Comment la Chine dévore l’Europe

I/IV En trente ans, l’eldorado chinois s’est transformé en piège pour l’industrie européenne

Par Bastien BonnefousIsabelle Chaperon et Sophie Fay

Publié le 28 avril 2026 à 06h30, modifié le 20 mai 2026 à 12h22 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/28/en-trente-ans-l-eldorado-chinois-s-est-transforme-en-piege-pour-l-industrie-europeenne_6683875_3234.html

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Décryptage

« Comment la Chine dévore l’Europe » (1/4). En quelques décennies, la Chine est passée d’atelier du monde à rival technologique majeur pour les Européens. Ces derniers, qui imaginaient profiter de son vaste marché intérieur, ont sous-estimé la capacité d’innovation du pays.

Le 9 février, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan sonne l’alerte : le « rouleau compresseur » chinois, dit-il, est en train d’écraser l’industrie européenne, notamment française et allemande. Dans son rapport, l’organisme public rattaché à Matignon décrit une puissance chinoise qui, en quelques années, est parvenue à dépasser la plupart des poids lourds industriels occidentaux.

Pékin ne concurrence plus seulement les industries traditionnelles à forte main-d’œuvre comme par le passé (textile, biens de consommation bas de gamme, etc.) : la deuxième puissance économique mondiale, derrière les Etats-Unis, s’impose désormais dans les secteurs d’innovation et les productions à haute valeur ajoutée comme l’intelligence artificielle, la transition énergétique ou la défense. « Tous les secteurs industriels soulignent un rattrapage, voire un dépassement technologique rapide, y compris dans des domaines historiquement dominés par l’Europe (chimie, robotique, nucléaire, machines-outils) », explique le rapport coécrit par Thomas Grjebine, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales.

En quelques décennies, nous sommes donc passés du « fabriqué en Chine » au « inventé en Chine ». Et les marques chinoises sont devenues de nouveaux standards mondiaux dans les voitures électriques (BYD, Geely) mais aussi dans les smartphones (Huawei) ou le commerce en ligne (Alibaba, Shein, Temu). Dans la plupart des secteurs, les écarts de coûts de production entre le géant asiatique et les pays européens sont sans appel, « en moyenne compris entre 30 % et 40 %, et [ils peuvent] dépasser 60 % dans certains segments », précise le Haut-Commissariat.

Impossible de rivaliser : « Ni la montée en gamme, ni les gains de productivité, ni les ajustements organisationnels ne peuvent compenser durablement de tels écarts », indique encore le rapport. Pas d’autre choix donc, selon ces experts, que de « changer de logiciel » pour l’Union européenne attachée au libre-échange, et de mettre en place, à l’instar de l’Amérique trumpiste, « l’équivalent d’un droit de douane généralisé de l’ordre de 30 % » contre les exportations chinoises, tous secteurs confondus. Une solution jusqu’au-boutiste qui ne fait pas l’unanimité parmi les gouvernements européens même si la plupart, comme les acteurs industriels, partagent l’inquiétude et le diagnostic.

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Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment est-on passé, en quelques décennies, d’une Chine atelier du monde, où les pays occidentaux ont délocalisé leurs usines pour produire à bas coût et à la chaîne, à une Chine « menace systémique » pour l’avenir de la compétitivité européenne, pour reprendre les termes du rapport Draghi publié en septembre 2024 ? Les pays européens ont-ils été naïfs en pensant que commercer avec la Chine serait une relation gagnante pour tous, et surtout pour eux ? Ont-ils fait preuve de mépris, certains que les Chinois ne parviendraient jamais à monter en gamme et à les rattraper, oubliant que ce vieil empire fut le berceau historique des « quatre techniques » (la boussole, la poudre, le papier et l’imprimerie) ? Ou bien ont-ils été complices, en livrant leur savoir-faire à leurs partenaires commerciaux asiatiques en échange de gains de productivité colossaux et d’un marché potentiel d’un milliard de consommateurs ?

Une employée d’une usine de tricots, à Qingdao (Chine), le 16 mars 2026.  CN-STR/AFP

La question agite les débats depuis longtemps. « Jusqu’où ira la montée en gamme des entreprises chinoises ? », s’interrogeaient déjà, en 2014, l’Ecole des mines et l’Ecole de Paris du management, lors d’un colloque, soulignant alors que « la Chine a aujourd’hui la capacité d’assembler, de développer et de produire massivement à peu près tous les types de biens de l’économie ». Dès 2012, Arnaud Montebourg, alors jeune ministre du redressement productif et promoteur de la « démondialisation », dénonçait « la naïveté grotesque » des Européens face aux Chinois. Quatorze ans plus tard, devenu entrepreneur et chantre du Made in France, le même regrette que « nous soyons devenus les vassaux industriels de la Chine ».

Adhésion à l’OMC

Parmi les raisons de ce choc, les partenariats noués entre les groupes étrangers et chinois. Promues dès la fin des années 1970 par le président Deng Xiaoping, le père du miracle économique chinois, ces sociétés communes en joint-venture à 50-50, imposées par Pékin aux entreprises européennes et américaines désireuses d’accéder à son marché, ont apporté aux Chinois le partage des technologies, des ouvertures d’usines sur place et la formation du personnel local. Elles leur ont aussi permis de « s’inspirer » des acquis étrangers car, avant d’innover, les Chinois ont d’abord beaucoup copié, adeptes du reverse engineering, méthode qui consiste à démonter les produits pour en reproduire les composants. « Nous leur avons donné nos plans », affirme Olivier Lluansi, enseignant au Conservatoire national des arts et métiers et ancien conseiller industrie de François Hollande à l’Elysée de 2012 à 2014.

Depuis une quarantaine d’années, des partenariats ont été signés par des grands groupes dans l’énergie (EDF, Suez), les transports (Alstom), l’agroalimentaire (Lesaffre, Danone), l’automobile (Renault, Stellantis) ou l’aviation (Airbus). Mais les débuts n’ont pas toujours été évidents. Le premier joint-venture, créé en 1985 par Peugeot avec la société Dongfeng dans la province du Guangdong pour assembler des modèles 504 et 505, a même déçu les Chinois. La technologie française était jugée obsolète, la formation et les transferts de technologie insuffisants. Il a finalement été dissous au début des années 1990.

Une autre coentreprise entre Citroën et Dongfeng à Wuhan, dans la province du Hubei, a pris le relais en 1992. Mais là aussi, les ingénieurs chinois ont déploré leurs relations avec les vieux routiers de l’expatriation envoyés par la marque au chevron, jugés trop peu à l’écoute de leurs interlocuteurs locaux. « Les Chinois n’avaient qu’une envie : voler de leurs propres ailes et faire tout seuls. Lorsqu’ils venaient en France, ils étaient extrêmement curieux, fascinés par les technologies de pointe. Ils voulaient tous prendre le TGV », se souvient, sous le couvert de l’anonymat, une ancienne cadre de Stellantis, qui a quitté le secteur. En s’inspirant à la fois des technologies d’Alstom, de Siemens et du Shinkansen (le système de trains à grande vitesse japonais), ils ont désormais des trains plus rapides. Ils ont surtout un géant, CRCC (China Railway Rolling Stock Corporation), né de la fusion de deux entreprises étatiques en 2015, et sont devenus le premier exportateur mondial de matériel ferroviaire.

L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, après quinze longues années de négociation avec les Etats-Unis et l’Union européenne, a été l’autre clé du rattrapage chinois. Les Occidentaux y ont vu un moyen d’accéder à l’eldorado chinois et de faire converger l’économie de Pékin vers l’économie de marché. Vingt-cinq ans plus tard, le constat est cruel : la Chine a su tirer profit des règles de l’OMC pour dépasser les autres puissances et le rapport de force avec l’Occident s’est inversé. L’adhésion chinoise à l’OMC est réputée avoir coûté près de 300 000 emplois à la France, dont un tiers dans l’industrie, selon les estimations des économistes. Pékin n’a pas suivi la trajectoire imaginée à l’époque par Washington ou Bruxelles. Aujourd’hui, son économie dopée aux subventions domine le monde et l’OMC est paralysée.

« Rétrospectivement, on aurait dû être plus attentifs sur l’encadrement des subventions. On savait bien que la Chine allait se développer, mais personne n’imaginait que ce serait à un tel rythme », reconnaît Pascal Lamy, commissaire européen pour le commerce de 1999 à 2004 puis directeur général de l’OMC de 2005 à 2013, aux premières loges des négociations avec Pékin. Si l’ancien bras droit de Jacques Delors à la Commission européenne admet une forme de légèreté occidentale, il refuse néanmoins qu’on réécrive l’histoire.

« Aujourd’hui, on dit volontiers que l’Occident est perdant face à la Chine, mais pendant de nombreuses années, il a été gagnant et en a beaucoup profité. Les pays de l’OMC, à commencer par les Etats-Unis et l’Europe, ont eu accès au marché chinois pour leurs industries automobiles, aéronautiques, agroalimentaires, etc. », tient-il à rappeler. Au-delà des seuls industriels, l’ouverture au marché chinois a également permis aux économies occidentales de juguler l’inflation dans leurs pays, grâce à l’importation de produits bon marché qui ont dopé le pouvoir d’achat des consommateurs.

