Des subsides pour les agriculteurs anglais récompensant les mesures environnementales.

Depuis le Brexit, des paysans anglais sont rémunérés pour s’occuper de la nature : « C’est devenu une source de revenus indispensable »

L’Angleterre s’est détournée du système de paiements directs aux agriculteurs, les remplaçant par des subsides récompensant les mesures environnementales.

Par Julie Zaugg (Londres, correspondance)

Publié le 14 octobre 2026 à 05h30, modifié le 14 octobre 2026 à 15h47 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/10/14/en-angleterre-les-paysans-sont-remuneres-pour-s-occuper-de-la-nature-c-est-devenu-une-source-de-revenus-indispensable_6793353_3234.html

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John Pawsey traverse un champ de la ferme Shimpling Park, à Bury Saint Edmunds (Royaume-Uni), le 5 août 2026.
John Pawsey traverse un champ de la ferme Shimpling Park, à Bury Saint Edmunds (Royaume-Uni), le 5 août 2026.  TOBY SHEPHEARD/AFP

John Pawsey examine les jeunes pousses de blé dans son champ d’un air inquiet. « Elles devraient être beaucoup plus hautes à cette saison, lâche-t-il. La sécheresse de cet été les a durement touchées. » Le paysan cultive 650 hectares de céréales et de légumineuses dans le Suffolk, dans l’est de l’Angleterre, selon les principes de l’agriculture biologique.

Lorsque le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne en 2020, il a cessé de recevoir les paiements directs en provenance de Bruxelles calculés sur la base de sa surface agricole. Ils ont été remplacés par des subsides « déliés » – fondés sur les montants qu’il touchait historiquement – durant une phase de transition qui prendra fin début 2027, selon le site du gouvernement britannique.

Dès 2023, une nouvelle forme d’aide a été introduite, liée aux mesures environnementales mises en œuvre par les paysans. James Pawsey fait partie des bénéficiaires. Son champ de blé est entouré par un bandeau long de 18 mètres couvert de fleurs sauvages. « Cet espace sert d’habitat pour les insectes pollinisateurs et les invertébrés en été, explique-t-il. En hiver, il abrite des musaraignes. »

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James Pawsey a également planté des arbres sur 20 hectares et rendu à leur état naturel les haies qui séparent ses champs. « Quand j’ai repris la ferme, elles étaient toutes taillées en carré », se souvient-il. Elles sont aujourd’hui touffues et irrégulières, composées d’espèces variées. « Les oiseaux y font leurs nids et se nourrissent de leurs fruits », ajoute cet agriculteur de quatrième génération.

« Clairières sauvages »

Non loin de là, un champ d’orge déjà moissonné est recouvert d’une fine couche de trèfle. « Cette couverture verte protège le sol nu contre l’érosion et lui permet de retenir davantage de nutriments », note-t-il. Il s’avance vers une cuvette recouverte d’herbes de différentes couleurs, qui contient normalement de l’eau : « J’ai utilisé une carte historique pour repérer les étangs comblés par mes prédécesseurs et les réhabiliter. Ils abritent désormais de nombreuses espèces aquatiques. »

Fin octobre 2025, le gouvernement avait consacré 848 millions de livres (1 milliard d’euros) à ces paiements environnementaux, versés à 35 500 exploitations agricoles, selon un communiqué publié en janvier. Une nouvelle tranche de 310 millions de livres a été allouée en juillet et en septembre.

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James Bowditch, qui possède deux fermes de 400 hectares produisant du lait et du blédans le Dorset, a touché 45 000 livres en 2024 et 40 000 livres en 2026 sous l’égide de ce programme. Il en a profité pour retirer de la production ses terres les moins rentables. « Les terrains en pente, les recoins que les machines agricoles peinent à atteindre et les zones boisées ont été transformés en clairières sauvages », détaille-t-il. Il estime qu’entre 10 % et 20 % de son exploitation sont désormais dévolus à la nature.

Ce basculement d’un système de subvention à un autre ne semble pas avoir empiré les finances des agriculteurs. Le revenu moyen généré par les fermes en Angleterre – les autres régions du Royaume-Uni ont maintenu un système de paiements directs – s’est élevé à 73 600 livres durant l’année 2024-2025, comparé à 72 600 en 2017-2018, selon un sondage annuel du département de l’agriculture.

Une situation précaire

« Sur le moyen terme, ces mesures environnementales auront un effet positif sur la productivité des agriculteurs », estime Martin Lines, un agriculteur du Cambridgeshire qui dirige le réseau Nature Friendly Farming. Sur sa propre ferme, il a observé une amélioration de son rendement grâce à la régénération des sols, une hausse du nombre de prédateurs qui lui a permis de renoncer aux insecticides et davantage de résilience face aux sécheresses.

La situation des agriculteurs britanniques reste toutefois précaire. « Nos rentrées stagnent, alors que l’inflation a fait croître nos frais fixes [salaires, machines] de 25 % à 30 % depuis 2018, explique John Pawsey. Les pluies torrentielles de 2024, suivies par deux étés extrêmement secs et chauds en 2025 et 2026 ont décimé nos récoltes. »

Face à cette fragilité, les paiements verts du gouvernement sont devenus une « source de revenus indispensable », glisse-t-il. Lorsque la dernière tranche a été mise au concours, le 22 septembre, il n’est parvenu à obtenir que 50 % des 100 000 livres qu’il convoitait. Mis en ligne à 10 heures, les fonds avaient été épuisés moins de six heures plus tard. La prochaine échéance n’aura pas lieu avant 2027. Le consultant foncier GSC Grays estime que 12 500 paysans dont les subsides expireront en mars 2027 ne sont pas parvenus à postuler pour une nouvelle tranche de financement en septembre 2026.

Réhabiliter quatre rivières

La demande dépasse en effet l’offre. « Certaines grandes exploitations ont converti l’ensemble de leurs terres en schémas verts », déplore Martin Lines. Un quart des financements a été accaparé par seulement 4 % des fermes anglaises en 2023 et 2024, a précisé le ministre en charge du secteur agricole, Stephen Morgan. Pour y remédier, le gouvernement a désormais placé une limite de 100 000 livres sur les fonds pouvant être octroyés à chaque exploitation.

Il a aussi prévu une nouvelle forme de paiements verts destinés à restaurer des régions entières sur une durée de vingt à trente ans. « Les fonds proviendront à la fois de l’Etat et du secteur privé, notamment d’acteurs qui doivent compenser leurs émissions de CO2, comme les groupes industriels, ou la destruction de surfaces vertes, comme les sociétés immobilières », détaille Lydia Collas, chargée des politiques publiques pour l’ONG Green Alliance.

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Une cinquantaine de projets pilotes ont été lancés. James Bowditch mène l’un d’eux, destiné à réhabiliter le lit des quatre rivières traversant la vallée de la Brit, dans le Dorset : « La région était autrefois connue pour la fabrication de cordes, ce qui signifie que les cours d’eau ont été rectifiés et agrémentés de moulins, explique-t-il. Il s’agit désormais de recréer leur cours naturel, avec des méandres et des berges munies d’arbres, afin de ralentir leur flux et prévenir les inondations. » Plus de cinquante agriculteurs ont déjà rejoint le projet.

Julie Zaugg  (Londres, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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