Est-ce Ă lâĂtat de prescrire le soin juste ?
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Quand la HAS se veut tentaculaireâŠ
Une scientificité à géométrie variable
Dans sa lettre ouverte du 17 avril 20261, la Haute AutoritĂ© de SantĂ© tenait Ă rappeler quelques principes face aux pressions de certains industriels. Tout dâabord son « rĂŽle prĂ©cis », Ă savoir « Ă©valuer, en toute indĂ©pendance [âŠ] Ă partir des donnĂ©es disponibles ». Nous pourrions nous en rĂ©jouir, mais nous en sommes surtout Ă©tonnĂ©s. Dans le champ de la psychiatrie et de la pĂ©dopsychiatrie, lâimpartialitĂ© revendiquĂ©e semble Ă©cartĂ©e. Toutes les donnĂ©es disponibles ne semblent pas avoir Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es, ou alors diffĂ©remment. Comment sont examinĂ©s les dossiers ? A partir de quelles Ă©tudes scientifiques et avec quelles vĂ©rifications ? Rappelons Ă ce titre le guide de pratique clinique sur le diagnostic et le traitement des troubles dĂ©ficitaires de lâattention avec ou sans hyperactivitĂ© (TDAH) chez les enfants et les adolescents2, dont les biais et le manque dâobjectivitĂ© ont Ă©tĂ© soulignĂ©s dans un article de la revue « Prescrire »3. Dans cet article, ces recommandations constituent un « guide Ă Ă©carter ».
Une absence dâouverture et un refus de la contradiction
Plus loin dans sa lettre, le collĂšge de la HAS prĂ©cise : « les usagers sont membres de toutes nos commissions et contribuent aux Ă©valuations ». Nous serions trĂšs intĂ©ressĂ©.es de connaĂźtre ces usagers et leurs nominations dans les commissions, quand nous connaissons les nominations de certains membres dĂ©cisionnaires dont les conflits dâintĂ©rĂȘts ont Ă©tĂ© maintes fois soulevĂ©s.
Plus loin encore, il nous est expliquĂ© le fonctionnement de la HAS : « CollĂ©gialement, nous analysons, nous dĂ©battons, nous entendons les points de vue dissonants, toujours guidĂ©s par lâexigence scientifique. Une fois publiĂ©s, nos avis peuvent lĂ©gitimement ĂȘtre discutĂ©s. Câest le propre de la science. »
LĂ encore, nous nous Ă©tonnons de cette revendication de la HAS qui ne semble pas sâappliquer cette « recommandation de bonnes pratiques » dans tous ses champs dâexercice, et notamment pas en psychiatrie et pĂ©dopsychiatrie. Des dĂ©cisions sont prises en lieu et place des professionnel.les qui se voient dĂ©possĂ©dĂ©.es de leurs compĂ©tences, avec maintenant le risque dâune opposabilitĂ© des RBPP, en complĂšte contradiction avec leur code de dĂ©ontologie professionnelle. La HAS dĂ©clare entendre les points dissonants, mais quand a-t-elle entendu lâappel rĂ©current dâune grande partie des professionnel.les sur la question de lâautisme, des troubles de lâattention et de lâhyperactivitĂ© et des « troubles neuro-dĂ©veloppementaux » ?
Ce problĂšme du manque de contradictoire est clairement relevĂ© dans le rapport annuel 20254 du dĂ©ontologue de la HAS, M. Robert Gelli. Celui-ci pense en effet « utile de mettre en place un groupe de travail interne pour essayer de dĂ©finir une doctrine » sur les potentiels liens intellectuels des experts auxquels la HAS fait appel. Il estime que le lien intellectuel « peut ĂȘtre susceptible de constituer un conflit dâintĂ©rĂȘts lorsquâil est de nature, par son intensitĂ©, sa rigiditĂ© ou son lien prĂ©cis des travaux Ă compromettre lâimpartialitĂ© rĂ©elle de la personne ».
Une neutralitĂ© poreuse aux intĂ©rĂȘts idĂ©ologiques et financiers
La HAS rĂ©colte ce quâelle sĂšme: des lobbyings. En se voulant Ă toutes les places, elle ne peut quâattiser les convoitises marchandes et perd sa place de tiers, son autonomie de pensĂ©e.