« Une puissance née dans l’export »

Louis Gallois a lui aussi vécu en première ligne cette période d’ultradynamisme : ancien PDG de la SNCF (de 1996 à 2006) puis directeur d’Airbus Group (de 2007 à 2012), il a présidé le conseil de surveillance de PSA de 2014 à 2021. « On a peut-être accéléré le développement de la Chine dans tel ou tel domaine grâce aux transferts de technologie, mais à partir du moment où on voulait vendre, on était bien obligés de se plier à certaines de leurs demandes », résume-t-il. Avec le recul, l’ancien haut fonctionnaire, aujourd’hui coprésident du think tank La Fabrique de l’industrie, note une forme d’idéalisme des Américains et des Européens : « Ils étaient engagés dans la mondialisation heureuse et pensaient que la Chine serait un partenaire parmi d’autres, que son entrée dans l’OMC allait l’aligner sur nos standards avec le respect des normes de sécurité, de santé, de pollution, etc. Cela n’a pas été le cas. »

Mais le réveil chinois aurait été le même, affirme-t-il, avec ou sans l’aide des pays étrangers. « Les Chinois travaillent, ils ont du talent, des niveaux de qualité, de prix, de technologie et d’innovation tout à fait exceptionnels. Le nombre d’ingénieurs formés chaque année en Chine est gigantesque et le pouvoir central a su anticiper et planifier de manière extrêmement efficace », explique-t-il.

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Hervé Machenaud et Sven Forest, à l’époque directeur de la branche Asie Pacifique d’EDF et ingénieur chez EDF, se souviennent très bien de l’arrivée du groupe en Chine pour construire la première centrale nucléaire de Daya Bay près de Canton et de Hongkong. Le contrat a été signé en 1983, la construction a débuté en 1986. Mais Hervé Machenaud, surnommé « le Chinois » chez EDF, récuse la moindre naïveté. « En France, c’est [le groupe américain] Westinghouse qui a construit la première centrale du parc nucléaire français à Fessenheim. Nous avons appris avec eux. Nous avons construit la deuxième avec leur soutien. Puis nous avons amélioré la technologie et avons construit seuls les autres centrales. Nous savions en allant en Chine qu’ils feraient comme nous, cela n’avait rien de naïf », explique-t-il.

George Osborne, alors chancelier de l’Echiquier britannique, avec le directeur général de Taishan Nuclear Power Joint Venture, lors de l’inspection d’un réacteur nucléaire en construction, à Taishan (Chine), le 17 octobre 2013.  BOBBY YIP/AP

Les Chinois ont appris des Français, puis ils ont continué seuls la construction de leur parc nucléaire. Souvent en maintenant les contrats avec des fournisseurs français qui avaient suivi EDF et créé des filiales en Chine. Après la catastrophe de Fukushima en 2011 qui a plongé le secteur dans une période d’incertitude, la Chine est repartie plus vite que l’Europe. « Si naïveté il y a eu, elle était à Paris où l’on a sous-estimé la capacité des ingénieurs chinois », note Sven Forest, aujourd’hui retraité.

La planification par le Parti communiste chinois, sans contre-pouvoirs syndicaux ou politiques possibles, a permis le développement de la recherche et la naissance de nombreux groupes, dopés aux subventions publiques et favorisés par une politique monétaire du yuan ultracompétitive. En 2005, les entreprises à capitaux étrangers représentaient 58 % des exportations chinoises : ce n’était plus que 22 % en 2024 contre 58 % pour les sociétés à capitaux chinois. Décennie après décennie, la Chine est devenue un ogre économique prêt à dévorer le monde. « C’est une puissance née dans l’export, vivant pour l’export, et pensant le monde comme une extension naturelle du marché chinois », explique Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d’investissement (Bpifrance). Au point que ce dernier appelle aujourd’hui l’Union européenne à se fermer temporairement pour se réarmer industriellement, sinon « le tsunami chinois détruira toutes les PME industrielles de la Pologne à la Bretagne », prévient-il.

« Renverser les rôles »

Le bras de fer est devenu tellement inégal que des voix montent pour que les Européens appliquent désormais la stratégie de Pékin et conditionnent l’accès au marché européen aux groupes chinois à la création de coentreprises locales avec transfert de technologie. « Le modèle de la Chine, fondé aujourd’hui principalement sur les exportations, va forcément évoluer, notamment dans le contexte actuel. Le pays pourrait accélérer son implantation à l’étranger, et cela pourrait passer par des coentreprises et des transferts de technologie par exemple. C’est aussi une opportunité à saisir pour notre industrie », plaide François Jackow, directeur général d’Air liquide, numéro deux mondial des gaz industriels.

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« Nous devons les traiter comme ils l’ont fait avec nous pour combler leur retard technologique », embraye M. Dufourcq. Une intransigeance d’autant plus nécessaire que les droits de douane américains décidés par l’administration du président américain, Donald Trump, ferment le marché états-unien aux produits chinois, qui ont donc un besoin vital de vendre au reste de la planète et en particulier aux 450 millions de consommateurs européens. Dans une note pour l’Institut Montaigne publiée en mars 2025, l’historien et sinologue François Godement préconise un tel changement de méthode : « La fenêtre d’opportunité pour les investisseurs étrangers s’est refermée en Chine durant cette dernière décennie, sous le coup de la stratégie d’autosuffisance économique et d’indigénisation des technologies étrangères conduite par Xi Jinping (…). Un “Deng Xiaoping inversé doit renverser les rôles entre l’Europe et la Chine », écrit-il.

Le déséquilibre est tel que ce sont les Européens qui avouent désormais vouloir apprendre des Chinois. Y compris sur les technologies nucléaires. Le monde à l’envers ? « Lorsque les ingénieurs chinois étaient venus se former sur le nucléaire en France, ils se désignaient entre eux comme la “dream team”. Nous venons d’envoyer la première “dream team” d’ingénieurs français en Chine pour se former aux meilleures technologies chinoises », relate, sous le couvert de l’anonymat, un proche d’EDF. Rien de plus logique, en fait. Lorsque la Chine s’est convertie à l’atome, au début des années 1980, la France était au sommet de son propre programme de construction de centrales, lancé par le plan Messmer en 1974. Entre le début du chantier de la deuxième tranche de la centrale de Civaux (Vienne), en 1991, et celui de l’EPR de Flamanville (Manche) en 2007, seize ans se sont écoulés pendant lesquels la Chine a mis en service plus de dix réacteurs. Elle en exploite désormais 61.

« Rester vigilant »

De façon plus générale, les nombreux patrons français qui sont allés visiter des usines en Chine ces derniers mois sont revenus bluffés et effrayés, notamment sur leurs avancées en matière de robotique. « Si la Chine a beaucoup copié par le passé, elle est aujourd’hui une force motrice en matière d’avancées technologiques et nous apprenons beaucoup de nos partenaires locaux. Mais Air liquide possède aussi son propre Campus innovation à Shanghaï qui fait partie de notre écosystème mondial et favorise l’émergence de nouvelles solutions », témoigne M. Jackow qui précise : « C’est aussi au niveau opérationnel que des pistes d’amélioration sont intéressantes à étudier, voire à adopter. Ainsi, dans le cadre d’une acquisition d’une entreprise chinoise de conditionnement de bouteilles de gaz, nous nous sommes rendu compte que d’importantes économies de coûts pouvaient être faites. »

Dans l’atelier de production d’une entreprise de moules et d’emboutissage, à Fuzhou (Chine), le 16 avril 2026.  AFP

Même ceux qui ont conservé leur leadership se méfient : « En matière de transition énergétique, les industriels chinois sont parvenus à rattraper leur retard. Sur le traitement de l’eau et le recyclage, l’Europe a conservé son avance technologique mais il faut rester vigilant pour ne pas être “BYDisé” », assure Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, qui est « très attentive à ce que font [leurs] concurrents chinois ». Ainsi, Everbright Environnement, partenaire historique de Suez, concurrence les deux multinationales françaises sur les marchés d’Asie, du Vietnam ou d’Ouzbékistan.

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Après la crise financière de 2008, c’est Dongfeng, son partenaire chinois, qui a volé au secours de PSA, à court de liquidités, en entrant à son capital aux côtés de l’Etat. Le groupe automobile chinois pourrait le faire une deuxième fois, en produisant en Europe dans une usine Stellantis des modèles électriques pour échapper aux droits de douane. Cela permettrait à l’entreprise franco-italo-américaine d’occuper ses usines en surcapacité. Des ingénieurs chinois ont visité à deux reprises depuis le début de l’année les usines de Rennes et Madrid. En parallèle, Stellantis a acquis en 2023 20 % d’une start-up chinoise très prometteuse, Leapmotor, dont elle distribue les voitures en Europe, en envisageant d’utiliser sa technologie sur les modèles électriques. Stellantis détient 51 % de sa filiale commerciale à l’international.

Preuve que les groupes chinois ne sont pas opposés aux transferts de technologie ou aux coentreprises s’ils y trouvent leur compte. En acceptant l’entrée à son capital de Stellantis, Leapmotor peut profiter de son réseau de distribution pour sortir de Chine. De quoi l’aider à contourner les difficultés que certains constructeurs asiatiques rencontrent lorsqu’ils installent une usine en Europe et affrontent le maquis des normes administratives, enquêtes publiques, respect du droit social et bientôt règles de contenu local. Le retour du grand balancier, en quelque sorte.

