A Paris, la zone à trafic limité a contribué à améliorer la qualité de l’air, selon une étude d’Airparif
La circulation a reculé de 18 % dans la zone à trafic limité du centre de Paris. Sur certains axes périphériques, le trafic a en revanche augmenté, sans entraîner de dégradation de la qualité de l’air, selon Airparif.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 09h21, modifié à 09h22 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/25/a-paris-la-zone-a-trafic-limite-a-contribue-a-ameliorer-la-qualite-de-l-air-selon-une-etude-d-airparif_6782142_3244.html
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L’instauration d’une zone à trafic limité (ZTL) dans l’hypercentre de Paris, à la fin de l’année 2024, a contribué à améliorer la qualité de l’air dans l’ensemble de la capitale, où les concentrations de dioxyde d’azote ont légèrement baissé, selon une étude d’Airparif parue vendredi 25 septembre.
L’étude montre une réduction du trafic routier dans Paris intra-muros entre 2023 et 2025, particulièrement marquée au sein de la ZTL (− 18 %) couvrant les quatre premiers arrondissements de la capitale que les voitures ne sont plus autorisées à traverser sans s’y arrêter, sauf motif valable.
Cette diminution est plus faible dans les zones plus éloignées de l’hypercentre, entre 12 % et 10 %, ajoute Airparif. La réduction du volume de trafic s’est accompagnée d’une baisse moyenne d’environ 1 microgramme par mètre cube d’air (µg/m3) des concentrations de dioxyde d’azote (NO2) sur l’ensemble de la capitale, détaille l’observatoire de la qualité de l’air en Ile-de-France.
Lire aussi | Qualité de l’air à Paris : Airparif relève une nette amélioration en dix ans et appelle à poursuivre les efforts
Premiers effets
L’étude – la première à évaluer l’impact de la ZTL – révèle des améliorations de la qualité de l’air « sensiblement plus importantes sur certains axes directement concernés par la réduction du trafic », par exemple le boulevard Morland (− 40 % de circulation), dans le 4e arrondissement, où les niveaux de NO2 ont baissé de 2 à 5 µg/m3 depuis la mise en place de ces restrictions.
Du fait d’un report de trafic, les voiries situées à la périphérie de la ZTL, comme le boulevard de Bonne-Nouvelle et le boulevard Saint-Germain, ont enregistré une hausse de la circulation mais « qui ne s’accompagne pas d’une dégradation de la qualité de l’air », car elle est « compensée par l’effet global de la ZTL », explique Airparif.
Le dispositif est resté en « mode pédagogique » depuis son lancement en novembre 2024 par la Ville de Paris, sans verbalisation des contrevenants.
Le réaménagement de la porte Maillot, entre 2021 et 2024, a entraîné une baisse du volume de trafic de 29 % par rapport à la situation antérieure, se traduisant là aussi par une baisse des concentrations de NO2.
En revanche, les effets de la ZTL et du réaménagement de la porte Maillot sont « plus limités » sur les concentrations de particules, ajoute Airparif, expliquant que ces polluants proviennent d’« un ensemble beaucoup plus large de sources d’émissions » que le trafic routier.
Entre 2005 et 2025, les concentrations de polluants respirés par la population parisienne ont baissé de plus de la moitié, mais l’ensemble de la population reste exposée à des niveaux « largement supérieurs aux recommandations » de l’Organisation mondiale de la santé, rappelle Airparif. La valeur limite actuelle du NO2 est de 40 µg/m³, selon la réglementation française et européenne.
Lire aussi Qualité de l’air en France : visualisez les nettes améliorations et les objectifs qui restent à atteindre*
Le Monde avec AFP
*Qualité de l’air en France : visualisez les nettes améliorations et les objectifs qui restent à atteindre
Par Raphaëlle Aubert et Romain Imbach
Publié le 05 août 2025 à 05h55, modifié le 22 juillet 2026 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/08/05/qualite-de-l-air-en-france-visualisez-les-nettes-ameliorations-et-les-objectifs-qui-restent-a-atteindre_6626639_4355770.html
Décryptage
Les concentrations des principaux polluants atmosphériques enregistrent de nettes diminutions en vingt ans. Mais les progrès observés ralentissent, au risque de ne pas pouvoir atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne pour 2030 et 2050.
