Comment l’expression « violences policières » est devenue taboue pour le pouvoir
Sous la IIIᵉ République, les « brutalités » des forces de l’ordre étaient régulièrement dénoncées sans que les responsables politiques ne s’offusquent des termes employés et de ce qu’ils recouvrent. Depuis, elle est devenue un « mot interdit » pour l’historien Arnaud-Dominique Houte.
Par Marion Dupont
Publié aujourd’hui à 08h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/17/comment-l-expression-violences-policieres-est-devenue-taboue-pour-le-pouvoir_6795990_3232.html
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Une adolescente en pleurs sous l’effet d’une clé d’étranglement ; un lycéen visé par un tir de lance-grenades quasiment à bout portant ; des foules aspergées de gaz lacrymogène et chargées sans ménagement. Face à ces images de la mobilisation lycéenne devenues virales, représentant des actes indéniablement violents, et des auteurs indiscutablement policiers, les lycéens, étudiants et syndicats n’ont logiquement pas tardé à dénoncer des « violences policières ». Mais l’expression « suggérerait qu’il y ait des instructions politiques de répression policière : c’est faux, c’est un mensonge et c’est jeter l’opprobre sur la police de la République », a argumenté, comme d’autres avant lui, le premier ministre, Sébastien Lecornu, préférant parler d’« accidents ».
Si, par cette réponse, le gouvernement ne nie pas frontalement la matérialité des faits, on peut s’étonner qu’il se refuse systématiquement à les nommer. La réticence des responsables politiques à utiliser l’expression « violences policières » – et la définition restrictive qu’ils en donnent – est d’autant plus étonnante qu’elle est récente, selon Arnaud-Dominique Houte, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université : « C’est dans les années 2010 que l’expression “violences policières” devient, pour les autorités, un mot interdit, et qu’elle commence à polariser au sein de la société ». Les « violences » et autres « brutalités » policières font en effet l’objet de dénonciations depuis au moins la fin du XIXe siècle. La jeune IIIe République se voyait alors régulièrement reprocher la rudesse de ses policiers, sans que les responsables politiques du passé récusent ce champ sémantique et la réalité qu’il entend décrire.
« Cela s’explique notamment par le fait que, tout au long du XXe siècle, les violences commises par les policiers ne sont jamais ou presque dénoncées pour elles-mêmes : on les utilise de façon presque rituelle pour faire valoir autre chose », réfléchit Arnaud-Dominique Houte, qui vient de publier un article dans la revue Parlement[s], intitulé « Brutalités policières, problème politique ? La violence de l’ordre en débats sous la Troisième République (1870-1914) ».
Dans les années 1880, le sujet est évoqué à l’Assemblée par diverses forces politiques pour dénoncer le maintien d’anciens cadres de l’Empire dans la nouvelle hiérarchie policière. Il y revient en force dans les années 1900 comme argument en faveur d’une législation garantissant le respect des droits individuels, et en particulier la liberté de manifester.
Violences illégitimes
Après la Libération, à la suite de plusieurs affaires mettant en lumière la pratique du « passage à tabac » dans les commissariats, la question des « bavures » policières est encore une fois mise en avant dans le débat public, cette fois pour appuyer la nécessité d’une réforme du code de procédure pénale et d’un encadrement de la pratique de la garde à vue, qui entrera en vigueur en 1958.
Mais les choses changent avec Mai 68, remarque l’historien. « Des militants et des associations vont dès lors contribuer à penser la question des violences policières, non plus seulement comme un épiphénomène lié à des problèmes conjoncturels, mais comme une question structurelle de domination politique. » Le caractère racial et systémique des violences policières dans les banlieues, dénoncé de plus en plus fréquemment à partir des années 1980, permet notamment de penser l’institution tout entière comme un outil au service de la perpétuation d’un ordre postcolonial de plus en plus contesté.
D’abord portée par un petit nombre d’acteurs, cette vision systémique gagne peu à peu des espaces moins politiquement marqués, « à mesure que la publicisation de certains usages de la force provoque l’indignation de personnes, de groupes, de médias… soucieux de la nécessité, en démocratie, de limiter les atteintes physiques exorbitantes portées aux citoyennes et citoyens », note Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences en sociologie à l’Ecole normale supérieure et auteur de Face-à-face. Maintien de l’ordre et démocratie (PUF, 288 pages, 22 euros). Cette extension est notamment aidée par la multiplication des captures vidéo, selon le chercheur, qui permettent de documenter et de médiatiser les cas de violences illégitimes.