Bastien Bonnefous

Isabelle Chaperon

Sophie Fay

II/IV La toute-puissance de la Chine : des batteries au nucléaire, des médicaments innovants aux additifs alimentaires, des TGV à l’IA

Par Jordan Pouille (Pékin, correspondance)Publié le 29 avril 2026 à 06h00, modifié le 29 avril 2026 à 13h57 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/29/la-toute-puissance-de-la-chine-des-batteries-au-nucleaire-des-medicaments-innovants-aux-additifs-alimentaires-des-tgv-a-l-ia_6684087_3234.html

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Enquête

« Comment la Chine dévore l’Europe » (2/4).

Sur un nombre impressionnant de technologies et de secteurs, Pékin a rattrapé et dépassé l’Occident, en cherchant, chaque fois, à contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur.

La Chine ne se contente plus d’assembler des iPhone ou de fabriquer des médicaments génériques pour l’ensemble de la planète. Elle verrouille les piliers de l’économie de demain. Intelligence artificielle (IA) industrielle, robotique, batteries, biotechnologies, énergie renouvelable ou nucléaire : partout elle s’évertue à contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur. Pour s’imposer sur tous ces fronts à la fois, Pékin applique une recette simple mais implacable : recherche massive, subventions publiques ciblées vers les secteurs stratégiques et verrouillage des matières premières-clés. Les économies avancées ayant externalisé leurs productions depuis les années 1990 découvrent avec inquiétude leur dépendance envers la Chine sur presque toutes les technologies à venir.

Une domination sans partage dans la voiture électrique

En 2025, les marques chinoises contrôlaient environ deux tiers des ventes mondiales de véhicules électriques. Et, en 2026, si le marché intérieur des voitures 100 % électriques se rétracte – en partie à cause de la fin progressive des subventions à l’achat –, leurs exportations explosent. Ces dernières ont doublé en un an, atteignant 183 000 unités sur le seul mois de mars. Cui Dongshu, secrétaire général de la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles, prévoit qu’entre 2026 et 2028 les exportations de voitures électriques chinoises vers l’Union européenne (UE) connaîtront un taux de croissance annuel moyen de 20 %. BYD, numéro six mondial, s’est doté de sa propre flotte de cargos pour exporter lui-même un million de voitures par an.

Bras robotisés sur une chaîne de production de véhicules électriques, dans une usine Volkswagen, à Hefei, dans la province d’Anhui (Chine), le 4 février 2026.  FLORENCE LO/REUTERS

Une étude de l’Agence internationale de l’énergie, mise à jour en novembre 2025, indique que les coûts de production de véhicules électriques en Chine demeurent inférieurs de 30 % à ceux des usines des économies les plus avancées. Le salaire ouvrier n’est pas le facteur principal. Chez Nio à Hefei, XPeng à Canton ou BYD à Zhengzhou, tout ou presque est automatisé. Des bras-robots soulèvent et pivotent des carcasses d’acier prises en charge par d’autres robots soudeurs, tandis que des chariots autonomes leur apportent capots, coffres, pare-brise et portières. Des scanners 3D vérifient la moindre anomalie. Une poignée de jeunes ouvriers silencieux ajoutent les joints ainsi que les clignotants, et branchent les capteurs de ces véhicules, agrippés à des rails progressant lentement jusqu’à la sortie. La Chine disposait en 2025 de 229 constructeurs automobiles pour 1,21 million de salariés à la fabrication. 34,5 millions de voitures sont sortis de leurs usines.

L’industrie peut aussi compter sur la présence d’un écosystème total sur son sol. Contrairement aux constructeurs occidentaux qui dépendent de sous-traitants mondiaux, les acteurs chinois maîtrisent l’ensemble de la chaîne de valeur. Le constructeur BYD pousse la logique à l’extrême : il fabrique lui-même 80 % de ses composants électroniques, dont ses propres puces, mais aussi ses batteries. Il a aussi acquis des droits miniers à l’étranger afin de sécuriser son approvisionnement en métaux stratégiques.

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Le pays compte enfin plus de bornes de recharge publiques – soit 4,8 millions – que le reste de la planète réuni. Un passage au Salon international automobile de Pékin (du 24 avril au 3 mai) vient rappeler que le pays a développé toute la gamme possible de véhicules électriques : de la microcitadine rudimentaire à 3 000 euros l’unité au SUV de luxe Zeekr aux allures de home-cinema sur roues, en passant par les bolides tech Xiaomi, conçus pour la course, mais truffés d’outils d’assistance à la conduite.

Face à cette immense capacité de production, une véritable guerre des prix s’est installée, ne laissant qu’une poignée de constructeurs rentables – les usines tournent en moyenne à 50 % de leurs capacités. La marge bénéficiaire du secteur automobile chinois est tombée à 4,4 % en 2025, soit son plus bas niveau historique.

Une position hégémonique dans les batteries

La Chine contrôle la partie la plus importante de la valeur d’une voiture électrique : sa batterie. Le pays assure environ 70 % de la production mondiale de batteries de voitures électriques, dont 42 % par CATL ; basée dans le Fujian, cette entreprise chinoise est le premier fabricant mondial depuis 2017 et un fournisseur de tous les grands constructeurs automobiles internationaux.

Pendant longtemps, les aides publiques à l’achat de voitures électriques en Chine étaient conditionnées à la présence de batteries « agréées », c’est-à-dire chinoises. Une aide décisive qui s’ajoutait à des subventions directes massives déclenchées quand, en 2009, Pékin a annoncé un « plan de revitalisation de l’automobile » et mis le cap sur l’électrique. Ces fabricants ont bénéficié d’un taux d’imposition réduit et d’un remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée sur les achats de matières premières, de composants et d’énergie, dès lors que la batterie était exportée.

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Et le pays ne se contente pas de fabriquer les batteries, il contrôle aussi les mines de métaux stratégiques et la chimie. La Chine extrait le lithium et en maîtrise environ 70 % de la capacité mondiale de raffinage. Idem pour le graphite. Quant au cobalt, elle assure l’exploitation de mines géantes en République démocratique du Congo, par l’intermédiaire de plusieurs sociétés. Elle domine aussi la fabrication des batteries LFP (lithium-fer-phosphate), les plus robustes et les moins chères. Selon une analyse de la société de recherche sur l’énergie BloombergNEF, publiée en avril, le prix des cellules de batterie LFP en Chine a chuté de 51 % en un an.

Signe de l’avance du pays en la matière, CATL s’apprête à commercialiser ses batteries au sodium – une matière mille fois plus abondante et moins chère à extraire que le lithium – dans quelques mois. La batterie dite « solide », sans liquide inflammable et deux fois plus autonome, sera, elle, produite en série dès 2027. L’entreprise commence aussi à fournir les batteries des data centers et même des bateaux électriques, tels les ferrys sur le fleuve Yangzi ou les péniches sur le canal qui relie Pékin à Hangzhou, qui profitent au passage de stations CATL d’échange de batteries sur leur parcours.

Le champion incontesté des énergies renouvelables

Les voyages en train offrent une occasion facile de prendre la mesure du chemin parcouru par la Chine dans le domaine des énergies renouvelables. Sitôt après avoir quitté les métropoles, partout des champs de panneaux solaires ou d’éoliennes s’étendent à perte de vue. Les déserts de l’Ouest sont aussi le terrain de jeu du renouvelable : une électricité abondante alimente les villes de l’est du pays grâce à 35 lignes dites « à ultra haute tension », permettant de transporter l’électricité sur 3 000 kilomètres.

En 2025, la Chine a ajouté sur son sol un record de 430 millions de kilowatts de solaire et d’éoliennes, contre 68 millions de kilowatts pour les pays membres de l’UE et 7,2 millions de kilowatts en France. Au cours de la période 2015-2025, les capacités éolienne et solaire de la Chine ont été multipliées par plus de dix, passant d’environ 180 gigawatts à 1 842 gigawatts. Elle a réussi ce qu’aucun pays n’avait fait auparavant : transformer l’énergie renouvelable en un produit de consommation de masse, dont le prix défie toute concurrence fossile ou nucléaire.

Un parc solaire en activité à Datong (Chine), le 13 mars 2026.  NG HAN GUAN/AP

Dans le solaire, sa domination est donc totale : la Chine assure 80 % de la production mondiale de panneaux en concentrant toute la chaîne de valeur, des carrières de quartz du Sichuan à l’assemblage des cellules photovoltaïque en panneaux. Résultat : le coût du watt solaire chinois a chuté de plus de 60 % au cours des années 2024 et 2025.

Elle commence à présent à produire de manière industrielle des cellules photovoltaïques de l’épaisseur d’un cheveu, rendant les panneaux totalement souples, idéal pour épouser la carlingue d’un drone, la carrosserie d’une voiture ou d’un train. Elle accélère aussi le déploiement d’éoliennes géantes en mer de plus de 18 mégawatts (MW) l’unité. Avec un rotor de 260 mètres de diamètre, une seule de ces machines peut produire environ 72 gigawattheures par an, de quoi alimenter 36 000 foyers. Le constructeur chinois Ming Yang Smart Energy Group a, par ailleurs, signé des accords pour implanter 148 machines de 18 MW au large de la Sicile, avec une mise en service complète du parc en 2029.

