« Le doublement du plafond de la franchise est la pire des mesures paramétriques, puisqu’elle ne pèse que sur les plus vulnérables » (F. Bizard Economiste de la santé).

Doublement des plafonds de franchise : « Faire payer toujours plus les usagers ne constitue pas une politique de santé publique »

Alors que le Gouvernement vient d’annoncer le doublement du plafond annuel des franchises sur les boites de médicaments et des participations forfaitaires sur les consultations, France Assos santé alerte sur le risque de renoncements aux soins. Les usagers dénoncent « une hausse du reste à charge » qui va « fragiliser encore plus l’accès aux soins ».  

24/07/2026 https://www.egora.fr/actus-pro/politiques/doublement-des-plafonds-de-franchise-faire-payer-toujours-plus-les-usagers-ne?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=En_bref___samedi_25_juillet_2026&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=En%20bref%20-%20samedi%2025%20juillet%20202620260725&sc_src=email_4997547&sc_lid=199009267&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=27702&sc_eh=5d463c22601bc0401

Par Sandy Bonin

Stéphanie Rist a annoncé ce jeudi 23 juillet le doublement du plafond annuel des franchises médicales. Le montant maximal de ce reste à charge, actuellement fixé à 50 euros pour les franchises sur les boites de médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires et 50 euros pour les participations forfaitaires sur les consultations ou actes médicaux, s’élèvera donc à 200 euros. 

« Ces annonces s’inscrivent dans une longue série de mesures qui, année après année, alourdissent la facture pour les patients : baisse de remboursement des soins dentaires, hausse des franchises, des participations forfaitaires et de plusieurs forfaits hospitaliers. Prises ensemble, ces décisions fragilisent toujours davantage l’accès aux soins, notamment pour les personnes âgées, les ménages modestes, les personnes en situation de handicap et celles vivant avec une maladie chronique » a dénoncé France Assos Santé dans un communiqué. Les usagers « s’opposent fermement » à ces annonces et redoutent « une hausse des cotisations des complémentaires santé, avec le risque de nouveaux renoncements aux soins à la clé ». 

« Faut-il, une fois encore, rappeler que ce ne sont pas les patients qui décident des soins et des médicaments qui leur sont prescrits ? », pointe France Assos Santé.  Les usagers estiment que cette mesure « pénalisera directement les 2,5 millions de personnes sans complémentaire santé et ne peut qu’entrainer une nouvelle hausse des cotisations pour les autres, notamment les personnes âgées qui acquittent déjà les primes les plus élevées ». 

« Faire payer toujours plus les usagers ne constitue pas une politique de santé publique », souligne le communiqué qui appelle plutôt à chercher des économies du côté « de la pertinence des soins  » et des « actes inutiles ». « Les patients ne peuvent plus être l’éternelle et unique variable d’ajustement des comptes de l’Assurance maladie », conclut France Assos Santé.  

« On s’attendait à des sales coups pendant l’été, c’était implicite dans (…) l’annonce de chercher un milliard de coupes sur la « Sécu » dès 2026″ faite par le Gouvernement en juillet, a dénoncé Denis Gravouil, de la CGT, à l’AFP. « Ce sont des restes à charge pour les plus fragiles, on continue le déshabillage de la Sécurité sociale ».  « Il aurait été plus sage, de la part du gouvernement, d’attendre le prochain budget de la Sécurité sociale (NDLR : à l’automne) pour tout mettre sur la table » et mettre également à contribution « les entreprises », les « industries du médicament » ou « les professionnels de santé », a également réagit le secrétaire général adjoint de l’Unsa Dominique Corona, qui dénonce une mesure « scandaleuse ». 

 Pour la Mutualité Française, qui représente près de 500 mutuelles, la mesure « pèsera avant tout sur les personnes âgées et les patients atteints de pathologies chroniques, sans traiter les causes profondes des difficultés de financement du système de santé ». 

Auteur de l’article

Sandy Bonin

Cheffe de rubrique Actualités

23 juillet 2026 https://france-assos-sante.org/communique_presse/doublement-du-plafond-des-franchises-et-des-forfaits-transferts-massifs-vers-les-complementaires-sante-les-patients-penalises-lacces-aux-soins-fragilise/

Doublement du plafond des franchises et des forfaits, transferts massifs vers les complémentaires santé : les patients pénalisés, l’accès aux soins fragilisé !

Au cœur de l’été, le gouvernement vient d’annoncer de nouvelles mesures pour faire face à la hausse des dépenses de l’Assurance Maladie, avec pour conséquence une hausse des restes à charge pour les usagers et une augmentation inévitable des cotisations des mutuelles. France Assos Santé dénonce des mesures pénalisantes et alerte sur le risque de renoncements aux soins accrus dans la population.

Doublement du plafond des franchises et des forfaits,

-Baisse du remboursement de certains médicaments,

-Désengagement de l’Assurance maladie sur les soins dentaires et les dispositifs médicaux, avec transfert des remboursements vers les mutuelles 

France Assos Santé s’oppose fermement aux nouvelles annonces gouvernementales qui viennent une fois de plus peser dans les budgets des ménages.  Les usagers vont en effet être confrontés à une nouvelle augmentation de leurs restes à charge et une hausse des cotisations des complémentaires santé, avec le risque de nouveaux renoncements aux soins à la clé.

