La lutte contre le réchauffement climatique est « au-dessus » de la pile « de notre politique », estime Jean-Philippe Tanguy
Publié le mercredi 24 juin 2026 à 08:21 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-24-juin-2026-9831506
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L’invité de 8h20 : le grand entretien
Par Benjamin DuhamelSuivre
Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement national de la Somme, est invité sur France Inter ce mercredi. Il détaille les idées du RN pour s’adapter au réchauffement climatique, à l’heure où la France traverse une période inédite de canicule.
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La lutte contre le réchauffement climatique est « au-dessus »de la pile « de notre politique », assure Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement national, ce mercredi sur France Inter. La France est touchée par une canicule inédite ces derniers jours, avec des températures qui dépassent les 40°C un peu partout sur le territoire, et encore 58 départements placés en vigilance rouge mercredi, et 31 en orange. Selon de nombreux experts, cette vague de canicule est aggravée par réchauffement climatique, et ce genre d’épisodes est amené à se répéter.
« La priorité économique du Rassemblement national, c’est la réindustrialisation : 50 % de l’empreinte carbone de la France, ce sont les importations », souligne le député de la Somme, qui liste les objectifs de « localisme, démondialisation, refus du grand déménagement du monde » du parti. « Le programme du Rassembler national n’était pas un programme qui augmentait les gaz à effet de serre », affirme l’élu.
Ces derniers jours, des propos tenus par Thomas Ménagé, député RN du Loiret, sur France Inter en 2023 ont refait surface et créé la polémique autour de la lutte du RN contre le réchauffement climatique. Il avait estimé, à ce moment-là, que les experts du GIEC avaient « tendance à exagérer ». Dimanche, il est revenu sur ses propos dans l’émission Questions politiques, sur France Inter et franceinfo TV. « Jamais Thomas Ménagé n’a été climato-sceptique, il a eu une maladresse, il est revenu dessus dix fois, il s’est excusé sur cette maladresse », rappelle Jean-Philippe Tanguy.
Un « mécanisme de prêt vert » pour les particuliers et collectivités locales
Sur l’adaptation au réchauffement climatique, le Rassemblement national est en train de préparer « un plan plus détaillé » sur la climatisation, précise Jean-Philippe Tanguy, avec, notamment, un « fonds dédié à l’isolation des bâtiments » de 20 millions d’euros. Des mesures financées grâce à un plan « 100% rénov » grâce à « un mécanisme de prêt vert ».
« On mettra des fonds à disposition du réseau bancaire pour les particuliers, et de la Caisse des dépôts pour les collectivités, qui feront des prêts à taux zéro qui seront remboursés soit par les économies d’énergie fait par l’isolation, soit par le gain économique permis par la climatisation, puisque malheureusement, la perte de compétitivité et de création de richesse à cause des canicules, c’est entre 0,3 et 0,5 point de PIB », détaille le député RN.
Des « dysfonctionnements structurels » dans l’affaire Lyhanna
Après la publication d’un pré-rapport sur les possibles dysfonctionnements dans l’affaire Lyhanna, « la faute individuelle » de la substitute du parquet d’Auch, « c’est l’arbre qui cache la forêt », assure Jean-Philippe Tanguy, qui déplore surtout « le manque de moyens » de la justice. Lundi, après la publication de ce rapport de l’Inspection générale de la justice (IGJ) et de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a prononcé de premières sanctions contre la substitut du parquet d’Auch chargée de traiter la plainte de la petite Rosa, qui avait dénoncé avoir subi une cinquantaine de viols de la part de Jérôme Barella, suspecté du meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans.
Pour affronter la canicule, le nébuleux « plan climatisation » du RN
Contre les températures record enregistrées en mai et en juin en France, Marine Le Pen brandit un « grand plan » annoncé depuis un an, mais toujours pas chiffré, ni très clair. Tout en prévoyant des coupes budgétaires en matière de transition écologique.
Par Corentin LesueurPublié aujourd’hui à 06h00, modifié à 10h12
Temps de Lecture 4 min.

Le Rassemblement national (RN) invoque aujourd’hui les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). L’acronyme n’avait pourtant, jusqu’alors, suscité que mépris, moqueries et indifférence de la part des élus d’extrême droite. « Le GIEC est une catastrophe pour le moral déjà très bas des Français », alertait fin 2023 la députée Katiana Levavasseur, quand son voisin d’hémicycle Hervé de Lépinau tançait des « propagandistes [qui]ont un côté effrayant ». « Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises », a platement reconnu dimanche 21 juin sur France Inter Thomas Ménagé, porte-parole du groupe RN à l’Assemblée, trois ans après avoir lui-même considéré que « si on sui[vait] bêtement les données du GIEC, on risqu[ait] de contrevenir à la qualité de vie des Français ».
La révolution sémantique du RN relève cependant moins de la conversion scientifique que de l’opportunisme politique.
Si le parti présidé par Jordan Bardella, après des années de déni, relaie enfin les inlassables constats des experts sur la nature et l’ampleur du réchauffement climatique, c’est principalement pour dénoncer l’impréparation de l’exécutif et de l’Etat face au nouvel épisode de canicule subi par la France. « Le gouvernement est là pour impulser une direction, prendre une décision – oui ou non, à la climatisation – (…) et impulser la mise en œuvre de cette décision, y compris au travers des collectivités, mais d’abord au travers des secteurs dont ils ont la responsabilité. Ce n’est pas plus que ça qu’on leur demande », a sermonné vendredi 19 juin Marine Le Pen, en visite au salon VivaTech.
