Les canicules de l’été ont causé davantage de morts que celles de 2003 ou 2022.

Avec plus de 50 000 décès liés à la chaleur dont les deux tiers attribués au changement climatique, l’été 2026 a été le plus meurtrier dans les villes d’Europe

Selon une étude menée par deux institutions britanniques et portant sur 854 agglomérations, les canicules de l’été ont causé davantage de morts que celles de 2003 ou 2022.

Par Stéphane Mandard

Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 12h18

Temps de Lecture 4 min.

A l’entrée du service des urgences à l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, en plein épisode de canicule, le 15 juillet 2026.
A l’entrée du service des urgences à l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, en plein épisode de canicule, le 15 juillet 2026.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Jamais un été n’avait été aussi meurtrier en Europe. Plus de 50 000 décès survenus en milieu urbain pendant les canicules de 2026 peuvent être liés à la chaleur et les deux tiers sont attribuables au changement climatique. Un bilan qui dépasse largement ceux des canicules de 2003 et 2022 considérés jusqu’ici comme les plus lourds en pertes humaines et qui illustre l’intensité des vagues de chaleurs de cet été de tous les records. Tels sont les principaux résultats d’une étude inédite publiée vendredi 23 octobre dans la revue Nature Health et menée par des chercheurs de l’Imperial College London et de la London School of Hygiene & Tropical Medicine.

Pour parvenir à ces estimations, les chercheurs ont analysé les données de 854 agglomérations réparties dans 30 pays (les 27 Etats membres de l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse) et représentant 40 % de la population totale de chaque territoire. Le bilan macabre pour l’ensemble de chaque pays étudié est donc susceptible d’être « nettement plus élevé » commentent les chercheurs. L’étude complète les bilans officiels dressés par les autorités sanitaires dans certains pays comme la France ou l’Allemagne qui font état respectivement de plus de 8 000 morts et de plus de 16 000 morts liés aux canicules de cet été.

Ces derniers se fondent sur des calculs d’excès de mortalité (par rapport aux années précédentes) sur la base de certificats de décès qui ne mentionnent pas de causes. Les chercheurs des deux prestigieuses institutions britanniques ont développé une autre méthodologie. A l’aide de données de température et de modèles fondés sur la relation historique entre chaleur et mortalité, ils sont parvenus à estimer le nombre de décès excédentaires liés à la chaleur dans chaque agglomération entre le 1er juin et le 31 août sur la période 2000-2026. En comparant ensuite les températures réellement enregistrées dans chaque agglomération à celles qui auraient dû être observées en l’absence d’émissions de gaz à effet de serre, les scientifiques ont pu estimer le nombre de décès supplémentaires dus au changement climatique.

Le surmortalité attribuable à la chaleur à l’été 2026

Estimation des décès supplémentaires attribuables à la chaleur en général, ou au réchauffement climatique en particulier, dans 854 agglomérations européennes, de juin à août 2026

Source : London School of Hygiene & Tropical Medicine.
Données traitées par le réseau Urban Journalism Network dans le cadre du projet « Heatwaves », qui a reçu le soutien du Journalismfund Europe.

Les auteurs de l’étude ont reconstitué les estimations pour chaque été sur le dernier quart de siècle. Les résultats montrent que le nombre de décès en milieu urbain pour l’été 2026 (50 391) dépasse très largement les chiffres estimés pour les canicules de 2022 (29 480) et de 2003 (environ 28 462). Et selon leurs travaux, la part attribuable au réchauffement provoqué par les activités humaines et en premier lieu l’utilisation d’énergies fossiles suit la même tendance croissante : 42 % lors de la canicule de 2003, 59 % en 2022 et 65 %, soit 32 619 décès, en 2026.

L’Europe de l’Ouest a été particulièrement concernée par des anomalies de températures extrêmes cet été avec des températures moyennes dépassant de presque 3 °C les moyennes « normales » de la période 1991-2020. Le mois de juin a été le plus meurtrier : selon les estimations des chercheurs, un tiers des décès liés aux canicules sont survenus entre le 17 juin et le 1er juillet où les températures moyennes ont dépassé de 5 °C les « normales » de 1991-2020 avec des écarts de plus de 12 °C certains jours. Les victimes ne se comptent pas seulement chez les personnes âgées puisque l’étude estime qu’environ 6 000 avaient moins de 65 ans.

Paris paie le plus lourd tribut

Si on regarde cette fois la répartition géographique, les pays les plus touchés sont ceux du sud du continent avec l’Italie (13 303 morts), la France (7 268) et l’Espagne (6 824) devant l’Allemagne (6 340) et le Royaume-Uni (4 354). Les estimations concernant l’Allemagne peuvent paraître faibles en comparaison du bilan communiqué par les autorités nationales, mais elles s’expliquent par le fait que les villes concernées par l’étude ne représentent que 30 % de la population allemande et une période plus courte que celle prise en compte par les autorités allemandes.

A l’échelle des agglomérations, en valeur absolue, c’est Paris qui paie le plus lourd tribut avec 2 545 décès liés à la chaleur (dont 57 % attribuables au réchauffement climatique) devant Milan (2 467 décès dont 66 % liés au réchauffement). Rapporté à la taille de la population, ce sont les villes du nord de l’Italie qui occupe les dix premières places de ce classement macabre dominé par la commune de Savone (57 décès pour 45 500 habitants, soit 12,5 par tranche de 10 000 habitants), selon les données traitées par le réseau Urban Journalism Network dans le cadre du projet « Heatwaves ». Avec deux exceptions françaises : l’agglomération de Cannes-Antibes (10,9 décès pour 10 000 habitants) apparaît en deuxième position devant Pavie, Florence et Turin qui affichent le même bilan de 10,1 décès pour 10 000 habitants et Fréjus occupe la huitième place avec 9,9 décès pour 10 000 habitants.

Qui sont les morts de la canicule ? « Le Monde » raconte des vies derrière les chiffres

« Nous pouvons affirmer avec une grande certitude que l’été 2026 aura probablement été le pire jamais enregistré en matière de mortalité liée à la chaleur dans une grande partie de l’Europe, commente Clair Barnes, chercheuse spécialisée dans le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes au Imperial College London. Ces chiffres nous rappellent de manière brutale que nos étés ont un impact de plus en plus grave et qu’il est plus nécessaire que jamais de mettre en place des mesures ciblées pour protéger les personnes les plus vulnérables à ces vagues de chaleur de plus en plus extrêmes, mais aussi de s’affranchir rapidement des combustibles fossiles afin de ralentir le rythme du changement climatique. »

Statisticien et épidémiologiste à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, Pierre Masselot insiste aussi sur l’inadaptation de la plupart des grandes agglomérations européennes aux étés caniculaires : « Il apparaît de plus en plus clairement que nos villes sont mal adaptées à la hausse des températures, et il est essentiel que nous redoublions d’efforts en matière d’adaptation. Cela implique de rafraîchir les villes en multipliant les espaces verts et en réduisant la pollution, mais aussi d’assurer la prise en charge médicale des populations touchées. »

Écouter aussi Comment faire face au traumatisme de l’été 2026 ?

Stéphane Mandard

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/10/23/les-canicules-de-lete-ont-cause-davantage-de-morts-que-celles-de-2003-ou-2022/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/08/02/les-canicules-qui-se-repetent-une-situation-qui-illustre-lampleur-du-changement-climatique-en-europe-occidentale/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/23/canicule-plus-de-la-moitie-des-exces-des-5764-deces-sont-concentres-sur-les-journees-du-25-au-27-juin/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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