
Florence Rosier relate dans Le Monde ce « résultat très attendu en cancérologie, qui devait être annoncé samedi 24 octobre lors du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), à Madrid. […]
Mais par suite d’une violation d’embargo, il a été rendu public dès jeudi dans la soirée ».
La journaliste explique que « ces résultats sont ceux de l’essai clinique qui évaluait l’intérêt d’une approche thérapeutique extrêmement novatrice : le vaccin anticancer de la société américaine Moderna à base d’ARN messager ».
Florence Rosier note que « ce vaccin personnalisé – une prouesse – est conçu sur mesure pour renforcer les défenses immunitaires contre les mutations spécifiques de la tumeur de chaque patient, et pour prévenir ainsi les récidives de mélanomes avancés. Il apprend aux lymphocytes à traquer et éliminer la moindre micro-tumeur ».
Elle retient qu’« après un suivi de 2 ans, le taux moyen de survie sans récidive a été de 70% chez les personnes qui ont reçu le traitement standard, et de 82% chez celles qui ont reçu en sus ce vaccin personnalisé. Soit une diminution de 42% du risque de récidive ou de décès ».
Fabrice André, directeur de la recherche à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif), réagit : « C’est mieux que ce que les oncologues considèrent comme un “impact cliniquement pertinent”, avec un réel bénéfice ».
Florence Rosier précise que « cet essai international de phase 3, nommé Interpath-001, a inclus 1137 patients atteints de mélanomes avancés, tous à haut risque de récidive ou de métastases (stade 2b, 2c ou 3) ou déjà métastasés (stade 4), mais encore opérables ».
La journaliste ajoute que « ces tumeurs ont d’abord été retirées. Puis les patients ont été répartis au hasard en deux groupes. Le premier a reçu le traitement standard, le pembrolizumab (…), une immunothérapie qui agit en renforçant les défenses immunitaires vis-à-vis du cancer. Le second groupe de patients, lui, a reçu ce pembrolizumab, plus le vaccin personnalisé ».
Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie à Gustave-Roussy, « qui a inclus une quinzaine de patients dans cet essai », indique qu’« une fois que le laboratoire a reçu les échantillons de tissus des patients, il détermine, pour chacun d’eux, la séquence de l’ADN de la tumeur, mais aussi celle de l’ADN des cellules normales [des lymphocytes provenant du sang] ».
« Ensuite, le processus fait appel à un algorithme qui distingue, pour chaque patient, une trentaine de mutations propres à chaque tumeur, les plus à même de déclencher une réponse immunitaire. Les gènes mutés produiront des protéines nouvelles (néo-antigènes), non exprimées par les cellules normales », explique Florence Rosier.
Elle note que « l’étape suivante consiste à produire une molécule d’ARN où sont gravées les instructions qui permettront la fabrication, chez le patient, de ces néo-antigènes. Cette molécule est ensuite incorporée dans une nanoparticule lipidique ».
La journaliste précise qu’« avec un recul de seulement 2 ans, il convient cependant de rester prudent sur les bénéfices de ce vaccin. Les participants à cet essai devraient être suivis sur une durée d’au moins 5 ans, et l’effet sur la survie globale sera scruté de près ».
« Par ailleurs, ce nouvel essai suscite un vif débat dans la communauté des oncologues. Les bénéfices observés sont-ils liés à la seule stimulation du système immunitaire ciblant les néo-antigènes ? Ou bien ces bénéfices proviennent-ils, au moins en partie, d’une stimulation immunitaire non spécifique ? », poursuit-elle.