Depuis que le résultat est tombé, dimanche 11 octobre, les militants du Parti socialiste (PS) semblent sonnés.

Présidentielle 2027 : la primaire à gauche a laissé les militants du PS déboussolés

Les adhérents des sections socialistes de Rennes et de Chalon-sur-Saône, ébranlés par les résultats éliminant leur premier secrétaire, Olivier Faure, s’interrogent sur la façon dont ils vont mener campagne et sur l’avenir de leur parti.

Par Sylvia Zappi

Publié le 20 octobre 2026 à 14h00, modifié le 22 octobre 2026 à 15h48 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/20/presidentielle-2027-la-primaire-a-gauche-a-laisse-les-militants-du-ps-deboussoles_6797915_823448.html

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Militants et adhérents socialistes de la section Rennes-Nord, lors d’une réunion de rentrée à Rennes, le 15 septembre 2026.
Militants et adhérents socialistes de la section Rennes-Nord, lors d’une réunion de rentrée à Rennes, le 15 septembre 2026.  KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Depuis que le résultat est tombé, dimanche 11 octobre, les militants du Parti socialiste (PS) semblent sonnés. Certains avaient déjà été déboussolés par les débats virulents opposant les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate. L’annonce de la victoire écrasante du fondateur de Place publique, Raphaël Glucksmann, élu à 66 % dès le premier tour, a plongé plus d’un adhérent PS dans le doute.

Les militants interrogés des sections de Rennes et de Chalons-sur-Saône (Saône-et-Loire) ne remettent pas en question la victoire évidente du député européen, mais demeurent dans l’expectative quant à la bataille électorale à venir. Mis à part celles et ceux qui avaient soutenu dès le départ Raphaël Glucksmann, ils sont nombreux à hésiter à s’engager dans la campagne alors que le candidat, issu d’une formation récente, a besoin des forces militantes socialistes.

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Dans la section de Rennes-Nord, la sidération face au score final obtenu par Olivier Faure (14 %) se mêle de colère. Ses 70 membres constituent le noyau militant historique de l’implantation socialiste au centre-ville de la cité bretonne. Ici, le premier secrétaire a obtenu l’écrasante majorité des suffrages. La plupart sont des adhérents de longue date, quinquagénaires ou retraités, qui ont connu les belles années du parti à la rose. « On ne s’attendait pas à ça… », admet Marc Kergomard, secrétaire de section.

L’ingénieur des télécoms à l’allure bonhomme raconte que, depuis le soir des résultats, de nombreux jeunes lui ont expliqué ne pas vouloir faire campagne, agacés par « l’obsession LFIste » de Raphaël Glucksmann. « Quel candidat est capable d’être élu sans les autres avec une gauche à 30 % ? C’est d’une telle bêtise de croire le contraire, dit-il, avant de livrer un sentiment partagé par la base. Aller sur les marchés donner des tracts Glucksmann pour se faire traiter de “social-traître”, on a déjà donné avec la campagne d’Hidalgo. »

« Un programme reprenant notre projet »

Plusieurs militants disent aussi leur profonde déception de ne pas avoir de candidat issu du Parti socialiste. Claude Gloaguen, retraitée et partisane d’Olivier Faure, parle encore de ce « coup de poing dans le plexus » qu’elle a ressenti à l’annonce des résultats. « La dispersion des socialistes a été dommageable et l’effacement du PS est en marche. Mais on a voté pour un programme, et il faut qu’on négocie avec Glucksmann sur ce qu’il va défendre », assure cette septuagénaire énergique, qui dit s’interroger sur sa participation à la campagne. Comme d’autres, elle attend de voir, espérant que le candidat désigné se tourne vers les autres forces de gauche.

Intervention d’Olivier Faure après l’annonce des résultats donnant Raphaël Glucksmann vainqueur, à Paris, le 11 octobre 2026.
Intervention d’Olivier Faure après l’annonce des résultats donnant Raphaël Glucksmann vainqueur, à Paris, le 11 octobre 2026.  MARIE MAGNIN/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Benoît Pommier, lors d’une réunion de rentrée de la section Rennes-Nord du Parti socialiste, à Rennes, le 15 septembre 2026.
Benoît Pommier, lors d’une réunion de rentrée de la section Rennes-Nord du Parti socialiste, à Rennes, le 15 septembre 2026.  KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Un leitmotiv chez ces socialistes : eux militent dans une ville gouvernée par une maire, Nathalie Appéré, élue sur une liste d’union de la gauche lors des élections municipales de mars. A Rennes, le rassemblement, même avec La France insoumise (LFI), est une boussole politique. « Pour me projeter dans la campagne, j’attends que le candidat respecte la charte de la primaire de tout faire pour un rassemblement de la gauche, des Ecologistes en passant par le Parti communiste et [François] Ruffin. Ce n’est pas le meilleur candidat pour les convaincre, mais faut qu’il y aille », assure Daniel Duillon, ancien fonctionnaire.

