Décréter l’état d’urgence, déployer des forces armées, instaurer une présomption de légitimité de l’usage de la force par les policiers et les gendarmes…Toujours plus de répression !

Après le 17 octobre, le RN et la droite en plein accès de fièvre autoritaire

Décréter l’état d’urgence, déployer des forces armées, instaurer une présomption de légitimité de l’usage de la force par les policiers et les gendarmes… De Gabriel Attal à Jordan Bardella, les réponses avancées au 17 octobre témoignent de la fusion de fait de la droite et de l’extrême droite sur les sujets sécuritaires.

Alexandre Berteau et Mathieu Dejean

19 octobre 2026 à 20h36

https://www.mediapart.fr/journal/politique/191026/apres-le-17-octobre-le-rn-et-la-droite-en-plein-acces-de-fievre-autoritaire?utm_source=quotidienne-20261019-201011&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20261019-201011&M_BT=115359655566

Les apôtres de « l’union des droites » savourent le moment. Plus que jamais, les mots de la droite et de l’extrême droite se confondent pour commenter les scènes de chaos qui ont émaillé la mobilisation massive du 17 octobre. « Les barbares reviendront car ils ont vu que l’État était faible », a prévenu sur France Inter le candidat Les Républicains (LR) à la présidentielle, Bruno Retailleau, précisant qu’il s’agissait pour lui de personnes « décivilisées ».

Au micro de CNews et d’Europe 1 le lendemain, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, dépeignait quant à lui « des prédateurs de banlieues, des hordes déracinées de sauvages »ayant traversé « le périphérique » des grandes villes pour les piller.

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© Photomontage Mediapart avec l’AFP

« On est dans une question civilisationnelle », a pour sa part affirmé le patron de Renaissance, Gabriel Attal, sur RTL, fustigeant « une partie de la jeunesse qui considère qu’il n’y a aucun collectif », et assumant que « s’il faut avoir recours à des forces armées [pour protéger des bâtiments publics], il faut le faire ». En conférence de presse, le matin même, Jordan Bardella s’est amusé de cette surenchère verbale, qui gagne jusqu’au camp macroniste. « Pour exister, [Gabriel Attal] veut se placer à droite du Rassemblement national », a-t-il raillé.

La formation d’extrême droite jubile de voir ses adversaires de droite s’inspirer une nouvelle fois de ses mots et de son programme, mais se pense la mieux placée pour tirer profit de cette crise. Au moment où il cherche à s’extirper du scandale déclenché par la révélation des écrits antisémites de jeunesse de Jordan Bardella, le mouvement lepéniste trouve ici une occasion rêvée de justifier le « choc d’autorité » qu’il promet en cas d’arrivée au pouvoir en 2027.

Priorité à la répression

Marine Le Pen elle-même a saisi l’enjeu du moment. Au soir d’une journée marquée par d’innombrables scènes de violences, la cheffe de file du RN a diffusé une allocution solennelle, avant même que le président de la République ne s’exprime. Comme si elle s’était déjà installée à l’Élysée, elle s’est adressée aux Français·es, assise à son bureau, sa robe noire d’avocate bien en évidence à l’arrière-plan – bien que celle-ci ne lui ait pas servi depuis près de trente ans.

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La quadruple candidate à l’élection présidentielle s’est engagée à appliquer « la règle du casseur-payeur » si elle accède au pouvoir. « Tu casses, tu payes », « tu touches à un policier, tu dors en prison », a abondé son premier ministre putatif, Jordan Bardella, sur CNews et Europe 1, recyclant à son tour la formule lancée en 2024 par Gabriel Attal : « Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies. Tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter. »

En conférence de presse, le bras droit de Marine Le Pen, deux fois condamnée pour détournement de fonds publics, a fustigé « cinq décennies de laxisme en matière pénale ». Avant de détailler l’« arsenal » répressif que son parti mettrait en place pour « rétablir la sécurité et l’ordre » : abaissement de la majorité pénale à 16 ans, résurrection des peines plancher, suspension des allocations familiales pour les « familles de délinquants récidivistes », instauration de la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre (adoptée en première lecture à l’Assemblée en juillet grâce aux voix du camp présidentiel et du RN)…

Lundi soir, son allié de l’Union des droites pour la République (UDR), le maire de Nice Éric Ciotti, a annoncé instaurer un couvre-feu à 21 heures pour les mineur·es dans sa ville dès lundi.

L’objectif de Jean-Luc Mélenchon n’est pas d’être président de la République, c’est la guerre civile en France.

Jordan Bardella

Sur le plan carcéral, le mouvement lepéniste, qui promet la création de quarante mille places de prison, n’hésite pas à s’inspirer de Nayib Bukele, le président autoritaire du Salvador. Celui-ci en a construit le même nombre « en six mois », a vanté Jordan Bardella lundi matin, alors que les conditions de détention de ces milliers de prisonniers entassés dans cette « méga-prison » ont indigné les organisations de défense des droits humains.

Le président du RN a également appelé à « dissoudre toutes les organisations d’ultragauche », sans un mot pour les groupuscules d’extrême droite, pourtant considérés par le renseignement intérieur comme l’une des premières menaces terroristes en France après le djihadisme. Un oubli d’autant plus parlant que le RN continue de financer des figures de l’extrême droite violente, voire de recruterdans ses rangs. Un des principaux prestataires en communication du parti au Parlement européen a d’ailleurs été identifié par StreetPress, ceinture en cuir à la main en guise d’arme, dans des vidéos d’affrontements entre militants identitaires et antiracistes lors de la journée du 17 octobre à Rouen (Seine-Maritime).

