Pour Stéphanie Rist, il faut renforcer la régulation en amont des urgences et fluidifier la gestion des lits en aval

Un énième plan du gouvernement pour désengorger les urgences

Quentin Haroche

08 juin 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/énième-plan-du-gouvernement-désengorger-2026a1000j0r?ecd=wnl_all_260610_jim_daily-doctor_etid8406909&uac=368069PV&impID=8406909&sso=true

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté sa stratégie pour renforcer la régulation en amont des urgences et fluidifier la gestion des lits en aval. Un marronnier du début de l’été et de l’hiver. 

Il y a trois ans, le Président de la République Emmanuel Macron affichait comme objectif de désengorger les services d’urgence partout en France d’ici la fin de l’année 2024. Il suffit de lire régulièrement les colonnes du JIM ou de se rendre dans n’importe quel service d’urgence pour savoir que la mission n’a pas été remplie. 

Lors des périodes de forte affluence, notamment au cours des épidémies hivernales, ce sont en effet des centaines de services d’urgence à travers la France qui sont pris d’assaut, obligeant les directions hospitalières à déclencher des plans blancs, à mettre en place des systèmes de régulation voire à fermer temporairement des services. La situation s’est même détériorée : selon une récente enquête de la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé), le temps de passage médian aux urgences est passé de 2 h 15 en 2013 à 3 h 10 en 2023

Trois ans après cette promesse non tenue et alors que l’été, où fortes chaleurs et départs en vacances des soignants se combinent, s’annonce difficile, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a donc présenté ce vendredi l’énième plan du gouvernement pour désengorger les urgences hospitalières françaises. Un plan qui a été présenté lors du congrès de la médecine d’urgence, après une visite de la ministre dans le service des urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, dirigé par le médiatique Dr Mathias Wargon.

SAS, régulation par le 15, réorientation : rien de nouveau aux urgences

Le remède du Dr Rist pour les urgences part d’un diagnostic simple : selon les calculs de la Drees, environ 40 % des 20 millions de passages annuels dans ces services, soit huit millions, seraient évitables, c’est-à-dire qu’ils concernent des patients qui auraient pu être pris en charge par d’autres voies (notamment par la médecine de ville). L’objectif ambitieux de la ministre est de « réduire de moitié les passages évitables aux urgences, soit près de 4 millions de passages en moins chaque année, afin de garantir à chaque patient une réponse plus rapide, plus adaptée et plus efficace ».

Pour ce faire, pas de solution miracle : le plan du ministère de la Santé consiste essentiellement à renforcer des dispositifs déjà existants. En amont des urgences, Stéphanie Rist compte notamment sur le service d’accès aux soins (SAS),« dispositif qui permet aux patients d’obtenir rapidement une réponse médicale lorsqu’ils ne trouvent pas de solution de soins ». Créé en 2019, le SAS est désormais généralisé sur tout le territoire, mais souffre parfois d’un manque de moyens humains. La ministre promet donc de former davantage d’assistants de régulation médicale (ARM), au nombre de 3 500 pour le moment, et de réfléchir à un « modèle cible des SAS » (sic) avec les médecins libéraux et les urgentistes. Elle souhaite également déployer partout en France des SAS spécialisés en psychiatrie. 

Toujours sur la question de la gestion en amont des urgences, la ministre appelle les services hospitaliers à s’appuyer sur la réorientation et la régulation. Elle souhaite ainsi que, d’ici deux ans, l’ensemble des services d’urgence dispose d’un mécanisme de réorientation, permettant d’adresser immédiatement le patient à un soignant de ville lorsque son cas n’est visiblement pas urgent (tout est dans le visiblement). La ministre a également promis une « avancée » sur l’encadrement des centres de soins non programmés, sans plus de précision. « Certains sont pertinents, d’autres ont eu pour effet localement de déstabiliser l’offre de soins en attirant des médecins urgentistes ou des médecins généralistes traitants » indique la ministre.

« Les urgences, c’est pas une évidence »

Stéphanie Rist souhaite également à terme que les services d’urgence mettent en place un système de régulation par l’appel systématique au 15 et pas seulement durant les périodes de forte affluence, afin de ne pas « subir » la situation. Dans les territoires où l’appel préalable au 15 est généralisé, on observe une baisse de 20 % des passages aux urgences, « sans aucunement dégrader l’accès aux soins » explique le Dr Rist. Il faut donc « passer la consigne à la population de composer le 15 avant d’aller aux urgences » plaide la ministre, sans préciser si cela deviendra in fine obligatoire pour accéder aux urgences (même pour des urgences manifestes comme une hémorragie externe). 

Sur le front de l’aval, la ministre a indiqué qu’elle avait confié à plusieurs experts le soin de lui faire plusieurs propositions et qu’elle attendait leur xième rapport dans les prochaines semaines. Mais dès à présent, Stéphanie Rist a avancé quelques pistes de solutions, là encore relativement classiques : développement des admissions directes en hospitalisation, notamment pour les personnes âgées, renforcement des capacités de médecine polyvalente, de gériatrie et de soins de réadaptation, attention particulière portée aux patients fréquemment admis aux urgences (7 % des malades représentent 25 % des passages selon la ministre). Stéphanie Rist appelle également l’ensemble des établissements hospitaliers à mettre en place un dispositif de gestion des lits (pour le moment, 73 % des établissements ont déployé un tel système).

