« A l’hôpital, le retour à la normale n’existe plus : les tensions hivernales commencent à apparaître alors que l’été n’est pas digéré »
Tribune
Dominique PeljakDirecteur général du centre hospitalier régional de Metz-Thionville
Le directeur général du centre hospitalier régional de Metz-Thionville, Dominique Peljak, déplore, dans une tribune au « Monde », que la politique d’adaptation au changement climatique ne soit pas étendue aux établissements de santé.
Publié aujourd’hui à 06h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/30/a-l-hopital-le-retour-a-la-normale-n-existe-plus-les-tensions-hivernales-commencent-a-apparaitre-alors-que-l-ete-n-est-pas-digere_6785973_3232.html
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Entre le lundi 27 juillet et le jeudi 20 août, 79 départements, soit près de neuf Français sur dix, ont vécu les affres de la canicule. A l’échelle nationale, cet épisode égale la plus longue vague de chaleur jamais enregistrée dans notre pays, celle de 1983. Santé publique France estime à 817 le nombre de décès dits « en excès » au cours de cette période. Dans les SAMU et les services d’urgence, l’activité a augmenté de 40 %. Ces chiffres ont circulé pendant quelques jours, puis la rentrée les a fait oublier. C’est là, précisément, que réside le problème. Nous continuons de traiter la chaleur comme un événement, alors qu’elle est devenue une saison à part entière.
Un hôpital sait gérer un événement. Pour cela, nous avons des plans, des cellules de crise, des rappels de personnel, ainsi qu’une culture de la mobilisation exceptionnelle qui fonctionne et à laquelle les équipes ne se dérobent jamais. Cependant, un dispositif exceptionnel suppose, par construction, un retour à la normale, lequel n’existe plus. Le président du syndicat SAMU-Urgences de France, Yann Penverne, le rappelait, à la mi-septembre : les tensions hivernales commencent à apparaître alors que l’été n’est pas digéré. Nous entrons dans des années à deux hivers, dont l’un survient en août. Les conséquences de cet état de fait sont très concrètes, mais peu débattues.
La première tient au calendrier.
L’organisation annuelle d’un hôpital repose encore sur un postulat hérité du XXe siècle : l’été représenterait une période creuse pendant laquelle on programme les congés, on ferme des lits et on reporte les recrutements. Depuis plusieurs années déjà, ce postulat est erroné. Nous le savons, nous nous adaptons à la marge, mais l’architecture générale des effectifs, des maquettes d’organisation et des autorisations demeure inchangée.
Repérer les personnes isolées
La deuxième tient aux murs.
Une partie importante du patrimoine hospitalier français a été conçue pour un climat qui n’a plus cours. Une chambre où la température ne descend pas en dessous de 32 °C n’en est pas une : c’est un lit perdu et un risque pour un patient fragile. Les plans d’investissement hospitaliers font aujourd’hui l’objet d’arbitrages en fonction de critères capacitaires et énergétiques. La résilience thermique n’y figure quasiment pas. Pourtant, il faudra choisir : soit nous adaptons le bâti, soit nous perdrons chaque été des capacités qui nous coûtent par ailleurs très cher à créer.
La troisième est la plus importante, et elle sort du cadre de l’hôpital.
Pour l’essentiel, les personnes qui meurent de la canicule ne le font pas dans nos services. Elles meurent chez elles, en Ehpad, seules, souvent sans avoir appelé. Quand ces personnes arrivent aux urgences, il est déjà trop tard. Réagir à un épisode de chaleur en ouvrant des lits supplémentaires, c’est réagir en bout de chaîne.
La réponse utile se situe en amont : repérer les personnes isolées, veiller aux services d’aide à domicile et préparer les établissements médico-sociaux qui, par ailleurs, disposent de moyens sans commune mesure avec les nôtres pour gérer les mêmes patients.
Il ne s’agit pas ici de plaider en faveur de l’hôpital. Il s’agit plutôt de cesser de lui demander d’absorber, en fin de chaîne et dans l’urgence, ce qui n’a pas été pensé au préalable.
Notre politique d’adaptation au changement climatique comporte un volet agricole, un volet urbain, un volet énergétique. Elle ne prévoit pas de chapitre hospitalier.
Il faudrait l’écrire avant le prochain été, c’est-à-dire maintenant, pendant que la question paraît lointaine.
Dominique Peljak est directeur général du centre hospitalier régional de Metz-Thionville et des centres hospitaliers de Briey (Meurthe-et-Moselle) et de Boulay (Moselle), de l’établissement public de santé de Gorze (Moselle) et de l’Ehpad de Creutzwald (Moselle). Docteur en droit médical, il dirige également le groupement hospitalier de territoire Lorraine Nord. Il a auparavant supervisé le Groupe hospitalier Sud Ile-de-France.
Dominique Peljak (Directeur général du centre hospitalier régional de Metz-Thionville)