90 % du marché mondial des drones est chinois

Sur le marché chinois, le drone civil – avec une caméra et quatre hélices – est passé d’objet de niche à outil grand public pour réseaux sociaux. On se filme en pleine randonnée avant de poster la vidéo sur sa plateforme préférée. Et dans ce secteur, l’hégémonie chinoise est totale. La société DJI contrôle plus de 73 % du marché domestique, et même 90 % du marché mondial, selon les données du cabinet Daxue Consulting datant de mars. Les exportations chinoises de drones civils ont, elles, bondi de 45 % en valeur en 2025, selon le cabinet Tendata.

Cette industrie a appliqué des recettes bien rodées : construction d’un écosystème complet grâce au soutien massif de l’Etat, qui fait d’ailleurs de « l’économie de basse altitude » – les transports terrestres volants en dessous de 3 000 mètres – une priorité de son nouveau plan quinquennal ; conquête rapide des marchés grâce à des prix très compétitifs ; et innovation en continu. A la fin de 2025, DJI avait déjà déposé plus de 12 000 brevets, dont 7 300 en Chine.

Lors d’une formation sur la pulvérisation de pesticides à l’aide d’un drone intelligent, dans un champ de coton du village de Daxi (Chine), le 19 septembre 2025.  CHEN SHUO/XINHUA VIA AFP

Aujourd’hui, principalement grâce à DJI, la Chine truste l’ensemble du marché du drone civil, des applications industrielles – relevés topographiques, surveillance – aux usages agricoles. Trois cent mille drones agricoles sont ainsi opérationnels en Chine. Ils assurent l’épandage des champs à moindre coût, transportent des charges ou distribuent de la nourriture dans les bassins de poissons d’élevage. Les drones-taxis ne sont plus des prototypes, et des entreprises comme EHang ont obtenu toutes les certifications nécessaires, assurant cette année des vols payants avec passagers. La Chine teste enfin des drones-cargos, capables d’emporter 1 000 kilos, pour le fret.

Dans le nucléaire civil, la Chine exporte une offre clé en main

La Chine construit plus de centrales que tout le reste du monde. Actuellement, 36 chantiers de réacteurs avancent sur son sol. Elle impose son modèle industriel : construction rapide et coûts maîtrisés, soit le fruit d’une intégration verticale que l’Occident a perdue. Là encore, elle contrôle toute la chaîne de valeur, de la forge des cuves géantes de 500 tonnes à Qiqihar, dans le Heilongjiang, au contrôle des mines d’uranium en Namibie et au Kazakhstan.

Le Hualong One, son réacteur de troisième génération, présenté par Pékin comme un outil d’indépendance énergétique « clé en main », commence à s’exporter. Dans la formule qu’elle propose, la Chine garantit l’approvisionnement en uranium enrichi et la collecte des déchets radioactifs durant toute la durée de vie du réacteur, jusqu’à son démantèlement. Son Hualong One est déjà opérationnel au Pakistan.

L’Argentine, avec le projet Atucha III, ainsi que l’Egypte sont en discussion pour l’adoption du réacteur que la Chine est capable d’installer en cinq à sept ans, tout en proposant des offres de financement jusqu’à 85 % de l’investissement.

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Pékin a également anticipé le changement climatique et le risque d’assèchement des fleuves en installant la quasi-totalité de ses nouveaux réacteurs sur le littoral, utilisant l’eau de mer pour le refroidissement. La République populaire prend aussi une longueur d’avance avec le Linglong One, le tout premier « miniréacteur » au monde (small modular reactors ou SMR), prêt à l’emploi pour alimenter en énergie une île, un gros complexe industriel ou même fournir du chauffage urbain.

Une percée fulgurante dans les médicaments

La Chine n’est plus un simple fabricant de médicaments génériques. Contre le tétanos, par exemple, elle a apporté, en 2025, le Sintetol : un anticorps monoclonal recombinant, qui ne dépend plus du plasma sanguin et donc des donneurs. Pendant trois ans, la start-up Zhuhai Trinomab, qui l’a développé, a été soutenue par des prêts publics et des locaux gratuits.

En Chine, 4 751 médicaments sont actuellement en développement, soit 33,7 % des candidats traitements mondiaux, contre 8 % en 2018. En 2025, 76 médicaments innovants ont été mis sur le marché domestique – en hausse de 58 % en un an –, et 120 nouvelles molécules ont été approuvées. Les Big Pharma occidentales font confiance à l’innovation chinoise : la valeur totale des accords de licence vers l’étranger a presque triplé ces deux dernières années, passant de 44,4 milliards d’euros en 2024 à 117 milliards d’euros en 2025. Et au seul premier trimestre de cette année, les 51,2 milliards d’euros ont été dépassés.

Les traitements de pointe chinois touchent l’oncologie, avec des pilules ciblant uniquement les cellules cancéreuses des organes touchés comme les poumons (le médicament Ameile) ou les ovaires (l’Enzeshu), par exemple. Aujourd’hui, des centaines de scientifiques chinois formés aux Etats-Unis ou en Europe rentrent au pays, à la fois attirés par des financements massifs – le programme spécifique de « création de nouveaux médicaments majeurs » – et séduits par une administration qui accélère les autorisations. En 2025, le délai entre l’approbation d’un médicament innovant et sa première prescription n’a été que de vingt-neuf jours pour le Sintetol.

L’innovation chinoise dans le médicament élargit par ailleurs l’accès aux soins : avant l’arrivée du Chidamide, un anticancéreux par voie orale, les patients chinois atteints de lymphome T devaient opter pour un traitement importé de 3 000 euros par mois, plus ou moins bien remboursé selon la couverture du patient. Le Chidamide a fait chuter ce coût à 10 euros par mois, avec la même efficacité.

L’agro-industrie dépendante des additifs alimentaires chinois

Parce que la Chine a massivement investi dans la fermentation industrielle, elle a transformé des matières premières agricoles, comme le maïs et le soja, en ingrédients chimiques complexes à prix cassés. Et les industries alimentaires mondiales sont désormais totalement dépendantes de ses usines. Les acides aminés comme la lysine et la thréonine, nécessaires aux élevages industriels mondiaux visant la croissance accélérée de leur bétail, viennent pour 65 % à 80 % de la République populaire. Environ 90 % des vitamines ajoutées dans les laits, les céréales et les jus de fruits du monde entier viennent de Chine – soit 100 % de la B7, 98 % de la vitamine C, 80 % de l’acide citrique présent comme conservateur dans tous les plats préparés. Tous les substituts de sucre comme la stevia ou l’aspartame sont issus de Chine.

La dépendance aux ingrédients chinois s’étend aussi aux acides gras polyinsaturés à longue chaîne, indispensables au développement du nourrisson. Parmi eux, l’acide arachidonique, un oméga-6 essentiel pour la construction des membranes cellulaires et le développement cérébral des bébés, que l’on retrouve dans tous les laits infantiles. La Chine en assure 90 % de la production mondiale.

Ce marché utilise des ingrédients d’une pureté extrême que seules quelques usines de fermentation géantes, concentrées en Chine, peuvent produire à des coûts compétitifs. Plusieurs d’entre elles se trouvent dans la « Cité des ferments », à Weinan, une ville industrielle entourée de plaines céréalières, dans le Shaanxi. Si un jour la Chine réduit ses exportations d’additifs alimentaires, c’est donc toute la chaîne de production de l’agroalimentaire mondial qui sera fragilisée, tant au niveau des prix que de la disponibilité des produits de base.

Une adoption massive de l’intelligence artificielle

Les Etats-Unis gardent leur avance sur les semi-conducteurs de pointe et les capacités de calcul extrême. Pékin, en réponse, mise sur l’intégration industrielle rapide, avec l’ambition de faire de ses modèles le standard mondial de l’IA industrielle. En 2025, selon les autorités chinoises, déjà 30 % des entreprises manufacturières du pays avaient implémenté des technologies d’IA pour planifier et ajuster leur production en temps réel.

Là où les géants américains (OpenAI, Google) verrouillent leurs modèles et facturent cher leurs tokens ou crédits d’utilisation aux développeurs, la Chine a fait le pari de l’open source et des prix cassés. Les modèles Qwen (Alibaba) ou Ernie Bot (Baidu) sont ainsi massivement intégrés dans les chaînes de production, la logistique et l’e-commerce afin d’automatiser des millions de microtâches à un coût dérisoire. Kimi (Moonshot AI) analyse des milliers de documents complexes instantanément pour un coût minime. Les modèles occidentaux, eux, saturent malgré un tarif de 4 à 20 fois supérieur. Doubao (ByteDance) génère du contenu vidéo à l’infini, sans parler de DeepSeek, qui rivalise avec ChatGPT.

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Selon la plateforme OpenRouter, les six modèles IA les plus utilisés par les développeurs au cours de la première semaine d’avril étaient chinois. Le pays est en train de gagner la bataille de l’adoption sociétale massive en offrant une infrastructure complète à 515 millions de Chinois déjà utilisateurs réguliers de l’IA générative. A tel point que la Chine commence à mettre le hola sur l’IA pour les tout-petits. A partir de juillet, les assistants IA pour mineurs, intégrés à des peluches ou des robots, ne devront plus servir de confident ou d’ami virtuel, mais se cantonner à des tâches éducatives.

