La souche Bundibugyo du virus Ebola: l’OMS a décrété une urgence de santé internationale. 

Pourquoi l’épidémie causée par le virus Ebola en RDC inquiète les autorités sanitaires internationales

La République démocratique du Congo subit une nouvelle épidémie due au virus d’Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique mortelle. Plus de 100 morts sont déjà signalés, essentiellement dans la province d’Ituri, dans le nord-est de ce pays d’Afrique centrale. L’Organisation mondiale de la santé a décrété une urgence de santé internationale. 

Par Delphine RoucautePublié le 18 mai 2026 à 20h00, modifié le 19 mai 2026 à 15h08 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/18/pourquoi-la-flambee-d-ebola-en-rdc-inquiete-les-autorites-sanitaires-internationales_6691029_3244.html

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Prise de température dans le cadre des mesures de prévention contre Ebola, avant d’entrer à l’hôpital de Kyeshero, à Goma (République démocratique du Congo), le 18 mai 2026.
Prise de température dans le cadre des mesures de prévention contre Ebola, avant d’entrer à l’hôpital de Kyeshero, à Goma (République démocratique du Congo), le 18 mai 2026.  JOSPIN MWISHA/AFP

La République démocratique du Congo (RDC) est frappée par une épidémie due au virus Ebola qui sort de l’ordinaire. Si le pays a déjà enregistré 16 épidémies depuis la découverte de ce virus en 1976 sur son territoire, la situation actuelle a été jugée assez inquiétante par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour qu’elle décide de déclencher, dimanche 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Il s’agit de son deuxième niveau d’alerte le plus élevé depuis la réforme du règlement sanitaire international opérée en 2024, mais la situation « ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique », a fait savoir le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur le réseau social X.

Cette annonce intervient seulement deux jours après que les autorités sanitaires africaines ont rapporté l’apparition de cas dans la province d’Ituri, située dans le nord-est de la RDC, frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Une région riche en or, théâtre d’intenses mouvements de population en lien avec l’activité minière, et, depuis plusieurs années, d’un regain de violences menées par plusieurs groupes armés.

Selon les chiffres donnés, lundi 18 mai, par Jean Kaseya, le patron d’Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, 105 morts en lien avec le virus et près de 395 cas suspects ont été signalés. « Mais il y a probablement une sous-estimation importante du nombre de cas », souligne Yannick Simonin, professeur de virologie à l’université de Montpellier et à l’Inserm.

D’autant que l’épidémie a déjà franchi les frontières de la province. Samedi, deux cas, dont un mort, ont été signalés en Ouganda, concernant des personnes de retour d’un voyage en RDC. Dimanche, un cas a été confirmé à Goma, ville de RDC contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23, située à plus de 500 kilomètres au sud.

« Le problème, c’est qu’on ne sait pas jusqu’où le virus a pu se propager, alerte Esther Sterk, référente maladies tropicales à l’ONG Médecins sans frontières (MSF), qui souligne que neuf zones de santé du pays sont d’ores et déjà concernées par des cas suspects. L’alerte de l’OMS va permettre d’attirer l’attention de l’aide internationale, car on a urgemment besoin des autres acteurs pour contrôler l’épidémie. »

Quel est le virus à l’origine de l’épidémie ?

La souche Bundibugyo du virus Ebola a été détectée dans les premiers échantillons. En réalité, seuls neuf cas ont pu être confirmés en laboratoire à ce stade.

Identifiée en 2007, cette souche n’a été à l’origine que de deux épidémies ces vingt dernières années : en 2007 en Ouganda, où 42 morts ont été enregistrés sur 131 cas confirmés, puis en 2012 en RDC (13 morts sur 38 cas confirmés). Il s’agit donc d’une souche peu commune et mal connue, contrairement à la souche Zaïre, découverte en 1976, à l’origine des plus grandes épidémies causée par le virus Ebola connues à ce jour, des flambées épidémiques qui ont fait au moins 11 000 morts entre 2013 et 2016 en Afrique de l’Ouest et plus de 2 000 morts entre 2018 et 2020 en RDC.

« Il s’agit seulement de la troisième épidémie causée par la souche Bundibugyo ; c’est ça le gros problème : il n’y a pas encore eu beaucoup de recherche sur cette souche », souligne Eric Delaporte, professeur de maladies infectieuses à l’université de Montpellier.

Comment se transmet le virus ?

