C’est la stratégie d’alliance avec La France insoumise (LFI) qui a électrisé toute la fin de l’émission sur la primaire à gauche

Primaire à gauche : la situation à Gaza et l’alliance avec LFI électrisent le premier débat télévisé

Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj se sont affrontés pour la première fois, mercredi 23 septembre, sur le plateau de LCI. Si un consensus a émergé sur les questions économiques et sociales, l’emploi du terme « génocide » pour évoquer le drame à Gaza a enflammé les échanges. 

Par Sandrine Cassini

Hier à 05h30, modifié hier à 11h47 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/24/primaire-a-gauche-la-situation-a-gaza-et-l-alliance-avec-lfi-electrisent-le-premier-debat-televise_6781332_823448.html?srsltid=AU7gw4V4FY-bBWFbcT_TMRvpBKVP4CA3GjOI-FvM-xUU3Q9qfL1_48Yp

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Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj, sur le plateau de LCI, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 23 septembre 2026.
Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj, sur le plateau de LCI, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 23 septembre 2026. JULIEN DE ROSA/AFP

Le coup d’envoi de la primaire de « l’espace social-démocrate » a été donné, mercredi 23 septembre, sur LCI. Pendant trois heures et demie, les cinq candidats – Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique, Emmanuel Maurel, député du Val-d’Oise et animateur national du parti Gauche républicaine et socialiste, Ségolène Royal, ancienne ministre socialiste, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), et Jérôme Guedj, député socialiste de l’Essonne – se sont affrontés en répondant aux questions posées par un panel de Français.

Principale leçon de la soirée, les sujets de fond font relativement consensus, en particulier les questions économiques et sociales. Si le conflit israélo-palestinien a clivé les débats, c’est la stratégie d’alliance avec La France insoumise (LFI) qui a électrisé toute la fin de l’émission. Des jeux tactiques ont sous-tendu les échanges : Ségolène Royal a affiché un soutien non dissimulé à Olivier Faure, qui l’a relativement épargnée. Et tous deux ont fait front commun, la première avec virulence, le second mezza voce, contre Raphaël Glucksmann, ennemi désigné et présenté comme le favori de la compétition.

Premier sujet abordé, les prix de l’essence. Tous alignés sur les objectifs de long terme – électrification des usages et réduction des énergies fossiles –, les candidats se sont divisés sur les mesures de court terme, entre aides générales et ciblées. Favorable à « un triplement du chèque énergie » et non à des « mesures générales », pour éviter que « des bourgeois [prennent] leur SUV pour partir en week-end », Raphaël Glucksmann a reçu une réponse peu amène de Ségolène Royal, qui ne veut pas « faire la police de la consommation ». « Il faut des mesures générales et simples », a-t-elle martelé, proposant de ramener le prix de l’essence à 1,70 euro le litre par une baisse des taxes et une suppression des certificats d’économies d’énergie, ravalés à de « l’écologie punitive ». « Si on est visionnaires, il ne faut pas dire qu’un SUV, c’est la voiture de demain ! », l’a recadrée Emmanuel Maurel.

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Etudiant à la Sorbonne, Léandre Contaut, 21 ans, a ensuite mis sur la table « la menace russe ». « Est-ce que vous allez assumer de financer largement l’Ukraine ? », a-t-il interpellé, s’adressant à « Mme Royal ». Une référence aux propos ambigus de l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007, qui avait notamment considéré, en 2024, qu’il y avait une « pression sur les Ukrainiens pour refuser de négocier », reprenant la propagande russe.

« Il faut aider l’Ukraine à obtenir une paix juste et durable. Certains nous disent que c’est impossible, qu’on n’a même pas le droit de parler de la paix, sinon on est traité de “poutinolâtre” », a-t-elle exposé, suggérant d’en passer par la « négociation » et la « médiation ». « Poutine ne veut pas dialoguer avec nous. C’est bien le problème », lui a répondu Emmanuel Maurel. « Les Russes ne sont pas du tout dans une situation où ils imaginent négocier », a corroboré Olivier Faure. Alors que Ségolène Royal se défendait de toute « ambiguïté », Jérôme Guedj lui a reproché son « flottement ».

Olivier Faure a opportunément fait migrer le débat sur le conflit israélo-palestinien. « Il faut que nous ayons cette même force pour l’Ukraine et pour la Palestine », a-t-il avancé, conscient de pouvoir créer du clivage avec son principal adversaire, Raphaël Glucksmann. Au cœur des dissensions, l’utilisation du terme « génocide », revendiqué par Olivier Faure, mais que le fondateur de Place publique se refuse d’utiliser.

« Cela a un poids de dire “génocide”. Nous avons besoin de ce poids-là pour que stoppe ce massacre insupportable », a appuyé le socialiste. « Ce n’est pas la qualification qu’on emploie, c’est l’action qu’on mène qui compte », a tenté d’évacuer Raphaël Glucksmann, qui préfère parler de « crimes contre l’humanité » et de « crimes de guerre ». Une position délicate tant il ne peut ignorer que le mot « génocide » s’est désormais généralisé à gauche.