Cette généralisation n’est pas sans rappeler celle des « super-apps » chinoises. Dans le pays, on ouvre son application de paiement comme on sortirait une pièce de monnaie. WeChat (1,418 milliard d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde au 31 décembre 2025) est à la fois une messagerie, un réseau social, un moyen de paiement mobile, une plateforme de courses et un outil de réservation médicale, avec notamment une possibilité de consulter 130 000 médecins en ligne ou d’accéder à ses analyses. Alipay (1,4 milliard d’usagers) est l’autre moyen de paiement mobile, plateforme de courses, etc. Chaque besoin du quotidien – payer, commander, réserver, communiquer – se satisfait sans jamais quitter l’une ou l’autre application. Selon le rapport de la Banque populaire de Chine pour 2025, les transactions par paiement mobile « non bancaire » ont ainsi atteint 337 800 milliards de yuans (42 230 milliards d’euros).

Le plus grand réseau TGV du monde bâti en moins de vingt ans

Tout a commencé en 2008, à l’occasion des Jeux olympiques de Pékin, avec une liaison entre Pékin et Tianjin, à 120 kilomètres de distance. Dix-huit ans plus tard, la Chine possède le plus grand réseau TGV du monde, avec 50 400 kilomètres de voies au 4 janvier, ce qui représente plus que la somme des réseaux de tous les autres pays et 70 % du total mondial. Environ 60 000 kilomètres au total sont prévus d’ici à 2030.

Le rythme de construction est inégalé : rien qu’en 2025, le pays s’est offert 2 862 kilomètres de nouvelles lignes à grande vitesse supplémentaires. Entre 2021 et 2025, soit durant le quatorzième plan quinquennal, le réseau a bondi de 33 %. Il couvre à présent 97 % des villes chinoises de plus de 500 000 habitants. Son ampleur se reflète dans les volumes record de passagers qu’il transporte. En 2025, 4,26 milliards de voyages en TGV ont été réalisés, selon China State Railway. Chaque jour, la Chine met en circulation plus de 10 000 trains à grande vitesse pour pouvoir transporter 16 millions de passagers.

L’actuel train à grande vitesse Fuxing CR400 (à gauche) et la nouvelle génération CR450 (à droite), au centre national d’essais ferroviaires, à Pékin, le 9 juillet 2025.  ANDY WONG/AP

Cette domination s’accompagne d’une amélioration de la technologie. Le 20 octobre 2025, son dernier modèle, le CR450, a établi un record de 453 kilomètres-heure (km/h) lors d’essais. La vitesse maximale autorisée en temps normal est de 350 km/h. La caisse du CR450 est en fibre de carbone et en alliage de magnésium et les traverses en aluminium : cela réduit sa masse de 10 %, améliore sa résistance de l’air de 22 % et abaisse sa consommation d’énergie de 20 %. Système de traction à aimants permanents, essieux, roues et châssis, batteries de secours allégées, capteurs intelligents… le CR450 n’utilise plus Siemens ou Alstom comme fournisseurs critiques. Toutes ces pièces importantes sont de conception et de fabrication chinoises.

La première ligne a grande vitesse chinoise en Europe, reliant Budapest à Belgrade, a été ouverte en octobre 2025. Une autre est prévue au Maroc, entre Kenitra et Marrakech, en vue de la Coupe du monde de football de 2030, tunnels et ponts inclus. La Chine veut aussi relier Bangkok à Vientiane, la capitale du Laos, d’ici à 2028, par le train rapide : le chantier est déjà à moitié réalisé.

Une densité robotique inégalée

En 2016, le géant chinois de l’électroménager Midea a acheté le fabricant germanique de robots industriels Kuka, pour environ 4,5 milliards d’euros. L’opération avait suscité des inquiétudes en Allemagne concernant la perte de son savoir-faire technologique. Dix ans plus tard, la Chine s’est imposée comme l’épicentre mondial de l’automatisation. Elle est le premier marché de robots industriels au monde, avec un parc opérationnel qui a franchi, en 2025, le cap des deux millions d’unités, captant à elle seule 54 % des nouvelles installations mondiales.

Un robot humanoïde dans le laboratoire de robotique de l’entreprise China Southern Power Grid, à Canton (Chine), le 16 avril 2026.  GO NAKAMURA/REUTERS

Sa densité robotique illustre cette avance, atteignant 567 machines pour 10 000 ouvriers, en 2025, dépassant ainsi largement l’Allemagne (449) et la France (195). Début 2026, le ministère de l’industrie et des technologies de l’information chinois chiffrait à 30 000 le nombre d’usines entièrement automatisées à travers le territoire.

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Cette suprématie technique trouve un nouvel écho avec le phénomène OpenClaw. Ce logiciel d’agent IA open source, qui a conquis le pays en quelques mois, agit comme le liant idéal entre robotique et industrie. Il transforme les machines numériques en opérateurs autonomes capables de planifier et d’apprendre de leurs tâches.

Concernant le robot humanoïde, dont le gala télévisé du Nouvel An chinois a montré les prouesses, la Chine est passée en deux ans du stade de prototype à une commercialisation de masse – environ 12 000 unités en 2025, et une prévision de 100 000 à 200 000 en 2026 selon les sources– orchestrée par son fleuron Unitree Robotics. Le pays domine la production des moteurs, des capteurs et des vérins ainsi que des batteries, grâce à son expertise dans les véhicules électriques.

Jordan Pouille Pékin, correspondance

III/IV Voyage dans l’usine du monde, où rien n’arrête le rouleau compresseur industriel chinois

Par Harold Thibault (Changzhou, Danyang [Chine], envoyé spécial)

Publié le 30 avril 2026 à 06h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/30/voyage-dans-l-usine-du-monde-ou-rien-n-arrete-le-rouleau-compresseur-industriel-chinois_6684551_3234.html

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REPORTAGE « Comment la Chine dévore l’Europe » (3/4). Kunshan spécialisée dans l’électronique, Heshan dans les livres pour enfants… Le long du fleuve Yangzi et de la rivière des Perles, la multitude de cités industrielles témoignent de la manière dont le pays s’est transformé en superpuissance manufacturière.

Reportage

« Comment la Chine dévore l’Europe » (3/4). Kunshan spécialisée dans l’électronique, Heshan dans les livres pour enfants… Le long du fleuve Yangzi et de la rivière des Perles, la multitude de cités industrielles témoignent de la manière dont le pays s’est transformé en superpuissance manufacturière.

L’autoroute qui s’éloigne de Shanghaï vers l’ouest est toujours chargée à ce moment de la matinée. Aux conducteurs qui entrent ou sortent de la plus grande ville de Chine au volant d’automobiles aux noms encore peu connus ailleurs – Zeekr, Li, IM, XPeng – s’ajoutent les semi-remorques emmenant leurs conteneurs marqués des logos Cosco, Maersk et autres vers les nombreux ports de la côte. Ils seront ensuite expédiés partout dans le monde.

A la sortie de la ville, le trafic ralentit autour des différents parcs d’exposition destinés à promouvoir le commerce international. L’un accueille en cette mi-avril le salon du sextoy, un autre vendra quelques jours plus tard le plastique sous toutes ses formes et les machines pour le transformer.

Les grands immeubles laissés derrière, l’immense cité aux 25 millions d’habitants cède la place aux zones industrielles où les usines se succèdent les unes après les autres. La cité satellite de Kunshan s’est focalisée sur l’électronique, on y trouve des fournisseurs de composants d’Apple, des lignes de production de semi-conducteurs… Juste au nord, Wuxi, spécialisée dans les panneaux solaires, tout comme sa voisine Nantong, récupère aussi le retard qu’accuse encore la Chine dans les machines-outils dites « CNC » (pour « commande numérique par ordinateur »), qui permettent d’usiner les pièces avec précision.

La chaîne de production de l’usine de l’entreprise Xingbao Plastic Products, à Kunshan, dans la province du Jiangsu (Chine), le 10 juin 2025.  GREG BAKER/AFP

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, Danyang est devenue la capitale mondiale des verres de lunettes. La presse officielle locale affirme qu’elle produit 45 % des verres de la planète et assure 75 % de la production chinoise. Le gros de la valeur ajoutée reste cependant entre les mains de groupes comme l’européen EssilorLuxottica, qui domine à la fois les lunettes de soleil sous licence de grands noms et les lunettes de vue sur ordonnance sur les marchés occidentaux. L’entreprise est elle-même présente à Danyang.

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Dès qu’on descend en gamme, c’est la foire d’empoigne entre tous les producteurs. Les petits patrons d’usine se plaignent, comme dans de multiples secteurs en Chine, de surcapacités destructrices. « Les marges ont baissé. Quand il y a trop de gens qui produisent, il y a moins de gains. Il faudrait un équilibre car si on casse encore les prix, personne ne peut survivre », résume Zhao Shen, 26 ans, qui gère avec ses parents une petite usine montée par son père et sa mère il y a plusieurs décennies lorsque la commune, avec l’ouverture économique du pays, a commencé à s’imposer dans le secteur des lunettes.

Il explique que, sur une monture à 68 yuans (environ 8,50 euros) destinée à la Chine, aux marchés émergents d’Asie du Sud-Est ou à l’entrée de gamme en Europe, son entreprise n’engrange plus que 1 à 2 yuans par paire. Cette course est devenue caractéristique de l’industrie chinoise. L’effet de masse permet de baisser les prix, donc de rendre des produits accessibles partout sur la planète, mais il suscite de grandes craintes sur l’emploi dans les autres pays et des interrogations sur la durabilité du modèle ici même.

