Les fumées toxiques des mégafeux de forêt à l’origine d’au moins 100 000 morts par an dans le monde
Selon l’Organisation météorologique mondiale, les feux extrêmes, comme celui qui a touché la Gironde à l’été 2026, ont triplé à l’échelle de la planète depuis 1990, entraînant un fardeau sanitaire encore largement « sous-estimé ».
Par Stéphane Mandard
Publié 2026/09/07
Temps de Lecture 3 min.

Officiellement, les incendies qui ont ravagé plus de 96 000 hectares en France au cours de l’été n’ont pas fait de victimes, hormis quatre pompiers tués et plus d’une centaine d’autres blessés. Mais les fumées toxiques générées par les feux de forêt et à l’origine d’importants pics de pollution de l’air en Gironde, dans les Landes ou encore dans le Lot-et-Garonne sont loin d’être sans effet sur la santé.
Dans l’édition 2026 de son Bulletin sur la qualité de l’air et le climat, publiée lundi 7 septembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) relève que les mégafeux comme celui de Gironde ont triplé à l’échelle de la planète depuis les années 1990 et contribué à au moins 100 000 décès par an sur la période 2010-2018. Un fardeau important, donc, et que l’institution onusienne tient pour largement « sous-estimé ».
« Les feux de forêt d’une ampleur extrême se multiplient dans de nombreuses régions du monde, entraînant des conséquences sanitaires considérables », écrivent Johann Georg Goldammer (Max Planck Institute for Chemistry, Allemagne) et Patricia Krecl (Federal University of Technology, Brésil), deux des auteurs internationaux de la publication.
Lire aussi | Une saison de feux historique, en France comme en Europe, sur fond de sécheresse et de réchauffement climatique
« La plupart des évaluations actuelles des risques sanitaires liés à la qualité de l’air ne parviennent pas à prendre suffisamment en compte la toxicité spécifique de la fumée des feux de forêt », explique Paolo Laj, chef du réseau de surveillance globale de l’atmosphère de l’OMM. Une étude épidémiologique menée en Europe et publiée en 2025 montre que les évaluations classiques, fondées le plus souvent sur la seule exposition aux concentrations en particules fines (PM2,5, de diamètre inférieur à 2,5 micromètres), peuvent sous-estimer la mortalité attribuable aux feux de forêt jusqu’à 93 %.
Substances cancérogènes
Au-delà de la libération immédiate de gaz asphyxiants de type monoxyde de carbone et cyanure d’hydrogène ou d’oxydes d’azote et de benzène, les particules fines et ultrafines émises lors des feux de forêt sont très toxiques de par leur composition. Elles peuvent contenir plusieurs substances cancérogènes comme des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des dioxines, des métaux lourds ou encore des pesticides utilisés pour traiter les pins. Ces particules, jusqu’à 30 fois plus fines qu’un cheveu, peuvent passer dans le sang, le placenta ou atteindre le cerveau.
« Si l’on devait résumer l’état actuel des connaissances épidémiologiques et physiopathologiques, les particules fines et ultrafines de combustion sont considérées comme au minimum cinq fois plus toxiques que les particules d’autres origines », explique le spécialiste de la pollution de l’air Thomas Bourdrel, médecin radiologue et chercheur associé au laboratoire Icube de l’université de Strasbourg, qui n’a pas participé aux travaux de l’OMM.
Lire aussi | Incendies : comment se protéger des fumées toxiques ?
Chez les personnes souffrant de pathologies respiratoires (asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive…) et cardio-vasculaires, l’exposition aux fumées d’incendie peut aggraver ces maladies, jusqu’à provoquer des infarctus ou des accidents vasculaires cérébraux. « Les graves répercussions sur la santé de la fumée des feux de forêt s’expliquent par sa composition chimique unique, sa toxicité élevée et sa forte capacité à provoquer un stress oxydatif dans l’organisme, par rapport à d’autres sources de pollution atmosphérique », résume l’OMM dans son rapport.
Directeur du Centre mondial de surveillance des incendies (GFMC), Johann Georg Goldammer parle de « mort silencieuse » : « Les décès prématurés causés par la pollution due à la fumée des incendies sont un processus insidieux qui touche principalement les personnes déjà atteintes d’une maladie ou particulièrement vulnérables, comme les personnes âgées ou les jeunes enfants. » Selon la dernière évaluation du GFMC, sur l’année 2025, « entre 180 000 et 340 000 décès prématurés pourraient être attribués à l’exposition à la fumée des feux de forêt ».
Sur la période 2010-2018, l’OMM relève que cette surmortalité a été particulièrement marquée en Afrique subsaharienne et en Europe de l’Est, avec respectivement 28 % et 24 % des décès mondiaux liés à l’exposition à la fumée des feux, selon une étude publiée en 2025 dans la revue NPJ Clean Air (Nature), citée par l’OMM.
Alors que les réglementations en vigueur en Europe et en Amérique du Nord ont permis de réduire les émissions de particules fines issues de l’industrie et des transports, l’exposition aux PM2,5 d’origine incendiaire a considérablement augmenté, alerte l’OMM. « Il deviendra de plus en plus difficile de respecter les directives de l’Organisation mondiale de la santé en matière de qualité de l’air, car les conditions météorologiques propices aux feux extrêmes devraient s’intensifier à l’avenir », prévient l’institution onusienne. « L’augmentation de la pollution due aux feux de forêt et aux vagues de chaleur [qui s’accompagnent d’émission d’ozone] risque de compromettre les efforts internationaux visant à améliorer la qualité de l’air et à protéger la santé humaine et celle des écosystèmes. »
Voir aussi:
Les feux libèrent des gaz et des particules dans l’air qui affectent la santé des populations https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/29/77946/
Pollution liée aux incendies de végétation et effets sur la santé humaine et sur l’environnement https://www.anses.fr/system/files/AIR-2023-SA-0154-RA.pdf