COP 17 : la restauration des écosystèmes dégradés nécessite un quadruplement des financements
Un rapport de l’ONU publié dans le cadre de la COP 17 d’Erevan révèle que 252 millions d’hectares dans 149 pays sont en cours de restauration. Mais les financements doivent quadrupler et les écosystèmes aquatiques sont à la peine.
Biodiversité | 29.10.2026 | L. Radisson

© Unep/ Samuel Díaz FernándezLa zone humide restaurée de la Ciénaga de Mallorquin, située dans la ville de Barranquilla (Colombie)
LES POINTS À RETENIR
- 252 millions d’hectares sont en cours de restauration dans 149 pays.
- Les financements annuels doivent passer de 64 à 296 milliards de dollars d’ici 2030.
- Les écosystèmes aquatiques et marins accusent un retard significatif sur les objectifs.
« Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence de l’un des plus grands mouvements en faveur de la nature jamais enregistrés dans l’histoire. Pourtant, (…) nous ne restaurons toujours pas la nature à l’échelle ni à la vitesse requises », déclare Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue).
Dans le cadre de la COP Biodiversité d’Erevan (COP 17), qui s’achève le 30 octobre, le Pnue a présenté conjointement avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) un rapport intitulé « Le retour de la nature » (1) , qui porte sur les progrès accomplis sur le plan mondial en matière de restauration des écosystèmes dégradés.
Restaurer des milliards d’hectares à travers le monde
La communauté internationale s’est fixée des objectifs de restauration à travers plusieurs initiatives : la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes (2021-2030), lancée par l’Assemblée générale des Nations unies et qui vise à restaurer des milliards d’hectares ; le cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (GBF) dont la cible 2 prévoit que 30 % des écosystèmes dégradés fassent l’objet d’une restauration effective d’ici à 2030.“ D’ici 2030, nous devons transformer des initiatives inspirantes en une action systémique ”Inger Andersen, directrice exécutive du Pnue
Depuis le lancement de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, son réseau de partenaires s’est élargi au-delà des États pour compter plus de 300 organisations réparties dans toutes les régions du monde, indique le Pnue. Le rapport, fondé sur des données fournies par les États et la FAO, établit que 252 millions d’hectares (Mha) sont en cours de restauration dans 149 pays et qu’ils génèrent plus d’un million d’emplois.
À l’occasion de la présentation du rapport, cinq initiatives de restauration remarquables, en Chine, en Colombie, en Éthiopie, en Italie et aux États-Unis, ont été mises à l’honneur. Ainsi, en Colombie, c’est une initiative de restauration de zones humides en milieu urbain qui a été reconnue comme « Initiative phare mondiale pour la restauration » par l’ONU. Le projet a permis de restaurer 445 hectares de la zone humide côtière de la Ciénaga de Mallorquin, située dans la ville de Barranquilla, avec un objectif de 740 hectares d’ici à 2030. « L’initiative se veut un modèle alliant restauration de la nature et développement urbain ; elle réussit à conjuguer rétablissement de la biodiversité, accès du public, moyens de subsistance pour les communautés et gestion à long terme des espaces naturels », se félicite le Pnue.
Disparités géographiques et par écosystèmes
Des disparités géographiques, ainsi que par types d’écosystèmes, sont toutefois constatées dans la restauration. Sur le premier plan et en retenant une approche par continent, le rapport révèle que l’Asie vire en tête et que l’Océanie ferme la marche : 192,2 Mha en cours de restauration en Asie, 36,3 Mha en Afrique, 9,1 Mha en Europe, 5,8 Mha en Amérique du Nord et centrale, 5,4 Mha en Amérique du Sud et 3,2 Mha en Océanie.
En termes d’écosystèmes, les résultats sont moins mauvais concernant les milieux terrestres. La restauration de ces derniers a atteint près de la moitié de l’objectif mondial pour 2030. En revanche, « seuls 11 Mha d’écosystèmes d’eau douce et 5,7 Mha d’écosystèmes marins et côtiers, répartis respectivement dans 62 et 46 pays, font l’objet de travaux de restauration documentés », indique le Pnue, et ce, alors que ces écosystèmes sont aussi ceux qui se dégradent le plus rapidement. Ce dernier positive toutefois en relevant que la part des Parties à la convention sur la diversité biologique ayant déclaré la mise en œuvre de programmes de restauration ou de réhabilitation des zones humides est passée de 8 à 54 % depuis 2022.
Outre la faiblesse de la restauration sur les milieux humides, le rapport pointe aussi l’insuffisance des financements. Il est nécessaire que ceux-ci passent de 64 milliards de dollars par an (Md$/an) à 296 Md$/an d’ici à 2030, les besoins d’investissement les plus importants concernent l’agroforesterie (87 Md$/an), le reboisement à vocation restauratrice (52 Md$/an), la restauration des tourbières (44 Md$/an) et celle des herbiers marins (28 Md$/an). Ces investissements pourraient permettre la création de près de 32 millions de nouveaux emplois dans le monde, estiment les auteurs du rapport.
« D’ici 2030, nous devons transformer des initiatives inspirantes en une action systémique, en passant à des modèles économiques axés sur la restauration, qui protègent ce qui subsiste et restaurent ce qui a été dégradé », réclame Inger Andersen.1. Télécharger le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48744-Restoration-Progress-Report-Natures-comeback.pdf
Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement