plus élevés : nos emprunts nous coûtent désormais un taux annuel supérieur à 4 %, revenant aux niveaux de la grande crise financière de 2008, mais sans crise majeure pour le justifier. Après être descendus à des taux nuls, voire négatifs entre 2019 et 2022, les emprunts redeviennent à eux seuls une lourde charge pour le budget public et ils vont mobiliser une part de plus en plus importante des recettes fiscales au détriment des postes plus utiles au pays. Et pas plus que ses prédécesseurs, le gouvernement Lecornu ne sait comment réduire le déficit annuel de son budget, ni la spirale à la hausse de son endettement faute d’accord possible avec les députés.
PublicitéSur les réseaux sociaux et dans ses interventions publiques, un candidat apporte pourtant une solution clé en main. Jean-Luc Mélenchon répète qu’il faut effacer cette dette : « Il suffit d’y aller, les prendre et de les foutre au feu », ou variante, de « la mettre au frigo » puisque la dette est un …