Ebola est une zoonose, un virus qui passe des animaux aux humains. La maladie se transmet ensuite entre humains par les fluides corporels émis par les malades (vomi, excréments, urine, sperme) lorsqu’ils entrent en contact au niveau des muqueuses ou de lésions de la peau. La priorité, pour contrôler une épidémie, est donc d’isoler les malades et les cas contacts, qui deviennent infectieux à l’apparition des premiers symptômes.

Le temps d’incubation variant de deux à vingt et un jours, tout l’enjeu est de parvenir à maintenir la surveillance sur le temps long. Des mesures compliquées à mettre en place en zone urbaine, comme à Goma, où de nombreuses personnes vivent dans des camps de réfugiés et dans de mauvaises conditions d’hygiène.

Existe-t-il des traitements contre ce virus ?

Si un vaccin et des traitements ont montré leur efficacité contre la souche Zaïre, ils n’ont pas fait leurs preuves contre la souche Bundibugyo. « Toutes les conditions sont réunies pour que le pays doive faire face à la même situation que lors de l’épidémie de 2018, qui est la deuxième plus grosse épidémie [due à] Ebola connue, sauf que l’on n’a pas d’outils à disposition pour lutter contre le virus », s’inquiète Eric Delaporte.

Un cocktail d’anticorps monoclonaux, ces anticorps de synthèse injectés directement aux malades, nommé « MBP134 », a montré des résultats prometteurs dans le cadre de tests précliniques menés sur des primates. Mais il n’a pas encore été testé sur des humains, encore moins validé dans un usage à grande échelle.

Pour ce qui est des vaccins, il en existe actuellement deux contre la souche Zaïre et validés par l’OMS, mais la littérature scientifique ne précise pas clairement s’ils permettent une forme de protection contre la souche Bundibugyo. « Les connaissances sur Ebola viennent beaucoup du virus Zaïre et ne sont pas forcément transposables à la souche Bundibugyo », relève Yannick Simonin.

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En conséquence, les seuls traitements disponibles visent à atténuer les symptômes. La maladie débute par des signes proches de ceux de la grippe (fièvre, douleurs musculaires), suivis au bout de quelques jours par des vomissements, des diarrhées, des éruptions cutanées et, dans les cas les plus graves, d’hémorragies internes et externes. Les médecins s’emploient donc à limiter la déshydratation des malades et à faire baisser la fièvre. « Nous donnons aussi souvent des antibiotiques pour lutter contre les autres maladies que les malades pourraient avoir en même temps », ajoute Esther Sterk, de MSF.

Outre l’activation de la mobilisation internationale, le déclenchement de l’USPPI permettra peut-être d’accélérer le financement de protocoles de recherche interventionnelle pour évaluer le potentiel des anticorps monoclonaux et des vaccins existants, espèrent les chercheurs. « On court après les virus, on est toujours dans la réaction plutôt que dans la prévention car les financements ne sont pas assez nombreux sur les virus émergents », déplore Yannick Simonin.

Quelle est la létalité de la maladie ?

En l’absence de traitements spécifiques, la létalité des infections à virus Ebola dépend essentiellement de la précocité et de la qualité de la prise en charge. Or, les premiers symptômes sont souvent confondus avec ceux du paludisme, très présent dans la région, ce qui peut retarder la prise en charge, tout comme la mise en œuvre des mesures d’isolement, essentielles pour éviter les infections secondaires de la famille comme des soignants.

Si la létalité d’Ebola a pu atteindre 90 % des malades lors de certaines flambées épidémiques, elle est en moyenne de 70 % sans aucune prise en charge. Les deux dernières épidémies causées par la souche Bundibugyo ont montré une létalité variant de 25 % à 50 %, ce qui correspond pour le moment aux remontées de terrain.

Pourquoi l’OMS ne déclenche l’urgence de santé publique que maintenant ?

Les premiers cas remontent à avril, voire mars, selon différentes sources. Mais l’OMS n’a été informée de cas suspects d’Ebola que le 5 mai. Une équipe a alors été envoyée sur place, mais les premiers tests se sont révélés négatifs, car le matériel utilisé sur le terrain ne ciblait que la souche Zaïre. Les échantillons envoyés à l’Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa se sont finalement révélés positifs au virus Ebola jeudi 14 mai. La souche Bundibugyo a été identifiée le lendemain, et l’urgence de santé publique de portée internationale encore deux jours plus tard.

Ce retard à l’allumage a très certainement favorisé la dissémination du virus dans la région. La menace concerne désormais également l’Ouganda voisin« On ne connaît pas la dynamique réelle de l’épidémie, d’où la réaction de l’OMS, avertit Yannick Simonin. Il ne s’agit pas d’une épidémie [causée par le virus] Ebola comme les autres. »

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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