Enquête sur la richesse de l’Eglise catholique en France

L’Eglise catholique française entre crise de foi et crise économique

RELIGION

A Paris, Lourdes et Metz, l’Eglise catholique va accueillir le pape Léon XIV avec faste. Mais qu’en est-il de la puissance financière de l’institution, alors que les dons déclinent et que son patrimoine lui coûte cher ?

Stéphanie Gallet,

le 25 septembre 2026

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Paris, le 21 septembre 2026. La visite du pape en France a aussi vocation à remobiliser les croyants.© SIMON WOHLFAHRT / AFP

Enquêter sur la richesse de l’Eglise catholique en France, c’est découvrir une situation héritée d’une histoire tumultueuse avec l’Etat français.

Mais de quoi parle-t-on quand on parle de l’Eglise catholique en France : des paroisses, des diocèses, des congrégations religieuses, des écoles catholiques ou encore des associations caritatives ?

Le monde catholique est divers. Il n’y a pas une structure financière unique. Alors, comment aujourd’hui évaluer la richesse de l’Eglise ?

Les églises n’appartiennent pas à l’Eglise

Rappelons que depuis la loi de 1905, l’immense patrimoine religieux de notre pays n’appartient plus à l’Eglise. L’Eglise catholique en est le premier affectataire, c’est-à-dire qu’elle en a l’usage libre, gratuit et éternel, mais les quelque 40 000 églises paroissiales sont propriété des communes, quand les cathédrales sont celles de l’Etat.

Leur entretien revient ainsi aux autorités publiques. Une grande partie de la richesse visible de l’Eglise n’est donc pas la sienne, car seuls les édifices construits après 1905 lui appartiennent.

En 1924, un accord signé entre l’Etat français et le Vatican impose aux évêques de constituer leur diocèse en association cultuelle. Ils doivent désormais, chaque année, faire certifier leur comptabilité par un commissaire aux comptes, ce qui permet à la Conférence des évêques de France (CEF) de publier régulièrement un compte rendu consolidé de la situation économique des diocèses.

Ce n’est pas le cas pour les congrégations religieuses – jésuites, dominicains, missions étrangères de Paris, etc. – qui dépendent du titre III de la loi de 1901 sur les associations.

Si leur existence comme communauté religieuse est plus ou moins encadrée, elles n’ont aucune obligation de publier leurs comptes. Ceux-ci demeurent des plus flous, alors que ces congrégations peuvent être à la tête de propriétés importantes (abbayes, domaines viticoles, immeubles parisiens…).

Un patrimoine mal évalué

Dès les années 1970, le recul de la foi se fait sentir et les autorités catholiques se retrouvent, explique l’historien Jean-Pierre Moisset, face à « une triple pénurie : de pratiquants, de candidats à la prêtrise et de donateurs ». En 1976, l’Eglise organise sa première campagne nationale en faveur du denier du culte. Elle ne cessera désormais plus de communiquer sur son manque d’argent.

La question de la richesse de l’Eglise catholique en France s’est posée de façon très concrète en 2021, lors de la publication du rapport Sauvé, quand il a fallu indemniser les victimes d’agressions sexuelles, mais sans toucher aux dons des fidèles pour le culte.

Pour montrer la solvabilité de l’Eglise, le magazine Complément d’enquête, diffusé en janvier 2023 sur France Télévisions, a épluché les bilans comptables publiés au Journal officiel de la plupart des associations diocésaines. Résultat pour 2019 : en additionnant la trésorerie et les placements, près de 1,6 milliard d’euros sont trouvés dans les caisses de l’Eglise.

Quant au patrimoine immobilier, soit les églises construites après 1905, les presbytères, les centres pastoraux et autres immeubles, l’ensemble est estimé à un minimum de 1,9 milliard. Un montant que l’enquête de France Télévisions considère largement sous-évalué par rapport à la valeur de marché (entre 3 et 6,5 milliards d’euros…)

La CEF ne conteste pas ces chiffres, mais en nuance la portée : pour elle, la plupart de ces biens immobiliers sont inamovibles car dédiés au culte.

Des revenus en érosion constante

Les chiffres publiés annuellement par la CEF relèvent d’un subtil exercice de communication. Ce qui caractérise la richesse de l’Eglise, c’est en effet son inégale répartition, avec, à Paris, un diocèse ultra-riche, des diocèses urbains qui s’en sortent plutôt bien quand d’autres plus ruraux sont exsangues.

Pour 2024, la CEF recense – avec la collecte annuelle du denier, les quêtes et autres offrandes de messe – 623 millions d’euros de ressources courantes, en hausse de 3 % par rapport à 2023, et 202 millions d’euros de ressources exceptionnelles (legs et cessions d’actifs immobiliers), soit 824 millions d’euros au total.

Les ressources de l’Eglise progressent trop faiblement pour couvrir ses besoins

Ressources de l’Eglise catholique française, hors cessions immobilières, en millions d’euros (M€)

Source : Conférence des évêques de France

Quant aux charges de fonctionnement, elles sont constituées des salaires des laïcs (19 %), du traitement des prêtres (14 %), des dépenses de fonctionnement (37 %), de la maintenance et de l’amortissement de l’immobilier récent (28 %).

Si ces chiffres soulignent les besoins d’une institution qui revendique sa permanence, ils disent en creux la fragilisation de son équilibre économique. La CEF rappelle que « l’Église, dans son fonctionnement, est déficitaire et doit donc chaque année, en plus de l’utilisation des legs, céder des actifs pour équilibrer ses comptes ».

L’Eglise catholique compte en effet essentiellement sur la générosité des fidèles, car elle ne reçoit pas de financement du Vatican, ni même de l’Etat – si ce n’est dans les diocèses concordataires d’Alsace-Moselle.

Difficultés en vue

Or, les donateurs vieillissent (leur âge moyen « oscille entre 65 et 75 ans » indique la CEF) et leur nombre ne cesse de reculer, de 1,4 million de foyers donateurs en 2007 à 770 000 en 2024. Ils sont plus généreux, mais ce n’est pas suffisant.

Le montant moyen des dons augmente, mais le nombre de donateurs diminue

Nombre de foyers donateurs et montant moyen des dons à l’Eglise catholique française

La recherche de grands mécènes devient alors une préoccupation importante, augmentant ainsi la proximité, voire la dépendance de l’Eglise envers ces croyants très privilégiés.

Face à la baisse continue des ressources et à la hausse des dépenses, accentuée par l’inflation et le vieillissement des bâtiments, les diocèses se réorganisent, licenciant du personnel salarié, fusionnant les paroisses, vendant des immeubles, réduisant les projets pastoraux.

La CEF écrit que « plus d’un tiers des diocèses prévoient d’être dans une situation satisfaisante à l’horizon 2030, mais 22 [il y en a 95 en France métropolitaine, NDLR] pourraient affronter des difficultés à défaut de mesures de redressement d’ici là ».

Pour Nicolas de Bremond d’Ars, prêtre et sociologue de l’Eglise, longtemps chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS),« l’erreur serait de croire que la situation économique est un problème de gestion : c’est d’abord une question de légitimité et de crédibilité de l’institution ecclésiale ».

Après la litanie de scandales de violences sexuelles ces dernières années, face à la progression des églises évangéliques et à celle de l’athéisme, la visite du Pape a aussi vocation à restaurer la confiance des croyants et à les remobiliser.

Article écrit par

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Stéphanie Gallet

Journaliste indépendante

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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