Les leçons politiques de la visite du pape
Malgré une réelle ferveur populaire et une forte couverture médiatique, ce n’est pas la France entière qui a communié avec le pape, loin de là.
Publié le mardi 29 septembre 2026 à 07:42 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mardi-29-septembre-2026-3630958
Derrière l’événement spirituel, la ferveur populaire, les sourires et la bienveillance, la politique a occupé l’espace de bout en bout. Dans l’assistance, avec pas moins de cinq candidats présidentiels à la messe de la Concorde. Et dans les discours du pape, qui est un homme politique d’une espèce très particulière : il n’a pas de voix à aller chercher, il ne dépend d’aucun suffrage et peut donc se permettre de dire aux foules venues l’acclamer ce qu’elles n’ont pas forcément envie d’entendre.
Par fonction, le pape est un inclassable. Pris d’un bloc, il est même irrécupérable, ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Et sa visite en France a montré que sa capacité de mobilisation est inversement proportionnelle à sa force de conviction.
Des paroles fortes, mais pas toujours cohérentes
Dans ses discours, Léon XIV a rappelé l’opposition de l’Église à l’avortement, dans un pays qui l’a inscrit dans sa Constitution et qu’aucune force politique ne remet en cause. Il a redit son hostilité à la loi sur la fin de vie, que les Français approuvent très largement. Il a appelé à l’accueil, à l’écoute et à l’intégration des hommes et des femmes fuyant les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure… dans un pays où une majorité de citoyens trouvent qu’il y a déjà trop d’étrangers.
Et d’une façon générale, l’Europe chrétienne que Léon XIV a promue dans son discours de Metz est aux antipodes de ce qu’attendaient certains de ses soutiens : non pas une Europe forteresse, repliée sur elle-même, mais au contraire un continent ouvert à l’étranger, attentif aux pauvres, respectueux du droit international, mais tout à la fois hostile à la guerre et au réarmement. Si les paroles sont fortes, elles ne brillent pas toujours par leur cohérence.
Dans les pas de Jean-Paul II
Comment expliquer alors les foules accourues à sa rencontre ? C’est une icône que des centaines de milliers de Français ont voulu approcher. Depuis Jean-Paul II, la papauté est devenue un phénomène médiatique mondial. Léon XIV marche dans les pas du pape polonais, près de trente ans après ces JMJ de Paris qui ont marqué toute une génération de jeunes catholiques.
Mais gare à l’illusion d’optique : ce qu’on a vu ces derniers jours, c’est une minorité pratiquante, certes mobilisée, rajeunie, visible, capable de remplir l’espace public, heureuse de l’avoir fait, mais cela reste une minorité. Et malgré la saturation médiatique, les audiences télé sont restées modestes : 4 millions et demi de téléspectateurs pour la messe de la Concorde, dispersés sur cinq chaînes, soit bien moins qu’un match des Bleus ou un mariage royal, sans parler des 23 millions de la cérémonie d’ouverture des JO.
Ce n’est donc pas la France entière qui a communié avec le pape, loin de là. Mais le temps d’une visite, l’esprit de concorde, le désir de fraternité, de bienveillance répandus dans le sillage du pape et sur tous les écrans, ont laissé croire au miracle. Ou du moins à l’idée que la déchristianisation du pays n’était qu’une chimère.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
Retour en force du religieux ?
Tout ce battage autour de la visite du Pape m’e m’a mis mal à l’aise. C’est l’utilisation médiatique qui domine, car en réalité la pratique de la religion catholique en France est en chute libre. De 3 baptisés sur 4 on est passé à 1 sur 4 et comme pour le mariage à l’église le baptême comporte une participation souvent purement sociale. Le nombre de catéchumènes, jeunes adultes, qui se font baptiser est loin de compenser la chute des baptêmes chez les enfants.
Un prêtre court après plus de 10 paroisses et sans compter le nombre de prêtres africains venus à la rescousse (entre 20% et 1/3 du clergé). Des années 1960 avec 65000 prêtres on est descendu à 11000.
Les cérémonies télévisées prouvent une organisation sans faille déjà démontrée dans « la manif pour tous » dominée par la droite et l’ultra-droite et de nombreux catholiques intégristes bien loin des idées humanistes du Pape Léon XIV (héritage des lumières, partage des richesses, attention et aide pour les pauvres, accueil des réfugiés, lutte contre les injustices, multilatéralisme, actions en faveur de la paix et du désarmement… ). Seul point d’accord, l’interdiction de l’IVG.
Le financement de toute cette mise en scène laisse perplexe. Les finances de l’église en France ne sont pas florissantes (cf https://environnementsantepolitique.fr/2026/09/27/enquete-sur-la-richesse-de-leglise-catholique-en-france/ ). Certains milliardaires de droite ont-ils mis la main à la patte ?
Autre vision gênante, c’est le retour de la soutane, chez les jeunes prêtres, la communion à genoux et sur la langue de nombreux jeunes, toutes choses qui nous font remonter avant vatican II !
Idem pour la présence de nombreux scouts d’Europe dont on sait qu’ils ont la préférence dans les milieux intégristes. Le recrutement des jeunes prêtres comporte aussi une part importante d’intégristes.
Le Pape Léon XIV a rétabli à Rome un certain décorum qui avait disparu avec le Pape François, il manque le retour permanent à la messe en latin pour satisfaire les intégristes.
Autre point regrettable c’est l’absence de femmes dans la liturgie hormis certaines lectures.
Par contre le contenu du message du Pape Léon XIV peut en grande partie nous réjouir, même si certains regrettent la condamnation persistante de l’IVG.
Concernant l’IVG et la fin de vie, en fonction des paroles de Moïse jusqu’à Jésus-Christ, « Tu ne tueras point », il n’était pas possible d’en attendre autre chose, que la notion de pardon souvent mentionnée.
Une des manières de relancer les vocations au sein de l’Eglise aurait été, ce que n’a pas osé faire le Pape François, c’était d’ouvrir la porte vers la possibilité du mariage des prêtres et la prêtrise des femmes, mais c’est aller contre le fort courant intégriste au sein de l’Eglise actuelle.
Il y a donc toujours un contraste qui me met très mal à l’aise entre une partie importante de la « clientèle » actuelle de l’Eglise de France et les paroles du Pape demandant d’accueillir les migrants, et d’aider ceux qui sont en difficulté, sans parler son opposition aux va t’en guerre.
Je dois préciser que j’ai baigné jusqu’en Mai 81 dans un milieu catholique pratiquant (marraine religieuse, collège et lycée Jésuite, frère Jésuite…), et que depuis une trentaine d’années je ne suis plus croyant, mais toujours attentif au discours de l’Evangile de Jésus-Christ.