L’augmentation du smic fait consensus

Dans cette bataille, c’est Ségolène Royal qui a perdu le plus de plumes. Se disant à « 100 % d’accord avec Olivier Faure », elle a considéré que pour lutter contre l’antisémitisme « il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable ». « C’est assez incroyable comme injonction », s’est alors offusqué Jérôme Guedj, qui l’a accusée d’« essentialiser » les Français juifs. « On n’a pas demandé aux Français musulmans de hausser la voix pour se désolidariser des crimes commis par Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] »,a martelé le député de l’Essonne.

« Un Francais juif n’a rien à voir avec [le premier ministre israélien Benyamin] Nétanyahou », a ajouté Raphaël Glucksmann. « Il ne faut pas caricaturer la pensée des autres », a tenté de se défendre, en vain, l’ancienne présidente de la région Poitou-Charentes (2004-2014). Jouant les casques bleus, Emmanuel Maurel a rappelé que la France était « le pays d’Europe » où vivaient « la plus grande communauté juive » et « la plus grande communauté musulmane ». « On a une responsabilité en tant que dirigeants politiques d’être vigilants sur les mots. La République française aime tous ses enfants. »

La séquence sur les questions économiques et sociales, amorcée par les témoignages de Joana Laurent, une mère seule qui peine à boucler ses fins de mois, et de Neena Rossignon, cheffe d’entreprise qui n’arrive pas à embaucher, a apporté un peu de sérénité. Les candidats de la gauche dite « de gouvernement » ont voulu faire preuve de radicalité pour rompre avec la politique menée par le président de la République, Emmanuel Macron, tout en essayant de montrer une forme de responsabilité en matière de finances publiques.

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L’augmentation du smic a fait consensus, tandis que chacun a égrené sa mesure phare. Raphaël Glucksmann a mis en avant sa taxe sur les gros héritages, qui permettrait de financer une baisse de la contribution sociale généralisée (CSG), et proposé un « statut pour les mamans solos ». Emmanuel Maurel s’est dit favorable à une « indexation des salaires sur l’inflation », comme Olivier Faure, qui propose aussi une « Sécurité sociale alimentaire ». Jérôme Guedj a, pour sa part, tenu à évoquer sa « grande Sécu », qui consisterait à fondre les mutuelles dans la Sécurité sociale. Aucun n’avait envie de « brûler la dette », et Ségolène Royal a même proposé de réduire sensiblement le « train de vie de l’Etat ». « Ce courage-là, je l’aurai », a-t-elle promis.

Jean-Luc Mélenchon au centre du jeu

Après cette pause, c’est la stratégie à adopter face à LFI, sujet le plus épidermique, qui a enflammé le plateau, donnant lieu à plusieurs attaques en règle. Jérôme Guedj a rappelé qu’aux élections législatives de 2024 il avait refusé l’alliance du Nouveau Front populaire et répété son opposition farouche à Jean-Luc Mélenchon, qu’il accuse de flirter avec l’antisémitisme. « On ne dit pas : “Plus jamais”, et, au moment des élections municipales, on regarde ailleurs », a-t-il critiqué, en référence aux accords passés entre les « insoumis » et le PS en mars. « C’est ça qui tue la politique, Olivier », a-t-il dit, se tournant vers le premier secrétaire du PS.

Ce dernier lui a rappelé que « Renaissance avait renoncé à mettre un candidat face à [lui] » dans l’Essonne, aux législatives de 2024. Avant de s’adresser à Raphaël Glucksmann en lui demandant comment il allait « faire la révolution écologique » sans ses partenaires de gauche à l’Assemblée nationale. « Tu devras entendre ça : il n’y aura pas d’alliance aux législatives avec LFI. Il y aura des candidats, et on gagnera plus de sièges comme ça », lui a répondu le fondateur de Place publique, augurant de relations électriques avec le premier secrétaire du PS s’il venait à gagner la primaire.

Venant à l’aide du chef de file socialiste, Ségolène Royal a porté la charge la plus lourde : « Vous venez donner des leçons de refondation. C’est au PS de redéfinir la refondation de la gauche et de définir dans quelles conditions on fera accord avec les autres forces », a-t-elle attaqué, sous-entendant que Raphaël Glucksmann n’était pas de la famille et qu’il n’aurait rien à dire, même s’il gagnait. Emmanuel Maurel a qualifié de « piège absurde » cette fin de débat, qui replace Jean-Luc Mélenchon au centre du jeu. En désaccord sur ce point stratégique, tous se sont quand même engagés à se placer, quoi qu’il advienne, derrière le gagnant.

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Sandrine Cassini

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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