Enfin, la ministre espère responsabiliser les Français quant au recours aux urgences, alors que certains s’y rendent pour des motifs futiles. Un peu sur le modèle de la fameuse campagne « les antibiotiques, c’est pas automatique », le ministère va ainsi lancer une campagne de communication auprès du grand public avec le slogan « les urgences, c’est pas une évidence ». « L’objectif est de permettre à chacun d’identifier la réponse la plus adaptée à sa situation, de mieux connaître les alternatives disponibles et de préserver les capacités des services d’urgence pour les patients qui en ont réellement besoin » plaide le ministère de la Santé

« Nos services d’urgence ne peuvent pas être la réponse à toutes les situations de soins » a conclu Stéphanie Rist. « Nous devons leur redonner de l’air pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à leur mission : prendre en charge les urgences vitales et les situations les plus graves ».

Urgences : Stéphanie Rist dévoile un plan pour réduire de moitié les passages évitables

Aude Lecrubier

11 juin 2026 https://francais.medscape.com/viewarticle/urgences-stéphanie-rist-dévoile-plan-2026a1000jh7?ecd=WNL_mdplsfeat_260613_mscpedit_fr_etid8418700&uac=368069PV&impID=8418700

Sur les près de 20 millions de passages aux services d’urgence chaque année, 30 à 40 % des patients pourraient être pris en charge ailleurs : « Une situation qui n’est plus soutenable », a affirmé Stéphanie Rist, lors du congrès Urgences 2026.

Face à ce constat, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées a présenté aux urgentistes une nouvelle stratégie nationale visant à désengorger les urgences.

Son objectif ? « Réduire de moitié les passages évitables aux urgences, soit près de 4 millions de passages en moins chaque année, afin de garantir à chaque patient une réponse plus rapide, plus adaptée et plus efficace », a-t-elle expliqué.

Mieux orienter les patients dès le départ

Pour mieux dispatcher les patients, le Gouvernement s’engage, d’une part, à consolider le Service d’accès aux soins (SAS) et, d’autre part, à accélérer « les travaux engagés pour mieux encadrer les centres de soins non programmés. Certains « ont eu pour effet localement de déstabiliser l’offre de soins en attirant des médecins urgentistes ou des médecins généralistes traitants », a pointé la ministre.

« Je veux fixer ici un objectif ambitieux : que 100 % des services d’urgence pratiquent la réorientation d’ici deux ans »

Stéphanie Rist

Aussi, les patients qui n’ont rien à faire aux urgences devront tous être orientés vers une prise en charge rapide en ville et ce, dès l’entrée aux urgences. Aujourd’hui, tous les services d’urgences ne mettent pas en œuvre ce tri. « C’est pourquoi il nous faut réfléchir aux meilleurs moyens de valoriser et organiser cette réorientation. Je veux fixer ici un objectif ambitieux : que 100 % des services d’urgence pratiquent la réorientation d’ici deux ans », a indiqué Stéphanie Rist.

Et pour agir plus en amont encore, le ministère va lancer une campagne nationale de sensibilisation afin de mieux informer les Français sur les solutions qui existent avant de se rendre aux urgences. Le message est simple : « Les urgences, ce n’est pas une évidence ! » 

Lors de son discours, la ministre a également insisté sur l’importance du métier de régulateur médical. Elle souhaite que « les docteurs juniors puissent être formés à la régulation médicale durant leur cursus et participer à la régulation ambulatoire, notamment aux horaires de permanence des soins, et ce dès la rentrée 2026 ».

Autre initiative, visant celle-ci à limiter l’affluence en hiver, « dès l’automne prochain, une centaine d’établissements identifiés avec les agences régionales de santé mettront en place des dispositifs de régulation afin d’anticiper les tensions hivernales. Les organisations qui auront démontré leur efficacité pourront être pérennisées », a indiqué Stéphanie Rist.

Concernant les tensions estivales, la ministre a demandé aux agences régionales de santé notamment de veiller à la complétude des lignes de régulation en journée comme en soirée.

Renforcer l’aval des urgences

Outre le problème de l’amont, le manque de lit disponible ou de solution d’hospitalisation contribue très largement à l’engorgement des urgences.

« 7 % de patients représentent 25 % des passages aux urgences.« 

Pour y pallier, la ministre souhaite une généralisation progressive de la gestion des lits. La fonction des bed managers présente dans 73 % des établissements, « a démontré son utilité. Je veux qu’elle soit déployée dans 100 % des établissements », a insisté la ministre qui préconise également un développement des admissions directes en hospitalisation, notamment pour les personnes âgées, et un renforcement des capacités de médecine polyvalente, de gériatrie et de soins de réadaptation. 

En parallèle, « une attention particulière sera également portée aux patients les plus fréquemment accueillis aux urgences afin de mieux coordonner leur suivi ». Un chiffre en dit long : 7 % de patients représentent 25 % des passages aux urgences.

Un rapport consacré à l’aval des urgences qui sera remis au gouvernement dans les prochaines semaines devrait également formuler des recommandations concrètes en vue d’une feuille de route nationale.

« Nos services d’urgence ne peuvent pas être la réponse à toutes les situations de soins. Nous devons leur redonner de l’air pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à leur mission : prendre en charge les urgences vitales et les situations les plus graves. Notre stratégie est simple : développer les alternatives, mieux orienter les patients et réduire massivement les passages évitables. C’est une condition indispensable pour améliorer durablement l’accès aux soins des Français », a conclu la ministre par voie de presse.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/05/le-filtrage-de-lacces-aux-services-durgences-des-hopitaux-par-le-15-va-etre-etendu-pour-lutter-contre-lengorgement-de-ces-services/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/05/lanap-publie-un-guide-pratique-pour-outiller-les-equipes-a-lentree-des-urgences-et-structurer-cette-reorientation/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/02/cest-la-duree-entre-la-prise-en-charge-et-la-sortie-des-urgences-qui-est-la-plus-longue-du-parcours-et-celle-qui-sest-le-plus-allongee-en-dix-ans/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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