L’hôpital commun entres Lourdes et Tarbes s’est bâti avec peu de concertation.

Fermeture annoncée des hôpitaux de Tarbes et Lourdes : une association interpelle les élus sur le projet de Lanne

23 mai 2026 https://www.lasemainedespyrenees.fr/fermeture-annoncee-des-hopitaux-de-tarbes-et-lourdes-une-association-interpelle-les-elus-sur-le-projet-de-lanne/?fbclid=IwY2xjawR__hRleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeyw9wHl7Q_4_WaM6dr47WiC9qGSdpllo5aUkQovqi7VBbYV8ohbHMvSp4qB0_aem_-4PtquFBw-qozvLMX0LRFg

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Photo de Patrick Sacristan

Par Patrick Sacristan

Le projet de nouvel hôpital à Lanne ne fait pas l'unanimité.

Le projet de nouvel hôpital à Lanne ne fait pas l’unanimité.

L’Association de Sauvegarde des Hôpitaux et de la Santé des Hautes-Pyrénées demande davantage de transparence sur le futur hôpital commun Tarbes-Lourdes. Dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires du département, elle dénonce un projet décidé « sans véritable débat » et s’interroge sur son coût réel, son financement et ses conséquences pour l’accès aux soins. 

À quelques mois d’une nouvelle étape du projet d’hôpital commun Tarbes-Lourdes sur la commune de Lanne, le débat autour de la restructuration hospitalière dans les Hautes-Pyrénées reste vif. Dans une lettre ouverte datée du 20 mai 2026, l’Association de Sauvegarde des Hôpitaux et de la Santé des Hautes-Pyrénées interpelle députés et sénatrices du département afin d’obtenir des éclaircissements sur le dossier. Adressé également au président du Département, au président de l’agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées, aux maires de Tarbes et Lourdes ainsi qu’aux garants de la Commission nationale du débat public (CNDP), le courrier met en avant plusieurs interrogations portant notamment sur le financement du futur établissement et les documents ayant conduit à la révision du projet.

Une opposition ancienne au projet d’hôpital unique

Mobilisée depuis plusieurs années, l’association rappelle son opposition au regroupement hospitalier prévu à Lanne. Elle estime que la fermeture des sites actuels de Tarbes et Lourdes constituerait « une aberration », en particulier pour une ville-préfecture comme Tarbes, dont l’hôpital actuel est âgé d’environ 45 ans. Le collectif souligne également les spécificités de Lourdes, ville de pèlerinage accueillant chaque année des dizaines de milliers de visiteurs. Selon l’association, l’éloignement des structures de soins des centres urbains représente un facteur de renoncement aux soins et un risque supplémentaire en situation d’urgence. Dans sa lettre, l’association critique aussi ce qu’elle considère comme une logique de « rationalisation financière » appliquée à l’hôpital public, au détriment de la proximité des soins.

Une critique du processus décisionnel

Autre point de tension : la méthode de concertation autour du projet. L’association affirme qu’aucun véritable débat sur des alternatives n’aurait été engagé lors de la première présentation du dossier en 2017. Elle remet également en cause la consultation menée par la Commission nationale du débat public en 2024, jugeant que le choix du site et du principe du regroupement étaient déjà arrêtés avant les échanges avec la population. Les auteurs du courrier dénoncent un déficit démocratique susceptible, selon eux, d’alimenter la défiance envers les institutions et les élus locaux.

Des interrogations persistantes sur le coût du projet

L’association pointe surtout les variations successives du coût annoncé du futur hôpital. Selon les chiffres rappelés dans la lettre : le montant du projet était estimé à 341 millions d’euros en 2024, sans intégrer les équipements ; il aurait ensuite été réévalué à 405 millions d’euros en 2025, après une étude plus détaillée ; enfin, en début d’année 2026, le préfet aurait évoqué un coût « autour de 350 millions d’euros ». Pour l’association, une telle baisse du coût estimé, alors même que le permis de construire était en cours de finalisation, soulève des questions sur l’évolution du contenu du projet et ses éventuelles conséquences. Le collectif demande notamment quelle est aujourd’hui l’estimation finale du coût global, équipements compris.

Une demande de transparence sur les financements de l’État

La lettre ouverte revient aussi sur la participation financière de l’État. L’association rappelle qu’une enveloppe de 210 millions d’euros avait été annoncée initialement dans le cadre du Ségur de la santé en 2021, comprenant une aide directe à l’investissement ainsi qu’une reprise partielle de dette et une aide au fonctionnement. Selon l’association, le préfet aurait ensuite évoqué une participation portée à 300 millions d’euros, sans détailler la répartition précise de cette somme. Les représentants du collectif indiquent avoir rencontré le préfet et une responsable de l’Agence régionale de santé (ARS) en mars dernier. Lors de cet échange, ils disent avoir appris que cette nouvelle contribution figurait dans une lettre de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. L’association affirme toutefois ne pas avoir eu accès à ce document, ni au rapport de l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP), présenté comme ayant conduit à une révision à la baisse du coût du projet.

« Opacité » autour du dossier, selon l’association

Le collectif indique également avoir poursuivi ses échanges avec la direction de l’hôpital tout au long de l’année 2025. Lors d’une rencontre organisée en mars 2026, l’association dit avoir découvert que la direction ne disposait pas elle-même de la lettre ministérielle ni du rapport de l’ANAP, évoquant seulement une confirmation téléphonique concernant les financements. Dans ce contexte, l’association demande officiellement aux parlementaires d’obtenir et de rendre publics ces documents « dans un souci de sincérité et de transparence sur l’utilisation des fonds publics ». Le courrier est signé par Laurence Charroy, présidente de l’Association de Sauvegarde des Hôpitaux et de la Santé des Hautes-Pyrénées, au nom de l’équipe d’animation du collectif.

