Socialistes et écologistes en plein brouillard

Présidentielle 2027 : chez les Ecologistes, un malaise nourri par les doutes sur leur stratégie et un audit interne

Alors que le parti écologiste devrait acter ce lundi l’organisation d’un référendum en décembre pour décider du maintien ou non d’une candidature autonome, une étude interne porte un regard critique sur sa sociologie et dénonce des défaillances en matière de violences et de discriminations. 

Par Robin Richardot

Publié le 20 septembre 2026 à 14h25, modifié le 21 septembre 2026 à 09h54 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/20/presidentielle-2027-chez-les-ecologistes-un-malaise-nourri-par-les-doutes-sur-leur-strategie-et-un-audit-interne_6778377_823448.html?srsltid=AU7gw4V9v88_3v8RdN-jp1ibA7iDmmDf4vj12gWlsuSU_QXrV0GYn4dD

Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Ecologistes, à l’ouverture des journées d’été du parti, à Grenoble, le 20 août 2026.
Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Ecologistes, à l’ouverture des journées d’été du parti, à Grenoble, le 20 août 2026.  MARIE MAGNIN/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Aux universités d’été de Grenoble, fin août, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes et candidate à l’élection présidentielle, avait promis un vote des adhérents pour décider de la stratégie du parti dans la campagne de 2027. Celui-ci devrait finalement avoir lieu du jeudi 10 décembre au dimanche 13 décembre. Un conseil fédéral exceptionnel, qui s’est tenu ce dimanche 20 septembre dans une ambiance très tendue, devait valider ce référendum interne, à l’issue d’un vote électronique dont les résultats doivent être connus ce lundi à midi.

Cette réunion portait sur une motion déposée par le bureau politique du parti, intitulée « Pour l’écologie, pour l’union : avancer et décider ensemble ». L’objet de ce texte est d’acter l’échec définitif de la primaire de la gauche et des écologistes que le parti appelait de ses vœux avant l’été et de fixer « un nouvel horizon ». Tout en maintenant la candidature de Marine Tondelier jusqu’au vote de décembre, la direction du parti veut mandater des équipes de négociations avec les autres forces de gauche pour définir « un projet partagé », un contrat de gouvernement et d’alliances législatives. Le texte du référendum, présentant les différentes options, sera présenté fin novembre.

Cela fait déjà plusieurs mois que le parti, ses élus et ses adhérents sont tiraillés face au dilemme de 2027. Maintenir une campagne autonome avec Marine Tondelier ou se rallier à Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) ou à Raphaël Glucksmann, s’il sort vainqueur de la primaire des socialistes ? Le court laps de temps entre la convocation de ce conseil fédéral exceptionnel, annoncée en interne le mercredi 16 septembre, et sa réunion quatre jours plus tard, a fortement agité les débats sur les boucles de messagerie des Ecologistes. Pro-Glucksmann et pro-Mélenchon se sont retrouvés pour critiquer une décision prise à la hâte alors qu’elle définira toute la stratégie du mouvement lors des mois à venir.

Les échanges dimanche soir au conseil fédéral n’ont pas été plus calmes. Les opposants à la direction dénoncent une « brutalité » à la tête du parti. « Cela a été l’exact opposé d’un exercice de délibération », soupire l’un d’eux après plusieurs heures de discussion.

« Parti de la petite bourgeoisie intellectuelle »

C’est dans ce contexte tendu que la direction a aussi partagé en interne cette semaine un document, révélé par Médiapart et que Le Monde a pu consulter. Il s’agit d’une étude commandée par Les Ecologistes et réalisée entre 2023 et 2024 par des chercheurs indépendants du Groupe de diffusion, de recherche et de veille citoyenne, à partir de 1 072 réponses collectées venant d’un questionnaire envoyé à des milliers d’actuels ou d’anciens sympathisants ou adhérents. Titrée « L’écologie politique, une “famille difficile” comme les autres ? », elle documente les inégalités de représentation, les barrières à l’engagement et les expériences de discriminations en interne.

