« Faut-il que je vrille pour être soigné ? »: privé de psychiatre, le calvaire d’un jeune borderline dans le Tarn
Déserts médicaux, Santé, Société
Publié le 16/06/2026 à 07:01 https://www.ladepeche.fr/2026/06/16/faut-il-que-je-vrille-pour-etre-soigne-prive-de-psychiatre-le-calvaire-dun-jeune-borderline-dans-le-tarn-13419886.php
Article rédigé par Alexandre Ferrer

Responsable adjointLa Dépêche du Midi
À 21 ans, Lucas vit avec un compte à rebours : dans quelques jours, son traitement pour le trouble borderline sera épuisé. Victime du désert médical qui frappe le Tarn, il vient d’apprendre que le CMP de Réalmont n’aura plus de psychiatre. Sans ordonnance, rejeté par des urgences d’Albi saturées et face à des cabinets libéraux complets, le jeune homme est dans une impasse totale. Son histoire révèle les difficultés rencontrées par de nombreux patients confrontés à la pénurie de médecins spécialisés.
Lucas, 21 ans, a pris son courage à deux mains. Pour lui, mais aussi pour toutes les personnes en souffrance qui n’ont pas forcément l’énergie de témoigner. Atteint d’un trouble de la personnalité borderline, caractérisé par une difficulté majeure à réguler les émotions, il a été diagnostiqué à l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, il se retrouve au pied du mur.
Suivi depuis plusieurs années au Centre médico-psychologique (CMP) de Réalmont, le jeune homme, qui vit chez sa mère à Poulan-Pouzols, se retrouve sans psychiatre. « Début juin, le CMP m’a informé qu’il n’y aurait plus de spécialiste pendant au moins sept mois », explique-t-il. Pour Lucas, la conséquence est immédiate : sans psychiatre, impossible de renouveler son ordonnance. « Je suis un traitement assez lourd, c’est un régulateur d’humeur que je dois prendre tous les soirs. Si je ne le prends pas, je vrille. »

En prenant courageusement la parole, Lucas brise le silence sur un naufrage sanitaire qui dépasse son cas personnel. DDM – EMILIE CAYRE
Le jeune homme explique avoir testé plus de vingt médicaments avant de trouver un traitement efficace. « Depuis un an, ça va mieux, témoigne-t-il. Nous avions trouvé la bonne formule avec le spécialiste du CMP de Réalmont. Mais j’ai très peur : il ne me reste que quelques jours de traitement. Après, je risque une rupture de prise en charge médicamenteuse. »
« Quelle est la solution ? Simuler une crise ? »
Cette absence de psychiatre place Lucas dans une impasse : rattaché au CMP de Réalmont, il ne peut pas être suivi facilement par une autre structure du secteur. « Mon médecin généraliste ne peut pas me prescrire ce type de médicaments. Les infirmières non plus. Pour voir un psychiatre en libéral, il y a de l’attente et je ne peux pas obtenir un rendez-vous immédiatement. »
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Lucas affirme avoir contacté le Samu et s’être rendu aux urgences psychiatriques de l’hôpital d’Albi. « On m’a expliqué qu’on ne pouvait pas me prendre en charge tant que je n’étais pas en crise, relate-t-il. Et je n’ai pas forcément envie d’encombrer les urgences alors que les professionnels ont déjà beaucoup à faire. »
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Face à cette situation, il a décidé de témoigner publiquement. « Je ne peux déjà pas travailler et tout cela rajoute du stress. Aujourd’hui, il ne me reste que quelques jours de traitement. Quelle est la solution ? Simuler une crise pour être pris en charge aux urgences ou attendre que je vrille ? C’est ça la réalité. »
Pénurie de psychiatres
Au-delà de son cas personnel, Lucas s’inquiète pour les patients dont l’état est plus fragile et qui risquent de subir les mêmes difficultés d’accès aux soins : « Ces gens-là se retrouvent aussi dans l’impasse et n’auront pas forcément la force de témoigner ».
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Contactée, la Fondation du Bon Sauveur confirme qu’une période de transition médicale est actuellement en cours au CMP de Réalmont. « La Fondation est pleinement mobilisée afin d’assurer la continuité de l’offre de soins sur l’ensemble de son territoire », indique l’institution. Elle précise qu’un psychiatre rejoindra le CMP de Réalmont à compter du 20 juillet prochain afin de poursuivre le suivi des patients.
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Cette situation s’inscrit dans un contexte national marqué par une pénurie persistante de psychiatres, qui touche de nombreux établissements et territoires. Malgré ces difficultés, le Bon Sauveur met en avant un indicateur de stabilité jugé encourageant : « 81 % des postes médicaux de la Fondation sont pourvus, soit un taux de vacance de 19 %, sensiblement inférieur à la moyenne nationale observée en psychiatrie, estimée à près de 47 % ».
Voir aussi:
La FHF réclame la nomination d’une « délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie », promise par Matignon. https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/17/73604/
« 𝐄𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐄𝐭𝐚𝐭 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐞𝐬𝐜𝐫𝐢𝐫𝐞 le 𝐬𝐨𝐢𝐧 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐞 ? – 𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐥𝐚 𝐇𝐀𝐒 𝐬𝐞 𝐯𝐞𝐮𝐭 𝐭𝐞𝐧𝐭𝐚𝐜𝐮𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞… » (Communiqué du Printemps de la psychiatrie) https://environnementsantepolitique.fr/2026/05/06/%f0%9d%90%84%f0%9d%90%ac%f0%9d%90%ad-%f0%9d%90%9c%f0%9d%90%9e-%f0%9d%90%9a-%f0%9d%90%a5%f0%9d%90%84%f0%9d%90%ad%f0%9d%90%9a%f0%9d%90%ad-%f0%9d%90%9d%f0%9d%90%9e-%f0%9d%90%a9/
Psychiatrie publique: des présidents de conseil de surveillance de centres hospitaliers appellent à agir sans attendre. https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/28/73990/
Le plan psychiatrie et santé mentale annoncé le 11 juin par le gouvernement manque d’une approche globale https://environnementsantepolitique.fr/2025/08/09/64288/
https://environnementsantepolitique.fr/2025/07/21/la-psychiatrie-sans-le-tarn-sud-lavaur-suite/
https://coordination-defense-sante.org/wp-content/uploads/2025/07/CommuniquePrintempsPsyLavaur.pdf