Au RN une absence de réflexion écologique.

Voir: https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/21/malgre-un-ete-de-tous-les-records-le-refus-d-obstacle-de-la-classe-politique-face-a-l-urgence-climatique_6751533_823448.html **

**Pour affronter la canicule, le nébuleux « plan climatisation » du RN

Contre les températures record enregistrées en mai et en juin en France, Marine Le Pen brandit un « grand plan » annoncé depuis un an, mais toujours pas chiffré, ni très clair. Tout en prévoyant des coupes budgétaires en matière de transition écologique. 

Par Corentin Lesueur

Publié le 24 juin 2026 à 06h00, modifié le 26 juin 2026 à 08h39 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/24/face-a-la-canicule-le-nebuleux-plan-climatisation-du-rn_6710198_823448.html

Marine Le Pen, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.
Marine Le Pen, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Le Rassemblement national (RN) invoque aujourd’hui les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). L’acronyme n’avait pourtant, jusqu’alors, suscité que mépris, moqueries et indifférence de la part des élus d’extrême droite. « Le GIEC est une catastrophe pour le moral déjà très bas des Français », alertait fin 2023 la députée Katiana Levavasseur, quand son voisin d’hémicycle Hervé de Lépinau tançait des « propagandistes [qui]ont un côté effrayant »« Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises », a platement reconnu dimanche 21 juin sur France Inter Thomas Ménagé, porte-parole du groupe RN à l’Assemblée, trois ans après avoir lui-même considéré que « si on sui[vait] bêtement les données du GIEC, on risqu[ait] de contrevenir à la qualité de vie des Français ».

La révolution sémantique du RN relève cependant moins de la conversion scientifique que de l’opportunisme politique. Si le parti présidé par Jordan Bardella, après des années de déni, relaie enfin les inlassables constats des experts sur la nature et l’ampleur du réchauffement climatique, c’est principalement pour dénoncer l’impréparation de l’exécutif et de l’Etat face au nouvel épisode de canicule subi par la France. « Le gouvernement est là pour impulser une direction, prendre une décision – oui ou non, à la climatisation – (…) et impulser la mise en œuvre de cette décision, y compris au travers des collectivités, mais d’abord au travers des secteurs dont ils ont la responsabilité. Ce n’est pas plus que ça qu’on leur demande », a sermonné vendredi 19 juin Marine Le Pen, en visite au salon VivaTech.

Face aux températures record enregistrées en mai et juin en France, la députée du Pas-de-Calais dit détenir la solution : un « grand plan d’équipement pour la climatisation », évoqué pour la première fois, et sans plus de détails, le 30 juin 2025 sur X. Jamais depuis le parti n’avait concrètement présenté ou chiffré le dispositif, tout en déplorant l’inconséquence de ceux – politiques ou scientifiques – qui douteraient de l’efficacité ou de la soutenabilité de leur obscur projet.

La bascule de dizaines de départements en vigilance rouge a mis au jour l’impréparation d’un « plan » ni chiffré ni arbitré au sommet du parti. Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe mariniste à l’Assemblée nationale, peut tout juste assurer que l’installation d’une climatisation pourrait être éligible au programme « 100 % Rénov’ » ; un prêt à taux zéro pour la rénovation énergétique qui remplacerait le dispositif de subvention MaPrimeRénov’, jugé trop complexe et coûteux. Si le référent économique du RN explique au Monde avoir budgétisé jusqu’en 2030 20 milliards d’euros de prêts, aux intérêts pris en charge par l’Etat, les climatiseurs ne pourront y prétendre que s’ils prennent part à une plus large rénovation de l’habitation. L’installation isolée d’une climatisation n’est pas pour le moment budgétisée, ni dotée d’un quelconque calendrier.

Saignées promises

Preuve si besoin de l’improvisation du RN, un autre député, Thomas Ménagé, pourtant lui aussi à la manœuvre sur le sujet, assure : « notre “plan clim” c’est “100 % Rénov” », à rebours des limites posées par son collègue. « L’idée de base n’est pas de climatiser sans avoir préalablement isolé : l’objectif est quand même d’avoir quelque chose de vertueux, pas de dire “On s’en fout, on climatise tout direct”, démine M. Ménagé auprès du MondeMais si quelqu’un veut profiter d’un prêt à taux zéro juste pour se faire installer une climatisation, il pourra. Même si ce n’est pas très judicieux. »

S’agissant des collectivités et des établissements publics, ils devront eux aussi en passer par un dispositif similaire de prêt à taux zéro ; cette fois, le montant global n’a pas été tranché par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le parti devrait tenir une conférence de presse sur le sujet, mardi 30 juin, pour clarifier le contenu et le financement du plan alors que l’on connaîtra le nom du candidat à la présidentielle le 7 juillet, jour de l’arrêt de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national.

