Tout le système français de gestion des déchets est à bout de souffle

Les filières françaises de collecte et de recyclage des déchets en « danger de mort », alertent les acteurs du secteur

Collectivités, professionnels et ONG mettent en garde le gouvernement contre un risque d’effondrement de l’économie circulaire dans le pays. 

Par Stéphane Mandard

Publié aujourd’hui à 06h06, modifié à 08h55 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/10/dechets-les-filieres-francaises-de-collecte-et-de-recyclage-en-danger-de-mort-alertent-les-acteurs-du-secteur_6700403_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260610&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_3

Temps de Lecture 4 min.

Au centre de recyclage Le Relais, à Acigné (Ille-et-Vilaine), le 21 juillet 2025.
Au centre de recyclage Le Relais, à Acigné (Ille-et-Vilaine), le 21 juillet 2025.  DAMIEN MEYER/AFP

Collecte des vêtements asphyxiée par la fast-fashion, prolifération de dépôts sauvages des déchets du bâtiment, retards colossaux sur les objectifs de recyclage des emballages en plastiqueTout le système français de gestion des déchets est à bout de souffle« La filière est en danger de mort » : la phrase est dans toutes les bouches, mardi 9 juin, lors de la conférence de presse organisée par le réseau Amorce, qui regroupe plus d’un millier de collectivités engagées dans la transition écologique, en clôture de son colloque annuel consacré à l’épineuse question des déchets.

Exceptionnellement, l’association a invité à sa table des représentants de l’ensemble du secteur de l’économie circulaire – des professionnels des déchets aux associations qui militent pour leur réduction. Tous dénoncent « les menaces de mort »sur les filières françaises de collecte et de recyclage. « Nous vivons un moment d’effondrement de la politique environnementale en matière de gestion des déchets, résume Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce. Le gouvernement est en train de mettre l’économie circulaire à la poubelle. »

Premier dossier brûlant, la collecte et le tri des textiles d’habillement. Acteur majeur du secteur et membre d’Emmaüs France, Le Relais a annoncé le matin même, « la mort dans l’âme »devoir réduire drastiquement ses collectes et supprimer 60 emplois d’insertion en raison d’une « dégradation devenue insoutenable de l’équilibre économique de la filière ». L’organisme va enlever dans les prochains jours près de 4 000 bennes (sur 16 000), soit environ 15 000 tonnes de collecte en moins. Cela concerne environ 3 500 communes.

Fléau des dépôts sauvages

La filière est en crise depuis l’été 2025, incapable d’absorber les surplus de la fast et de l’ultrafast-fashion et de trouver des débouchés dans des magasins de seconde main. Sur le million de tonnes de déchets produits annuellement, seulement 27 % sont collectés. Le reste se retrouve dans la poubelle des ordures ménagères pour être brûlé ou abandonnésauvagement.

« L’explosion de la fast-fashion a conduit à une augmentation massive des volumes mis sur le marché, accompagnée d’une baisse continue de la qualité moyenne des textiles collectés qui limite les possibilités de réemploi en France », explique Pierre Duponchel, fondateur du Relais et président de la branche textiles de la Fédération professionnelle du recyclage, du réemploi et de l’économie circulaire. En dix ans, le nombre d’articles neufs mis sur le marché est passé de 2,5 milliards par an à 3,5 milliards. L’équation économique est devenue intenable pour la filière avec un coût de collecte qui peut atteindre 250 euros la tonne quand leur valorisation peut descendre à 150 euros la tonne.

Lire aussi |   Le marché de la collecte de vêtements à bout de souffle

Pour surmonter la crise, le gouvernement propose un nouveau cahier des charges qui devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2027. Il prévoit de renforcer le soutien aux activités de recyclage réalisées en France ou à proximité. Commentaire de Pierre Duponchel : « Nous demander de faire du recyclage de proximité alors qu’il n’y a pas de débouchés, c’est un assassinat de la filière. En 2028, on est mort. »

Directeur technique de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), David Amadon le dit avec d’autres mots, mais il n’est guère plus optimiste pour l’avenir de la filière des déchets du bâtiment : « On va droit dans le mur. » Afin de mettre un terme au fléau des dépôts sauvages, les collectivités locales réclamaient depuis vingt ans la mise en place d’une filière à responsabilité élargie du producteur sur le modèle pollueur-payeur, pour obliger les grandes enseignes de distribution (Point P, Leroy Merlin…) à reprendre les matériaux de chantier pour qu’ils soient recyclés. A peine mise en place en 2023, cette filière est menacée de « démembrement », dénoncent la Capeb et Amorce.

Là aussi, le système tourne à vide : à peine 9 % de déchets dits « non inertes » (métaux, bois de construction, plaques et carreaux de plâtre, menuiserie, laine de verre…) collectés. Très loin de l’objectif de 53 % fixé par la loi antigaspillage pour une économie solidaire. Le ministère de la transition écologique a entamé une « refondation » de la responsabilité élargie du producteur. Celle-ci prévoit de supprimer l’obligation faite aux grandes enseignes de distribution de reprendre les matériaux de construction ou de sortir de la responsabilité élargie du producteur certains déchets comme le bois ou le plâtre. « Il y a un risque que le dépôt sauvage devienne le mode principal de collecte », raille David Amadon.

Retard de la France

Dernier dossier brûlant, la consigne sur les bouteilles en plastique. Après avoir été enterrée en 2023 par le ministre de la transition écologique Christophe Béchu, elle a été remise à l’ordre du jour par Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a appelé de ses vœux sa mise en place, le 19 mai, à l’issue du cinquième conseil de planification écologique. Depuis, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, a rouvert au pas de charge une nouvelle concertation pour un déploiement au plus tard le 1ᵉʳ janvier 2029.

Le gouvernement entend en faire un levier de sa politique pour combler le retard de la France en matière de recyclage des emballages en plastique : il stagne à 23 %, très loin de l’objectif européen (au moins 50 % depuis 2025). « La consigne est un gadget extrêmement dangereux pour le modèle de collecte et de tri français, met en garde Antoine Bousseau, président de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement et directeur général de la branche collectivités de Suez Recyclage. Elle va fragiliser la poubelle jaune en la privant de sa ressource la mieux collectée et la plus valorisable. »

Lire aussi |  Article réservé à nos abonnés  Plastique : le gouvernement présente un plan axé essentiellement sur le recyclage, jugé insuffisant par les collectivités et les ONGLire plus tard

Pour le directeur de l’ONG Zero Waste France, Bastien Faure, « sans le dire, l’Etat est en train de renoncer à son objectif de réduction de 50 % de la vente de bouteilles en plastique » au profit d’industriels comme Coca-Cola ou Nestlé Waters, qui poussent, eux, pour la mise en place de la consigne. En Allemagne, souvent montrée en exemple comme un bon élève en matière de recyclage, la mise en place de la consigne s’est accompagnée d’un rebond de la production de bouteilles en plastique, rappelle Amorce.

« Le statu quo n’est plus tenable », déclare au Monde le cabinet de Mathieu Lefèvre. A l’instar du chef de l’Etat, il invoque le « 1,5 milliard d’euros » versé par la France à la Commission européenne pour non-respect des objectifs de recyclage. « Que ce soit pour le plastique, le textile ou le bâtiment, le gouvernement œuvre pour une refonte ambitieuse des filières responsabilité élargie du producteur afin de les rendre plus efficaces », précise-t-on de même source.

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire