Pollution de l’air dans le grand sur secondaire aux incendies de Gironde, des landes et du causse dans le sud du Tarn

Incendie en Gironde : alerte rouge à la pollution, la ministre de la santé appelle à « rester à domicile »

Les seuils d’alerte aux particules fines ont été dépassés en Gironde, dans les Landes et le Lot-et-Garonne. Les fumées des incendies sont particulièrement toxiques en raison de leur composition (hydrocarbures aromatiques polycycliques, dioxines ou encore métaux lourds). 

Par Laure Belot et Stéphane Mandard

Publié le 27 juillet 2026 à 18h36, modifié hier à 15h45 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/27/les-incendies-en-gironde-generent-d-importants-pics-de-pollution-on-avait-l-impression-de-vivre-dans-une-cheminee_6734215_3244.html

Temps de Lecture 4 min.

Sur les quais de la Garonne, à Bordeaux, le 26 juillet 2026.
Sur les quais de la Garonne, à Bordeaux, le 26 juillet 2026.  ED JONES/AFP

Alerte rouge à la pollution. Depuis plusieurs jours, le « mégafeu » qui a ravagé plus de 42 000 hectares de forêts en Gironde s’accompagne d’un immense panache de fumées toxiques qui évolue au gré du vent et provoque une très forte dégradation de la qualité de l’air en région Nouvelle-Aquitaine et au-delà. Mardi 28 juillet, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, a appelé les habitants à « rester à domicile ». « Nous sommes très vigilants sur la pollution de l’air », a-t-elle assuré sur France Inter. « Les seuils d’alerte aux particules fines ont été dépassés hier dans trois départements (Gironde, Landes et Lot-et-Garonne) et cette alerte sera probablement maintenue aujourd’hui pour la Gironde et les Landes », avertit l’Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine dans un communiqué diffusé mardi.

Lire aussi |  EN DIRECT, incendies : vents et fortes températures menacent de raviver le mégafeu en Gironde, situation « critique » au village du PorgeLire plus tard

Atmo Nouvelle-Aquitaine, l’organisme chargé de la qualité de l’air dans la région, est également passé en « cellule de crise ». Depuis le début des incendies, ses cartes de prévisions oscillent du rouge (mauvais) au violet (extrêmement mauvais) pour la Gironde et les Landes (où le feu est désormais fixé à Biscarosse) mais aussi pour les Pyrénées-Atlantiques.

Dans son bulletin de mardi, la plateforme nationale de prévision Prev’Air annonce des dépassements du seuil d’alerte (80 microgrammes par mètre cube en moyenne journalière) pour les particules PM10 (inférieures à 10 micromètres de diamètre) pour la Nouvelle-Aquitaine. Mardi, les panaches de fumée devraient se propager vers le sud-est, selon Prev’Air, avant de changer encore de direction, mercedi, en milieu de journée, avec des vents dirigés à nouveau vers l’intérieur des terres.

La plateforme précise que des dépassements ponctuels du seuil d’information (50 microgrammes par mètre cube) sont également possibles en lien avec les feux en cours en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Dès qu’on mettait le pied dehors, on avait l’impression de vivre dans une cheminée avec cette odeur de bois brûlé, les yeux et la gorge qui piquent, témoignait lundi 27 juillet Florence Bougault, qui vit à Pessac, en banlieue de Bordeaux, avec son mari et ses deux enfants. Malgré les messages rassurants des autorités qui répètent qu’il n’y a pas de risque pour les personnes en bonne santé, nous sommes inquiets par rapport à tout ce que nous respirons. Hier encore, j’ai croisé des familles qui promenaient leur bébé en poussette sans masque. »

Service partenaireMesurez votre impact écologique en 10 minutes avec l’ADEMEDécouvrez le calculateur d’empreinte carbone et eauCalculer

Dans un remake de la crise due au Covid-19, le gouvernement a annoncé l’envoi en Gironde de 2,5 millions de masques FFP2 issus de la réserve stratégique. Leur distribution gratuite a commencé lundi dans les pharmacies indique au Monde l’ARS de Nouvelle-Aquitaine tout en précisant qu’ils seront réservés aux publics considérés comme « fragiles » et dans la limite de deux masques par personne.

Les habitants des zones sinistrées par les incendies sont exposés à différents types de polluants nocifs pour la santé. Au-delà de la libération immédiate de gaz asphyxiants de type monoxyde de carbone et cyanure d’hydrogène, les gaz (oxydes d’azote, benzène) et les particules fines et ultrafines émises lors des feux de forêts sont très toxiques de par leur composition, car elles contiennent entre autres des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des dioxines ou des métaux lourds.

Ces particules, jusqu’à 30 fois plus fines qu’un cheveu, peuvent passer dans le sang, le placenta ou atteindre le cerveau. « Si l’on devait résumer l’état actuel des connaissances épidémiologiques et physiopathologiques, les particules fines et ultrafines de combustion sont considérées comme au minimum cinq fois plus toxiques que les particules d’autres origines », explique le spécialiste de la pollution de l’air Thomas Bourdrel, médecin radiologue et chercheur associé au laboratoire Icube de l’université de Strasbourg.