Aussi limité et nébuleux soit-il, le « plan climatisation » – et le prêt à taux zéro dont il ferait partie – constitue l’unique effort consenti par le RN dans la lutte contre le réchauffement climatique. Bien plus précises sont les saignées promises en la matière, énumérées et chiffrées lors du contre-budget établi à l’automne 2025. Au menu, notamment : 10 milliards d’économies dans la rénovation énergétique avec la fin de MaPrimeRénov’et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie ; marges de manœuvre des collectivités ratiboisée par la suppression du fonds vert (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat ; coupe d’un tiers des subventions des associations environnementales ; disparition d’opérateurs et d’agences de l’Etat comme les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité.

Loin de l’Etat planificateur et proactif contre le réchauffement climatique que promeut Marine Le Pen, son obscur « grand plan climatisation » renvoie à une gestion purement financière des conséquences des crises environnementales. D’où son pari, contre l’évidence économique, qu’un prêt sera plus incitatif qu’une aide directe pour rénover le parc immobilier. « On considère que la transition écologique est une création de valeur économique, pas une contrainte », répète Jean-Philippe Tanguy.

Lecture biaisée

En concentrant sa communication sur les seules climatisations pour affronter la canicule, le RN confirme surtout son refus de s’attaquer aux causes du réchauffement climatique et son seul souci d’en limiter les conséquences de court terme sur le bien-être de la population. Quitte pour cela à pratiquer une lecture biaisée de la littérature scientifique.

Les cadres se plaisent à convoquer et à se partager une publication de 2020 relativisant les îlots de chaleur urbains créés par la climatisation : entre 0 °C et 0,75 °C dans la plupart des rues de la capitale si tous les bâtiments étaient climatisés à 23 °C. « Une étude à envoyer dans les dents de tous les obscurantistes anti-climatisation », a publié le 22 juin sur X le député de l’Aude Frédéric Falcon. Une étude relativisée aujourd’hui par son propre auteur, Vincent Viguié, directeur adjoint du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. « Les températures constituaient une valeur plancher, précise le chercheur. Plusieurs études depuis 2020 ont relevé un réchauffement compris entre 1,5 °C et 2,5 °C, selon les villes ; jusqu’à 10 °C dans une rue particulièrement étroite. »

« C’est faux, comme beaucoup d’ailleurs de choses qui sont dites sur ce sujet, a balayé Marine Le Pen le 19 juin. [La température extérieure] va augmenter à quelques mètres de la bouche d’extraction. Il y a eu des études qui ont été faites dans des pays qui sont massivement dotés en climatisation, et qui ne démontrent pas [de réchauffement général]. Mais vous savez, les écologistes à partir du moment où ils ne veulent pas quelque chose, ils vous tordent des études, ils vous sortent des trucs, ils vous les coupent en petits morceaux, ils vous prennent des bouts de phrase pour réussir à vous convaincre qu’il ne faut pas le faire. » Marine Le Pen accuse les écologistes de partager son propre rapport à la science : si le RN s’ouvre à la recherche, c’est à la seule condition qu’elle approuve son programme.

Lire aussi |   Canicule : à un an de la présidentielle, les politiques en plein déni des enjeux de l’adaptation au réchauffement *

***Après les canicules et les incendies, le RN rattrapé par son absence de réflexion écologique

Si ses porte-parole ont cessé de contester la réalité du réchauffement climatique, le parti d’extrême droite, très critique des écologistes et du gouvernement, peine à développer un discours crédible sur l’adaptation à la crise. 