Irritation, toux, maladies respiratoires ou cardiovasculaires, et même, à long terme, apparition de cancers ou encore atteinte du développement neurologique chez les enfants… Cette liste non exhaustive de pathologies associées à la pollution de l’air extérieur confère au phénomène des enjeux sanitaires et environnementaux majeurs. Chaque année, dans le monde, plus de 4 millions de décès prématurés sont directement liés à la qualité de l’air ambiant, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Diminuer les concentrations des polluants atmosphériques constitue donc une priorité pour protéger la santé humaine, mais aussi l’environnement. Dans le viseur des autorités :
- les particules fines (PM2,5 et PM10), issues principalement du chauffage au bois, du transport routier, des chantiers, de l’agriculture (émissions d’ammoniac) ou de l’industrie manufacturière, sont associées à des maladies respiratoires et cardiovasculaires ;
- le dioxyde de soufre (SO2), rejeté par les activités industrielles et lors de la combustion de matières fossiles, affecte le système respiratoire ou irrite les yeux ;
- le dioxyde d’azote (NO2), émis notamment par les véhicules thermiques ou par les chaudières, provoque l’inflammation des muqueuses respiratoires ;
- l’ozone (O3), un puissant oxydant formé par la transformation d’autres polluants comme les oxydes d’azote (NOx) – dont fait partie le NO2 – et les composés organiques volatils, est lui aussi à l’origine de problèmes respiratoires, notamment chez les publics sensibles (asthmatiques, enfants, personnes âgées…) ;
- les métaux lourds (cadmium, nickel, plomb, arsenic), rejetés notamment par la combustion de bois, de minéraux ou de déchets ou par le freinage des véhicules, peuvent provoquer des affections respiratoires, cardiovasculaires, neurologiques ou encore des maladies rénales ;
- le benzène et le benzo[a]pyrène, des hydrocarbures aromatiques issus par exemple du trafic routier et du chauffage au bois ou au fioul, classés cancérogènes.
Des polluants issus des transports, de l’industrie, du chauffage des bâtiments…
Part (en %) des secteurs d’activité dans les émissions anthropiques pour différents polluants atmosphériques. L’industrie regroupe les industries manufacturière, de l’énergie, de la construction et le traitement centralisé des déchets. Les transports comprennent les trafics routier, aérien (hors transports internationaux), ferroviaire, fluvial et maritime (hors transports internationaux).

| Substances | Industrie | Résidentiel/tertiaire | Agriculture/sylviculture | Transports |
|---|---|---|---|---|
| Particules fines (PM2,5) | 16,36 | 68,03 | 5,82 | 9,79 |
| Particules fines (PM10) | 24,44 | 46,83 | 18,71 | 10,02 |
| Dioxyde de soufre (SO2) | 82,55 | 13,9 | 0,77 | 2,78 |
| Oxydes d’azote (NOx)* | 17,14 | 10,74 | 24,68 | 47,44 |
| Comp. organiques volatiles* | 21,68 | 33,2 | 40,47 | 4,65 |
| Cadmium (Cd) | 60,86 | 10,76 | 6,31 | 22,07 |
| Nickel (Ni) | 60,55 | 10,56 | 3,04 | 25,85 |
| Arsenic (As) | 38,3 | 28,66 | 1,47 | 31,57 |
| Plomb (Pb) | 37,27 | 19,48 | 0,86 | 42,39 |
Source : Citepa, avril 2024, format Secteurs économiques et énergie
Amélioration nette pour la plupart des principaux polluants
En avril 2025, la Ville de Paris se réjouissait que la pollution en Ile-de-France ait été « divisée par deux en vingt ans ». Plus précisément, « les concentrations des polluants de l’air réglementés les plus nocifs pour la santé humaine, à savoir les particules fines (– 55 %) et le dioxyde d’azote (− 50 %) », note l’association francilienne Airparif, dans son bilan de la qualité de l’air 2024. L’embellie vaut pour l’ensemble du pays. Les chiffres du Citepa, qui produit tous les ans une estimation des principaux polluants atmosphériques, confirment une « tendance des émissions nationales à la baisse ».
D’après la base de données Géod’air, les niveaux de concentration moyens annuels des principaux polluants diminuent ainsi depuis vingt ans dans les stations urbaines dites « de fond » qui témoignent du niveau d’exposition de la majorité de la population d’une zone, sans subir l’influence d’une source de pollution ponctuelle, comme des infrastructures routières ou des usines : − 87 % pour le dioxyde de soufre (SO2), − 53 % pour le dioxyde d’azote (NO2), − 51 % pour les particules fines (PM10) et − 46 % pour les particules fines de type PM2,5.