Réduire les coûts de production

En longeant ainsi le fleuve Yangzi par le sud, c’est tout un pan de l’usine du monde que l’on voit défiler. Combien d’hommes et de femmes d’affaires venus de pays lointains, après avoir atterri à l’aéroport Pudong de Shanghaï, ont fait ce trajet dans le van d’un fournisseur ou en montant dans les nouveaux TGV chinois pour aller superviser leurs fournisseurs basés en Chine, afin de réduire les coûts de production et de proposer des produits moins chers. Et au passage augmenter leurs profits. A 200 kilomètres au sud, la cité très méconnue de Songxia prétend au titre mondial dans la production de parapluies, que lui conteste Dongshi, plus bas le long de la côte, au Fujian.

D’autres atterrissent à l’aéroport de Canton pour un voyage très similaire dans l’autre grand delta ultra-industrialisé, celui de la rivière des Perles. Dans des immeubles de quartiers vieillissants de la capitale du Guangdong, des travailleurs venus du centre de la Chine cousent des vêtements vendus pour un rien sur le site Shein. Ce dernier fait appel à plus de 5 000 fournisseurs, opérant dans des immeubles de cinq à dix étages, souvent douze heures par jour. Certains patrons d’ateliers partent faire des économies au Cambodge, mais d’autres considèrent que l’efficacité du Guangdong n’a pas son pareil car on y trouve tout, des tissus à la main-d’œuvre venue des provinces rurales.

En longeant la rivière des Perles sur sa rive orientale sans que la zone urbaine et industrielle s’interrompe jamais jusqu’à Hongkong, on arrive à Dongguan, cité usine confectionnant autant de bijoux bas de gamme que de smartphones. Puis Shenzhen, poumon de la production électronique mondiale, et désormais de l’innovation avec le siège de nouveaux géants tels que le champion chinois de l’électronique Huawei, la marque automobile BYD ou celle de drones DJI, qui domine largement le marché mondial.

Tests d’endurance sur un téléphone portable nouvellement fabriqué au centre d’essais de l’usine Oppo à Dongguan, dans la province du Guangdong (Chine), le 20 juillet 2022.  JADE GAO/AFP

Sur la rive occidentale, avant d’arriver à Macao, la modeste Heshan s’est imposée comme un centre mondial de la production de livres pour enfants. Chez Gallimard Jeunesse, que ce soit les histoires musicales du petit chien Paco, l’édition illustrée de la série Harry Potter ou Les Petits Coquins pour les plus petits, on tombe à la fin sur une minuscule ligne « imprimé en Chine par Leo Paper » ou « imprimé en Chine par Hung Hing », deux fabricants capables de réaliser des livres complexes avec soin et qui ont une implantation à Heshan. Juste à l’est, la ville de Zhongshan est devenue une capitale mondiale de la production de lampes et éclairages en tous genres. Et ainsi de suite.

Toujours faire plus efficace

Ce tissu confère à la Chine une ampleur industrielle inégalée depuis la seconde guerre mondiale lorsque, l’Europe et le Japon étant dévastés, les Etats-Unis confectionnaient la moitié des produits sur la planète. « La Chine est maintenant la seule superpuissance industrielle. Sa production dépasse celle cumulée des neuf pays suivants », constatait Richard Baldwin, professeur d’économie internationale à l’IMD Business School de Lausanne, dans un article de 2024. Alors qu’en 2004 elle ne fabriquait que 9 % des biens manufacturés sur la planète, elle assure désormais autour de 30 % de la production mondiale. Cette part grimpe même à 35 % du total mondial si l’on compte en volume – car beaucoup de produits, notamment dans l’électronique, sortent assemblés de Chine mais avec une partie de pièces étrangères, comme les puces taïwanaises des iPhone ou des composants japonais.

Le pays doit cette avancée à la résolution de ses entrepreneurs, à la dévotion de sa main-d’œuvre sortie des campagnes pour aller à l’usine, mais également à ses officiels. Ils se font eux aussi concurrence pour savoir qui bâtira la zone industrielle et le port de conteneurs le plus efficace, apportant un soutien public crucial à ce développement depuis qu’au tournant des années 1980 le Parti communiste chinois (PCC), sans abandonner son rôle de planificateur et de manageur du pays, a toléré l’économie privée.

Un maillon en appelant un autre, les usines des sous-traitants ont ouvert à proximité des sites d’assemblage final. De nouveaux process en nouveaux produits, la Chine est ainsi devenue le centre du monde manufacturier. La concentration de la chaîne d’approvisionnement et la course à toujours faire plus efficace lui ont permis de rester centrale malgré la hausse des coûts de main-d’œuvre.

Cette domination est particulièrement aiguë dans certains secteurs devenus emblématiques de son ascension et des craintes de désindustrialisation qu’elle suscite ailleurs. Malgré les efforts d’Apple pour fabriquer une partie de ses iPhone destinés au marché américain en Inde, la Chine assure environ 70 % de la production de smartphones dans le monde, plus de 70 % des batteries automobiles, plus de 70 % des voitures électriques et plus de 80 % des panneaux solaires.

Cette puissance exportatrice ne fait que se renforcer. L’excédent commercial chinois a atteint 1 200 milliards de dollars (1 014 milliards d’eurosen 2025, un chiffre inédit. Il grimpe à la fois parce que le pays gagne en efficacité, produisant davantage à des coûts moindres que ses concurrents, et parce qu’il produit des biens plus onéreux que par le passé, plus de voitures et un peu moins de textile, dont une partie de la production part pour l’Asie du Sud-Est. Aussi les incantations répétées à chaque visite d’un dirigeant occidental sonnent-elles largement creuses. De passage à Pékin en avril, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a jugé « pas tenable » ce déséquilibre, comme le président de la République, Emmanuel Macron, le jugeait « insoutenable » en décembre 2025.

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Ce déficit continue à se creuser à mesure que la production chinoise monte en valeur. Pour le comprendre, il faut sortir de l’autoroute deux heures après avoir quitté Shanghaï et arriver à Changzhou. Cette ville, inconnue à l’étranger, a de quoi rendre envieux ceux qui, en Europe, ont tenté de lancer des gigafactories de batteries, comme le défunt projet Northvolt, ou essayent d’attirer des usines de voitures électriques.

A l’extérieur du centre-ville historique, les districts se caractérisent par leurs rangées d’usines. On y trouve de tout, comme ce site de production d’alliages de fer et de silicium utilisés dans l’industrie des nouvelles énergies de l’entreprise Dalishen. Sur son fronton est écrit en caractères rouges : « Les grands employés font les grandes entreprises. »

Assemblage d’un SUV électrique, dans une usine automobile de Li Auto, à Changzhou, dans la province du Jiangsu (Chine), le 27 mars 2024. CHINATOPIX VIA AP

Car ce sont surtout les nouvelles industries que Changzhou cherche et parvient à attirer. Une marque de gros 4 x 4 électriques haut de gamme, Li Auto, y a ouvert une usine, tout comme le premier constructeur mondial de véhicules électriques, BYD, le leader mondial des batteries automobiles, CATL, et ses concurrents lointains CALB et Svolt, ainsi qu’un des trois premiers acteurs mondiaux des panneaux solaires, Trina Solar.

« Chaîne d’intégrité »

Derrière l’usine BYD, les immeubles de dortoirs bleu et blanc sont alignés les uns après les autres. Le long de la grande rue, une kermesse est organisée pour les ouvriers. Hors de leurs horaires de travail, ils viennent s’y détendre un peu. Un jeune homme est tenté par un stand de tir à la carabine en plastique, une femme s’amuse devant un autre stand où, en lançant un anneau au cou d’une oie, on peut remporter l’animal. Plusieurs gargotes proposent des plats rapides et pas chers de différentes régions.

A une table, un ouvrier en veste noire dont on ne donnera que le nom de famille, Huang, prend son temps pour manger un bol de nouilles pimentées. C’est sa journée off. Lui préférerait faire davantage d’heures pour gagner plus, mais le géant automobile impose des jours de repos. Originaire du Jiangxi, dans le centre du pays, Huang a été affecté là depuis deux mois pour aider sur une période de forte activité. Cette usine produit beaucoup de voitures pour l’export, notamment vers l’Europe et le Brésil. Elles sont ensuite chargées sur d’immenses cargos spécifiques au transport de voitures. BYD en a acquis six, qui chacun peuvent emporter 9 200 voitures.

Huang, 28 ans, aide au département logistique : les véhicules sont d’abord finis ici mais, comme le Brésil impose une partie d’assemblage sur son territoire, ils sont ensuite livrés en kits semi-finis à une autre usine dans l’Etat de Bahia, sur la côte brésilienne. « L’automobile chinoise est en plein boom. Certains ouvriers qui assemblaient des smartphones avant font des voitures maintenant. Bien sûr, BYD commence aussi à ouvrir des usines à l’étranger mais le cœur de la technologie reste là, et beaucoup de pièces viennent de là », dit-il. A terme, Brasilia demande de localiser bien davantage.