Par Clément Guillou et Corentin Lesueur

Publié le 21 août 2026 à 06h30, modifié le 21 août 2026 à 09h32 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/21/apres-les-canicules-et-les-incendies-le-rassemblement-national-rattrape-par-son-absence-de-reflexion-ecologique_6751610_823448.html

Marine Le Pen, sur le marché de La Flèche (Sarthe), au lendemain de l’officialisation de sa candidature à la présidentielle, le 8 juillet 2026.
Marine Le Pen, sur le marché de La Flèche (Sarthe), au lendemain de l’officialisation de sa candidature à la présidentielle, le 8 juillet 2026.  MARIE MAGNIN/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Peut-on éteindre un incendie au pistolet à eau ? Durant les trois mois écoulés, faits de canicules, de sécheresses et de feux de forêt qui ont mis la France à l’épreuve, le Rassemblement national (RN) a fait le constat de ses insuffisances sur le sujet environnemental. La critique de l’impréparation du gouvernement, dans la gestion des fortes chaleurs comme dans les moyens attribués aux pompiers, a peut-être permis aux troupes du RN de masquer celle de Marine Le Pen. Mais, parmi les élus, certains craignent que cette faille béante dans le logiciel du parti d’extrême droite ne lui coûte en 2027, particulièrement dans l’électorat urbain.

Un cacique lepéniste s’en inquiétait au cœur de l’été : « C’est notre angle mort. On ne peut pas entrer en présidentielle en étant incapables d’avoir une doctrine écologique inattaquable, et pourtant, je pense qu’on n’y arrivera pas. Il y a un problème collectif de prise en main du sujet, car personne ne voit le gain électoral qu’on pourrait en tirer. » Déjà, en 2024, les quelques frontistes intéressés par le sujet s’inquiétaient du retard accumulé et de l’absence de réponse sérieuse à la crise climatique, tout en constatant que « taper sur les écolos et Sandrine Rousseau, c’est du 100 % de réussite ».

Les différentes crises estivales ont toutefois mis en exergue une rupture majeure au Rassemblement national : la négation du réchauffement climatique et de la responsabilité humaine, qui s’exprimait librement ces dernières années, n’a plus cours. A contre-courant du discours tenu depuis des années par des élus lepénistes, les chercheurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne sont plus décrits comme des oiseaux de mauvais augure – le parti se contente de ne pas tenir compte de leurs recommandations. C’est « pire », estimait en juillet le politiste Stéphane François dans une tribune au Monde : le RN semble avoir « saisi l’urgence » climatique, mais « préfère camper sur ses positions idéologiques, qui sont ouvertement démagogiques (…), car il ne faut pas modifier les modes de vie de son électorat ».

Un « plan clim » nébuleux

L’extrême droite, déjà peu concernée par l’atténuation du réchauffement climatique, ne s’est pas montrée plus à l’aise sur le volet de l’adaptation. Durant la première canicule, Marine Le Pen, ressortant des cartons un « plan climatisation » annoncé un an plus tôt, s’est bien gardée d’en préciser la substance. Et pour cause : ni financé ni précis dans ses intentions, objet d’une cacophonie absolue au RN, ce « plan clim » s’est révélé être un concept marketing plus qu’un projet d’équipement national.

Pendant les grands incendies, le RN a été rattrapé par certains de ses votes et de ses propositions à l’Assemblée nationale. Certes, le parti n’ignore pas les feux qui ravagent ses bastions dans le sud du Var ou dans le massif des Corbières, et fustige de longue date les effectifs insuffisants de l’Office national des forêts ou l’application trop faible des obligations légales de débroussaillement. Mais il est aussi travaillé par son poujadisme antifiscaliste et antiadministration. C’est ainsi qu’il a rejeté l’augmentation des moyens des services départementaux d’incendie et de secours par le biais d’une réaffectation d’une taxe sur les assurances, et a proposé des baisses budgétaires drastiques à plusieurs opérateurs et agences de l’Etat au rôle-clé dans la lutte contre les incendies, avant leur possible démantèlement.