| Année | SO2 | NO2 | O3 | PM10 | PM2,5 |
|---|---|---|---|---|---|
| 01/01/2000 | 100 | 100 | 100 | 100 | |
| 01/01/2001 | 89 | 100 | 105 | 100 | |
| 01/01/2002 | 84 | 97 | 107 | 101 | |
| 01/01/2003 | 83 | 106 | 119 | 111 | |
| 01/01/2004 | 67 | 95 | 106 | 97 | |
| 01/01/2005 | 65 | 94 | 108 | 97 | |
| 01/01/2006 | 62 | 92 | 111 | 100 | |
| 01/01/2007 | 53 | 91 | 103 | 95 | |
| 01/01/2008 | 43 | 87 | 106 | 86 | |
| 01/01/2009 | 37 | 87 | 110 | 92 | 92 |
| 01/01/2010 | 34 | 86 | 111 | 87 | 90 |
| 01/01/2011 | 29 | 83 | 110 | 91 | 88 |
| 01/01/2012 | 29 | 79 | 109 | 84 | 78 |
| 01/01/2013 | 24 | 77 | 111 | 80 | 77 |
| 01/01/2014 | 22 | 72 | 113 | 70 | 65 |
| 01/01/2015 | 20 | 73 | 114 | 72 | 68 |
| 01/01/2016 | 19 | 70 | 108 | 66 | 63 |
| 01/01/2017 | 18 | 69 | 114 | 66 | 61 |
| 01/01/2018 | 23 | 63 | 122 | 63 | 57 |
| 01/01/2019 | 18 | 62 | 122 | 60 | 53 |
| 01/01/2020 | 15 | 50 | 118 | 56 | 49 |
| 01/01/2021 | 16 | 52 | 114 | 58 | 52 |
| 01/01/2022 | 15 | 52 | 122 | 62 | 54 |
| 01/01/2023 | 13 | 47 | 123 | 54 | 49 |
Graphique utilisant des données, utilisez les options d’accessibilité pour voir les données brutes ou renforcer les contrastes.
Cette dynamique « reflète les efforts réalisés à deux niveaux d’actions », relève Marc Durif, directeur exécutif du Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA). D’une part, des « mesures sectorielles », avec par exemple « le renouvellement du parc automobile (norme Euro), une réglementation renforcée au niveau du contrôle des émissions industrielles, la modernisation des équipements de chauffage au bois dans le résidentiel ou encore la désulfurisation des carburants utilisés dans le secteur maritime ». D’autre part des actions locales comme « la mise en place de plans de protection de l’atmosphère qui vont concerner entre autres les mobilités ou le secteur résidentiel dans les territoires ».
Seule ombre au tableau national, l’ozone est en hausse de plus de 20 % sur la période. Pour ce composé chimique irritant les voies respiratoires, en particulier pour les publics sensibles, « l’efficacité des actions [de réduction] mises en œuvre est contrariée par l’effet du réchauffement climatique qui renforce la photochimie, moteur de la production de ce polluant secondaire mais aussi par le rôle de plus en plus étudié d’autres précurseurs comme le méthane », explique Marc Durif.
Une amélioration de la qualité de l’air depuis vingt ans
Cette carte montre l’évolution de la qualité de l’air en France depuis plus de vingt ans pour quatre polluants atmosphériques. Moyenne annuelle d’après les concentrations analysées, combinant modèle et observations.
Sélectionnez le polluant souhaité et l’année désirée sur la glissière, vous pouvez aussi lancer l’animation .NO2 PM2 , 5PM1003 2000 2005 2010 2015 2020 2023



Les observations utilisées n’incluent que les stations urbaines, périurbaines, rurales de fond, elles ne tiennent pas compte des stations à proximité du trafic routier ou de plateformes industrielles. Ces cartes ne sont donc pas représentatives de situations de proximité de sources spécifiques (zones de trafic dense ou activités industrielles notamment).
Par ailleurs, ces agrégats ne rendent pas compte de certaines disparités géographiques et temporelles. La répartition des plus fortes valeurs de concentration du dioxyde d’azote (NO2), dont la première source d’émission provient du secteur des transports, dessine nettement les plus grandes métropoles du pays – Paris, Lyon, Marseille et Lille en tête –, mais aussi les plus grands axes routiers ; vallée du Rhône et de la Saône, couloir rhénan et pourtour méditerranéen.