Ouverture des journées d'été des Ecologistes. Grenoble, 20 août 2026.
Ouverture des journées d’été des Ecologistes. Grenoble, 20 août 2026.  MARIE MAGNIN/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Cet audit offre un regard critique sur la sociologie du parti, décrit comme un « parti de la petite bourgeoisie intellectuelle ». La majorité des répondants sont des hommes, diplômés du supérieur et appartenant à la classe dominante. L’étude souligne que le parti Les Ecologistes est aussi un débouché important pour les transfuges de classes voulant combattre les inégalités dont ils se sont extirpés. En revanche, les quartiers populaires y sont « structurellement absents ». A contrario de l’image renvoyée par le parti, l’étude note davantage de liens avec les classes populaires des zones rurales et périurbaines.

Lire aussi l’analyse | Présidentielle 2027 : Les Ecologistes écartelés sur leur stratégie, au risque de devenir inaudibles

Ces classes populaires s’effacent au profit de la classe dominante lors des élections. La sélection du vote aggrave encore plus un phénomène « d’absentisation » qui est généralisé dans le champ politique, rappellent les chercheurs. Ces derniers relèvent l’exemple des dernières législatives, en 2024, chez les Verts : les classes dominantes passent de 49 % parmi les candidats à 75 % parmi les élus.

« Ce n’est pas un exercice confortable »

Le rapport soulève aussi la question de la violence au sein du parti (comme dans bien d’autres, là encore). Résonnant fortement avec l’actualité, les luttes internes entre les courants reviennent régulièrement, avec un récit parfois quasi « traumatique », s’étonnent les auteurs ; 58 % des répondants déclarent avoir eu des expériences négatives au sein du mouvement.

Plus inquiétant pour un parti se disant à l’avant-garde dans ces luttes, 10 % disent avoir été victimes de violences ou de propos discriminatoires, dont des violences sexistes et sexuelles. Un chiffre potentiellement sous-estimé par l’échantillon des répondants, majoritairement constitué d’hommes blancs issus de la classe dominante. Cela suffit néanmoins aux chercheurs pour alerter sur « une réponse organisationnelle défaillante », puisque moins de 11 % des victimes citent les instances nationales comme soutien lors de cas de discrimination.

Paradoxalement, 72 % des répondants considèrent aussi les Verts comme un espace où ils se sentent bien accueillis. « Le parti devient alors un refuge non pas tant contre les discriminations de classe ou de genre – même si elles y sont aussi présentes – que contre un monde perçu comme hostile aux modes de vie et aux convictions écologistes », analyse le rapport.

Interrogée, la direction des Ecologistes, qui rappelle qu’elle est le seul parti à avoir fait cet exercice d’introspection, indique qu’elle n’a pas attendu la publication du rapport pour apporter des solutions. Le parti a désigné un délégué à la parité sociale au sein du bureau politique et a lancé un groupe de travail consacré à la diversité. « Ce n’est pas un exercice confortable et en même temps, il est essentiel que les partis fassent cette introspection et la rendent publique. Ce travail est aussi une interpellation à toutes les formations politiques », lance la députée de Paris Léa Balage-El-Mariky, porte-parole de Marine Tondelier. Sans fermer la porte à d’autres rapports dans le futur pour suivre l’évolution du parti.

Mise à jour à dimanche 20 septembre à 18 h 15 : correction sur le groupe de chercheurs ayant mené l’audit.

Mise à jour le 21 septembre à 9h20 : l’issue du vote électronique, le lundi midi.

Robin Richardot

Présidentielle 2027 : Raphaël Glucksmann en campagne dans un territoire rural pour tenter de casser son image de Parisien

Le candidat à la primaire du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2027 était l’invité des Rencontres de la gauche, orchestrées par Carole Delga, à Bram, dans sa région d’Occitanie. Alors que nombre d’opposants à Olivier Faure étaient présents, l’objectif était de mieux faire connaître le dirigeant de Place publique. 