Même attente chez Benoît Pommier, infirmier de 40 ans qui veut se laisser du temps pour « digérer » : « Je vais voir ce qu’il va faire, mais j’ai besoin d’être rassuré sur ma gauche. » Les interviews données par le fondateur de Place publique au lendemain de la primaire ne l’ont pas tranquillisé, dit-il.

Hervé Riboulot, un des deux seuls à avoir voté pour le député européen, reconnaît que ses camarades ont des préventions contre son champion. « Beaucoup, dans le parti, tiennent Glucksmann pour un bobo parisien. Pour nous mettre en mouvement, il faut qu’il élabore un programme reprenant notre projet. Sinon, je suis inquiet de la mobilisation de notre section », souligne-t-il. Cette interrogation sur la capacité des troupes à s’engager derrière Raphaël Glucksmann est partagée par la secrétaire fédérale, Laurence Duffaud : « Le plus dur commence pour un candidat qui va avoir besoin de forces militantes, car ici, Place publique n’existe pas », constate-t-elle.

Le secrétaire de la section de Chalon-sur-Saône se veut, lui, plus optimiste pour les mois à venir, même s’il reconnaît un certain attentisme de la base. Dans cette ville industrielle, le vote utile a pesé et les voix se sont davantage équilibrées entre le numéro un du PS et celui de Place publique. Les partisans de l’eurodéputé se montrent pourtant préoccupés, à l’image de Patrick Larue, ancien professeur d’histoire de 71 ans : « J’ai envie d’être un soutien actif et de convaincre autour de moi, mais Glucksmann va avoir du mal avec ses propositions raisonnables. Il a un peu trop répété “pas d’alliance avec LFI” et sa campagne ne commence pas très bien avec les attaques contre lui. »

Militants et adhérents socialistes de la section Rennes-Nord, lors d’une réunion de rentrée à Rennes, le 15 septembre 2026.
Militants et adhérents socialistes de la section Rennes-Nord, lors d’une réunion de rentrée à Rennes, le 15 septembre 2026.  KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

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L’absence d’un candidat estampillé socialiste laisse également des traces en interne. Julie Belda, 86 ans, qui a voté pour le député européen pour « éviter Olivier Faure », se dit « très contente » de sa désignation, mais ajoute aussitôt : « Il ne sera pas au second tour… et puis on n’a pas de candidat socialiste avec la rose. » Derrière ce regret pointe aussi la crainte de voir disparaître le projet du parti tout juste adopté.

« La ligne est tranchée, il faut maintenant aller parler aux Français », lâche Thomas Bonnot Cauvin, animateur fédéral des Jeunes socialistes. Bon soldat, le jeune homme de 19 ans qui avait voté Olivier Faure explique qu’il va s’investir. Mais pour lui, l’union est encore à défendre, malgré tout : « Il doit aller parler à Marine Tondelier, Clémentine Autain, Fabien Roussel. Ce n’est pas chacun dans son coin, et encore moins avec les forces de Gabriel Attal qu’on réussira ! »Elise Guiraud, 24 ans, qui a récemment adhéré au PS, n’en sera pas : « Je vais suivre, mais ne serai pas plus impliquée que ça. Je ne le trouve pas “impactant” dans ses interviews. » A la fédération, on se montre patient : « Je pense que tout le monde attend le premier sondage qui donne une belle dynamique », lance Clément Mugnier, secrétaire général de la section, résumant l’attentisme et les doutes des troupes socialistes.

Sylvia Zappi

Voir aussi:

Raphaël Glucksmann. équilibriste: rupture totale avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon tout en évitant de s’ajouter aux critiques visant LFI
https://environnementsantepolitique.fr/?p=82363

Présidentielle : Raphaël Glucksmann peut-il rassembler la gauche ?https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=81912&action=edit

C’est la stratégie d’alliance avec La France insoumise (LFI) qui a électrisé toute la fin de la première émission sur la primaire à gauche – S’y est ajouté Gaza pour la seconde et les vidéos de Glucksmann pour la troisième. https://environnementsantepolitique.fr/2026/09/25/80469/

https://www.mediapart.fr/journal/politique/200926/primaire-socialiste-le-grand-bond-en-arriere?utm_source=hebdo-20260926-050125&utm_medium=email&utm_campaign=HEBDO&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[HEBDO]-hebdo-20260926-050125&M_BT=115359655566

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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