Lire aussi le décryptage (2023) |   L’écologie, ce nouveau clivage politique que le Rassemblement national compte exploiter

« La plupart des agences sont largement infiltrées par des ONG qui ont leur propre agenda idéologique », estime l’eurodéputée (RN) Mathilde Androuët, proche de Jordan Bardella et membre de la commission environnement au Parlement européen. « Certaines ont des missions louables, mais doivent être dans le giron préfectoral ; leur existence peut être revue lorsqu’elles sont superfétatoires ou idéologisées. Les vrais protecteurs de la nature, ce sont plutôt les agriculteurs ou les sociétés de chasse. »

« Bon sens paysan »

Plus largement, le RN creuse le sillon emprunté depuis plusieurs années, qui consiste, pour toute question environnementale, à opposer un présumé « bon sens paysan » à l’« idéologie écologiste », systématiquement décrite comme éloignée du terrain et porteuse de contraintes. Ainsi Mathilde Androuët estime-t-elle que, face aux incendies, « les paysans sont bien plus utiles que des dispositifs politiques, qui ont été discrédités dans cette crise ». L’élue oppose la« faiblesse de la structure institutionnelle » à la « puissance de la solidarité spontanée », selon elle empêchée par la préfecture de Gironde – qui tentait d’organiser cette aide bénévole, afin qu’elle soit complémentaire du travail des pompiers. Plus généralement, l’eurodéputée estime nécessaire « un renversement de paradigme profond : il faut acter que la main de l’homme protège la nature et que le besoin humain prévaut ». Une conclusion propre à donner des sueurs froides aux spécialistes de la biodiversité.

Réalisée en juillet par le média écologiste Bon Pote, l’analyse détaillée des votes du RN à l’Assemblée nationale sur l’adaptation aux risques climatiques, portant sur 259 votes en séance publique depuis 2022, révèle la priorité donnée aux solutions technologiques, aux indemnisations et aux incitations financières de particuliers. Des choix coûteux qui font l’économie de toute contrainte et d’une réflexion sur la manière d’adapter les territoires et les logements aux nouvelles conditions climatiques – le RN veut notamment supprimer les aides à la rénovation énergétique. Le parti d’extrême droite s’oppose généralement au fléchage de l’argent public vers des dispositifs d’adaptation (baisse des crédits au fonds vert pour les collectivités) ou de prévention (abstention sur une hausse du fonds de prévention des risques naturels majeurs).

Lire aussi |   Dans le contre-budget du RN, des coupes sans précédent dans la politique environnementale de la France ****

Concernant l’adaptation du modèle agricole à cette nouvelle donne, le RN se fait fort de garantir l’accès en eau aux agriculteurs, dans un contexte de raréfaction de la ressource, et de « mieux indemniser les pertes de récolte ». Le parti, déjà favorable à la contestée loi Duplomb, a porté une version jusqu’au-boutiste de la loi d’urgence agricole, regrettant qu’elle n’aille pas assez loin, notamment sur les retenues d’eau ; loin du programme de Marine Le Pen en 2017, qui portait la notion d’« agroécologie » et réclamait un modèle « plus respectueux de l’environnement ».

Ambitions contradictoires

Plus généralement, les députés lepénistes se distinguent par l’absence de propositions sur l’environnement. « Qu’est-ce que nos députés de la commission développement durable proposent au bout de cinq ans ?, se désespère le cadre cité plus haut. Nous n’avons jamais eu de moment collectif pour dire : “Voici notre vision.” Notre “yakafokon” est inaudible, car il ne s’accompagne pas d’un discours écologique. » Les livrets programmatiques sur l’environnement et sur l’eau, longtemps promis, n’ont jamais vu le jour.

Qu’il semble loin, le temps des incantations de Jordan Bardella, après son élection à la tête du parti, en 2022 : « Je crois vital que nous, le camp national, ne nous comportions pas comme la gauche se comporte à l’égard de l’immigration depuis trente ans, c’est-à-dire dans une forme de déni. » En 2026, sa participation au World Impact Summit, un sommet sur la transition écologique, a attesté d’une réflexion en panne sèche, le président du RN multipliant les truismes et dépolitisant la question climatique : « L’écologie, c’est d’abord et avant tout l’amour du beau, la conscience de la fragilité du monde qui nous entoure et l’envie de transmettre notre pays, nos paysages, notre patrimoine vivant encore plus riche et encore plus beau aux générations futures. » Une ambition difficilement compatible avec le discours productiviste du parti.

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****Dans le contre-budget du RN, des coupes sans précédent dans la politique environnementale de la France

L’écologie serait, avec les immigrés, la première victime des propositions budgétaires formulées par l’extrême droite, jeudi 23 octobre. 

Par Clément Guillou

Publié le 24 octobre 2025 à 09h47 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/10/24/dans-le-contre-budget-du-rn-des-coupes-sans-precedent-dans-la-politique-environnementale-de-la-france_6649143_823448.html

Temps de Lecture 2 min.