Par Sandrine Cassini

Publié le 20 septembre 2026 à 16h25, modifié le 21 septembre 2026 à 14h52 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/20/raphael-glucksmann-en-campagne-dans-un-territoire-rural-pour-tenter-de-casser-son-image-de-parisien_6778389_823448.html

Temps de Lecture 4 min.

Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire du Parti socialiste, et Carole Delga, présidente de la région Occitanie, lors des Rencontres de la gauche, à Bram (Aude), le 19 septembre 2026.
Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire du Parti socialiste, et Carole Delga, présidente de la région Occitanie, lors des Rencontres de la gauche, à Bram (Aude), le 19 septembre 2026.  ED JONES/AFP

« Allez, maintenant, tu viens voir les Catalans. » A Bram, dans l’Aude, ce samedi 19 septembre, Raphaël Glucksmannmultiplie les selfies et fait le tour des militants socialistes attablés autour du traditionnel cassoulet. L’essayiste, qui a repris deux fois du roboratif plat du Languedoc, ne s’économise pas pour distribuer bises et poignées de main. « Bon courage, Raphaël », lui lance-t-on.

Sous l’immense tonnelle, le candidat à l’élection présidentielle de 2027 est guidé d’une main de fer par Carole Delga, qui tient, dans le parc des Essars de la commune, sa sixième édition des Rencontres de la gauche. Deux mille militants venus des départements occitans, mais aussi de Mayenne, de Haute-Vienne, de Loire-Atlantique, du Morbihan ou d’ailleurs, ont fait le déplacement.

La présidente de la région Occitanie a mis toutes ses forces dans son soutien à l’essayiste. Une aventure qui n’est pas sans risque à deux ans des élections régionales, si jamais elle devait mal se terminer. En attendant, son implication est totale. La native de Martres-Tolosane (Haute-Garonne) lui avait donc mitonné une journée sur mesure destinée à le propulser dans la primaire socialiste.

Telle une « rock star », Raphaël Glucksmann est arrivé, fendant la foule au côté du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, de l’adjointe à la mairie de Paris Lamia El Aaraje, du sénateur écologiste Yannick Jadot, du député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj, autre candidat à la primaire, et de l’ancien ministre de l’agriculture sous François Hollande Stéphane Le Foll. Soit autant d’opposants au premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, qui n’a pas répondu à l’invitation. Tout comme la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, ou Ségolène Royal, candidate à la primaire, également conviées.

Autre objectif du rendez-vous : mieux faire connaître celui qui n’a pas l’étiquette socialiste et tenter de le défaire de l’image de Parisien qui lui colle à la peau. La table ronde sur « les territoires oubliés » à laquelle Raphaël Glucksmann a participé résume à elle seule cette ambition. « Ici, c’est la gauche populaire, ici on sait ce que c’est que la République, la République qui s’est oubliée elle-même », a-t-il scandé sur scène devant les militants.

« Trop à droite »

Rares sont les « fauristes » croisés ce jour dans le parc arboré. Marie-Claude Farcy, conseillère départementale de Haute-Garonne, hésite encore entre Ségolène Royal, « qui bouscule les codes » et « donne envie », et le chef de file du PS. Pour son mari, Pierre, Raphaël Glucksmann est « un coucou » qui « veut le pognon du PS ». Tanguy Thebline, conseiller d’opposition à Launaguet (Haute-Garonne), juge le logiciel de l’essayiste « trop à droite ».

Lire aussi « Il n’est pas au PS » : rencontre avec des militants socialistes peu enclins à soutenir Raphaël Glucksmann pour la primaire à gauche

Le reste du public du jour est plutôt acquis à Raphaël Glucksmann. La seule question qui taraude est de savoir s’il va gagner au premier tour de la primaire, les 9 et 10 octobre.