Mais « il faut aussi que les structures psychiques soient disposées à trouver ces violences scandaleuses, estime le chercheur. Or, la société française connaît depuis de nombreuses années une diminution de la tolérance à l’égard de la violence, d’où qu’elle vienne, et cette évolution profonde a nourri la dynamique de problématisation publique des violences policières ». Résultat, l’expression « violences policières » désigne désormais « plus largement ce qui, dans l’usage de la force, suscite aujourd’hui l’indignation, et ce, indépendamment de la légalité des actes concernés », continue-t-il.
Cette interprétation systémique, de plus en plus répandue, a aussi pour corollaire de ne plus autoriser la réponse – courante depuis le XIXe siècle – considérant ces usages abusifs de la force comme des déviances individuelles et exceptionnelles. « Cela revient à dire que les violences policières sont liées à la structure de la formation, du recrutement, de l’usage des armes, des instructions données », explique l’avocat Arié Alimi – et qu’elles appellent donc une réforme en profondeur de l’institution. « Cela revient également à dire que sont en cause non pas uniquement ceux qui vont commettre la violence, mais aussi ceux qui donnent les ordres », poursuit l’auteur de L’Etat hors-la-loi. Logiques des violences policières (La Découverte, 2023).
Violence de policiers, violences des policiers, violence de la police : « L’expression permet justement de ne pas trancher entre ces trois interprétations », analysait la linguiste Michelle Lecolle dans un article publié en 2020. Contraint de reconnaître l’existence de ces violences, mais refusant d’accréditer l’interprétation selon laquelle elles seraient la manifestation d’un dysfonctionnement plus général des institutions d’ordre, l’exécutif feint, depuis le mouvement des « gilets jaunes », d’ignorer cette polysémie : « Donner à l’expression une définition spécifique lui permet d’en contester la pertinence », explique Cédric Moreau de Bellaing. Une stratégie sémantique qui, en tentant d’évacuer la question de la responsabilité politique des violences policières, contribue à l’installer durablement au cœur du débat.
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Pour approfondir (2 articles)
- Entretien Article réservé aux abonnés Olivier Cahn, juriste : « La garde à vue au chalut est désormais utilisée pour réduire le nombre de manifestants et prévenir des troubles » *
- Tribune Article réservé aux abonnés Mouvement lycéen : « Un préfet peut-il convoquer des parents et leur enjoindre quoi que ce soit ? Aucun texte ne lui donne ce pouvoir »
*Olivier Cahn, juriste : « La garde à vue au chalut est désormais utilisée pour réduire le nombre de manifestants et prévenir des troubles »
Revenant sur la dynamique de judiciarisation du maintien de l’ordre en cours, le professeur de droit pénal s’inquiète, dans un entretien au « Monde », que l’autorité publique impose désormais aux manifestants ses conditions d’exercice de la liberté de manifester.
Propos recueillis par Marion Dupont
Publié aujourd’hui à 06h30, modifié à 12h48 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/17/olivier-cahn-juriste-la-garde-a-vue-au-chalut-est-desormais-utilisee-pour-reduire-le-nombre-de-manifestants-et-prevenir-des-troubles_6795888_3232.html
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Professeur de droit pénal à l’université Paris-Nanterre et chercheur au Centre de droit pénal et de criminologie, Olivier Cahn revient pour Le Monde sur l’augmentation du recours au placement en garde à vue lors des opérations de maintien de l’ordre, notamment lors des mobilisations des lycéens à partir de fin septembre, et sur les conséquences qu’une telle évolution a sur l’exercice du droit de manifester.
Le nombre de personnes placées en garde à vue depuis le début du mouvement lycéen – 7 950 personnes, dont 85 % de mineurs, selon des chiffres communiqués le 14 octobre par le ministère de la justice – est-il particulièrement élevé ?