Les propositions et les discours émanant du reste de la droite témoignent de son rapprochement accéléré avec l’extrême droite. Dans l’analyse des faits, tous saisissent l’opportunité d’instruire le procès de La France insoumise (LFI). Le gouvernement avait ouvert le bal très tôt en affirmant que le mouvement lycéen était manipulé par « LFI et ses proxys de l’ultragauche », selon les mots du premier ministre, Sébastien Lecornu. Jordan Bardella a choisi quasiment les mêmes termes en désignant l’« ultragauche » comme la « branche armée de La France insoumise ». « L’objectif de Jean-Luc Mélenchon n’est pas d’être président de la République, c’est la guerre civile en France », a-t-il asséné.

Bruno Retailleau plus radical que le RN

Logiquement, LFI est donc jugée responsable d’avoir « nourri, alimenté » la violence, selon le candidat Horizons à la présidentielle Édouard Philippe, qui assimile le parti à « une ultragauche qui veut tout conflictualiser ». « Il va falloir changer d’échelle, changer de braquet parce que sinon, on sera submergés à court terme. Ils [LFI] ont armé la violence avec leurs mots d’ordre. Ils brumisent de la violence », martèle aussi Bruno Retailleau.

Le diagnostic d’un manque d’autorité du pouvoir est également partagé. Le maire du Havre (Seine-Maritime) comme le patron de LR regrettent par exemple que les blindés de la gendarmerie (baptisés Centaure) n’aient pas été davantage déployés, ou que le ministre de l’intérieur ait momentanément suspendu l’usage d’une grenadeaprès la mutilation d’un adolescent de 15 ans à Lens (Pas-de-Calais).

Bruno Retailleau appelle donc à « réarmer l’État » avec une batterie de mesures qui font écho à celles du RN : décréter l’état d’urgence comme lors des révoltes de 2005, « autoriser systématiquement le recours aux armes de maintien de l’ordre (LBD, grenades, taser) face aux casseurs et aux émeutiers », « instaurer une présomption de légitimité de l’usage de la force par les policiers et les gendarmes », ou encore « donner aux services de renseignement l’accès aux messageries cryptées utilisées par les casseurs, les voyous et les délinquants » et « pouvoir couper ces messageries lorsqu’elles servent à organiser des violences ».

Les libéraux au pouvoir ont mis la société dans une situation de crise tellement généralisée qu’ils ne sont plus capables de gouverner par la conviction.

Gilles Richard, historien spécialiste des droites

Bruno Retailleau va même plus loin que le parti de Marine Le Pen sur l’aspect pénal, en proposant d’abaisser l’âge de la majorité pénale à 15 ans et de supprimer les juges d’application des peines. Toujours comme le RN, il fait ouvertement le lien entre insécurité et immigration.

« Il faut regarder en face l’échec de l’assimilation des personnes issues de l’immigration, a déclaré le patron de LR lundi après-midi. Ces pillages traduisent une véritable décivilisation : à cette barbarie, il faut opposer la force de notre modèle culturel. » Des propos dans la droite ligne de ceux prononcés par Jordan Bardella le matin même : « Une très grande partie des pilleurs sont des gens issus de l’immigration qui ne se sentent pas Français. »

Enfin, sur les remèdes, même le libéral-populiste Gabriel Attal glisse sur la pente de l’ultrasécuritaire. Sur RTL, l’ancien premier ministre a par exemple défendu le blocage temporaire et ciblé des réseaux sociaux (comme il l’avait fait en Nouvelle-Calédonie au moment des révoltes de 2024) et des moyens administratifs permis par l’état d’urgence, comme les perquisitions administratives et les assignations à résidence. Il enjoint aussi à « faire des exemples » par des sanctions pénales, et à avoir recours à la reconnaissance faciale et à l’IA.

Certains, dans la gauche sociale-démocrate, se sont eux aussi égarés dans cette surenchère sécuritaire. « Il vaut mieux un couvre-feu et la présence de l’armée pour suppléer aux forces de l’ordre qu’une nouvelle nuit de pillages », a suggéré, lundi sur BFMTV, le maire socialiste de l’arrondissement Paris-Centre, Ariel Weil, soutien de Raphaël Glucksmann à la présidentielle. Le même jour, le patron de Place publique (PP), désormais candidat officiel à la présidentielle, déclarait lui-même que « tout ce qui permettra le retour à l’ordre civil, si c’est limité et si ça correspond à la Constitution, est le bienvenu ».

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Pour l’historien spécialiste de la droite Gilles Richard, auteur d’une Histoire des droites en France (Perrin, 2023), ces convergences ne sont pas surprenantes. « Les libéraux au pouvoir ont mis la société dans une situation de crise tellement généralisée qu’ils ne sont plus capables de gouverner par la conviction. Ils le font donc par la répression, parce qu’ils n’ont rien d’autre à proposer », analyse-t-il.

Le philosophe Michel Feher rappelle pour sa part que la droite s’est engouffrée depuis les années 1990 dans une stratégie perdante face au FN-RN, consistant à « reprendre très largement ses tropes, son discours et son programme en espérant récupérer ainsi ses électeurs ».

La crise ouverte par le 17 octobre est donc révélatrice d’une absorption des droites par l’extrême droite déjà bien avancée.

De quoi donner raison à l’ancien numéro deux du Front national (FN), le négationniste François Duprat, qui avait inventé dans les années 1970 la formule selon laquelle « l’électeur préfère toujours l’original à la copie ».

Alexandre Berteau et Mathieu Dejean

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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