Dans notre secteur du soin psychique, elle pĂȘche par son mĂ©dico-centrisme, finalement loin des directives de lâOMS qui prĂŽnent la prise en compte de contexte de vie des populations dans les questions de santĂ© publique. MĂȘme en santĂ© somatique, les professionnel.les soignent des patient.es et non une maladie. Les mĂ©decins le savent bien, il y a des personnes dont le traitement ne pourra ĂȘtre que mĂ©dical, et pour dâautres il ne sera que chirurgical, dâoĂč la nĂ©cessitĂ© de leur autonomie, de leur libertĂ© de prescrire. La HAS lâa elle-mĂȘme Ă©crit5 : « Les recommandations de bonne pratique sont des synthĂšses rigoureuses de lâĂ©tat de lâart et des donnĂ©es de la science Ă un temps donnĂ©. Elles ne sauraient dispenser le professionnel de santĂ© de faire preuve de discernement dans sa prise en charge du patient qui doit ĂȘtre celle quâil estime la plus appropriĂ©e, en fonction de ses propres constatations. » Et le Conseil dâĂtat dans une dĂ©cision du 7 juillet 2021 (438712)6 rappelle : « une recommandation de bonne pratique [âŠ] ne dispense [pas] le professionnel de santĂ© de rechercher pour chaque patient la prise en charge qui lui parait la plus appropriĂ©e ».
Comment alors ces recommandations, rĂ©digĂ©es pour aider le praticien Ă exercer son art, tendent-elles Ă la crĂ©ation dâun modĂšle unique, qui serait le seul reconnu par les autoritĂ©s de contrĂŽle et de tarification ?
Parce que la HAS, organe de lâĂtat, fait surtout des choix politiques, et non des choix scientifiques. Elle le dit elle-mĂȘme dans sa lettre ouverte : « LâimpartialitĂ© de la HAS permet de concilier le « mieux soigner » et le « mieux dĂ©penser », avec le souci permanent dâassurer la pĂ©rennitĂ© de notre systĂšme de santĂ© ». Le « mieux dĂ©penser » nâa rien Ă voir avec la science. En revanche le « mieux dĂ©penser » pourrait clairement ĂȘtre contrĂŽlĂ© par les ARS Ă travers des recommandations devenues « opposables ».
Peu Ă peu, la HAS cherche Ă Ă©tendre son influence : aprĂšs avoir rĂ©cupĂ©rĂ© les missions de lâANESM, elle sâinvente juriste avec lâopposabilitĂ© de ses recommandations, et voudrait maintenant rĂ©cupĂ©rer les missions de formation « scientifique » des professionnels de santĂ©7. Nous dĂ©nonçons cette centralisation des pouvoirs qui dĂ©truit la richesse du soin et va Ă lâencontre de pratiques Ă©thiques.
Une éthique flexible
Pour rappel, la HAS Ă©crit elle-mĂȘme dans ses recommandations8 que la rĂ©flexion Ă©thique est une « rĂ©flexion collective associant une pluralitĂ© de points de vue [âŠ] dĂ©clenchĂ©e pas des situations concrĂštes singuliĂšres ». « Câest un processus de va-et-vient du singulier au gĂ©nĂ©ral [âŠ] qui requiert du temps », « implique lâouverture » et « nĂ©cessite la recherche dâapports extĂ©rieurs ». Elle prĂ©cise mĂȘme : « La rĂ©flexion Ă©thique ne dispense pas les professionnels de leur responsabilitĂ©. Les dĂ©cisions en situation appartiennent aux acteurs de terrain, qui ont intĂ©grĂ© les questions et conclusions de lâinstance Ă©thique dans leur rĂ©flexion ». Et pourtant elle sâobstine Ă vouloir imposer des protocoles uniformes et gĂ©nĂ©ralisĂ©s dans les Ă©tablissements de soin ! Alors que les RBPP, faut-il le rappeler, se font sur « lâĂ©tat actuel des connaissances scientifiques » qui par dĂ©finition Ă©voluent constamment.
La HAS, via ses recommandations Ă©thiques, alerte sur un risque dâinfantilisation de lâautre (« câest pour son bien ») et un risque dâindiffĂ©rence Ă son Ă©gard (« câest son choix ») concernant les usagers. Quâen est-il pour les professionnels de terrain quâelle ne cesse de mĂ©priser?