Ce qui n’empêche pas les doutes, en particulier dans ces territoires ruraux. Députée socialiste de l’Ariège, Martine Froger l’avait trouvé « excellent » au meeting d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 13 juin, où son discours « de gauche »l’avait convaincue. Mais, « sur le terrain, il est plus effacé », constate-t-elle, jugeant qu’il « a besoin de venir dans la ruralité ». « Certains me disent qu’il est un peu hors sol, il fait européen, libéral », ajoute-t-elle. Sa première sortie comme candidat à la présidentielle, le montrant harnaché en haut d’une éolienne, un dispositif pas toujours très populaire, lui a paru un peu décalée. « Ce n’est pas la première préoccupation des Français. J’aimerais qu’il aborde des sujets qui touchent les Français comme le pouvoir d’achat », avance-t-elle.

« Raphaël Glucskmann dans un département rural, c’est compliqué », corrobore Stéphane Le Foll, qui l’a aussi encouragé à être plus présent dans le débat public. « Je lui ai dit : “Une campagne présidentielle, c’est tous les jours.” Il faut être extrêmement présent, une présidentielle, c’est quelque chose de fou. »

« Ce qui compte, c’est qu’il aille sur le terrain »

Militante de Place publique, Nathalie Casteran pense que « son côté parisien est atténué par Carole Delga », dont l’accent chantant et les origines plus modestes tranchent avec l’image de Raphaël Glucksmann, fils de philosophe et essayiste. « La team Nicolas Mayer-Rossignol [maire de Rouen], Michaël Delafosse et Carole Delga fonctionne bien »,défend cette militante toulousaine. « Qu’il vienne de la haute société, ce n’est pas un problème. Blum, Jaurès et Hugo ne venaient pas du peuple. Ce qui compte, c’est qu’il aille sur le terrain, pour le comprendre », abonde le frère de Nathalie, Philippe Casteran, ancien socialiste désormais chez Place publique.

Lire aussi | Raphaël Glucksmann : « La cohérence écologique, nous la portons

L’image de Raphaël Glucksmann, « c’est un sujet qu’on doit travailler afin qu’il ne soit pas enfermé dans une caricature de Germanopratin intello », reconnaît Carole Delga, se disant tout de même « étonnée que quand on est de gauche, on veuille enfermer quelqu’un dans ses origines ». Elle assure qu’avec les agriculteurs ou dans les quartiers « pauvres »qu’elle a traversés avec lui, il a « une très bonne capacité d’écoute ».

L’intéressé, lui, n’estime pas avoir « une popularité plus faible dans les préfectures que dans les métropoles ». Mais celui qui est plus à l’aise dans les diatribes anti-Poutine ou anti-Trump que sur les thématiques nationales promet qu’on va maintenant l’entendre sur « la ruralité », « les quartiers prioritaires de la ville » et « l’abandon des services publics ». « Ce qui m’empêche de dormir, c’est que la gauche a perdu les travailleurs, les sous-préfectures. Et que la gauche démocrate a perdu les quartiers populaires. Ce que je veux reconquérir, c’est l’élargissement sociologique de notre vote. Les électorats n’appartiennent à personne », affirme-t-il, visant à la fois La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national.

La veille, à Montpellier, dans une réunion publique organisée par Michaël Delafosse, Raphaël Glucksmann avait redit son opposition farouche à tout accord avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. « Terminé de sacrifier ses principes pour sauver trois circos », avait-il scandé dans une vidéo devenue virale. Le premier secrétaire du PS, lui, laisse la porte ouverte à LFI et a invité, dans Le Nouvel Obs, le 17 septembre, à « ne pas confondre une élection présidentielle avec la réalité parlementaire qui suivra ». Un argumentaire censé faire venir à lui les barons socialistes dont la réélection en 2027 n’est pas évidente.

Sandrine Cassini

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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