Crainte des investisseurs aux Etats-Unis, avec la dette de l’Etat et les investissements colossaux dans l’IA.

Aux Etats-Unis, la demande de capitaux pour l’IA et la défense provoque un début de crise de la dette

Le déficit budgétaire américain, qui continue de se creuser, et les investissements colossaux dans l’intelligence artificielle alimentent une hausse des taux d’intérêt sur le marché de la dette. Le Trésor s’efforce d’apaiser les craintes des investisseurs. 

Par  (San Francisco, correspondant)

Publié hier à 05h30, modifié hier à 09h25 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/08/20/aux-etats-unis-la-demande-de-capitaux-pour-l-ia-et-la-defense-provoque-un-debut-de-crise-de-la-dette_6750441_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=larevuedumonde&lmd_send_date=20260821&lmd_email_link=la-revue-du-monde_les-essentiels_lien-lire-la-suite_titre_5&M_BT=53496897516380

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Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, à la Maison Blanche, à Washington, le 30 juillet 2026.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, à la Maison Blanche, à Washington, le 30 juillet 2026. KYLIE COOPER/REUTERS

Ce n’est pas une intervention, mais cela y ressemble curieusement et prouve que Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, prend l’affaire au sérieux. Le marché de la dette américaine est pris dans une tempête financière, et les taux d’intérêt à très long terme se sont envolés à des niveaux inédits depuis la grande crise de 2007. En réaction, le Trésor a annoncé, mercredi 19 août, qu’il allait doubler, en septembre, ses rachats de dette américaine dont l’échéance est comprise entre dix et trente ans.

Cette mesure technique, d’un faible montant – 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) par semaine alors que la dette publique nette est de 32 000 milliards (la dette brute vient de dépasser les 40 000 milliards de dollars, un doublement en dix ans) –, a immédiatement soulagé les taux d’intérêt à long terme. Le rendement à trente ans a reflué de 5,34 % à 5,20 %, tandis que celui des titres à dix ans retombait à 4,65 % – contre 4,75 % mardi 18 août. Techniquement, s’il y a moins de titres sur le marché, les investisseurs sont moins en position d’exiger des rendements élevés en contrepartie de leurs achats.

La mesure est en fait cosmétique : le Trésor va simplement emprunter un peu plus à court terme pour acheter de la dette à long terme, tablant sur des jours meilleurs pour s’endetter sur des échéances plus lointaines.

Cette crise financière suscite un début de crise politique. Donald Trump s’est plaint, mercredi, à la Maison Blanche de l’évolution des taux. « Il y a des années – il y a vingt-cinq ans –, lorsque le pays annonçait de bons chiffres, les taux d’intérêt baissaient, parce que le pays était plus solide. Aujourd’hui, lorsque nous annonçons de bons chiffres, meilleurs ils sont, pire c’est pour les taux d’intérêt », a déploré le président.

En réalité, les perspectives sont moroses, dans une économie dopée à l’argent facile. Les Etats-Unis sont pris dans une spirale d’endettement public et privé. Public, car le déficit budgétaire américain devrait atteindre, pour l’exercice qui s’achèvera le 30 septembre, 2 100 milliards de dollars, l’équivalent de 5,8 % du produit intérieur brut américain, soit 200 milliards de plus qu’escompté.

Cette dégradation s’explique par le recul des recettes des droits de douane, en grande partie annulés par une décision de la Cour suprême, tandis que les dépenses du Pentagone, le département américain de la défense, s’envolent (1 000 milliards de dollars, 1 500 milliards prévus en 2027). Le Trésor paie aux détenteurs de la dette publique 1 000 milliards d’intérêts par an, soit un taux d’environ 3,4 %, qui a doublé depuis le plus bas de 2020.

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L’endettement privé, lui, se creuse avec la course aux investissements dans laquelle se sont lancés les géants de la tech pour construire les data centers indispensables à l’intelligence artificielle (IA), complétés par des promesses d’achat d’électricité et de données. Dernier en date, OpenAI a signé un accord pour construire dans l’Ohio des data centers de 10 gigawatts, qui consommeront une production électrique équivalente à celle de dix réacteurs nucléaires. Nvidia, le fournisseur des systèmes et puces indispensables à l’IA, garantira cet investissement à hauteur de 105 milliards de dollars.

Nouveaux besoins en capitaux

Selon une enquête du Wall Street Journal sur Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft, ces géants de la tech, endettés à hauteur de 356 milliards de dollars, ont signé des accords de location de capacités de calcul et d’électricité de 248 milliards de dollars, mais il faut ajouter à ces chiffres 2 400 milliards de dollars de promesses d’achat et d’investissements encore non comptabilisés. Ainsi, Meta, Amazon et Microsoft ne dégagent désormais plus suffisamment de liquidités pour s’autofinancer et doivent recourir au marché, sur lequel leurs emprunts font concurrence à ceux du Trésor, alimentant la hausse des rendements servis aux investisseurs.