La guerre au Moyen-Orient, après l’offensive militaire menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran commencée fin février, dont Huang voit des vidéos sur son téléphone, devrait permettre au constructeur chinois de gagner des parts de marché : « Maintenant, le pétrole est cher tandis qu’acheter une voiture électrique chinoise n’est plus si cher que ça. »

Ces nouvelles industries font la fierté du PCC. « Les industries autour des nouvelles énergies sont une formule gagnante pour le développement de Changzhou », se félicitait en février 2024 Chen Jinhu, le secrétaire du parti de la ville, plus haut poste localement.

A l’heure où les autres pays s’inquiètent de la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement, Changzhou, elle, affirme tenir à elle seule 97 % de la « chaîne d’intégrité », c’est-à-dire qu’on peut y trouver tous les composants de batteries. Même s’ils viennent parfois de l’Ouest chinois, d’Afrique ou d’Amérique latine, ils sont transformés ici et disponibles ici. Ce qui permet à Changzhou de produire 20 % des batteries chinoises, 10 % des panneaux photovoltaïques chinois et encore 700 000 voitures électriques ou hybrides par an.

Des bornes de recharge pour différentes marques de véhicules exposées dans les locaux de Starcharge à Changzhou, dans la province du Jiangsu (Chine), le 26 septembre 2025.  BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

Pour rester en pointe, la ville a ouvert un Institut pour l’industrie moderne où sont invités à se former des étudiants en mécanique industrielle de six universités de la province du Jiangsu. Les jeunes s’y entraînent à maîtriser les machines-outils Bosch ou Kuka dans des bâtiments tels que le « Centre sur le transfert de technologie », le « Centre pour la production intelligente » et le « Centre pour la technologie intelligente des véhicules à nouvelle énergie ». « L’industrie, c’est le futur, c’est pour ça que la Chine investit tant dedans. Ici ce sont des métiers prometteurs », affirme Peng Zhiguo, 19 ans, en première année de formation continue en moulage industriel, qui fait sa pause déjeuner.

Subventions massives

Le président chinois, Xi Jinping, n’a d’ailleurs de cesse de saluer le rôle des « nouvelles forces productives » dans le maintien de la croissance de l’économie du pays. A l’appui de cette politique essentielle aux yeux de Pékin, les gouvernements locaux mettent la main à la poche. Ils soutiennent ensuite par des crédits à taux préférentiels des banques locales et nationales, elles-mêmes détenues par l’Etat-parti, des rabais fiscaux quand il ne s’agit pas d’aides directes. Autant de subventions, massives, qui inquiètent les « partenaires » commerciaux de la Chine confrontés à un rouleau compresseur.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que la Chine dépense 4 % de son produit intérieur brut en soutien à ses industries et considère qu’elle devrait réduire ce taux de moitié. Cette politique, source d’importantes surcapacités et de tensions diplomatiques, rend le pays hautement dépendant de l’industrie pour maintenir sa croissance, tandis que la consommation intérieure reste faible.

Le pays dispose d’environ 130 marques automobiles, dont certaines n’ont jamais fait aucun bénéfice net et n’ont pu exister que parce que les officiels locaux les soutiennent économiquement, pour faire comme le leur a dit Pékin. « Les politiques industrielles ont permis l’innovation technologique dans certains secteurs, mais de manière générale leur impact sur l’économie a été négatif », affirmait même en février dans le Financial Times Sonali Jain-Chandra, la cheffe de mission du FMI pour la Chine et l’Asie-Pacifique.

Pourtant, en Chine, on reste largement convaincu que le succès ne tient pas principalement à ces subventions. « Bien sûr que les subventions aident. Mais je doute fortement que si d’autres gouvernements faisaient pareil ils obtiendraient les mêmes résultats. La qualité et la technologie viennent de la concurrence du marché : la Chine a beaucoup de bonnes marques de véhicules électriques par exemple. Derrière, il y a l’immense réseau de production chinois. Vous avez tout ici, c’est pour ça que c’est si pratique, toute la chaîne de valeur, les fournisseurs. C’est un système dans son ensemble. La concurrence y est telle qu’elle propulse son industrie au-devant des autres », affirme Lan Xiaohuan, professeur à la China Europe International Business School, connu en Chine pour son best-seller Comment fonctionne la Chine (2024, non traduit en français) qui s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires.

Dans des secteurs comme l’automobile, l’usine du monde est ainsi devenue le pays où se joue l’innovation. En amont du salon de l’automobile qui s’est ouvert à Pékin le 24 avril, le leader des batteries automobiles CATL (42 % du marché mondial à lui seul, selon SNE Research, un institut sud-coréen) a présenté une batterie capable de tenir 1 500 kilomètres sur une seule charge et une autre passant de 10 % à 98 % de charge en six minutes et trente secondes. Ces nouveautés peuvent paraître encore éloignées du consommateur mais n’importe quel taxi à Shanghaï dit faire au moins 400 kilomètres sur une charge, car la plupart des taxis chinois sont désormais électriques. Dans des contrées plus reculées comme la petite ville de Yanji, proche des frontières nord-coréenne et russe, il n’est désormais pas rare de voir un taxi s’arrêter simplement à une station de « swap » – l’échange d’une batterie vide pour une pleine – avant d’effectuer une plus longue route.

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Pour approfondir  (1 article)

Harold ThibaultChangzhou, Danyang [Chine], envoyé spécial

IV/IV Pourquoi l’Europe est incapable de défendre son industrie face au « second choc chinois »

Par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)Publié le 02 mai 2026 à 05h45, modifié le 02 mai 2026 à 13h27 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/02/face-au-rouleau-compresseur-chinois-la-reponse-de-l-europe-pour-defendre-son-industrie-reste-insuffisante_6684830_3234.html

Temps de Lecture 7 min.

Décryptage« Comment la Chine dévore l’Europe » (4/4).

Ces dernières années, l’UE a pris des mesures inédites pour lutter contre la concurrence déloyale de Pékin. Mais les pays membres peinent à élaborer une stratégie plus globale.

C’est un peu l’éléphant dans la pièce. Alors que la Chine menace tous les pans de l’économie européenne – du petit commerce, fragilisé par l’afflux massif de colis envoyés par les plateformes Shein ou Temu, à l’industrie automobile, concurrencée par le constructeur BYD, en passant par les technologies de pointe – et qu’elle prend des parts de marché aux exportateurs du Vieux Continent en dehors de leurs frontières, l’Union européenne (UE) regarde ailleurs.

Entre la guerre en Ukraine, la détérioration des relations avec les Etats-Unis de Donald Trump et le conflit au Moyen-Orient, les Vingt-Sept sont accaparés par les crises à répétition et « la Chine se fait oublier », regrette Elvire Fabry, de l’Institut Jacques Delors. « Comme tout animal pris dans les phares d’une voiture, l’Europe semble tellement tétanisée par la menace américaine qu’elle risque d’en oublier » la menace chinoise, écrit l’eurodéputée (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) et coprésidente de Place publique Aurore Lalucq, dans son livre Trump contre l’Europe (Les Petits Matins, 136 pages, 14 euros).

Le constat est pourtant sans appel. Le « second choc chinois », après celui du début des années 2000, est ravageur. Le haut-commissaire au plan, Clément Beaune, parle même d’un « danger de mort pour notre industrie ». Sur fond de dévaluation du yuan et à coups de subventions massives, les entreprises chinoises gagnent du terrain partout. En 2025, la Chine a vendu plus de voitures en Europe que l’Europe en Chine et dégagé un excédent commercial de 360 milliards d’euros avec l’UE. L’Allemagne, dont l’industrie perd 10 000 emplois par mois, en est aujourd’hui la première victime.

Dans une usine textile qui fournit des articles à la plateforme d’ultra-fast-fashion chinoise Shein, à Guangzhou (Guangdong, Chine), le 11 juin 2024. JADE GAO/AFP

« Un tiers de l’emploi européen est désormais exposé à l’accélération des exportations chinoises », peut-on lire dans une note que le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a remise à ses homologues, lors d’une réunion à Bruxelles, le 15 décembre 2025. « La Chine ne fait plus du commerce, mais de la colonisation industrielle. Avec son modèle tourné vers les exportations, elle peut prendre des pans entiers de notre industrie », insiste un diplomate européen.

Ce constat d’une Chine qui met en péril leur économie, les Vingt-Sept le partagent. Sur le papier, ils sont d’accord pour réduire leurs dépendances et chercher des relais de croissance, en renforçant le marché intérieur mais aussi en nouant de nouveaux accords commerciaux. Dans la pratique, c’est loin d’être simple, comme en témoignent les psychodrames à répétition qui ont accompagné l’adoption du traité de libre-échange avec les pays fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), ou leur incapacité à s’entendre sur une union des marchés de capitaux.

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A la montée en gamme de la Chine, les Européens disent aussi vouloir répondre en investissant dans les technologies les plus stratégiques. Mais ils butent sur la question cruciale du financement, comme le montrent les négociations en cours sur le prochain budget communautaire (2028-2034). Le président français, Emmanuel Macron, qui préconise le recours à un endettement commun – des « eurobonds d’avenir » –, est isolé, quand l’Allemagne en a jusqu’ici refusé catégoriquement le principe.

