En 2026, la moitié de la population mondiale a été exposée à des niveaux dangereux de pollution à l’ozone
Dans un rapport, l’observatoire européen de l’atmosphère Copernicus appelle à une action urgente contre une « menace mondiale » qui s’amplifie avec le changement climatique.
Par Stéphane Mandard
Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 10h55 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/30/en-2026-la-moitie-de-la-population-mondiale-a-ete-exposee-a-des-niveaux-dangereux-de-pollution-a-l-ozone_6785928_3244.html

C’est l’une des conséquences du réchauffement climatique et de cet été de tous les records : en 2026, la moitié de la population mondiale a été exposée à des niveaux de pollution à l’ozone considérés comme dangereux pour la santé. Et le bilan pourrait encore s’alourdir dans les prochains mois avec le renforcement du phénomène El Niño. Ce constat alarmant est issu de la première édition d’Atmosphere Watch, un nouveau rapport publié mercredi 30 septembre par l’observatoire européen de l’atmosphère Copernicus.


Infographie : Le Monde
En combinant des millions de données provenant de satellites, d’avions ou de stations de mesure au sol, Atmosphere Watch fournit une photographie inédite de la pollution de l’air à l’échelle planétaire. Le rapport révèle qu’à l’instar des fumées toxiques des mégafeux – qui sont aussi des contributeurs à la formation d’ozone – ou des épisodes de poussières du désert, l’ozone ne connaît pas de frontière, peut parcourir des milliers de kilomètres et affecter des populations vivant loin de la source d’origine.
Selon l’analyse de l’observatoire européen, 51 % de la population mondiale a été exposée « à long terme » à des niveaux de concentration en ozone « très mauvais » (17 %, supérieur à 100 microgrammes par mètre cube) et « extrêmement mauvais » (34 %, supérieur à 110 µg/m3) au cours des six mois considérés comme la haute saison de l’ozone. Souvent appelé le « polluant de l’été » – même si, avec le réchauffement climatique, les pics de pollution sont de plus en plus précoces (mai) et tardifs (septembre) en France –, l’ozone se forme sous l’effet combiné de la chaleur et du rayonnement solaire. Si l’on se réfère aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 5 % de la population a respiré un air considéré comme « bon » (inférieur à 60 µg/m3).

