Les 10 % de Français les moins bien lotis territorialement ont un accès potentiel à un médecin généraliste quatre fois moindre que les 10 % les mieux dotés.

Accès aux soins de ville : la fracture territoriale s’aggraverait

Quentin Haroche

23 juillet 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/accès-aux-soins-ville-fracture-territoriale-2026a1000ouj?ecd=wnl_all_260726_jim_jim-pro_etid8535403&uac=368069PV&impID=8535403&sso=true

Les 10 % de Français les moins bien lotis territorialement ont un accès potentiel à un médecin généraliste quatre fois moindre que les 10 % les mieux dotés.

Ces dernières années, les gouvernements successifs multiplient les mesures pour tenter de freiner ce qu’il est convenu d’appeler la désertification médicale et de mettre fin aux inégalités d’accès aux soins en France. Des mesures essentiellement incitatives (toutes mesures coercitives étant très mal vues par les syndicats de médecins libéraux) qui, selon une partie de la classe politique, ne sont guère efficaces. Les derniers chiffres de la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé), publiés ce mercredi sur l’accès aux soins de ville, semblent leur donner raison.

Pour calculer l’accès aux soins des Français, commune par commune, la Drees a mis au point en 2012 un instrument sophistiqué qui se veut, selon les statisticiens, plus fidèle qu’un simple rapport entre le nombre d’habitants et celui des médecins : l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL), que la Drees définit comme « un indicateur d’adéquation territoriale entre l’offre et la demande de soins de ville ». 

L’accès aux généralistes en léger recul

L’APL « permet de tenir compte, pour l’offre, de la proximité et du niveau d’activité des professionnels de santé, et pour la demande, des besoins relatifs de soins de la population selon sa structure par âge » explique la Drees. « Calculé au niveau de la commune, il intègre également l’offre et la demande des communes environnantes, de façon décroissante avec la distance ». L’APL s’exprime, pour les médecins généralistes, en nombre de consultations disponibles par an et par habitant et, pour les autres professionnels de santé libéraux (infirmiers, sage-femmes, kinésithérapeutes et chirurgiens-dentistes) en équivalent temps plein (ETP) pour 100 000 habitants.

Selon les derniers chiffres de la Drees, l’APL des médecins généralistes s’établit en 2024 à 3,3 consultations par an et par habitant, soit une légère baisse de 1,1 % depuis 2023. La Drees explique cette baisse par la diminution des effectifs et de l’activité moyenne des omnipraticiens (liée au vieillissement du corps médical), combinée à une hausse du nombre d’habitants (et notamment des plus âgés d’entre eux). L’APL des infirmières diminue également légèrement (à 154,8 ETP pour 100 000 habitants, – 0,8 % sur un an), tandis qu’augmentent ceux des chirurgiens-dentistes (61,5 ETP, + 1,4 %), des sages-femmes (22,2 ETP, + 1,9 %) et des kinésithérapeutes (123,2 ETP, + 3,3 %) augmentent. Une hausse que la Drees relie à l’augmentation des effectifs de ces professions.

Derrière cette relative stabilité de l’accès aux soins de ville, se cache une aggravation des disparités territoriales. Toujours selon l’APL, les 10 % de Français les mieux dotés en médecins généralistes ont ainsi un accès à des consultations 4,3 fois supérieur aux 10 % de Français les moins bien dotés en MG. Un écart qui s’est creusé de 5,3 % entre 2023 et 2024, signe que les inégalités territoriales d’accès aux soins s’accroissent en France.

Paris capitale de l’accès aux soins

Sans surprise, c’est à Paris que l’accès aux médecins généralistes est le meilleur, avec un APL de 5,5 consultations par an et par habitant, suivi de La Réunion (5,44) et du Bas-Rhin (4,91). A l’autre bout du classement, la Guyane est le département où l’accès à un omnipraticien est le plus difficile (1,76 consultations par an et par habitant), suivi du Cher (2,26) et de la Seine-et-Marne (2,31).

Les différences d’accès aux professionnels libéraux sont encore plus grandes concernant les autres soignants de ville. Les 10 % de Français les mieux dotés ont ainsi 4,9 fois plus accès à des sage-femmes que les 10 % de Français les moins bien dotés, 6,1 fois plus accès à des infirmières, 6,8 fois plus accès à des kinésithérapeutes et 7,9 fois plus accès à des chirurgiens-dentistes. Si l’écart entre les plus favorisés territorialement et les plus isolés diminue concernant l’accès aux sage-femmes (-3,6 %) et demeure stable pour l’accès aux infirmières (- 0,2 %), il se creuse pour les kinésithérapeutes (+ 1,3 %) et les chirurgiens-dentistes (+ 1,9 %).

Des chiffres qui donnent du grain à moudre à ceux qui considèrent que, face à l’échec des politiques incitatives, il est désormais nécessaire d’adopter des mesures coercitives vis-à-vis des professions de santé et d’encadrer leur liberté d’installation. Rappelons qu’une proposition de loi en ce sens, la loi Garot, a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale, mais n’a toujours pas été examinée par le Sénat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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