Une majorité d’administrateurs de l’ADEME te plusieurs anciens ministres demandent au gouvernement de renoncer à sa réforme

Le conseil d’administration de l’Ademe appelle le gouvernement à renoncer à réformer l’agence

Alors que le projet de loi sur la refonte de l’Agence de la transition écologique est présenté mercredi en conseil des ministres, 15 membres de son conseil d’administration demandent à l’exécutif de faire marche arrière. Une position soutenue par plusieurs anciens ministres. 

Par Raphaëlle Besse Desmoulières

Publié hier à 10h19, modifié hier à 16h07 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/20/le-conseil-d-administration-de-l-ademe-appelle-le-gouvernement-a-renoncer-a-reformer-l-agence_6691689_3244.html

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Un employé de la direction régionale de l’Ademe Normandie sur l’ancien site de l’usine Green Pack à Bosc-le-Hard (Seine-Maritime), le 26 juin 2025.
Un employé de la direction régionale de l’Ademe Normandie sur l’ancien site de l’usine Green Pack à Bosc-le-Hard (Seine-Maritime), le 26 juin 2025.  LOU BENOIST/AFP

L’Agence de la transition écologique (Ademe), du moins son conseil d’administration, n’a pas dit son dernier mot. Lors d’une réunion extraordinaire, mardi 19 mai, cette instance s’est prononcée en faveur d’une résolution contre le projet de réforme souhaité par le gouvernement pour l’Ademe, ont annoncé, en fin de journée, plusieurs administrateurs lors d’une conférence de presse.

La délibération a été adoptée par 15 administrateurs représentant les salariés, les élus locaux, les parlementaires et des personnalités qualifiées. Dix autres, dont le président de l’agence, Sylvain Waserman, et les représentants de l’Etat, ont voté contre. Le texte demande au gouvernement de retirer du projet de loi « visant à renforcer l’Etat local » les dispositions concernant l’établissement public à caractère industriel et commercial et de le doter de « moyens pérennes ».

Le rôle de l’agence, reconnue pour son expertise, est d’accompagner la transition écologique, notamment en finançant, pour le compte de l’Etat, des projets innovants portés par des entreprises ou des collectivités. Selon les chiffres des administrateurs salariés, le budget global de l’Ademe, qui agrège différentes subventions à redistribuer et dispositifs d’accompagnement, est de 3,8 milliards d’euros pour 2026. Cela inclut 1 milliard d’euros pour son budget historique, qui comprend le fonds chaleur, le fonds économie circulaire et d’autres programmes, en baisse de 14 % depuis deux ans, et 140 millions d’euros consacrés à son fonctionnement.

L’article 7 du projet de loi, qui doit être examiné en conseil des ministres mercredi, concentre les crispations : il concerne la mise à disposition d’office des personnels appartenant aux délégations régionales de l’Ademe au sein des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Les salariés concernés, entre un tiers et la moitié des effectifs, seraient désormais placés sous l’autorité du préfet et donc du ministère de l’intérieur.

« C’est gravissime »

« Ce vote [du conseil d’administration] conforte la nécessité de poursuivre nos échanges pour dissiper les malentendus et redire aussi, dans le contexte où les agences au sens large sont attaquées, le rôle indispensable de l’Ademe au service de la transition écologique », a réagi auprès de l’Agence France-Presse Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, avant de s’exprimer devant le conseil d’administration, mardi après-midi. Il a aussi précisé qu’il était possible de « discuter de tout dans le respect du principe fixé par le gouvernement, qui est de renforcer les synergies entre l’Etat local et les délégations régionales de cet opérateur ».

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Une intervention qui n’a pas convaincu. « Le ministre a été incapable de dire en quoi cette loi ferait plus et mieux pour satisfaire les besoins des collectivités, s’est emporté Jean Revereault, vice-président de l’association Intercommunalités de France et administrateur de l’Ademe, lors de la conférence de presse. C’est gravissime. »

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C’est d’autant plus regrettable pour Jérémie Godet, vice-président de la région Centre-Val de Loire et autre administrateur, que « le moment est particulièrement mal choisi », entre « le défi climatique énorme devant nous » et « la crise énergétique parmi les plus graves » qui fait suite à la guerre en Iran. « C’est à ce moment-là qu’on vient abîmer un outil qu’est l’Ademe », a-t-il déploré. « Un outil efficace qui est déstructuré », a renchéri Anna Pic, députée socialiste de la Manche, également membre du conseil d’administration.

Ces dernières semaines, des ONG, des politiques, des syndicats ou des personnalités de la société civile ont apporté leur soutien à l’Ademe. Dans une tribune au Monde publiée le 13 mai, les anciens ministres de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher, Christophe Béchu ou encore le climatologue Jean Jouzel ont alerté sur la « menace sidérante » d’un « démantèlement progressif ». L’agence est régulièrement attaquée par des élus de droite et d’extrême droite qui la jugent trop coûteuse. Plusieurs administrateurs ont regretté que l’exécutif cède d’une certaine façon à ces critiques, selon eux, infondées.

Pis, pour Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, également membre du conseil d’administration, le projet est « extrêmement dangereux » car il « ouvre une boîte de Pandore ». Un avis partagé par Benoît Leguet, autre représentant du conseil et directeur de l’Institut de l’économie pour le climat, qui s’interroge sur l’opportunité de mettre cette thématique dans le débat parlementaire à un an de l’élection présidentielle.

« Le gouvernement a déjà été mis en difficulté sur les ZFE [zones à faibles émissions] et sur le ZAN [zéro artificialisation nette, lors du projet de loi sur la simplification de la vie économique], a-t-il rappelé. Ma question, c’est : qu’est-ce qui va sortir du Parlement et pourquoi introduire un projet de loi au risque de donner le bâton pour se faire battre ? Il est peut-être urgent, finalement, de ne rien faire. » Selon le ministère de la transition écologique, le calendrier parlementaire du texte n’a pas encore été fixé.

Raphaëlle Besse Desmoulières

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/05/08/peut-on-encore-sauver-le-soldat-ademe/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/05/16/lademe-accompagne-les-acteurs-collectivites-entreprises-associations-pour-ameliorer-la-qualite-de-lair-sur-les-territoires/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/01/16/valerie-pecresse-vient-de-proposer-la-suppression-de-lademe/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/01/15/valerie-pecresse-a-tout-simplement-propose-de-supprimer-lademe-agence-francaise-de-la-transition-ecologique/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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