L’augmentation du nombre de médecins, notamment généralistes, ne permettra réellement d’améliorer l’accès aux soins que si ces derniers sont bien répartis sur le territoire. (Guillaume Chevillard, géographe de la santé)

Déserts médicaux : « On commence à voir le bout du tunnel mais nous allons connaître encore quelques années difficiles »

Christophe Gattuso

26 octobre 2026 https://click.mail.medscape.com/?qs=ABl7ImQiOjUwNDYsInQiOjYzNjAsInMiOjZ9AAYAAAAABq09_tW2H2lmDTmIp2drFQwQHmdreGzftTjgVrfT8zHfxY8Cfi4PjOq2U2veYrgMUEIIMSGp27I3NL2HdFGcqC28eosLE5NtlO3a8w

Guillaume Chevillard

L’annonce d’une forte hausse du nombre de médecins formés – plus de 10 000 internes ont pris un poste cette année – et l’arrivée de 3 000 Docteurs Juniors au 1er novembre ouvrent des perspectives encourageantes dans la lutte contre la désertification médicale. (Lire Démographie médicale : l’embellie est en vue). Selon Guillaume Chevillard, géographe de la santé à l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes), l’augmentation du nombre de médecins, notamment généralistes, ne permettra réellement d’améliorer l’accès aux soins que si ces derniers sont bien répartis sur le territoire. Interview.

Il faudra veiller à ce que les nombreux nouveaux généralistes ne s’installent pas là où leurs confrères sont déjà nombreux.

Medscape France : Le gouvernement s’est réjoui d’une « hausse historique » des effectifs de médecins formés. La France est-elle tirée d’affaire ?

Guillaume Chevillard : Plusieurs éléments sont encourageants : la hausse du nombre d’étudiants et d’internes formés, l’arrivée de la première promotion de Docteurs Juniors en médecine générale qui va contribuer à améliorer l’accès aux soins de premier recours dans les zones sous dotées. Les projections du ministère de la Santé sont porteuses d’espoirs. On commence à voir la lumière au bout du tunnel mais nous allons connaître encore quelques années difficiles.

La pénurie médicale va petit à petit se résorber. Les médecins seront plus nombreux mais leur bonne répartition sera un enjeu crucial dans les prochaines années. Il faudra veiller à ce que les nombreux nouveaux généralistes ne s’installent pas là où leurs confrères sont déjà nombreux.

Les docteurs juniors apportent une bouffée d’oxygène.

Le dispositif de Docteur Junior prévoit que les internes en 4e année de médecine générale réalisent prioritairement leurs stages en zone sous dotée. Cela peut-il améliorer durablement l’offre de soins dans ces territoires ?

C’est le grand point d’interrogation. Les Docteurs Juniors vont apporter a minima un renfort ponctuel de médecins généralistes pendant au moins deux semestres. Les autorités font le pari que ces Docteurs Juniors vont s’installer dans les territoires où ils seront formés, qui manquent de médecins. Il faudra évaluer d’ici deux à trois ans si le dispositif aura effectivement permis plus d’installations pérennes dans ces territoires. Mais à tout le moins, c’est une bouffée d’oxygène.

Cette question se pose d’autant plus que six millions de Français n’ont pas de médecin traitant…

C’est effectivement une question. Les diplômés en médecine générale exerceront-ils réellement la médecine générale et assureront-ils la fonction de médecin traitant ? Il y a, du côté de la recherche, un enjeu à mieux documenter ce que sont devenus ces anciens diplômés. Quels sont leurs parcours ? Quelle proportion sont médecins traitants et pourquoi certains se détournent-ils de la médecine générale et choisissent-ils d’exercer une discipline complémentaire ou d’aller travailler à l’hôpital ? Il est important de comprendre ce qui leur fait fuir la médecine générale pour laquelle ils sont formés.

Les cohortes nombreuses qui arrivent devraient compenser cette baisse d’heures travaillées.

Le temps de travail des médecins généralistes a fortement baissé ces dernières années (46 heures par semaine en 2025 contre 57 heures en 2011). Les projections démographiques en tiennent-elles compte ?

Oui, la hausse du nombre de médecins formés en tient déjà compte en partie. Nous sommes passés de 3 500 médecins formés au milieu des années 1990 (au moment où le numerus clausus était au plus bas) à 8 000 au milieu des années 2010 et 11 500 – 12 000 maintenant. On observe un phénomène générationnel de baisse du temps de travail qui gagne aussi les médecins plus âgés. Avec la crise Covid, beaucoup de médecins ont questionné leur rapport au travail et réduit leur activité. Dans un contexte où l’offre de médecins généralistes commence seulement à augmenter, que les jeunes généralistes travaillent un peu moins accentue la raréfaction. Mais les cohortes nombreuses qui arrivent devraient compenser cette baisse d’heures travaillées. Cela justifie de former davantage de médecins.

Si l’on maintient des promotions importantes d’étudiants en formation, on peut se poser la question de savoir s’il est nécessaire de continuer à en former autant.

Selon la Drees, 30 % de médecins supplémentaires devraient être en activité en 2040. La France ne court-elle pas le risque de former trop de médecins ?

Il est difficile de dire aujourd’hui si ce nombre total sera excessif ou insuffisant car on ne connaît pas exactement la répartition par spécialité de ces futurs médecins (NDLR : 40 % des postes d’internat actuellement ouverts sont destinés à la médecine générale contre 50 % à la fin des années 2000). En revanche, si l’on maintient des promotions importantes d’étudiants en formation, leur nombre va continuer d’augmenter après 2040 et on peut se poser la question de savoir s’il est nécessaire de continuer à en former autant. Cela dépendra, bien évidemment, de leur répartition. Il y a toujours cet enjeu de commencer à former plus de médecins dans les subdivisions les moins dotées et un peu moins dans celles qui comptent plus de praticiens que les autres pour rééquilibrer l’offre de soins sur le territoire.

Commentaire Dr Jean SCHEFFER:

la hausse des nouvelles installations n’est pas particulièrement marquée dans les déserts médicaux. Le total des nouvelles installations est de 2810 en 2025, soit une hausse totale de 32%. Seulement 900 ont choisi un désert médical , soit seulement 1/3 des nouvelles installations. On est loin d’une régulation des installations qui orienterait préférentiellement vers les déserts médicaux.

Concernant les spécialistes, moins de 50% acceptent une régulation des dépassements d’honoraires à travers l’OPTAM, et de plus en plus de généralistes choisissent le secteur 2, toutes situations qui aggravent l’accès aux soins de nos concitoyens.

Voir aussi :

https://environnementsantepolitique.fr/2026/10/29/legere-amelioration-dans-lacces-aux-soins-en-medecine-liberale-ambulatoire/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/10/28/une-presentation-tronquee-par-le-jim-sur-les-nouvelles-installations-en-desert-medical/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/10/29/peut-on-pretendre-lutter-contre-les-deserts-medicaux-tout-en-permettant-de-faire-payer-davantage-les-patients-qui-en-sont-les-premieres-victimes/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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