Face aux températures record enregistrées en mai et juin en France, la députée du Pas-de-Calais dit détenir la solution : un « grand plan d’équipement pour la climatisation », évoqué pour la première fois, et sans plus de détails, le 30 juin 2025 sur X. Jamais depuis le parti n’avait concrètement présenté ou chiffré le dispositif, tout en déplorant l’inconséquence de ceux – politiques ou scientifiques – qui douteraient de l’efficacité ou de la soutenabilité de leur obscur projet.
La bascule de dizaines de départements en vigilance rouge a mis au jour l’impréparation d’un « plan » ni chiffré ni arbitré au sommet du parti. Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe mariniste à l’Assemblée nationale, peut tout juste assurer que l’installation d’une climatisation pourrait être éligible au programme « 100 % Rénov’ » ; un prêt à taux zéro pour la rénovation énergétique qui remplacerait le dispositif de subvention MaPrimeRénov’, jugé trop complexe et coûteux. Si le référent économique du RN explique au Monde avoir budgétisé jusqu’en 2030 20 milliards d’euros de prêts, aux intérêts pris en charge par l’Etat, les climatiseurs ne pourront y prétendre que s’ils prennent part à une plus large rénovation de l’habitation. L’installation isolée d’une climatisation n’est pas pour le moment budgétisée, ni dotée d’un quelconque calendrier.
Saignées promises
Preuve si besoin de l’improvisation du RN, un autre député, Thomas Ménagé, pourtant lui aussi à la manœuvre sur le sujet, assure : « notre “plan clim” c’est “100 % Rénov” », à rebours des limites posées par son collègue. « L’idée de base n’est pas de climatiser sans avoir préalablement isolé : l’objectif est quand même d’avoir quelque chose de vertueux, pas de dire “On s’en fout, on climatise tout direct”, démine M. Ménagé auprès du Monde. Mais si quelqu’un veut profiter d’un prêt à taux zéro juste pour se faire installer une climatisation, il pourra. Même si ce n’est pas très judicieux. »
S’agissant des collectivités et des établissements publics, ils devront eux aussi en passer par un dispositif similaire de prêt à taux zéro ; cette fois, le montant global n’a pas été tranché par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Une présentation claire et exhaustive du « grand plan » n’est pas envisagée avant la fin de l’été ; sous réserve d’être validé par le candidat à la présidentielle, dont le nom sera connu le 7 juillet, avec l’arrêt de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national.
Aussi limité et nébuleux soit-il, le « plan climatisation » – et le prêt à taux zéro dont il ferait partie – constitue l’unique effort consenti par le RN dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Bien plus précises sont les saignées promises en la matière, énumérées et chiffrées lors du contre-budget établi à l’automne 2025. Au menu, notamment : 10 milliards d’économies dans la rénovation énergétique avec la fin de MaPrimeRénov’et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie ; marges de manœuvre des collectivités ratiboisée par la suppression du fonds vert (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat ; coupe d’un tiers des subventions des associations environnementales ; disparition d’opérateurs et d’agences de l’Etat comme les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité.
Loin de l’Etat planificateur et proactif contre le réchauffement climatique que promeut Marine Le Pen, son obscur « grand plan climatisation » renvoie à une gestion purement financière des conséquences des crises environnementales. D’où son pari, contre l’évidence économique, qu’un prêt sera plus incitatif qu’une aide directe pour rénover le parc immobilier. « On considère que la transition écologique est une création de valeur économique, pas une contrainte », répète Jean-Philippe Tanguy.
Lecture biaisée
En concentrant sa communication sur les seules climatisations pour affronter la canicule, le RN confirme surtout son refus de s’attaquer aux causes du réchauffement climatique et son seul souci d’en limiter les conséquences de court terme sur le bien-être de la population. Quitte pour cela à pratiquer une lecture biaisée de la littérature scientifique.
Les cadres se plaisent à convoquer et à se partager une publication de 2020 relativisant les îlots de chaleur urbains créés par la climatisation : entre 0 °C et 0,75 °C dans la plupart des rues de la capitale si tous les bâtiments étaient climatisés à 23 °C. « Une étude à envoyer dans les dents de tous les obscurantistes anti-climatisation », a publié le 22 juin sur X le député de l’Aude Frédéric Falcon. Une étude relativisée aujourd’hui par son propre auteur, Vincent Viguié, directeur adjoint du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. « Les températures constituaient une valeur plancher, précise le chercheur. Plusieurs études depuis 2020 ont relevé un réchauffement compris entre 1,5 °C et 2,5 °C, selon les villes ; jusqu’à 10 °C dans une rue particulièrement étroite. »
« C’est faux, comme beaucoup d’ailleurs de choses qui sont dites sur ce sujet, a balayé Marine Le Pen le 19 juin. [La température extérieure] va augmenter à quelques mètres de la bouche d’extraction. Il y a eu des études qui ont été faites dans des pays qui sont massivement dotés en climatisation, et qui ne démontrent pas [de réchauffement général]. Mais vous savez, les écologistes à partir du moment où ils ne veulent pas quelque chose, ils vous tordent des études, ils vous sortent des trucs, ils vous les coupent en petits morceaux, ils vous prennent des bouts de phrase pour réussir à vous convaincre qu’il ne faut pas le faire. » Marine Le Pen accuse les écologistes de partager son propre rapport à la science : si le RN s’ouvre à la recherche, c’est à la seule condition qu’elle approuve son programme.
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