Concernant les particules fines – PM2,5 aussi bien que PM10, d’un diamètre légèrement supérieur – les concentrations restent toujours sensiblement plus élevées au niveau des grandes agglomérations et des vallées encaissées en montagne, sujettes à des phénomènes d’inversion thermique amoindrissant le renouvellement de l’air. Enfin, l’ozone présente ses plus fortes concentrations dans les régions les plus chaudes et ensoleillées – des conditions météorologiques favorables à sa formation – et sur les reliefs : Alpes et Massif central en premiers lieux, mais aussi dans les Pyrénées, les Vosges, le Jura, la Corse ou encore sur le Massif armoricain.
Ces dernières années, seules 1 % à 2 % des villes françaises ne respectaient pas les normes de qualité de l’air pour le dioxyde d’azote (NO2) et les particules fines (PM2,5 et PM10). La part des agglomérations dépassant les normes de concentration d’ozone (O3) connaît elle aussi un recul sur une vingtaine d’années, mais reste à un niveau beaucoup plus important, supérieur à 10 % (13 % en 2023). Des dépassements des normes en vigueur sont toujours observés dans certaines agglomérations et des pics de pollution ont régulièrement lieu en hiver et au printemps pour les particules fines, et au printemps et en été pour l’ozone.
Part des agglomérations françaises qui ne respectent pas les normes de qualité de l’air pour la protection de la santé

| Colonne 1 | NO2 | PM10 | PM2,5 | O3 |
|---|---|---|---|---|
| 01/01/2000 | 20 | 23 | ||
| 01/01/2001 | 24 | 33 | ||
| 01/01/2002 | 21 | 28 | ||
| 01/01/2003 | 26 | 66 | ||
| 01/01/2004 | 14 | 58 | ||
| 01/01/2005 | 19 | 61 | ||
| 01/01/2006 | 18 | 40 | ||
| 01/01/2007 | 15 | 27 | 32 | |
| 01/01/2008 | 12 | 12 | 27 | |
| 01/01/2009 | 15 | 15 | 2,3 | 17 |
| 01/01/2010 | 15 | 9 | 4,3 | 20 |
| 01/01/2011 | 18 | 19 | 7,4 | 23 |
| 01/01/2012 | 14 | 12 | 1,6 | 20 |
| 01/01/2013 | 13 | 5,5 | 1,4 | 19 |
| 01/01/2014 | 11 | 1,8 | 1,2 | 14 |
| 01/01/2015 | 8,7 | 4,6 | 18 | |
| 01/01/2016 | 8,7 | 1,8 | 16 | |
| 01/01/2017 | 7,3 | 1,7 | 17 | |
| 01/01/2018 | 6,4 | 1,7 | 23 | |
| 01/01/2019 | 5,2 | 1,1 | 27 | |
| 01/01/2020 | 1,2 | 32 | ||
| 01/01/2021 | 2,9 | 2,3 | 11 | |
| 01/01/2022 | 2,4 | 1,2 | 12 | |
| 01/01/2023 | 1,8 | 1,3 | 13 |
Graphique utilisant des données, utilisez les options d’accessibilité pour voir les données brutes ou renforcer les contrastes.
Une baisse insuffisante pour les normes futures ?
En outre, Marc Durif constate que le « rythme de diminution des concentrations semble ralentir, ou en tout cas être sur une pente décroissante moins forte ces dernières années », ce qu’il explique en partie par « un effet de palier » : la baisse des émissions ralentit lorsque les aménagements les plus efficaces ont déjà été mises en œuvre.
D’autant que le dérèglement climatique complique la lutte. Sous son influence, les divers pics de pollution risquent de se combiner de plus en plus souvent. L’année 2023 a ainsi été « marquée par la concomitance d’un épisode tardif de pollution, en septembre, mêlant ozone et particules de poussières désertiques. Il faisait suite à un épisode déjà remarquable en juillet 2022 qui combinait ozone et particules liées aux feux de forêt en Gironde », relate Frédérik Meleux, responsable de la plateforme nationale de prévision de la qualité de l’air Prév’air. « Ces épisodes hybrides sont probablement voués à devenir plus fréquents dans le contexte du réchauffement climatique », prévient-il.
Pourtant, l’heure n’est pas au tassement. En France métropolitaine, Santé publique France a récemment estimé que près de 40 000 morts peuvent être attribuées tous les ans à l’exposition aux particules fines de type PM2,5. Cette exposition représente, en moyenne pour les personnes âgées de 30 ans et plus, une perte d’espérance de vie de près de huit mois. Quant à l’exposition au dioxyde d’azote (NO2), émis principalement par les véhicules thermiques, plus de 7 000 morts précoces par an lui sont imputables.
