RN88 St Etienne-Le Puy: un coup de pouce de l’État à 50 millions pour « la route à Wauquiez »

RN88 : un coup de pouce de l’État à 50 millions pour « la route à Wauquiez »

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Par Pauline de Deus et Magali Stora (photographies)

23 octobre 2026 à 15h56Mis à jour le 27 octobre 2026 à 16h18 https://reporterre.net/RN88-un-coup-de-pouce-de-l-Etat-a-50-millions-pour-la-route-a-Wauquiez

Durée de lecture : 4 minutes

En Haute-Loire, la construction de la « route à Wauquiez » s’accélère au mépris de la contestation locale. La semaine dernière, l’Etat a de nouveau affiché son soutien au projet en débloquant une aide de 50 millions d’euros.

Saint-Hostien (Haute-Loire), reportage

« Ça fait mal au cœur », souffle Claude Verots, agriculteur de 47 ans, en regardant les flancs de montagne déboisés. À travers la fenêtre de la Dacia blanche, quatre géants de béton apparaissent entre les sucs, au cœur d’une vallée verdoyante. Sur ces piliers de 25 mètres de haut, des hommes en gilets oranges interceptent, à intervalles réguliers, les conteneurs apportés par la grue. C’est ici, dans la commune de Saint-Hostien que le futur viaduc de Roudesse franchira une vallée sur 200 mètres entre Le Puy-en-Velay et Saint-Étienne. La construction accélère l’avancée des travaux de la route nationale 88 (RN88).

Imaginé dès 1997, ce projet de route à deux fois deux voies a été relancé en 2017 par Laurent Wauquiez, à son arrivée à la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes. L’élu de droite en a fait un projet phare de son fief électoral, où il a retrouvé son siège de député en 2024. Au prix de trois minutes gagnées sur le trajet des automobilistes, le chantier menace d’artificialiser 190 hectares de forêts, de zones humides et de terres agricoles.

Début octobre, l’ancien président de région était justement en visite sur le chantier, avec celui qu’il appelle son « ami » : le ministre des Transports, Philippe Tabarot. À la clé, un chèque de 50 millions d’euros, portant le soutien de l’État à 64,5 millions d’euros.

Quatre géants de béton apparaissent entre les sucs, au cœur d’une vallée verdoyante. © Magali Stora / Reporterre

Droit de l’environnement ou « folie des extrémistes »

Pour la région, ce coup de pouce est « déterminant » pour finaliser le contournement de Saint-Hostien et du Pertuis : 2×2 voies de 10,7 km sur la RN88. Chiffré à 226 millions d’euros en 2019, l’enveloppe de ce projet n’a depuis pas été réévaluée malgré les changements de calendrier. Un retard d’au moins deux ans que l’ancien président de région impute « à la folie des extrémistes et de leurs recours systématiquement perdus », rapportent nos confrères de l’Éveil de la Haute-Loire.

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Des mots teintés de mauvaise foi pour le collectif Lutte des sucs, engagé contre le projet : « Ils ont perdu du temps en ne prévoyant ni les mesures de compensation, ni la maîtrise du foncier, ni la gestion des déblais », corrige Renaud Daumas. Il est également vice-président de France Nature Environnement 43 (FNE 43) et conseiller régional Les Écologistes depuis 2021. À ses côtés, Julien Dunis, un habitant, se souvient de journées passées à surveiller le chantier pour s’assurer du respect de l’arrêté préfectoral. Et Lucien Soyère, opposant au projet et habitant du coin, de conclure : « Ils n’étaient pas dans les clous, c’est ça qui leur a fait perdre du temps ! »

Renaud Daumas, maraîcher à gauche, et Julien Denis, riverain, à droite. © Magali Stora / Reporterre

Julien Dunis, Renaud Daumas, Claude Verots et Lucien Soyère sont des membres actifs de la lutte depuis 2020. Six ans plus tard, ils découvrent, abasourdis, l’ampleur des dégâts. « Ce peuplier noir a plus d’une centaine d’années », constate Claude en pointant un arbre coupé au bord d’une prairie récemment terrassée. Sur cette même prairie, durant un inventaire citoyen mené en juillet 2025, les Naturalistes des terres (collectif de naturalistes amateurs et professionnels) ont « trouvé sept nouvelles espèces protégées sur le tracé », dont un crapaud sonneur à ventre jaune. Le dossier a été transmis à la cour d’appel de Lyon pour contester l’autorisation environnementale du projet.

« Ce peuplier noir a plus d’une centaine d’années », constate Claude en pointant un arbre coupé au bord d’une prairie récemment terrassée. © Magali Stora / Reporterre
Le collectif Lutte des sucs, engagé contre le projet. © Magali Stora / Reporterre
Procès en appel, un dernier espoir

Le vice-président de la FNE 43 attend une date d’audience pour espérer mettre fin au chantier. « Après tout ça, c’est difficile d’imaginer qu’on va arrêter le projet, commente à son tour Julien Dunis. Pour autant, beaucoup de choses positives ressortent de cette lutte : on fait des rencontres et on agrandit le réseau. Et on sait que nos actions ont pu avoir un impact sur d’autres projets routiers ! »

À Saint-Hostien, un an plus tôt, c’est sur cette même prairie que Renaud Daumas avait observé des sonneurs à ventre jaune. © Magali Stora / Reporterre
Claude Verots, 47 ans, agriculteur à Rosières en Haute-Loire. © Magali Stora / Reporterre

Face aux destructions et au coût du projet, les quelques minutes gagnées sur les trajets et la potentielle baisse de l’accidentalité peinent à convaincre les militants. Et si, en traversant Saint-Hostien, ils reconnaissent que la circulation est « invivable dans le bourg », ils remarquent surtout qu’aucun aménagement n’a été mis en place malgré les alternatives proposées.

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Les habitants du hameau proche du futur viaduc subissent désormais la circulation : celle des engins de chantier. Simone Berbonde observe le défilé de camions-toupies devant sa maison de famille. À 83 ans, cette femme voit, impuissante, son environnement se transformer. Résignée, elle assure accepter son sort : « C’est comme ça… Ça fait partie de notre monde et ce n’est pas un beau monde. » Un monde dicté par des choix politiques, régionaux et maintenant nationaux.

Zone de travaux du viaduc Roudesse. © Magali Stora / Reporterre

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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