Santé mentale : les priorités du Gouvernement pour de faire de la Grande cause nationale « une cause durable »
Les perspectives et priorités 2026 de la Grande cause nationale dédiée à la santé mentale ont été présentées le 2 juin par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Parmi les engagements phares, le dispositif « coupe-file » visant une prise en charge accélérée dans les établissements scolaires et l’objectif « zéro contention » à l’horizon 2030. Des mesures dont la mise en œuvre concrète demeure floue à ce jour.
La mobilisation nationale pour la santé mentale engagée en 2025 a permis d’obtenir des résultats concrets. En effet, la France a atteint, avec un an d’avance, l’objectif de 300 000 citoyens formés aux premiers secours en santé mentale, une Maison des adolescents est désormais présente dans chaque département et le dispositif « MonSoutienPsy » a poursuivi sa montée en puissance avec près de 1,8 million de patients accompagnés depuis sa création. Entre 2022 et 2025, le nombre de bénéficiaires annuels a été multiplié par cinq, passant de 109 798 à 519 051 patients. Les projets territoriaux de santé mentale ont été renforcés avec une attention particulière portée aux enfants et aux adolescents.
Forte de ce bilan, la France souhaite accélérer et faire de l’année 2026, celle du changement d’échelle. « Nous étions dans une phase de sous-investissement, nous avons désormais largement entamé la phase de rattrapage et avec la Grande cause nationale, nous entrons dans la phase d’accélération. Nous souhaitons poursuivre la transformation de notre approche, d’abord pour avoir une politique cohérente des trajectoires de vie à tous les âges et plus seulement une politique d’empilement des dispositifs et innovations. Cela demande de remettre un peu de cohérence dans ce qui est porté. Pour ce faire, quatre champs d’action à renforcer et à investir : agir plus tôt, orienter plus vite, accompagner davantage et faire de la santé mentale une responsabilité partagée par l’ensemble des politiques publiques », a détaillé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
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Repérer plus tôt et orienter plus vite
Le Gouvernement poursuivra le déploiement des premiers secours en santé mentale et renforcera les dispositifs de repérage et d’intervention précoce afin d’identifier plus rapidement les situations de vulnérabilité et prévenir l’apparition de troubles sévères. « »i une offre existe bien aujourd’hui, les usagers ne savent pas toujours à quelle porte frapper et subissent des délais encore trop longs. Nous avons en cela une orientation moyennement efficace qu’il nous appartient de faire progresser. » Pour ce faire, une cartographie nationale des ressources en santé mentale sera mise à disposition afin de permettre aux professionnels, aux patients et à leurs proches d’identifier plus facilement les solutions disponibles sur leur territoire. Les filières psychiatriques au sein des services d’accès aux soins (SAS) continueront également à être déployées sur l’ensemble du territoire afin d’améliorer la prise en charge des urgences psychiatriques.
Accompagner davantage
Les Maisons des adolescents seront renforcées avec davantage d’antennes de proximité et des horaires élargis. Les parcours coordonnés renforcés en santé mentale seront progressivement déployés afin de mieux articuler les réponses sanitaires, médico-sociales et sociales. Les territoires ultramarins bénéficieront d’un renforcement de l’offre avec de nouvelles équipes mobiles spécialisées.
Une nouvelle réponse rapide pour les élèves en souffrance psychique
Parce que les troubles psychiques apparaissent souvent dès l’enfance ou l’adolescence et que les délais d’accès aux soins demeurent trop importants, le Gouvernement met en place un dispositif inédit d’orientation prioritaire pour les élèves présentant des signes de souffrance psychique. À compter de la rentrée 2026, lorsqu’un médecin, un infirmier, un psychologue ou un assistant de service social de l’Éducation nationale identifiera un enfant ou un adolescent en situation de souffrance psychique, celui-ci pourra bénéficier d’une orientation prioritaire vers une structure adaptée de son territoire grâce à un dispositif de prise en charge accélérée. « L’objectif est simple : qu’aucun enfant identifié comme étant en souffrance psychique ne reste sans solution ou sans rendez-vous dans des délais compatibles avec son état de santé », a expliqué la ministre.
Cette organisation repose sur une coopération renforcée entre les rectorats, les ARS et les acteurs de la santé mentale afin de réduire les délais d’accès aux soins et d’éviter les ruptures de parcours. Lorsqu’un risque de passage à l’acte ou un danger vital sera identifié, les familles pourront bénéficier d’une prise en charge immédiate grâce au SAS et aux filières psychiatriques d’urgence. Une circulaire en ce sens devrait être prochainement publiée. « Une mesure qui s’inscrit dans une ambition plus large : faire de l’école l’un des premiers lieux de prévention, de repérage et d’orientation en matière de santé mentale. »
Tendre vers le « zéro contention » à l’horizon 2030
La France engage également une transformation profonde des pratiques psychiatriques afin de renforcer les droits et la dignité des personnes concernées. Le Gouvernement fixe un objectif collectif de réduction maximale du recours à l’isolement et à la contention avec la perspective d’atteindre le « zéro contention » à l’horizon 2030. « Nous le disons avec humilité, cet objectif est un cap, une ambition pour transformer en profondeur les pratiques en passant progressivement d’une logique de contrainte à une logique de prévention de la relation. Et c’est possible, nos voisins anglais et islandais n’ont pas recours à la contention ! Ici, nous affirmons également une ambition forte pour la psychiatrie française : celle d’une prise en charge toujours plus respectueuse des droits, de la dignité et du pouvoir d’agir des patients. La santé mentale n’est plus seulement l’affaire des soignants. Elle est devenue l’affaire de toute la société », a déclaré Stéphanie Rist.
Pour accompagner cette transformation, plusieurs mesures seront engagées : réalisation d’une cartographie nationale des pratiques et des initiatives permettant de réduire le recours à la contention ; renforcement de la formation continue des professionnels à la gestion des situations de tension, à la désescalade et aux mesures de prévention ; accompagnement au déploiement d’espaces d’apaisement au sein des unités d’hospitalisation en psychiatrie ; déploiement du programme de l’OMS « Quality Rights« , associant formation, analyse des pratiques et transformation organisationnelle ; définition d’un cadre national pour la pair-aidance et les mesures d’anticipation en psychiatrie afin de renforcer la place des personnes concernées dans leur parcours de soins.
Enfin, parce que la santé mentale est aussi un enjeu de réussite éducative, de cohésion sociale, de qualité de vie au travail, de productivité économique et de citoyenneté, le Gouvernement crée une délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie, rattachée à la Direction générale de la santé. Cette nouvelle gouvernance aura pour mission de coordonner durablement l’action de l’ensemble des ministères et de construire un plan d’action pluriannuel fondé sur les déterminants de la santé mentale.
Références :
Colloque sur l’état des lieux de la Grande cause nationale 2025 et perspectives 2026, au ministère de la Santé (2 juin).