Il est considérable, surtout en comparaison avec les mouvements sociaux antérieurs. Il y a vingt ans, lors des deux mois de mobilisation contre le contrat première embauche, on comptait alors 4 350 interpellations et 1 985 placements en garde à vue. Lors du mouvement des « gilets jaunes », en 2018-2019, on passe à 6 730 personnes placées en garde à vue, mais sur une période d’une année.
Depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2023, la pratique du placement en garde à vue lors des opérations de maintien de l’ordre s’est systématisée, au point d’amener la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté [Dominique Simonnot] à se déclarer préoccupée par le nombre très important d’interpellations préventives, dans un courrier adressé au ministre de l’intérieur le 17 avril 2023.
Comment expliquer cette augmentation ?
Pour comprendre cela, il faut revenir un peu en arrière. Depuis 1986, la doctrine du maintien de l’ordre était gouvernée par le choc causé par la mort de Malik Oussekine sous les coups de trois policiers, lors du mouvement contre le projet de loi Devaquet [de réforme de l’enseignement supérieur]. Elle impliquait une négociation entre les organisateurs et les autorités, et était articulée autour de principes tels que la mise à distance – c’est-à-dire éviter autant que possible les contacts entre les manifestants et les forces de l’ordre –, mais aussi l’idée que la police ne doit pas ajouter au désordre, et une tolérance de fait envers les dégradations de biens.
A partir de 2016 et du mouvement contre la loi El Khomri [dite loi « Travail »], et, surtout, depuis le schéma national du maintien de l’ordre, rédigé par le ministère de l’intérieur en 2020 et actualisé en 2021, les autorités se montrent beaucoup plus offensives. On passe alors d’un maintien de l’ordre négocié à un maintien de l’ordre dit « légaliste », par lequel l’autorité publique impose aux manifestants ses conditions d’exercice de la liberté de manifester et réprime les manquements à celles-ci.
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De surcroît, à côté des professionnels du maintien de l’ordre, c’est-à-dire des compagnies républicaines de sécurité et des gendarmes mobiles, des unités mobiles composées d’agents des services de sécurité publique ont été intégrées dans les dispositifs. Or, ces agents, issus souvent des brigades anticriminalité ou des compagnies de sécurisation et d’intervention, sont des spécialistes du « saute-dessus », comme on dit dans le jargon consacré. L’objectif affiché est d’interpeller et de traduire les « fauteurs de troubles » devant les tribunaux. Cette dynamique de judiciarisation du maintien de l’ordre, initiée en 2016, s’est ensuite considérablement déployée pendant le mouvement des « gilets jaunes », et semble aujourd’hui atteindre son paroxysme.
Quels sont les motifs invoqués pour placer les manifestants en garde à vue ?
Il y a naturellement les délits consistant dans des violences contre personnes dépositaires de l’autorité publique, ou des dégradations volontaires de biens appartenant à autrui. Les travaux des sociologues, par exemple ceux de Florence Johsua sur les comparutions immédiates durant le mouvement des « gilets jaunes », montrent que ces motifs ne sont pas majoritaires.
Le travail d’interpellation des policiers a été facilité par la création de ce que j’appelle des « délits de convenance policière » définis, par exemple, par l’article 222-14-2 du code pénal, qui sanctionnent le fait de « participer sciemment à un groupement (…) en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens ». Ou encore par l’article 431-9-1 du même code, qui punit le fait de « dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime » à proximité d’une manifestation. Ces délits sont caractérisés par des actes ambigus et l’établissement de l’infraction relève plus de l’interprétation policière de la situation que de la matérialité des faits perpétrés. Ils vont donc permettre d’interpeller en masse à proximité des manifestations.
S’ajoute à cela le fait que, depuis une circulaire du ministre de l’intérieur [Gérald Darmanin] du 21 avril 2021 et une autre du garde des sceaux [Eric Dupond-Moretti] du 22 avril de la même année, les procureurs de la République sont priés de mettre les compétences que le code de procédure pénale leur réserve à la disposition des préfets dans le cadre des dispositifs de maintien de l’ordre. Ainsi de la possibilité de requérir des contrôles d’identité et des fouilles des personnes et des bagages à proximité des manifestations, ce qui permet des interpellations en grand nombre, par exemple des personnes qui transportent des « armes par destination » – soit tout objet susceptible d’être lancé sur les policiers.
