L’écopopulisme, la recette magique du parti des Verts britanniques et de son nouveau leader Zack Polanski
Sous l’impulsion de cet ancien acteur, le Green Party entend réconcilier les exigences des classes populaires et la lutte contre le réchauffement. Une approche efficace, à en croire sa poussée récente dans l’opinion.
Par Pascal RichéPublié le 06 mai 2026 à 06h00, modifié hier à 10h23 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/06/l-ecopopulisme-recette-magique-du-parti-des-verts-britanniques_6685833_3232.html
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Un mot dans l’air. L’ascension, outre-Manche, du Green Party of England and Wales fait des envieux parmi les partis de gauche ou écologistes de l’Europe entière. Il y a de quoi, tant cette poussée a été fulgurante. En septembre 2025, un quadragénaire fougueux, Zack Polanski, prend la tête des Verts ; ancien acteur, il est juif, gay, végan et radical. Le nombre d’adhérents au mouvement se met à grimper en flèche, passant de 68 000 à près de 220 000 aujourd’hui.
En février, à la surprise générale, son parti ravit aux travaillistes l’un de leurs fiefs dans la banlieue de Manchester (nord de l’Angleterre), lors d’une élection partielle locale. En mars, les Verts talonnent dans les sondages tant les travaillistes que les conservateurs, avec des intentions de vote avoisinant 17 %. Et, lors des élections locales du jeudi 7 mai, une percée de la formation est attendue dans plusieurs villes et plusieurs arrondissements de Londres.
Le secret de Zack Polanski, mis à part son énergie ? C’est l’« écopopulisme ». Il s’agit de mettre l’écologie au service des classes populaires et de ne pas laisser l’espace « populiste » (discours antisystème, opposition entre le peuple et les élites, restauration d’une « vraie » démocratie…) au seul parti de droite radicale dirigé par Nigel Farage, Reform UK, en tête des intentions de vote.
M. Polanski explique que l’écopopulisme vise à « améliorer les conditions matérielles des gens, ici et maintenant » et à « désigner les vrais responsables » des maux environnementaux et sociaux : non pas les migrants ou les bénéficiaires de l’aide sociale, mais les milliardaires, les compagnies des eaux privatisées, les grandes entreprises prédatrices. Il lie donc étroitement l’urgence climatique aux préoccupations quotidiennes des travailleurs : logement, salaires, services publics.
« Une rupture »
« C’est la première fois qu’un parti Vert occidental se revendique ouvertement du populisme. De ce point de vue, il s’agit d’une rupture, constate Pierre Bussière, chercheur en théorie politique à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Cela semble efficace, mais pour que cela fonctionne dans la durée, cet écopopulisme devra faire l’objet d’une cohérence doctrinale qui ne peut venir que du socialisme démocratique. »
Si l’écopopulisme de M. Polanski a clairement redonné une identité et un dynamisme au Green Party, il est encore brouillon. Ce qui ne veut pas dire qu’il est dénué de toute racine idéologique. Au Royaume-Uni, un activiste et entrepreneur spécialisé dans les énergies renouvelables, Dale Vince, revendique la paternité du concept : dans un livre, Manifesto, publié en 2020 (Ebury Press), il a en effet défendu l’idée d’un « green populism » pour contrer la rhétorique simpliste des Nigel Farage, Boris Johnson, Donald Trump et autres populistes. Il se réjouit aujourd’hui que M. Polanski ait « copié-collé » son idée.
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Cependant, s’il faut chercher où se niche l’inspiration du leader du Green Party, sans doute faut-il plutôt regarder du côté du mouvement radical Extinction Rebellion (XR), dont il a été l’un des militants. « Le sens de son “écopopulisme” est bien plus structuré idéologiquement que le simple emprunt de la rhétorique de Farage prôné par Dale Vince, commente Federico Tarragoni, professeur de sociologie politique à l’université de Caen-Normandie et spécialiste du populisme. Il fait la jonction entre les enjeux environnementaux et l’utopie d’une radicalisation de la démocratie : n’oubliez pas que XR développait la proposition d’une Assemblée citoyenne globale pour le climat ! »

A l’écouter, l’écopopulisme de M. Polanski s’inscrit aussi dans le sillage des mouvements américains pour la justice environnementale qui, les premiers, ont « questionné la distribution sociale des risques écologiques et politisé le “peuple” des habitants contre les élites des industries pollueuses et des responsables politiques qui leur sont inféodés ». M. Tarragoni évoque également le Green New Deal défendu par la gauche du Parti démocrate et la victoire de Zohran Mamdani à mairie de New York.
Piège du « néolibéralisme progressiste »
Tant la campagne de M. Mamdani pour rendre New York « abordable » que celle de M. Polanski pour « rendre meilleure la vie des gens ordinaires » répondent aux réflexions de la philosophe américaine de gauche Nancy Fraser, note M. Bussière. Dans un article de 2017 publié par la revue Dissent, elle avait réhabilité le terme de « populisme ».
Selon Mme Fraser, la gauche traditionnelle s’est laissé piéger dans un « néolibéralisme progressiste » : affairée à défendre les droits des minorités et des femmes, elle a cessé de critiquer les abus du capitalisme et d’exiger de la redistribution. Résultat, les classes populaires se sont tournées vers Donald Trump. Pour Mme Fraser, seul un « populisme progressiste »peut corriger la situation, en intégrant des exigences de classe avec la défense de l’émancipation ou la lutte contre le réchauffement climatique.
Dans le même esprit, une autre intellectuelle nord-américaine engagée défend explicitement l’écopopulisme : la Canadienne Naomi Klein. Elle le définit comme un ensemble de « politiques destinées à faire baisser le coût de la vie tout en réduisant les émissions polluantes : installer des pompes à chaleur, renforcer les droits des locataires, rendre les transports publics gratuits et plus efficaces, plafonner le prix de l’énergie verte et faire financer la transition par les pollueurs ».
En France, La France insoumise occupe le terrain du « populisme progressiste ». Mais l’écopopulisme commence aussi à infuser au sein du parti Les Ecologistes. En avril, leur secrétaire nationale, Marine Tondelier, a traversé la Manche pour rencontrer ses homologues du Green Party. Elle en est revenue admirative.