« Nausées, vomissements… »

Gorge et yeux qui piquent, quintes de toux, gêne respiratoire voire sensation de pression dans la poitrine sont des symptômes très rapidement observés chez les personnes localisées près des feux. La circulation des toxiques jusqu’au cerveau peut également provoquer « des maux de tête, des nausées, des vomissements et des vertiges », ajoute la pneumologue et allergologue Madiha Ellaffi, membre de l’association Santé respiratoire France.

Lire aussi |  Article réservé à nos abonnés  Incendie en Gironde : « Il y a eu 2022, ce qu’on vit aujourd’hui est encore pire », constatent les pompiers qui tentent de maîtriser le feu au PorgeLire plus tard

Les femmes enceintes et les bébés représentent une population particulièrement vulnérable. Une exposition aux fumées d’incendies entraîne « une augmentation des risques de prématurité et de petit poids de naissance », précise Madiha Ellaffi. Peuvent également être constatés, pour les expositions dans la première année de vie du bébé, « un surrisque d’otites ou d’infections respiratoires ».

Chez les patients souffrant de pathologies respiratoires (asthme, bronchite chronique…) et cardio-vasculaires, « on peutobserver une décompensation, c’est-à-dire une aggravation de leurs maladies », poursuit la pneumologue. « L’inflammation en réaction à l’agression extérieure peut par exemple générer des crises d’asthme et augmenter la formation de caillot et le risque de thrombose, donc d’infarctus et d’AVC. » Ces effets, ajoute Thomas Bourdrel, « peuvent se manifester à court terme après une heure d’exposition au plus près du feu ».

L’impact sur la santé mentale de tels événements est également loin d’être négligeable, immédiatement et à plus long terme. Une méta analyse mondiale rassemblant des études de populations ayant été proches de feux ou évacuées souligne que le risque de dépression touche « entre 25 % et 33 % de ces populations » et celui de stress post-traumatique de « 24 % à 60 % ».

Fermer toutes les fenêtres

Des équipes scientifiques canadiennes, pays où les feux de forêt sont très fréquents, ont pu mesurer l’impact de tels sinistres sur le système hospitalier : après une augmentation de 1 microgramme par mètre cube de particules fines dans l’air, « a été observée une hausse de 0,25 % des hospitalisations pour cause respiratoire et 0,36 % des visites aux urgences », explique Madiha Ellaffi.

Accaparée par la gestion sanitaire des plus de 220 000 personnes évacuées en Gironde, l’ARS de Nouvelle-Aquitaine n’a pas encore pu faire remonter les données sur les hausses des consultations aux urgences et des hospitalisations. Toujours selon des chiffres canadiens, les conséquences des feux s’étendent bien au-delà de la crise. « En 2025, le pays a enregistré 2 500 morts prématurées liées à ces événements », note la pneumologue.

Voir la vidéo: https://assets-decodeurs.lemonde.fr/redacweb/INFOGRAPHIE-3126-PLANETE-POLLUTION-PARTICULES-FINES/pollution-particules-fines-2.5.mp4

Comment se protéger ? Colas Tcherakian, professeur de pneumologie à l’hôpital Foch (Suresnes), partage sur son compte Linkedin des conseils sous l’acronyme FFP2 emprunté au nom du célèbre masque. « F », comme fermer toutes les fenêtres de manière la plus étanche possible pour empêcher les particules fines de rentrer. « F » comme filtrer. « Il est recommandé d’utiliser à l’intérieur des habitations des purificateurs d’air qui soient homologués avec des filtres à haute performance au moins une heure avant d’aller se coucher dans la chambre, et dans la pièce de vie principale », précise Madiha Ellaffi. « P2 » enfin pour « ne pas polluer ». Il s’agit de ne pas en rajouter, en évitant, dans son domicile, toute combustion intérieure : encens, bougie, fumée de cigarette, sprays, gazinière…

Si une sortie à proximité des feux est inévitable, Madiha Ellaffi souligne qu’il est impératif de porter un masque de type FFP2 « parce que les autres ne sont pas efficaces. Un simple masque en tissu donne un faux sentiment de sécurité ». Thomas Bourdrel précise que les masques FFP2 sont toutefois « peu efficaces sur les particules ultrafines et totalement inefficaces pour les gaz ».

Mise à jour le 28 juillet à 11 h 04 : l’article a été complété par les déclarations de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, le communiqué de l’ARS et les prévisions d’Atmo Nouvelle-Aquitaine et de Prev’Air.

Laure Belot et  Stéphane Mandard

Voir aussi:

Les feux libèrent des gaz et des particules dans l’air qui affectent la santé des populations https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/29/77946/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/28/les-observatoires-regionaux-datmo-ont-place-lundi-17-departements-en-alerte-rouge-en-raison-dun-depassement-du-seuil-dalerte-de-pollution-aux-particules-en-suspension-pm10/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/28/les-observatoires-regionaux-datmo-ont-place-lundi-17-departements-en-alerte-rouge-en-raison-dun-depassement-du-seuil-dalerte-de-pollution-aux-particules-en-suspension-pm10/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire