« Une attaque contre l’écologie » : l’agence chargée de la transition en sursis
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Sylvain Waserman, le président de l’Ademe, ici à l’Assemblée nationale en 2019. – © Arthur N. Orchard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Par Lorène Lavocat
6 mai 2026 à 15h41Mis à jour le 7 mai 2026 à 09h16
Le gouvernement prépare un projet de loi pour rattacher des antennes locales de l’Ademe aux préfets. Une « destruction de l’agence » pour les syndicats, et une nouvelle attaque contre la transition écologique.
Peut-on encore sauver le soldat Ademe ? Régulièrement visée par la droite et l’extrême droite, l’agence — bras armé de la transition écologique en France — se trouve de nouveau en péril. Cette fois-ci, la menace prend la forme d’un projet de loi, porté par le gouvernement et examiné jeudi 7 mai par le Conseil d’État.
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Le texte « visant à renforcer l’État local » entend en effet revenir sur le fonctionnement des antennes locales de l’Ademe. D’après l’article 7, ces dernières seraient désormais rattachées aux directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et placées sous l’autorité du préfet.
« Un dispositif qui détruit l’Ademe sans le dire »
Une simple fusion ? « C’est un démantèlement qui ne dit pas son nom », accuse Véronique Caraco-Giordano, secrétaire générale du syndicat SNE-FSU. Car aujourd’hui, l’Ademe s’appuie sur son réseau régional pour identifier et soutenir des milliers de projets locaux en faveur de l’écologie. Réseaux de chaleur, décarbonation, lutte contre le gaspillage alimentaire… En 2025, 2,8 milliards d’euros de subventions ont été mobilisés au bénéfice des collectivités et des entreprises.
Une organisation « qui nous permet d’agir concrètement, pour le compte de l’État, aux côtés des élus et des chefs d’entreprise qui prennent le chemin de la transition écologique », selon le président de l’Ademe, Sylvain Waserman, interrogé par Les Échos.
« Un contexte de dénigrement incessant de l’Ademe »
Or, avec le projet de Sébastien Lecornu, les salariés de l’Ademe se trouveraient directement soumis au pouvoir hiérarchique des préfets. Avec un risque : que leurs missions soient dictées non plus par l’urgence écologique mais par les priorités du ministère de l’Intérieur.
En complément, le texte de loi prévoit la possibilité d’une « mis[e] à disposition d’office » des personnels, « pendant une durée de trois ans, renouvelable ». Autrement dit, « une mutation imposée sans leur consentement », selon Véronique Caraco-Giordano. Un tiers des effectifs serait concerné. Face à cette attaque en règle, les six organisations syndicales de l’établissement ont dénoncé unanimement « un dispositif qui détruit l’Ademe sans le dire ».
De son côté, le gouvernement parle d’« améliorer les synergies et la fluidité ». Interrogée le 5 mai à l’Assemblée, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a nié toute volonté de destruction : « Nous considérons que l’Ademe doit agir plus clairement au sein du giron de l’État », « tout en conservant l’intégrité et l’identité de l’opérateur ».
Sans parler de suppression, le texte sonne plutôt comme une reprise en main d’une agence — et de ses fonds — jugée trop indépendante par l’exécutif. Il y a une semaine à peine, le Premier ministre faisait dépublier un guide de l’Ademe et de l’Office français de la biodiversité (OFB) sur la transition écologique.
Accusations mensongères
Le malaise est d’autant plus palpable que ce projet de loi surgit « dans un contexte de dénigrement incessant de l’Ademe », souligne Gabrielle Piot, formatrice écolo au sein de l’entreprise Hability. À la manœuvre, le Rassemblement national mais également plusieurs membres des Républicains, qui réclament régulièrement la disparition de l’agence — à l’instar de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Non sans violence.
Le média Bon Pote a ainsi recensé une dizaine d’accusations mensongères à l’encontre de l’organisme, dont la sortie de l’avocat Charles Consigny sur RMC : « Supprimons l’Ademe […] où le temps de travail doit avoisiner les deux heures par semaine », lançait-il en janvier. Le même chroniqueur a récemment demandé l’incarcération des salariés de l’établissement. « Au lieu de vomir vos inepties, venez plutôt passer une journée à mes côtés, a réagi Sylvain Waserman. Vous verrez que la transition écologique apporte des solutions à ceux qui n’en ont plus. »
Pour Gabrielle Piot, cette offensive contre l’Ademe fait partie « d’une attaque plus globale contre l’écologie ». Avec d’autres, elle a donc lancé une mobilisation citoyenne pour « sauver l’agence ». Tribunesignée par plus de 350 personnalités, kit pour interpeller ses élus… Après l’avis du Conseil d’État, le projet de loi doit être présenté le 20 mai en Conseil des ministres, puis débattu par les parlementaires. Le début d’une longue (et énième) bataille pour préserver les acquis écologiques.