La psychĂ© humaine est tellement complexe quâelle nâobĂ©it Ă aucune causalitĂ©, simple et univoque, et se moque des rĂ©ductions idĂ©ologiques. Toute approche privilĂ©giant une rĂ©ponse unidimensionnelle est nĂ©cessairement Ă cĂŽtĂ©. La psychiatrie de prĂ©cision, câest la psychiatrie du singulier dans un environnement familial, social et sur un territoire donnĂ© ! Seul lâempirisme des praticiens dĂ©termine la validitĂ© des pratiques.
Nous dĂ©nonçons les positions doctrinales de la HAS qui, derriĂšre un discours de neutralitĂ© et dâouverture, a en rĂ©alitĂ© perdu son obligation de dĂ©mocratie, son Ă©thique et son exigence de pluralisme dans lâorientation des pratiques.
Le Printemps de la psychiatrie
Le 4 mai 2026
Commentaire de GeneviÚve Hénault.
Plus que jamais, avec lâoffensive des anti-psychanalystes qui rĂȘvent de traĂźner les praticiens devant les tribunaux (1) (2) dans le champ de lâautisme dâabord, avec une extension Ă prĂ©voir rapidement Ă tout le champ psychiatrique (3), il faut sâinterroger avec le Printemps de la psychiatrie sur lâinstallation insidieuse dâune psychiatrie dâEtat.
Extraits :
â Dans le champ de la psychiatrie et de la pĂ©dopsychiatrie, l’impartialitĂ© revendiquĂ©e semble Ă©cartĂ©e. Toutes les donnĂ©es disponibles ne semblent pas avoir Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es, ou alors diffĂ©remment. Comment sont examinĂ©s les dossiers ? Ă partir de quelles Ă©tudes scientifiques et avec quelles vĂ©rifications ? Rappelons Ă ce titre le guide de pratique clinique sur le diagnostic et le traitement des troubles dĂ©ficitaires de lâattention avec ou sans hyperactivitĂ© (TDAH) chez les enfants et les adolescents, dont les biais et le manque dâobjectivitĂ© ont Ă©tĂ© soulignĂ©s dans un article de la revue « Prescrire » (4).
Des dĂ©cisions sont prises en lieu et place des professionnel.les qui se voient dĂ©possĂ©dé·es de leurs compĂ©tences, avec maintenant le risque dâune opposabilitĂ© des RBPP, en complĂšte contradiction avec leur code de dĂ©ontologie professionnelle. La HAS dĂ©clare entendre les points dissonants, mais quand a-t-elle entendu lâappel rĂ©current dâune grande partie des professionnel.les sur la question de lâautisme, des troubles de lâattention et de lâhyperactivitĂ© et des « troubles neuro-dĂ©veloppementaux » ?
Ce problĂšme du manque de contradictoire est clairement relevĂ© dans le rapport annuel 20254 du dĂ©ontologue de la HAS, M. Robert Gelli. Celui-ci pense en effet « utile de mettre en place un groupe de travail interne pour essayer de dĂ©finir une doctrine » sur les potentiels liens intellectuels des experts auxquels la HAS fait appel. Il estime que le lien intellectuel « peut ĂȘtre susceptible de constituer un conflit d’intĂ©rĂȘts lorsqu’il est de nature, par son intensitĂ©, sa rigiditĂ© ou son lien prĂ©cis des travaux Ă compromettre l’impartialitĂ© rĂ©elle de la personne ».
Dans notre secteur du soin psychique, elle pĂȘche par son mĂ©dico-centrisme, finalement loin des directives de lâOMS qui prĂŽnent la prise en compte de contexte de vie des populations dans les questions de santĂ© publique.
(âŠ) le Conseil dâĂtat dans une dĂ©cision du 7 juillet 2021 rappelle : « une recommandation de bonne pratique [âŠ] ne dispense [pas] le professionnel de santĂ© de rechercher pour chaque patient la prise en charge qui lui parait la plus appropriĂ©e ».
Comment alors ces recommandations, rĂ©digĂ©es pour aider le praticien Ă exercer son art, tendent-elles Ă la crĂ©ation dâun modĂšle unique, qui serait le seul reconnu par les autoritĂ©s de contrĂŽle et de tarification ?
Parce que la HAS, organe de lâĂtat, fait surtout des choix politiques, et non des choix scientifiques.â
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