Une très grande partie de l’hémisphère Nord dépasse le seuil fixé par l’OMS. Les niveaux d’exposition fluctuent selon les continents. Si l’Océanie est la plus préservée, l’Asie est sans surprise la région du monde la plus touchée devant l’Amérique du Nord et l’Europe. Ainsi 53 % des Chinois ou des Indiens ont été exposés en 2026 à des niveaux d’ozone « extrêmement mauvais » et 22 % à des niveaux « très mauvais » contre respectivement 5 % et 12 % des Européens. Au niveau des métropoles, Milan, dans la très industrielle et très polluée plaine du Pô, fait partie avec Lahore (Pakistan) ou New Delhi des villes les plus touchées au monde par les pics de pollution à l’ozone (supérieure à 120 µg/m3, selon la législation européenne, beaucoup moins stricte que les lignes directrices de l’OMS).
Un polluant secondaire
« L’ozone est toujours le parent pauvre des politiques climatiques et contre la pollution de l’air alors qu’il a des effets bien documentés sur la santé et les écosystèmes », déplore la directrice du service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus, Laurence Rouil. Parce qu’il pénètre les voies respiratoires les plus profondes, l’ozone peut provoquer ou aggraver des maladies cardiorespiratoires et vasculaires : selon le dernier bilan de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), l’ozone est à l’origine d’environ 63 000 décès prématurés par an dans l’Union européenne. Il a également des effets délétères sur les écosystèmes (absorbé par les plantes, il endommage leurs cellules) : baisse des rendements agricoles et de la croissance forestière, perte de biodiversité. Selon les estimations de l’AEE, en 2024, 21,5 % des terres agricoles européennes étaient exposées à des niveaux d’ozone supérieurs au seuil annuel fixé pour la protection de la végétation.
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Cet ozone dit « troposphérique » ou « de basse altitude » ne doit pas être confondu avec l’ozone stratosphérique (couche d’ozone) qui protège la Terre des rayons ultraviolets. A la différence des particules fines ou du dioxyde d’azote, l’ozone est ce qu’on appelle un « polluant secondaire ». Il se forme sous l’effet de la chaleur et de l’ensoleillement à partir de réactions chimiques complexes, notamment entre les oxydes d’azote et les composés organiques volatils issus de plusieurs sources : industrie, transports, solvants ménagers ou encore feux de forêt.
« En 2026, ces facteurs se sont combinés dans de nombreuses régions entraînant des concentrations élevées d’ozone qui ont affecté des milliards d’individus à travers le monde », indique le rapport. Ainsi, les vagues de chaleur répétées en Europe ont contribué à une exposition importante à l’ozone pendant l’été. Les chercheurs du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) – qui ont piloté ces travaux – parlent de « pénalité ozone-climat »pour illustrer le « lien de plus en plus étroit entre les phénomènes climatiques extrêmes et la qualité de l’air ».
La France n’y a pas échappé, avec plusieurs pics de pollution à l’ozone d’envergure dont un épisode tout à fait inédit par sa précocité et sa durée lors de la vague de chaleur qui a frappé le pays fin mai. Au cours de l’été 2026, l’Ile-de-France a ainsi enregistré seize jours d’épisodes de pollution à l’ozone, du jamais-vu depuis la canicule de 2003, avec une pointe à 240 µg/m3 le 27 juin, inférieure néanmoins à la maximale relevée en 2003 (289 µg/m3). Le mégafeu qui a ravagé plus de 42 000 hectares de forêts en Gironde en juillet a non seulement généré des dépassements des seuils réglementaires aux particules fines, mais a également contribué à la formation d’ozone. Les panaches de fumées se sont dispersés bien au-delà de la Gironde provoquant des pics de pollution dans le centre de la France, en Auvergne ou encore en région lyonnaise.


Infographie : Le Monde
Pour mieux documenter les sources de l’ozone, Copernicus s’est penché sur le cas de Bergame (Italie), l’une des villes européennes les plus touchées par les vagues de chaleur en juillet. L’analyse conclut que « le rôle joué par le transport hémisphérique de l’ozone est aussi important que la contribution de l’ensemble des sources anthropiques européennes [industrie, transports…]. » Les experts en déduisent que « la qualité de l’air ne peut être appréhendée uniquement à travers le prisme des émissions locales ». Et que l’ozone doit être considéré comme une « menace mondiale ».

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles, à la différence des autres polluants (particules fines, dioxyde d’azote ou soufre) dont les concentrations sont en baisse constante depuis le début du siècle dans l’Union européenne, le renforcement de la législation européenne sur la qualité de l’air a un effet limité sur l’ozone. En effet, avec l’accélération du réchauffement climatique, ses concentrations stagnent depuis une dizaine d’années.
D’autant que l’ozone possède également la caractéristique d’être lui-même un gaz à effet de serre. Les chercheurs parlent d’une « boucle de rétroaction » : le changement climatique génère des conditions plus propices à la formation d’ozone, qui lui-même contribue au réchauffement. C’est pourquoi, au moment où la communauté internationale se prépare pour la COP31, le directeur général du CEPMMT, Florian Pappenberger, insiste sur la nécessaire prise en compte des« conclusions d’Atmosphere Watch [qui] rappellent que le changement climatique, la qualité de l’air et la santé publique sont des défis étroitement liés qui nécessitent une action mondiale coordonnée ».
Commentaire Dr Jean SCHEFFER
L’ozone est le parent pauvre, médiatiquement parlant, des polluants présents dans l’air. Paradoxalement, il est souvent plus élévé en milieu rural que dans les grandes villes en raison de sa destruction par les oxydes d’azote (NO2) et les composés organiques volatils (COV) eux-mêmes émis principalement en milieu urbain. Il tue donc partout !
J’avais fait un travail dans les années 2010 montrant ses conséquences sur notre santé. Lors de la canicule de 2003, j‘avais évalué la mortalité sur Albi et l’ozone en était la principale cause loin devant la chaleur elle-même: 15 décès versus 3 décès.



