Raphaël Glucksmann. équilibriste: rupture totale avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon tout en évitant de s’ajouter aux critiques visant LFI

Mobilisation du 17 octobre : Raphaël Glucksmann, absent du terrain, tente de rattraper le mouvement

Le candidat du Parti socialiste et de Place publique à l’élection présidentielle a défendu une ligne de fermeté après les violences de samedi, tout en renvoyant la responsabilité du chaos au gouvernement.

Par Robin Richardot Publié le 20 octobre 2026 à 10h30, modifié le 20 octobre 2026 à 10h41 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/20/mobilisation-du-17-octobre-absent-du-terrain-raphael-glucksmann-tente-de-rattraper-le-mouvement_6797887_823448.html

Temps de Lecture 3 min

Raphaël Glucksmann, candidat du Parti socialiste et de Place publique à l’élection présidentielle de 2027, lors d’un rassemblement organisé par l’Association des maires de France devant l’hôtel de ville de Paris, le 19 octobre 2026.
Raphaël Glucksmann, candidat du Parti socialiste et de Place publique à l’élection présidentielle de 2027, lors d’un rassemblement organisé par l’Association des maires de France devant l’hôtel de ville de Paris, le 19 octobre 2026.  ABDUL SABOOR/REUTERS

Après quarante-huit heures de quasi-silence, Raphaël Glucksmann a pris la parole, lundi 19 octobre. Présent au rassemblement devant l’Hôtel de ville de Paris, à l’appel du maire socialiste, Emmanuel Grégoire, après les violences qui ont émaillé la mobilisation sociale du 17 octobre, le coprésident de Place publique s’est livré à un jeu d’équilibriste pour condamner fermement les exactions des pilleurs et des casseurs, tout en soulignant la nécessité de répondre aux revendications des manifestants.

Lire aussi | EN DIRECT, manifestation du 17 octobre : « On n’a pas besoin de l’état d’urgence », affirme Gérald Darmanin

La famille sociale-démocrate, représentée par le candidat à la présidentielle de 2027, peine à être entendue au milieu des passes d’armes entre La France insoumise (LFI) et le camp présidentiel.

Soucieux de ne pas être associé aux critiques visant LFI, et dans la lignée de son discours de rupture totale avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann a d’abord appelé à une « réponse ferme » de l’Etat face aux « mouvements ultraviolents et [aux] pillards qui s’attaquent aux symboles de l’Etat, aux services publics et aux commerçants ».

L’eurodéputé a approuvé les couvre-feux partiels annoncés dans plusieurs villes comme à Paris, à Lyon, à Lille ou à Nice. « Tout ce qui permettra le retour à l’ordre civil, si c’est limité et si ça correspond à la Constitution, est le bienvenu. Il faut qu’on revienne à un Etat normal », a-t-il assumé. A gauche, ce discours iconoclaste a été pris avec froideur. « Il estime que si la gauche n’est pas capable d’écouter le besoin rapide de paix publique venant de nos concitoyens, elle sera disqualifiée », explique l’eurodéputé socialiste François Kalfon.

Aligné avec LFI

Voilà l’autre jambe des sociaux-démocrates : écouter les revendications légitimes des lycéens et des manifestants contre la vie chère. « Il faut apporter des réponses politiques à des revendications politiques », martèle l’essayiste. Lui défend son « plan de sauvetage » de l’école publique sur cinq ans, qui comprend une hausse de la rémunération des enseignants, une baisse du nombre d’élèves par classe et la rénovation du bâti scolaire. Il prévoit aussi la suppression de Parcoursup, une des principales revendications des lycéens.

Une fois n’est pas coutume, les équipes de Raphaël Glucksmann se retrouvent donc alignées avec LFI dans les critiques à adresser au gouvernement. Le candidat de Place publique reprend même le terme de « pourrissement », rabâché par les « insoumis » tout au long du week-end, pour qualifier l’inaction stratégique de l’exécutif depuis le début de la mobilisation lycéenne.

De même sur la gestion du maintien de l’ordre : « Les comptables du chaos du week-end sont les membres du gouvernement qui n’ont pas été capables d’assurer un ordre républicain. Ce n’est pas en rejetant la faute sur je ne sais qui qu’ils pourront se dégager de cette responsabilité », estime Marie-Pierre de La Gontrie, sénatrice socialiste de Paris.

Pourtant peu tendres avec les « insoumis », les soutiens de Raphaël Glucksmann se montraient gênés lundi par les attaques jugées trop faciles et trompeuses du gouvernement envers LFI. Cela n’a pas empêché quelques piques adressées au mouvement de Jean-Luc Mélenchon, accusé d’être « le marchepied de l’extrême droite » par l’essayiste, qui reproche au quadruple candidat à la présidentielle son ambiguïté sur les violences du week-end et son approbation du slogan « ACAB » (« All Cops Are Bastards », « tous les flics sont des bâtards »).

Retrait des mobilisations

Mais pour la gauche sociale-démocrate, l’enjeu est déjà d’être audible. « Cette parole sociale-démocrate est attendue et entendue, veut croire le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud, qui demande une commission d’enquête parlementaire. Chacun voit bien l’intérêt d’une parole de gauche démocratique, qui ne joue pas la conflictualité. »

Le politiste Antoine Bristielle, directeur de l’observatoire de l’opinion de la Fondation Jean Jaurès, ne partage pas cet optimisme : « Cette gauche tente de faire exister une double critique à la fois de LFI et du pouvoir en place. Mais sur les violences et les “insoumis”, il existe des paroles de droite beaucoup plus fortes et clivantes. Et sur le soutien aux mobilisations, LFI est à l’avant-poste des revendications. Des deux côtés, la gauche sociale-démocrate est surpassée dans le débat public », analyse-t-il.

La famille socialiste paie aussi son retrait des mobilisations ces dernières semaines, tandis que les parlementaires « insoumis » labouraient le terrain d’un mouvement de jeunesse largement acquis à Jean-Luc Mélenchon. La démonstration était criante samedi 17 octobre : le leader de LFI a été de nouveau acclamé par la foule, alors que les sociaux-démocrates étaient aux abonnés absents, Raphaël Glucksmann estimant que le rôle d’un élu de gauche n’est pas d’être présent dans une manifestation, mais d’y apporter des réponses politiques.

En réalité, le candidat est aussi conscient de l’hostilité qui lui serait réservée dans les mobilisations. Le cofondateur de Place publique est régulièrement moqué et ridiculisé par les sphères « insoumises » sur les réseaux sociaux, qui le classent du côté de la « fausse gauche ». Enfariné le soir de sa victoire à la primaire, dimanche 11 octobre, Raphaël Glucksmann a encore vu, lundi, son point presse à l’Hôtel de ville de Paris perturbé par un sympathisant LFI. « Cela crée un climat absolument délétère », avait regretté le matin même, sur RTL, l’eurodéputé, qui n’a toujours pas organisé de déplacement officiel depuis sa désignation comme candidat à la présidentielle.

Robin Richardot

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Votre commentaire