La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, et le député du parti d’extrême droite, Jean-Philippe Tanguy (Somme), lors de la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 octobre 2025.
La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, et le député du parti d’extrême droite, Jean-Philippe Tanguy (Somme), lors de la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 octobre 2025.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

On avait quitté Jean-Philippe Tanguy le mardi 21 octobre, plastronnant à l’occasion d’une conférence de presse : « Nous sommes le seul parti, avec La France insoumise, à avoir un programme écrit sur la transition environnementale. Je mets au défi les autres forces politiques de présenter un programme qui ne tienne pas sur un Post-it », avait revendiqué le cadre du Rassemblement national (RN), avant d’admettre qu’il parlait là de son plan énergétique, dont le fil rouge est l’abandon de l’éolien et du solaire et la relance massive du nucléaire. Le RN n’a rien d’autre à présenter, et pour cause : un « livret sur l’écologie » promis depuis 2023 semble avoir été enterré dans la cave du siège du parti, et celui-ci n’a aucun interlocuteur désigné sur le sujet.

On retrouve le même vibrionnant député de la Somme, deux jours plus tard, présentant un « contre-budget » qui en dit plus long que n’importe quel programme : une attaque sur tous les flancs de ce qui reste de la politique environnementale française. L’écologie est, avec l’immigration, la cible principale des mesures d’économie présentées par le parti d’extrême droite jeudi 23 octobre. La traduction financière d’un virage entamé ces dernières années : le RN est devenu le fer de lance de l’offensive culturelle contre l’environnement, faisant le pari, réussi jusqu’ici, qu’il y gagnerait à la fois la sympathie de l’électorat conservateur et des marges de manœuvre budgétaires.

Jean-Philippe Tanguy, qui se lamentait de « la dette écologique » du macronisme deux jours plus tôt, a abondamment pioché dans ces économies en apparence indolores. Les programmes d’aide à la rénovation énergétique du bâtiment, l’une des pistes les plus évidentes pour réduire les émissions de CO₂ de la France et améliorer le pouvoir d’achat des ménages ? Près de 10 milliards d’euros d’économie, avec la suppression de MaPrimeRénov’ et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie (CEE), une taxe dont s’acquittent les consommateurs d’énergie fossile. Les subventions à la rénovation énergétique seraient remplacées par un prêt à taux zéro, et le produit des CEE intégrerait un « fonds d’amortissement de la dette écologique » censé financer des projets de décarbonation.

Lire aussi |    Le RN propose un contre-budget hypothétique et radical

Impact dévastateur

Il comptabilise également plus de 7 milliards d’euros d’économies avec la fin de l’obligation de rachat d’énergies renouvelables par EDF à un tarif préférentiel. Une mesure qui aurait un impact dévastateur sur la filière, comme sur les particuliers ayant investi dans des panneaux photovoltaïques, et qui se heurte à un obstacle majeur : les contrats entre EDF et les fournisseurs – grandes entreprises éoliennes ou particuliers – engagent l’opérateur public pour vingt ans.

Les collectivités territoriales, acteurs essentiels de la décarbonation, seraient aussi fortement affectées avec la suppression du « fonds vert » (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat, dont les dépenses écologiques seraient les victimes collatérales. Le RN prévoit également une saignée du milieu associatif, coupant un tiers des subventions (72 millions d’euros) aux associations relevant de la mission Ecologie, développement et mobilité durables. Ces associations, estime-t-il, « ne relèvent pas de l’intérêt général ». Le RN prévoit également de supprimer les missions de nombreux opérateurs et agences de l’Etat dès lors qu’ils s’occupent de l’environnement. Dans un premier temps, les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité verraient leur budget baisser drastiquement, de même que l’Agence de financement des infrastructures de transport.

Lire aussi |   Le programme budgétaire du Rassemblement national ou le mystère des « 100 milliards » d’économies

Toutes ces économies permettraient de financer, entre autres, le plus gros cadeau fiscal du RN : une baisse de la TVA sur les énergies, qui bénéficierait en premier lieu aux énergies fossiles et à ses producteurs.

Clément Guillou

Voir aussi:

Les propositions du RN sur le climat, bien loin des « investissements » de l’Etat « stratège » annoncés https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/01/76398/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/24/le-giec-devient-tout-dun-coup-interessant-pour-le-rn/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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