« Une fois encore, les arrêts maladie sont convoqués au banc des économies. »

« Arrêts maladie : “Pousser les personnes à reprendre le travail trop tôt peut avoir des conséquences catastrophiques sur leur santé” »

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Date de publication : 4 novembre 2026  https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=ecbfef8714b2066c8698c0be07cb9c81&id_newsletter=24571&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=24571&from=newsletter&slnk=9

Temps de lecture: 4 min


Anaïs Moran observe dans Libération : « Une fois encore, les arrêts maladie sont convoqués au banc des économies. Jugeant leur facture trop lourde pour les finances publiques, le gouvernement s’est fixé l’objectif de réduire leur coût de 2 milliards d’euros ».


La journaliste explique qu’« outre les dispositions prévues dans les textes budgétaires pour 2027 visant à durcir le régime de plusieurs indemnités journalières (…), l’exécutif vient de missionner les partenaires sociaux pour plancher, en parallèle, sur une «réforme structurelle» des arrêts maladie qui viendra compléter le dispositif ».


« Leurs propositions sont attendues le 19 décembre et doivent permettre de dégager «1 milliard d’euros d’économies» sur l’objectif national des dépenses d’assurance maladie, fixé dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) », précise Anaïs Moran.


Elle indique en effet que « la progression des dépenses liées aux arrêts maladie est réelle : […] la Cnam a versé 17,9 milliards d’euros d’indemnités journalières pour raison de santé aux travailleurs du privé en 2025 – soit une hausse de 7 milliards d’euros par rapport à 2016.

En revanche, les remèdes avancés pour enrayer cette hausse sont loin de faire consensus. […] Le contenu définitif de cette «réforme» est loin d’être acté, mais l’exécutif a déjà donné le ton : il ne veut épargner ni les arrêts courts, ni les arrêts longs ».


Anaïs Moran indique que « ce mercredi 4 novembre, syndicats et organisations patronales se retrouvent au siège du Medef pour une première séance de travail consacrée à l’audition de spécialistes, avant d’entrer dans le vif des discussions.

Parmi les experts entendus figure Dominique Lhuilier, professeure émérite de psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers ».

Dans un entretien, la journaliste interroge : « Le gouvernement a serré la vis sur les arrêts longs en publiant un décret raccourcissant de 3 à 1 an la durée maximale d’indemnisation des assurés sociaux en affection longue durée (ALD) dite «non exonérante».

Par ailleurs, le projet de loi de finances pour 2027 prévoit qu’une partie des indemnités journalières versées au titre des ALD soient soumises à l’impôt sur le revenu. Qu’en pensez-vous ? ».


Dominique Lhuilier répond que « ce décret est révoltant car il rogne sur les droits des personnes dont la santé est déjà fragilisée. Bien sûr, toutes les maladies ne se valent pas, les pronostics vitaux ne sont pas les mêmes entre une personne atteinte d’un cancer et des personnes atteintes de troubles musculosquelettiques, par exemple, ou de dépression modérée ».


« Mais on ne guérit pas nécessairement d’une lombalgie chronique ou du syndrome du canal carpien en moins d’un an, pas plus qu’on ne se remet d’un burn-out dans ce délai.

Pousser les personnes à reprendre le travail trop tôt peut avoir des conséquences catastrophiques sur leur santé, sur leur capacité à rester en emploi et, in fine, sur les finances publiques », poursuit l’experte.


Elle indique que « toutes les études montrent que la chasse aux arrêts maladie et la réduction à tout prix de leur durée provoquent une augmentation des arrêts longs, et génèrent des dépenses pour la Sécurité sociale bien plus élevées ».


Dominique Lhuilier ajoute que « la suspicion est devenue le principal moteur des politiques publiques. Comme si les individus étaient par nature des tricheurs ou des flemmards. Sauf que c’est un non-sujet. Selon les analyses de la Cnam et de la Dress, la forte hausse des arrêts s’explique essentiellement par l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques, le vieillissement de la population active, et la dégradation des conditions de travail. […]

L’exécutif revient à la charge, oubliant la fonction première des arrêts maladie : le droit de se soigner. Il est temps de remettre la santé au centre du débat ».

La psychologue remarque en outre que « la durée d’un premier arrêt de travail est désormais limitée à 31 jours, et son renouvellement à 62 jours. Cela constitue un signal de défiance adressé aux médecins, accréditant l’idée d’un certain laxisme dans leur pratique.

L’actuel appel du gouvernement à «responsabiliser les acteurs» laisse entendre que la mise sous surveillance de leur liberté de prescription n’est pas terminée ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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