30 ans après l’interdiction du chlordécone, 80% des la population reste contaminée aux Antilles

Chlordécone : plus de 80 % de la population de la Guadeloupe et de la Martinique reste contaminée, selon Santé publique France

Plus de trente ans après son interdiction, le pesticide, à l’origine d’une contamination durable de plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles aux Antilles, demeure très présent dans l’environnement et les organismes. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 02h51, modifié à 09h17 https://www.lemonde.fr/outre-mer/article/2026/06/24/chlordecone-plus-de-80-de-la-population-de-guadeloupe-et-de-martinique-reste-contaminee-selon-sante-publique-france_6710024_1840826.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260624&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_6

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Lors d’une manifestation de soutien aux victimes du chlordécone à Fort-de-France, à la Martinique, le 28 octobre 2023.
Lors d’une manifestation de soutien aux victimes du chlordécone à Fort-de-France, à la Martinique, le 28 octobre 2023.  THOMAS THURAR/AFP

Près de quatre adultes sur cinq à la Guadeloupe et à la Martinique présentent des traces de chlordécone dans le sang, et environ un sur six dépasse le seuil de risque sanitaire, selon une étude de Santé publique France (SPF), publiée mercredi 24 juin. Elle confirme la persistance généralisée de ce pesticide, plus de trente ans après son interdiction aux Antilles.

La part d’adultes présentant du chlordécone détectable dans le sang atteint ainsi 81,3 % à la Guadeloupe et 85,5 % à la Martinique, selon l’étude Kannari 2, menée auprès de quelque 1 170 adultes à la Guadeloupe et 1 150 à la Martinique.

A la Guadeloupe, 14,3 % des adultes dépassent la valeur toxicologique de référence interne, fixée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) à 0,4 microgramme par litre, un taux qui atteint 18,7 % à la Martinique. Ce seuil marque le niveau au-dessus duquel « le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu », précise SPF.

Lancée en 2024, l’étude Kannari 2 actualise un précédent travail de 2013-2014, qui établissait que plus de neuf Antillais sur dix étaient contaminés. Malgré une « légère amélioration », l’imprégnation « persiste à un niveau généralisé » chez les habitants des deux territoires, avec toutefois « de fortes disparités ».

Une contamination multifactorielle

Le faible recul de la contamination s’explique notamment par « le fait que certains aliments, même s’ils sont conformes à la mise sur le marché, ne sont pas à zéro chlordécone », a expliqué à l’Agence France-Presse Jacques Rosine, délégué régional de SPF pour les Antilles. Le lien entre alimentation et contamination reste fort, selon les conclusions de l’étude. « Les poissons, crustacés et mollusques sont associés à une imprégnation plus importante », a précisé Marc Ruello, épidémiologiste à l’agence sanitaire.

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Le lieu de résidence et l’âge jouent un rôle également. Les habitants des « zones contaminées, terrestres ou marines, présentent des niveaux d’imprégnation moyens deux à trois fois supérieurs » à ceux vivant dans des zones non contaminées, déclare l’agence de santé publique dans son étude. Pêcheurs et agriculteurs présentent ainsi les imprégnations les plus élevées, tandis que le niveau de concentration « s’accroît avec l’âge, avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus ».

Ces résultats interviennent peu après la confirmation, lundi, par la cour d’appel de Paris, du non-lieu dans le volet pénal du scandale, fermant la porte à une réouverture de l’enquête après vingt ans de procédures. Les avocats des parties civiles, qui ont dénoncé un « jour sombre », ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation.

Jusqu’à six cents ans dans les sols

Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, le chlordécone a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993, alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990. Ce pesticide, qui fut répandu massivement dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, y a durablement contaminé plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin. Il peut rester dans les sols jusqu’à six cents ans.

Les personnes fortement imprégnées par le pesticide bénéficient de « dispositifs d’accompagnement, notamment avec les diététiciens », et de dosages sanguins réguliers, a souligné M. Rosine, ajoutant que les recommandations sanitaires doivent rester « proches de la vie des gens ». L’étude Kannari 2 a été présentée dans le cadre d’un colloque scientifique sur le chlordécone, qui s’est ouvert mardi 23 juin à l’université des Antilles à la Martinique et se poursuit jusqu’à jeudi.

En parallèle, une mission interministérielle « est en cours [à la] Martinique », et se rendra à la Guadeloupe, afin de « définir les modalités d’une indemnisation » des victimes de cet empoisonnement, a déclaré Anne-Gaëlle Baudouin, la directrice générale des outre-mer, lors de la conférence de presse d’ouverture du colloque scientifique.

Cette mission intervient dans le cadre de la récente loi Califer, reconnaissant la responsabilité de l’Etat et donnant un an au gouvernement pour proposer des modalités d’indemnisation.

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Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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