La lettre ouverte

Tarbes, le 20 mai 2026

Madame, Monsieur, les Députés,

Mesdames les Sénatrices,

Copie : M. le Président du Département

M. le Président de l’Agglomération TLP

MM. les Maires de Tarbes et Lourdes

Mme et M. les garants de la CNDP

Objet : demande d’informations concernant le projet d’hôpital Tarbes-Lourdes

Mesdames, Monsieur,

Notre association est mobilisée depuis plusieurs années sur le projet d’hôpital commun Tarbes-Lourdes prévu sur la commune de Lanne. En représentation d’une partie importante de la population, nous avons eu l’occasion d’exprimer maintes fois notre opposition à cette initiative en soulignant :

– l’aberration de vouloir fermer à la fois un hôpital dans une ville-préfecture de 40 000 habitants, âgé de seulement 45 ans (quel exemple de bonne gestion d’un patrimoine public essentiel !), et aussi dans une ville de pèlerinages accueillant chaque année des dizaines de milliers de visiteurs, sachant, toutes les enquêtes le démontrent, que s’éloigner des lieux de vie constitue un facteur majeur de renoncement aux soins et de risque accru dans des situations d’urgence critique.

Derrière l’argument de la modernisation, nous ne sommes pas dupes sur les objectifs de « rationalisation financière » fixés pour l’hôpital qui s’inscrivent, hélas, dans une stratégie globale dont tout le monde voit pourtant les effets dévastateurs dans les différentes branches de la santé.

– un processus décisionnel inacceptable, d’une part lors de la première communication en 2017 où aucun débat sur le fond et sur d’autres alternatives possibles n’a été initié y compris dans les instances représentatives comme le département, l’agglomération et les mairies concernées, et d’autre part lors de la consultation organisée par la Commission Nationale du Débat Public en 2024 (!) forcément faussée vu que le choix était déjà arrêté. Nous ajoutons que cette façon de faire est de nature à nourrir la grave crise de confiance que nous connaissons et nous exprimons notre amertume sur le fait que des élus qui se déclarent progressistes et attachés aux principes démocratiques n’aient pas pris la juste mesure de cette situation et du fossé qui s’est creusé avec la population (voir l’augmentation constante de l’abstention lors des consultations).

– une méthode de gestion de projet incohérente où toutes les phases avant-projet avec l’analyse des impacts et des risques (particulièrement environnementaux) ainsi que les conditions de financement qui sont approfondies… une fois la décision prise avec les aléas que l’on peut imaginer à tous les niveaux. Et nous ne nous attarderons pas ici sur l’immense friche qui pourrait se profiler à Tarbes sur le site actuel de la Gespe… C’est ainsi, et c’est l’objet principal de ce courrier, que nous avons entendu des variations très importantes sur l’aspect financier depuis la présentation des données, pourtant formelles en principe, lors des consultations publiques de 2024 :

– concernant le coût direct du projet, il était annoncé à 341M€ en 2024 (sans avoir intégré les équipements…), puis à 405M€ en 2025 tout compris après une évaluation détaillée. Ce début d’année, le Préfet indique finalement « autour de 350 » alors que le permis de construire était en cours de finalisation. Une telle diminution ne peut avoir des conséquences marginales. Quelles sont-elles et qu’en est-il aujourd’hui de l’estimation finale du coût, équipements compris ?

– concernant la participation de l’Etat, elle était à l’origine de 210M€ (cf dotation Ségur 2021) dont 81,5M€ d’aide directe à l’investissement (le reste portant sur une reprise partielle de la dette et une aide au fonctionnement). Le Préfet, toujours en début d’année, annonce une enveloppe de 300M€ mais sans en préciser la ventilation…

Pour mieux comprendre, nous avons rencontré au mois de mars dernier le Préfet qui était accompagné d’une responsable de l’ARS ; celui-ci nous a confirmé cette contribution de 300M€ notifiée dans une lettre de la Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes Handicapées. Concernant le coût direct, celui-ci aurait été revu à la baisse suite à l’intervention de l’ANAP et à leurs préconisations. Nous n’avons pas eu accès à ce document ni à la lettre de la Ministre bien que nous ayons suggéré au Préfet de la rendre publique par voie de presse.

Nous avons également maintenu un dialogue avec la direction de l’Hôpital tout au long de l’année 2025 et, lors de notre dernière rencontre avec celle-ci en mars dernier, nous avons été surpris et inquiets par le niveau d’opacité du projet alors que le permis de construire avait été déposé. Nous avons ainsi appris que la direction de l’Hôpital n’avait ni la lettre de la Ministre (juste une confirmation de la dotation par téléphone), ni le rapport de l’ANAP (expertise demandée par le DGOS et l’ARS).

Malgré des divergences d’appréciation sur le sujet, nous comptons sur vous pour obtenir la lettre de la Ministre de la Santé et le rapport de l’ANAP dans un souci, que nous espérons partagé, de sincérité et de transparence sur l’utilisation des fonds publics.

Dans l’attente et restant à disposition pour tout échange ou une rencontre nous vous remercions par avance et vous prions de recevoir nos salutations républicaines.

La Présidente Laurence Charroy pour l’équipe d’animation

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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