Les pistes d’économies explosives de Sébastien Lecornu pour l’assurance maladie

Franchises médicales et remboursement de médicaments : ce que pourraient rapporter les pistes d’économies explosives de Sébastien Lecornu 

Par Jean Cittone

Il y a 16 heures https://www.lefigaro.fr/conjoncture/franchises-medicales-et-remboursement-de-medicaments-ce-que-pourraient-rapporter-les-pistes-d-economies-explosives-de-sebastien-lecornu-20260722

Le premier ministre Sébastien Lecornu ressort du placard des mesures d’économies qu’il avait abandonnées lors des derniers débats budgétaires.
Le premier ministre Sébastien Lecornu ressort du placard des mesures d’économies qu’il avait abandonnées lors des derniers débats budgétaires. Alice Sacco / REUTERS

DÉCRYPTAGE – Dans le prochain budget, le premier ministre veut « demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 24 fois chez le médecin ».

La grenade vient d’être dégoupillée. À quelques mois des inévitables débats parlementaires qui auront lieu à l’automne autour de l’examen du budget de l’État (PLF) et de celui de la Sécurité sociale (PLFSS), Sébastien Lecornu a déroulé ce mercredi, dans une interview à Paris Match, plusieurs mesures explosives envisagées dans le domaine de la santé. « Le prochain budget devra comporter des réformes structurelles, même modestes, mais qui produisent des effets durables », a annoncé le premier ministre. Dans le viseur : le prix des médicaments et les franchises médicales.

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L’inexorable hausse des dépenses sociales revient chaque année hanter les débats budgétaires. En 2025, elles ont représenté 771 milliards d’euros, dont la plus grande partie pour le versement des pensions de retraite. La santé n’est toutefois pas en reste, avec plus de 265 milliards de dépenses allouées en 2025. La branche maladie est par ailleurs responsable de la plus grande partie du déficit de la Sécurité sociale (15,9 milliards d’euros en 2025, sur un déficit toutes branches confondues de 21,6 milliards). La hausse croissante des frais de santé est cependant difficile à juguler, car les Français âgés et en proie aux maladies chroniques sont de plus en plus nombreux. Mais le gouvernement ne désespère pas de les mettre à contribution.PASSER LA PUBLICITÉ

Augmenter les franchises médicales payées par les patients

« Nous devons être plus rigoureux avec la surconsommation de soins et demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 24 fois chez le médecin par an, tout en protégeant les plus fragiles socialement », prévient Sébastien Lecornu. Une façon détournée d’annoncer une évolution du plafond des franchises médicales et des participations forfaitaires, un reste à charge non remboursé, qui représente notamment 1 euro par boîte de médicaments, 4 euros par trajet en transport sanitaire ou 2 euros par consultation, dans la limite de 100 euros par an (50 euros pour les franchises et 50 euros pour les participations forfaitaires). Une hausse de ces plafonds reviendrait à faire payer plus ceux qui consomment le plus de soins, mais pourrait rapporter 750 millions d’euros par an à l’Assurance-maladie, selon les chiffres avancés par le gouvernement.

Lorsqu’un traitement ancien n’apporte qu’un bénéfice thérapeutique faible voire quasi nul, son niveau de remboursement doit pouvoir diminuer Sébastien Lecornu

Augmenter le montant des franchises médicales avait déjà été envisagé l’an dernier par l’équipe du premier ministre, avec la création d’un « forfait de responsabilité » contenant un plafond de 200 euros de reste à charge pour les patients, lequel aurait pu rapporter 2,3 milliards d’euros en 2026, selon les chiffres du gouvernement. Une mesure finalement abandonnée par l’exécutif face à l’opposition farouche des parlementaires. Plus récemment, la Cour des comptes a préconisé d’aller chercher directement sur leurs comptes les franchises que les particuliers doivent à l’Assurance-maladie (lorsqu’ils se sont fait avancer leurs frais de santé par le tiers payant), celles-ci représentant une perte de 1,5 milliard d’euros chaque année.

Des médicaments « innovants » plus chers qu’efficaces

L’exécutif veut également s’attaquer au coût de certains médicaments. « Nous allons consacrer, en 2027, 16 milliards d’euros pour rembourser les médicaments innovants, explique Sébastien Lecornu. Lorsqu’un nouveau médicament apporte un progrès médical majeur, il est normal qu’il soit remboursé, c’est la force du modèle social français. À l’inverse, lorsqu’un traitement ancien n’apporte qu’un bénéfice thérapeutique faible voire quasi nul, son niveau de remboursement doit pouvoir diminuer. C’est une “règle d’or” en quelque sorte, qui remet la science au cœur de l’arbitrage budgétaire et non plus des considérations connexes. » Une telle règle pourrait se traduire par des centaines de millions d’euros économisés chaque année par l’Assurance-maladie, tant les sommes engagées sont colossales.

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« Il n’y avait qu’un seul médicament à plus de 80 000 euros il y a dix ans, il y en a 25 aujourd’hui », résumait Thomas Fatôme, le directeur général de la Caisse nationale d’Assurance-maladie (Cnam), début juillet. L’Assurance-maladie souligne que les traitements onéreux sont devenus le « principal moteur de la croissance des dépenses (dans ce domaine), malgré des innovations rares ». Les remboursements de la Cnam pour ces médicaments sont passés de 4,3 milliards d’euros en 2019 à 7,1 milliards en 2024, soit une hausse de plus de 60 %. Une courbe qui interroge, surtout car « ce mouvement concerne quasi exclusivement des médicaments ayant obtenu une amélioration du service médical rendu mineure ou absente », note la Cnam. Des médicaments très chers donc, mais qui ne soignent pas mieux les patients pour autant.

Ayant l’objectif de « payer le juste soin au juste prix », l’Assurance-maladie préconise de « privilégier, à efficacité comparable, les traitements et protocoles les plus efficients », c’est-à-dire des médicaments n’ayant pas besoin d’être administrés à l’hôpital, ou bien encore « de favoriser » des molécules génériques ou biosimilaires « face aux alternatives récentes coûteuses ». En s’appuyant sur des essais cliniques, la Cnam estime qu’une économie de plus de 128 millions d’euros serait possible, en agissant seulement sur quatre traitements ciblant des maladies graves. Une piste que le gouvernement compte bien essayer de mettre à profit en 2027.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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