Des tabous qui tombent

Pour autant, ces dernières années, les Vingt-Sept ne sont pas restés inactifs devant le rouleau compresseur chinois. Au coup par coup, ils ont pris des mesures pour tenter de limiter la casse, dont certaines étaient inimaginables il y a peu encore. Ce sont les surtaxes sur les importations de voitures électriques chinoises depuis fin 2024 ou les clauses de sauvegarde sur l’acier (qui doivent entrer en vigueur en juillet) ou sur les ferroalliages (en place depuis fin 2025), qui instaurent des quotas d’importation restrictifs. Les Européens ont aussi décidé, à compter de juillet, de taxer les 12 millions de petits colis qui arrivent chaque jour en Europe – plus de 90 % viennent de Chine – et vident les centres-villes de leurs boutiques.

Des voitures chinoises destinées à l’exportation, dans le port de Yantai (Shandong, Chine), le 27 avril 2026.  AFP
« On en est au stade de l’ajustement, on agit par petites touches avec les instruments de défense commerciale disponibles »
, déplore Elvire Fabry. D’autres initiatives sont à venir, qui sont aussi des réponses au raz de marée chinois. Comme le projet de loi sur l’accélération industrielle (IAA, pour Industrial Accelerator Act), qu’a présenté la Commission le 4 mars et qui doit encore être négocié par les colégislateurs.

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Pour atteindre l’objectif de voir l’industrie remonter, comme au début des années 1990, à 20 % du produit intérieur brut de l’UE d’ici à 2035 (contre 14 % aujourd’hui), ce texte introduit de la préférence européenne dans l’attribution des marchés publics et dans le déploiement des aides des Etats membres, tout en renforçant le contrôle des investissements étrangers. Il concerne des secteurs stratégiques – acier, éolien, pompes à chaleur, automobile… – pour l’emploi comme pour la sécurité économique du Vieux Continent.

« On va faire aux entreprises chinoises ce que la Chine a fait aux entreprises européennes depuis vingt ans », insiste la Commission. « Si l’UE insiste pour faire adopter ce texte, portant ainsi préjudice aux intérêts des entreprises chinoises, la Chine n’aura d’autre choix que de prendre des contre-mesures », a réagi, lundi 27 avril, le ministère du commerce chinois.

D’autres propositions législatives à venir devraient compléter l’arsenal du « made in Europe », qui est de fait largement antichinois : la révision des règles d’accès aux marchés publics, le fonds de compétitivité du prochain budget communautaire, ou encore la réforme du droit de la concurrence afin de favoriser l’émergence de champions européens. Autant de tabous qui tombent les uns après les autres dans une Europe libérale qui a longtemps cru aux vertus du marché.

La France à l’offensive

Le « second choc chinois » a sans conteste fait progresser la cause d’une politique industrielle à l’échelle du Vieux Continent. Mais, à chaque fois, les débats sont aussi difficiles que longs. La nécessité d’une préférence européenne divise encore largement dès qu’on entre dans le concret. Quel secteur doit être concerné ? Quelle définition du contenu local faut-il adopter ? Jusqu’où va le « made in Europe » ? Entre les intérêts des uns et la culture des autres, les Vingt-Sept abordent ces questions en ordre largement dispersé.

A l’offensive, la France appelle l’UE à jouer du rapport de force avec Pékin. Instruite par le précédent des panneaux solaires au tournant des années 2010, qui a vu l’industrie européenne, alors à la pointe du secteur, disparaître face aux importations chinoises à bas coût, elle milite pour une « discussion stratégique avec la Chine », sur fond d’intérêts mutuels bien compris.

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Après tout, l’Europe ne manque pas d’arguments. Son « principal levier d’action réside dans son marché intérieur, qui absorbe 14 % des exportations chinoises » et dont la Chine, qui voit les Etats-Unis lui fermer leurs frontières, a un besoin viscéral, relève la note présentée par Jean-Noël Barrot, le 15 décembre 2025.

L’UE a aussi à sa disposition différents outils (antidumping, antisubvention, pour la réciprocité des marchés publics…), qu’elle peut utiliser plus, même si « on peut leur faire le reproche d’être trop longs à mettre en œuvre, d’arriver trop tard et d’être trop ciblés », a reconnu, le 24 février, Denis Redonnet, chargé de la mise en œuvre de la politique commerciale de l’UE à la Commission. Sans oublier l’instrument anticoercition, que les Européens n’ont pas encore dégainé et dont Emmanuel Macron ne manque jamais de rappeler la puissance.

Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’une rencontre avec des étudiants, à l’université du Sichuan, à Chengdu (Chine), le 5 décembre 2025.  SARAH MEYSSONNIER/AFP

« Emmanuel Macron veut faire bouger la Chine sur son modèle actuel », résume Elvire Fabry, mais, poursuit-elle, quand on regarde le 15e plan quinquennal que Pékin a mis sur la table, la feuille de route politico-économique qui va guider le pays jusqu’en 2030, « on ne voit pas une Chine en mode négociations »« Les Chinois ne cessent de nous dire qu’ils vont rééquilibrer leur modèle. Mais les chiffres ne disent pas ça », confirme un haut gradé de la Commission.

De son voyage en Chine, du 3 au 5 décembre 2025, Emmanuel Macron est rentré remonté. Si les choses ne progressent pas, a-t-il menacé dans un entretien au Financial Times, le 16 décembre 2025, « l’Europe n’aura d’autre choix que d’adopter des mesures protectionnistes ». Comprendre, explique l’Elysée, des « mesures plus structurelles (…) et pouvant inclure des droits de douane ». « L’UE doit passer d’une logique strictement réactive et juridique à une approche stratégique », abonde Aurore Lalucq.

Mesures de rétorsion

L’Allemagne, qui s’est opposée aux surtaxes sur les voitures électriques chinoises, voit les choses autrement. Face à la Chine, « nous ne sommes tout simplement plus assez performants », a constaté le chancelier allemand, Friedrich Merz, après son séjour à Pékin les 25 et 26 février« Avec l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et la semaine de quatre jours, la prospérité de notre pays ne peut être assurée sur le long terme, nous devons simplement en faire un peu plus », a-t-il ajouté.

Pour affronter la concurrence chinoise, Berlin préfère insister sur la nécessité pour l’Europe de devenir plus compétitive, à coups de simplifications et de dérégulations. « A qualité égale, les coûts de production chinois sont 30 % à 40 % moins élevés que nos coûts européens », rétorque Clément Beaune, pour qui il n’y a pas de recette magique à même de combler ces écarts. D’autant qu’ils ne peuvent plus, comme autrefois, être compensés par un positionnement européen plus haut de gamme.

Dans l’usine automobile de la coentreprise sino-allemande FAW-Volkswagen, à Tianjin (Chine), le 7 juillet 2025.  ZHAO ZISHUO/XINHUA-REA

Alors que le modèle allemand – tributaire du gaz russe bon marché, des exportations vers l’eldorado chinois et du financement américain de la sécurité – est à bout de souffle, et que le pays subit de plein fouet l’offensive chinoise, Friedrich Merz louvoie. Il faut dire qu’il est tiraillé entre les intérêts des entreprises produisant outre-Rhin, qui veulent protéger le marché allemand, et ceux des groupes, comme Volkswagen, Bosch et BASF, largement délocalisés en Chine, qui veulent préserver le lien avec Pékin. « Prenez le secteur automobile allemand. Les constructeurs sont contre la préférence européenne, quand les équipementiers y sont favorables ! », illustre l’eurodéputé (Renew Europe) Pascal Canfin.

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Berlin, Stockholm et La Haye redoutent les mesures de rétorsion que prendrait Pékin si les Européens venaient à l’irriter. Ils en ont eu un aperçu, en octobre 2025, quand la Chine a réduit ses exportations de terres rares, mettant en péril la filière automobile européenne. Enfin, les Européens sont tous sensibles à la question de l’inflation, que les importations chinoises aident à maîtriser, et que la flambée actuelle des prix de l’énergie remet en haut de l’agenda.

« La menace qui pèse sur la sécurité de nos chaînes d’approvisionnement comme le choc infligé [par la Chine] à notre base industrielle exigent des réponses urgentes. Et ces réponses, nous ne pouvons les élaborer qu’ensemble », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le 24 mars, appelant les Vingt-Sept à se coordonner.

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Pour l’heure, ce n’est « pas le cas », constatait Emmanuel Macron, le 23 octobre 2025 à Bruxelles, et les dirigeants européens vont chacun à leur tour à Pékin – dernier en date, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, qui, en avri, l y a fait son quatrième voyage en quatre ans – , espérant obtenir des commandes ou des promesses d’investissements. Conséquence, ajoutait le président français : « On nous divise. On dit à l’un, tu auras une usine ici, à l’autre, tu auras tel accès à mon marché. »

Dans ce contexte, juge Pascal Canfin, « les Européens n’ont aucun intérêt à sortir de leur ambiguïté envers la Chine. Pour l’heure, ce ne pourrait l’être qu’à leurs dépens »« Notre approche de la Chine doit changer » mais, in fine, « tout dépendra de l’Allemagne », résume un haut gradé de la Commission, qui veut croire que « Friedrich Merz est moins raide que [son prédécesseur] Olaf Scholz sur le sujet ».

Une chose est certaine. Tant que Paris et Berlin, dont les relations sont aujourd’hui glaciales, ne se seront pas rapprochés sur la question chinoise, l’UE ne pourra pas avancer.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/05/24/les-constructeurs-europeens-ouvrent-a-la-chine-des-filiales-des-usines-et-les-portes-de-nombreux-marches/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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