Budget : le gouvernement donne un nouveau coup de rabot en ciblant la mission écologie
Pour éviter un dérapage trop important du déficit en 2026, le gouvernement a annulé 500 millions d’euros de crédits et « surgelé » 783 autres millions, vendredi 11 septembre. La mission écologie est la plus durement touchée.
Par Denis Cosnard et Raphaëlle Besse Desmoulières
Publié le 11 septembre 2026 à 20h23, modifié le 12 septembre 2026 à 09h28 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/11/budget-le-gouvernement-lance-un-nouveau-coup-de-rabot-en-ciblant-une-nouvelle-fois-la-mission-ecologie_6770635_823448.html
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Un nouveau coup de rabot. Minime, mais susceptible de limiter un peu l’ampleur du dérapage budgétaire qui se profile pour la fin de l’année 2026. Tel est le sens des mesures de « maîtrise des dépenses » annoncées par le ministère de l’économie et des finances, vendredi 11 septembre. Dans un décret paru au Journal officiel, le gouvernement annule définitivement 500 millions d’euros de crédits qui avaient déjà été mis de côté, « gelés » ou « surgelés », dans le jargon de Bercy. Le ministère a en outre affirmé que des crédits de 783 millions d’euros votés dans le cadre du budget 2026 feraient l’objet d’un « surgel », et ne seraient donc pas disponibles pour les ministères.
« Le gouvernement prend ainsi 1,3 milliard d’euros de mesures de redressement », souligne le communiqué de Bercy. Sébastien Lecornu a tenu à mettre ses ministres en garde : « Je vous demande de veiller personnellement à ce que votre ministère respecte strictement, d’ici à la fin de l’exercice, la cible d’exécution » désormais fixée, leur a-t-il écrit dans un courrier daté du 9 septembre.
Depuis que le budget 2026 a été adopté, les crises se sont succédé : guerre en Iran, vagues de chaleur, envolée des taux obligataires. Au total, le gouvernement estime à au moins 10 milliards d’euros le coût de ces chocs pour les finances publiques. Initialement, il avait prévu de compenser ces surcoûts par autant d’économies, « à l’euro près », afin de tenir son objectif de réduction du déficit. Depuis l’été, il y a renoncé. Ramener le déficit public de 5,1 % à 5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, comme cela était prévu, « n’est plus une option », a reconnu le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, vendredi 11 septembre.
Mission la plus touchée
L’exécutif cherche juste à ne pas trop s’éloigner de sa cible initiale, en économisant un peu partout là où il peut. Pratiquement tous les ministères sont mis à contribution, y compris les armées (50 millions d’euros annulés), pourtant considérées comme une priorité. Le décret d’annulation cible notamment les crédits alloués au travail (96 millions d’euros), à la cohésion des territoires (47 millions), ainsi qu’à la recherche et à l’enseignement supérieur (35 millions).
La mission la plus touchée, cependant, concerne l’écologie, le développement et la mobilité durables. Elle se voit privée de 157 millions d’euros de crédits. Un « non-sens » après des canicules et une sécheresse record cet été, selon Greenpeace France. « On ne peut pas débloquer plus de 1 milliard d’euros pour l’agriculture afin de réparer les dégâts du dérèglement climatique tout en diminuant les crédits qui permettraient de mieux s’y préparer », dénonce Clara Jamart, codirectrice des programmes de l’organisation, pour qui « le gouvernement doit tirer les conséquences de la crise climatique ».
« Aucune politique publique n’est remise en cause et les crédits dédiés à l’adaptation climatique ne font l’objet d’aucune annulation », a assuré le ministre chargé du budget, David Amiel, sur le réseau social X, pour couper court aux polémiques. Les crédits annulés en matière d’écologie visent en effet très majoritairement le service public de l’énergie, un dispositif de soutien aux énergies renouvelables par des tarifs garantis. « Avec la hausse des prix de l’électricité, la rémunération des producteurs d’énergie augmente, a expliqué M. Amiel. L’Etat ajuste donc légitimement son soutien à ces producteurs. »
Zones rurales
Quant aux surgels, ils concernent en particulier le plan France très haut débit, qui soutient le développement de la fibre optique dans les zones rurales, et voit 203 millions d’euros de crédit être gelés. Autre victime du coup de rabot, à hauteur de 160 millions d’euros, le programme « Energie, climat et après-mines ».
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Au total, toutefois, les mesures d’économies concrétisées à ce jour n’atteignent pas les 10 milliards d’euros visés, mais plutôt de 5 à 6 milliards d’euros. « De nouvelles mesures de redressement seront prises au cours des prochaines semaines, sur l’Etat et la Sécurité sociale », précise Bercy. Mais plus l’année avance, plus il paraît difficile de freiner des dépenses déjà largement engagées.