.Sur Parcoursup, une proportion de boursiers admis moindre qu’attendu, révèle une étude
Des chercheurs de l’Institut des politiques publiques affirment, dans une note publiée jeudi 15 octobre, que des candidats boursiers se trouvent lésés au profit d’autres pourtant moins bien placés dans les classements établis par les formations. Ils proposent un mécanisme pour améliorer la gestion des quotas par la plateforme.
Par Soazig Le Nevé
Publié le 15 octobre 2026 à 06h00 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/15/sur-parcoursup-une-proportion-de-boursiers-admis-moindre-qu-attendu-revele-une-etude_6794071_3224.html
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Le mouvement lycéen l’a révélé au grand jour : Parcoursup concentre une large part des angoisses des jeunes. La plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur est aussi au centre des attentions de chercheurs de l’Institut des politiques publiques, qui en soulèvent régulièrement le capot pour clarifier son fonctionnement algorithmique.
Dans une note publiée jeudi 15 octobre, Denis Sokolov, chercheur postdoctoral à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique, et Julien Combe, professeur au département d’économie de l’Ecole polytechnique, tous deux affiliés au Centre de recherche en économie et statistique, concluent que le fonctionnement de l’outil n’est pas optimal à l’égard de deux catégories de candidats, qui bénéficient pourtant d’un quota censé améliorer leurs chances d’intégrer l’enseignement supérieur.
Depuis la création de Parcoursup en 2018, en effet, les boursiers et les candidats qui résident dans le secteur d’une formation constituent deux groupes à part, chaque recteur leur attribuant un avantage à travers la fixation d’un quota, généralement égal à 30 % des effectifs d’une formation pour les boursiers, et entre 50 % et 95 % pour les résidents du périmètre. « Au-delà de l’affectation des candidats dans les formations, la plateforme constitue également un instrument important de politique publique », à travers la promotion d’« une égalité d’accès [à l’enseignement supérieur] sur les plans social et territorial », rappellent les auteurs.
Chaque formation paramètre son propre algorithme de sélection des candidats en fonction de critères pédagogiques qui lui sont propres – et dont l’opacité est pointée du doigt par les lycéens actuellement mobilisés. Mais les formations n’ont pas de prise sur le classement final qui est communiqué sur Parcoursup. La main invisible du recteur, qui relève d’une procédure centralisée, agit en effet sur les listes d’admission en appliquant ces quotas, ce qui revient à modifier le classement produit en amont par les formations.
Le problème, soulignent les auteurs, est que ces quotas sont loin d’atteindre les objectifs de mixité sociale et territoriale qui leur sont assignés. Pire, ils produisent des effets contre-productifs. « La principale difficulté technique vient des candidats qui sont à la fois boursiers et résidents », expose la note. Ces derniers, par le fait qu’ils contribuent aux deux quotas en même temps, se retrouvent systématiquement prioritaires, et ce au détriment d’autres candidats soit uniquement boursiers soit uniquement résidents qui étaient pourtant mieux placés dans le classement pédagogique.
Atteindre les objectifs de mixité
Près de 20 % des candidats subissent ainsi « un non-respect injustifié des priorités, et cette proportion dépasse 50 % parmi les boursiers », selon les calculs de Denis Sokolov et Julien Combe, qui proposent une façon d’y remédier.
Les chercheurs ont imaginé « une refonte simple mais fondamentale » qui consiste à appliquer les quotas sur la promotion des candidats finalement admis et non pas sur la liste initiale des candidats appelés au tout début de la procédure. « Les quotas devraient être appliqués de façon dynamique au cours de la procédure Parcoursup, exposent-ils. Concrètement, le prochain candidat à recevoir une proposition d’une formation devrait dépendre des acceptations et des refus des candidats ayant reçu une proposition auparavant. » Avec cette nouvelle procédure, les candidats qui sont à la fois boursiers et résidents ne sont prioritaires que lorsque cela est nécessaire pour améliorer le taux de réalisation des quotas.
Les traitements injustes envers les candidats mieux placés disparaîtraient, affirment les auteurs, car il serait possible d’identifier quels sont les candidats qui doivent désormais recevoir une proposition compte tenu des places disponibles et des quotas restant à atteindre.
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Les simulations effectuées sur les données de Parcoursup de 2024 montrent une nette amélioration de la qualité des affectations. Le nouveau mécanisme permet d’admettre près de 9 800 boursiers supplémentaires (6,4 % de l’ensemble des boursiers, soit une hausse de 10,8 % par rapport à la procédure actuelle). Le nombre total d’admis aurait ainsi atteint 100 329 boursiers, contre 90 533 dans les faits, en 2024.
Le taux de réalisation moyen des quotas de boursiers passe de 68,2 % à 87,8 %, tandis que celui des quotas de résidents progresse légèrement, de 98,4 % à 99,9 %. En outre, le mécanisme alternatif augmente légèrement le nombre total de candidats qui reçoivent au moins une proposition, avec 272 places supplémentaires pourvues par rapport à la version actuelle de Parcoursup. Denis Sokolov et Julien Combe ont obtenu des résultats similaires pour les années 2022 et 2023.
Cette refonte des quotas aurait un double mérite : atteindre les objectifs de mixité sociale et territoriale tels qu’ils ont été définis par la loi en 2018 et cesser d’éconduire des candidats boursiers et/ou résidents dont le classement était meilleur d’un point de vue pédagogique.