S’y ajoute le financement du rapatriement d’une partie de l’activité économique américaine sur le territoire des Etats-Unis, censé combler les vulnérabilités, notamment vis-à-vis de la Chine, mises en évidence lors de la pandémie de Covid-19. « L’explication simple de tout cela est que le monde entre dans une nouvelle ère de besoins en capitaux, pour les centres de données, le secteur militaire et la relocalisation des activités. Cela se traduit par une meilleure rémunération pour les apporteurs de capitaux, sous la forme de rendements plus élevés », résume Greg Ip, éditorialiste financier du Wall Street Journal.

On peut ajouter à cette hausse des taux l’inquiétude persistante sur l’inflation. Certes, elle n’a pas retrouvé les niveaux de 2021, lorsqu’elle dépassait 9 % en rythme annuel en raison des plans de relance du Covid-19 et de la politique d’argent gratuit de la Réserve fédérale (Fed), mais la persistance du conflit iranien et le coût élevé de l’énergie ont contribué à maintenir la hausse des prix à 3,4 % sur un an en juillet. Hors énergie et alimentation, le chiffre est de 2,4 %, au-dessus des 2 % que s’est fixés la banque centrale américaine. La donne est compliquée par la faible crédibilité de la Fed. Le président de l’institution, Kevin Warsh, n’a pas relevé les taux, fixés entre 3,5 % et 3,75 %, lors de la dernière réunion, en juillet, et a subi trois votes dissidents. On a appris qu’il était en contact régulier avec le président Trump, rompant avec la tradition d’indépendance de la Fed.

Mercredi, Donald Trump lui a apporté son soutien, confiant dans son intention de baisser les taux. « Le problème, c’est qu’il a un conseil [de politique monétaire], et c’est un conseil politique », a accusé le président américain. « Chaque point d’intérêt représente 600 milliards. Deux points [de baisse] signifient que nous réalisons une fortune, mais nous continuons à les faire grimper. C’est un système très injuste. Et cela fait longtemps que je le dis : lorsque notre pays se porte bien, les taux d’intérêt devraient baisser », a martelé Donald Trump.

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Le Nobel d’économie Paul Krugman pense avoir percé le mystère Warsh, qui avait claqué la porte de la Fed au début des années 2010, en accusant celle-ci d’être trop laxiste : « De nombreux médias présentent Warsh comme un faucon [soit un partisan d’une politique monétaire restrictive]. C’est une erreur de catégorie. Warsh est un animal politique. Il prône une politique monétaire restrictive et s’oppose à toute tentative de relance de l’économie, lorsque les démocrates occupent la Maison Blanche. Comme tous les partisans de Trump, il se montre totalement favorable à une baisse des taux d’intérêt depuis novembre 2024 », écrivait Paul Krugman, fin juillet, dans un post intitulé « Les marchés n’aiment pas le baratin »,détaillant les raisons pour lesquelles les investisseurs avaient mal réagi à la décision de laisser les taux à court terme inchangés.

Envolée de l’immobilier

La nervosité actuelle des marchés est aussi accrue par les craintes de défaillance financière. Ainsi, la valeur de Situational Awareness, le hedge fund de Leopold Aschenbrenner, ancien salarié d’OpenAI, s’est effondrée à 10 milliards de dollars, contre 45 milliards au plus haut. Le fonds d’investissement non réglementé avait investi massivement en s’endettant dans les sociétés d’infrastructures de l’IA, qui ont connu en juin une correction, après s’être envolées. Situational Awareness a vite été repris par Citadel, un fonds dirigé par Ken Griffin. Ce type de faillite peut être dangereux en cas d’effet de contagion.

Le crédit privé non bancaire, qui s’est beaucoup développé ces dernières années, suscite lui aussi des inquiétudes. Les investisseurs, longtemps habitués à financer leurs acquisitions avec de l’argent gratuit, se retrouvent à devoir payer au moins 5 % d’intérêt annuel.

Donald Trump, en bon promoteur immobilier, est très sensible au niveau des taux. Car le marché immobilier est, avec le pouvoir d’achat des Américains, l’autre grande victime de l’argent cher : les taux hypothécaires à trente ans sont très élevés (6,67 %), même s’ils ont un peu reculé depuis le pic de 7,8 % d’octobre 2023. Logiquement, la hausse aurait dû entraîner une chute des prix immobiliers, mais celle-ci n’a pas eu lieu, en raison notamment de l’envolée des coûts de construction. Résultat : le logement est devenu inabordable pour les Américains, le montant médian de la mensualité immobilière payée par les emprunteurs a augmenté de 40 % entre 2021 et 2025, selon Bankrate, à 2 150 dollars.

La crise est encore sous contrôle, ce qui a évité pour l’instant une chute des actions à Wall Street. Reste à savoir pour combien de temps. « Le bord [de la falaise], c’est 6 % sur dix ans », commente Ramon de Oliveira, ancien dirigeant de la banque américaine J.P. Morgan. Plus inquiétant encore, la crise américaine nourrit et se nourrit d’autres crises de la dette. Le Japon, en difficultés économiques, est tenté de liquider ses avoirs américains pour faire face à la hausse des taux, inédite sur son territoire depuis des décennies, et enrayer la chute du yen, ce qui a conduit, fin juillet, à une intervention conjointe avec la Fed sur les marchés. De l’autre côté de l’Atlantique, une nouvelle crise dans la zone euro n’est pas exclue, alors que les taux remontent, en particulier en France, à des niveaux inédits depuis la grande crise financière.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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