D’un point de vue environnemental, « par exemple, l’ozone est également à l’origine de dommages physiologiques sur la végétation », réagit Simone Schucht, ingénieure économiste à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). Un projet conduit par l’établissement « a montré que l’ozone provoquait, en France, en 2010, une perte de rendement sur le blé tendre qui atteignait jusqu’à 15 % ».
Afin de mieux protéger la santé et l’environnement, l’Union européenne a donc fixé de nouveaux objectifs plus stricts pour la qualité de l’air. « Ils vont s’appliquer en deux temps, détaille Marc Durif. Un premier palier en 2030 puis un objectif d’alignement complet aux recommandations les plus exigeantes de l’OMS en 2050. »
Si les seuils en vigueur sont de mieux en mieux respectés, les normes futures sont loin d’être atteintes. Prenons les mesures consolidées les plus récentes du réseau d’environ 550 stations de surveillance du territoire français (2023). Dans le cadre réglementaire actuel, 285 stations – parmi lesquelles 265 stations de fond – enregistrent au moins un dépassement, pour un seul polluant maximum. Avec les normes révisées à horizon 2030, les dépassements concernent 366 stations (285 stations de fond), avec parfois plusieurs polluants concernés à la fois. Pour ce qui est des objectifs de 2050, les dépassements sont quasi généralisés, en particulier pour les précurseurs de l’ozone, les oxydes d’azote, les particules fines PM2,5 et PM10. Avec souvent deux, trois, voire quatre polluants concernés par des excès dans un même endroit.
Les objectifs de 2030 et de l’OMS encore loin d’être atteints
Cette carte montre les éventuels dépassements des seuils enregistrés par les stations de surveillance selon les normes choisies, pour les polluants PM2,5, PM10, NO2, SO2, 03, benzo[a]pyrène, benzène, et les métaux lourds.
Choisissez des normes puis survolez les points pour afficher le détail des mesures. Normes actuelles – Normes de 2030 – Objectifs de l’OMS


« Etre aujourd’hui en situation de dépassement vis-à-vis de ces seuils futurs ne signifie pas qu’ils sont inatteignables,tempère M. Durif, mais qu’ils nécessitent une intensification des efforts, à tous les échelons : européen, national, local et individuel. » D’autant que des synergies sont possibles. L’amélioration de la qualité de l’air est ainsi souvent associée avec la lutte contre le changement climatique.
« Un travail de recherche mené par l’Ineris a montré que l’application de la SNBC (stratégie nationale bas carbone) pour atténuer les effets du changement climatique pourrait suffire à garantir à près de 40 % de la population française un air sain au regard des recommandations de l’OMS, alors qu’aujourd’hui 97 % des agglomérations n’atteignent pas ce seuil, précise Augustin Colette, responsable de l’unité modélisation de la qualité de l’air à l’Ineris. Autrement dit, ce qui est bénéfique pour le climat est souvent bon pour la qualité de l’air. »
Des pollutions localisées ou émergentes à surveiller
Les métaux (cadmium, nickel, plomb, arsenic), le benzène ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP, comme le benzo[a]pyrène) présentent eux aussi des risques pour la santé et pour l’environnement. « Les enjeux sanitaires liés au benzo[a]pyrène, au benzène et à certains métaux sont plus localisés et concernent des territoires spécifiques. Ils ne doivent toutefois pas être négligés », souligne Marc Durif.
Si des efforts « très importants » ont permis de réduire significativement les émissions industrielles nationales pour ces polluants, des dépassements persistent pour un petit nombre de stations, principalement pour le benzo[a]pyrène, le benzène et le nickel. Pour ce dernier, un « cas subsistant » enregistre d’important dépassements dans un point de contrôle des Hauts de France, à proximité de la plateforme industrielle d’Isbergues. « Des actions ciblées sont conduites localement sous l’impulsion des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) afin de ramener au plus vite la situation à la normale », précise M. Durif.
Enfin, la nouvelle directive européenne introduit une obligation de surveillance de nouveaux polluants, tels que les particules ultrafines ou le carbone suie, y compris à proximité des zones portuaires et aéroportuaires. Une exigence anticipée par la France, qui déploie depuis plusieurs années « un réseau de mesure dédié dont les données alimenteront les travaux européens en vue de définir des seuils réglementaires », actuellement inexistants pour ces polluants, rappelle le directeur exécutif du LCSQA.Raphaëlle AubertRomain Imbach