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L’autorité environnementale sommée de gagner en « efficacité » : l’injonction du gouvernement inquiète les défenseurs de la nature
Le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, a écrit au président de l’autorité environnementale, Laurent Michel, concernant la « modernisation » et le « renforcement de l’efficacité » de l’évaluation environnementale.
Par Raphaëlle Besse DesmoulièresPublié le 10 avril 2026 à 11h00, modifié le 10 avril 2026 à 11h18 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/10/l-autorite-environnementale-sommee-de-gagner-en-efficacite-l-injonction-du-gouvernement-inquiete-les-defenseurs-de-la-nature_6678890_3244.html
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La lettre, datée du 27 mars, est signée de Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique. Dévoilée jeudi 9 avril par le média Contexte, elle a pour objet la « modernisation » et le « renforcement de l’efficacité » de l’évaluation environnementale. Adressée au président de l’autorité environnementale, Laurent Michel, et à ses collègues qui dirigent les 20 déclinaisons régionales de cette instance, cette missive a stupéfié les premiers concernés.
« C’est la première fois depuis sa création qu’un ministre se permet de faire des injonctions à l’autorité environnementale », déplore un bon connaisseur du dossier. Selon lui, M. Lefèvre « est persuadé, comme beaucoup de politiques, que l’évaluation environnementale ralentit les projets » et « quand on veut se débarrasser de son chien, on l’accuse d’avoir la rage ».
Instituée en 2009 pour se conformer au droit européen, l’autorité environnementale est chargée de délivrer des avis, consultatifs et rendus publics, sur les impacts sur l’environnement de grands projets ou programmes. Rattachée à l’inspection générale de l’environnement et du développement durable, elle dispose d’une certaine autonomie et ses avis peuvent être critiques comme ce fut le cas pour l’A69 ou la ligne à grande vitesse Toulouse-Bordeaux. Délivrés en amont, ils peuvent cependant inciter le responsable du projet à le modifier ou à l’améliorer, et permettre à l’instance chargée de la décision finale de la prendre en toute connaissance de cause.
« Confusion des rôles »
Jugeant que l’évaluation environnementale est « aujourd’hui encore trop souvent perçue comme une procédure administrative lourde », M. Lefèvre demande à l’autorité environnementale d’« accentuer [son] implication dans l’accompagnement en amont », quitte à « rééquilibrer la répartition de [sa] charge de travail, en réduisant le temps consacré à certains avis, notamment en assumant une stratégie d’avis tacite sur certains dossiers aux enjeux limités ». Le ministre délégué considère que les recommandations de l’autorité environnementale doivent être « constructives »,« pragmatiques », « adaptées aux réalités opérationnelles des porteurs de projet » et « guidées par un principe de proportionnalité ».
Ce dernier souhaite aussi que l’autorité partage « systématiquement [ses] doctrines et [ses] priorités avec les services déconcentrés [de l’Etat], afin d’augmenter la prévisibilité de [ses] avis ». Selon lui, « une source récurrente de difficultés » réside dans la « confusion des rôles entre [l’autorité environnementale], les services instructeurs et les autorités décisionnelles », une « ambiguïté » qui « ralentit les projets et nuit à la crédibilité même de l’évaluation environnementale ». « Il est donc impératif de clarifier la complémentarité de ces missions ». Un bilan de ces « orientations » devra lui être remis dans six mois.
L’ancien député (Renaissance) du Val-de-Marne précise enfin porter au niveau européen une « clarification » de l’une des directives européennes ayant conduit à la création de l’autorité environnementale pour « faire valoir que le cumul des fonctions d’autorité environnementale et d’autorité décisionnaire n’est pas, par elle-même, de nature à remettre en cause l’objectivité de ces autorités ou à faire naître un conflit d’intérêts ».
Contacté par Le Monde, l’entourage du ministre délégué explique que ce dernier « ne remet pas en cause l’indépendance de l’autorité environnementale » et « ne souhaite aucunement une baisse de l’ambition environnementale ». « Simplifier le processus d’autorisation environnementale, ce n’est pas détricoter ni déréguler, mais faire preuve de bon sens au service notamment de l’implantation de projets industriels », fait-on valoir.
Pour France Nature Environnement (FNE), « cela n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie environnementale ». « Ça résonne comme un sérieux rappel à l’ordre du politique et un appel à se taire et à ne plus rien dire de gênant », estime Jean-François Julliard, nouveau directeur général de FNE. Selon lui, « c’est dans la droite ligne de ce qui est porté par le gouvernement depuis un moment : une simplification qui en vrai favorise les porteurs de projet au détriment de la protection de l’environnement ».