Ces annonces s’inscrivent dans une longue série de mesures qui, année après année, alourdissent la facture pour les patients : baisse de remboursement des soins dentaires, hausse des franchises, des participations forfaitaires et de plusieurs forfaits hospitaliers. Prises ensemble, ces décisions fragilisent toujours davantage l’accès aux soins, notamment pour les personnes âgées, les ménages modestes, les personnes en situation de handicap et celles vivant avec une maladie chronique.

Faut-il, une fois encore, rappeler que ce ne sont pas les patients qui décident des soins et des médicaments qui leur sont prescrits ?

Les constats sont pourtant connus. La Drees montre, dans un document publié en février dernier, que les restes à charge pèsent davantage sur les plus fragiles, tandis que le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM) alerte, dans son rapport 2026, sur l’explosion des dépassements d’honoraires.

Alors que les pouvoirs publics reconnaissent eux-mêmes ces difficultés qui génèrent des inégalités d’accès aux soins, une hausse des tickets modérateurs, représentant près de 2 milliards d’euros de transferts vers les complémentaires santé, se confirme.

Elle pénalisera directement les 2,5 millions de personnes sans complémentaire santé et ne peut qu’entrainer une nouvelle hausse des cotisations pour les autres, notamment les personnes âgées qui acquittent déjà les primes les plus élevées.

Les besoins de financement de notre système de santé sont réels. Mais faire payer toujours plus les usagers ne constitue pas une politique de santé publique. Les économies doivent être recherchées dans la pertinence des soins, une meilleure coordination des parcours, la réduction des actes inutiles et un investissement beaucoup plus ambitieux dans la prévention.

Les patients ne peuvent plus être l’éternelle et unique variable d’ajustement des comptes de l’Assurance maladie.

Déficit de la santé : faire payer les plus vulnérables pour éviter de réformer le système

Frederic Bizard

Frederic Bizard

Professeur d’économie chez ESCP Europe | MBA de l’INSEAD

24 juillet 2026 https://www.linkedin.com/pulse/déficit-de-la-santé-faire-payer-les-plus-vulnérables-pour-bizard-2gcye/

La promesse de ne pas être mis en risque financier quand on est très malade n’est plus tenue.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu choisit de cibler les « gros consommateurs » de soins.

Mais qui sont-ils réellement ?

Des malades, souvent âgés de plus de 75 ans, atteints d’un cancer, d’une insuffisance rénale ou d’une insuffisance cardiaque.

Les 5 % de patients qui concentrent 51 % des dépenses ne sont pas des consommateurs excessifs : ce sont les personnes les plus gravement malades.

Les classes populaires et moyennes sont surreprésentées dans ce groupe. Ce sont pour l’essentiel des retraités polypathologiques, avec une pension inférieure à 1 500 euros. Sans capacité d’épargne, le seul arbitrage possible face à cette mesure est de renoncer aux médicaments les plus coûteux pour échapper à la franchise. S’ensuivra une dégradation de leur état de santé — et des dépenses futures bien plus lourdes.

Leur demander un effort financier supplémentaire ne comblera pas le déficit structurel de l’Assurance Maladie, supérieur à 15 milliards d’euros (16 en 2025, 18 prévus en 2029). En revanche, le coût sanitaire, social et politique sera considérable, à quelques mois de l’élection présidentielle.

La contradiction avec la politique menée depuis 2018 est saisissante :

➡️ En 2018, le « 100 % Santé » visait à supprimer le reste à charge sur les lunettes, les soins dentaires et les audioprothèses.

➡️ En 2026, le gouvernement augmente le reste à charge des patients atteints de cancers et d’autres pathologies graves.

La logique solidaire au cœur du modèle de 1945 est remise en cause par ce type de décision. Le système protège de moins en moins bien ceux qui ont le plus besoin d’être protégés.

Activer les vrais leviers de maîtrise de la dépense

La dérive de nos dépenses de santé s’explique par trois causes structurelles :

1️⃣ L’échec du virage préventif. Les affections de longue durée concernent aujourd’hui 20 % de la population et pourraient en toucher 25 % en 2035. Elles expliquent déjà 80 % de la hausse des dépenses publiques et les deux tiers du stock.

2️⃣ Un retard technologique qui pèse sur la productivité. Faible automatisation, charges fixes élevées, effet Baumol : notre système mobilise toujours plus de ressources sans gains de productivité suffisants. Le retard de numérisation, et maintenant d’usage de l’IA, génère des surcoûts évitables.

3️⃣ Des coûts administratifs exorbitants. La gestion absorbe 16 milliards d’euros par an, soit 6 % des dépenses de santé, contre environ 3 % en moyenne en Europe. Le système de financement à deux étages assurantiels en est largement responsable, en plus de la cause précédente.

Tant que ces trois causes ne seront pas traitées, le déficit de l’Assurance Maladie restera hors de contrôle : plus de 15 milliards d’euros aujourd’hui, 18 milliards prévus en 2029.

Le gouvernement écope la mer avec une petite cuillère.

Le doublement du plafond de la franchise est la pire des mesures paramétriques, puisqu’elle ne pèse que sur les plus vulnérables.

Inefficace économiquement, profondément injuste socialement – cela ressemble fortement à une erreur politique à quelques mois de la présidentielle, ou un énorme cadeau pour les oppositions, selon le camp où l’on se place!

Lien vers l’interview France Info de Frédéric Bizard du 23 juillet 2026: https://www.fredericbizard.com/franchises-faire-payer-les-plus-vulnerables-pour-eviter-de-reformer-le-systeme-france-info-le-23-juillet-2026/

Voir aussi:

Les pistes d’économies explosives de Sébastien Lecornu pour l’assurance maladie

https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/23/77438/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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