On voit aussi se multiplier des arrêtés préfectoraux directement destinés à créer les conditions suffisamment vagues de l’article 222-14-2 du code pénal. Un arrêté du préfet de police de Paris du 7 octobre a par exemple interdit, les 8 et 9 octobre, dans un rayon de 100 mètres autour des lycées, « le port d’équipements de protection destinés à mettre en échec tout ou partie des moyens utilisés par les représentants de la force publique pour le maintien de l’ordre public au sein des cortèges, défilés et rassemblements ». Les individus, porteurs d’un casque de vélo ou de lunettes de piscine, parfois utilisées pour se protéger des gaz lacrymogènes, peuvent ainsi être interpellés. Le manquement à l’arrêté prouve l’intention de participer à un groupement violent.
Les conditions légales nécessaires pour placer quelqu’un en garde à vue sont-elles toujours respectées ?
Ce n’est pas évident. Le chiffre des interpellations et des gardes à vue illustre plutôt l’indifférence à la contrainte légale, lorsqu’elle entre en conflit avec la volonté politique, qui caractérise l’action des ministres de l’intérieur depuis quelques années.
Les conditions légales pour placer quelqu’un en garde à vue sont en effet assez exigeantes. On ne peut interpeller quelqu’un que lorsqu’il existe des éléments objectifs qui permettent de considérer qu’il a commis un crime ou un délit puni d’emprisonnement, et on ne peut le placer en garde à vue que s’il existe des « raisons plausibles de soupçonner » qu’il est l’auteur d’une telle infraction. Cette mesure de contrainte est par ailleurs prise sur décision d’un officier de police judiciaire sous le contrôle du procureur de la République.
Or, on constate un écart considérable entre le nombre d’interpellations et de gardes à vue, et celui des poursuites et a fortiori des condamnations : sur les plus de 7 950 personnes placées en garde à vue [au 13 octobre], seules 2 735 ont fait l’objet de poursuites. Cela trahit une politique d’interpellation au chalut : on « attrape » massivement les gens, on les interpelle, on les stocke dans des locaux et on ne voit qu’ensuite si on a suffisamment d’éléments contre eux pour décider de les poursuivre.
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La garde à vue change ainsi de nature : elle est désormais utilisée pour réduire le nombre de manifestants et prévenir des troubles, alors que, légalement, elle n’est justifiée qu’à l’encontre de personnes objectivement suspectes d’avoir commis une infraction. Pour les personnes privées de liberté sans motif permettant de les poursuivre, la garde à vue devient une punition policière sanctionnant l’exercice d’un droit constitutionnel – d’autant que le placement en garde à vue, même s’il n’est suivi d’aucune suite judiciaire, entraîne un fichage policier. Mais la privation temporaire de liberté joue aussi un rôle dissuasif. Dans le cadre d’un mouvement impliquant principalement des mineurs, on imagine aisément que le ministre de l’intérieur compte sur l’effet produit sur nombre de parents, contraints de venir chercher leurs enfants au commissariat.
Cette vocation dissuasive du maintien de l’ordre fait-elle peser un risque sur l’exercice du droit de manifester ?
Bien sûr. Précisons d’ailleurs que le placement massif en garde à vue n’est pas la seule mesure dissuasive dans cette doctrine. Je pense aussi à l’usage des drones, au déploiement de la force publique de manière agressive, comme les policiers de la brigade de répression de l’action violente motorisée [BRAV-M] disposés le long du parcours, aux fouilles et contrôles d’identité et à des pratiques illégales comme le « cisaillement » de la foule par des compagnies d’intervention qui foncent, au sifflet, dans des cortèges pacifiques.
Cela est d’autant plus inacceptable que la liberté de manifester pacifiquement est, depuis une décision de 1995 du Conseil constitutionnel, un droit constitutionnel. Ces pratiques dissuasives du maintien de l’ordre ont été dénoncées à la fois par les rapporteurs spéciaux de l’ONU et par le commissaire au droit de l’homme du Conseil de l’Europe.
Quelles conséquences cette expérience massive de la garde à vue aura-t-elle sur la relation entre les citoyens et la police ?
D’abord, théoriquement, lorsqu’un adolescent est placé en garde à vue, la police doit immédiatement prévenir ses parents et le procureur. Or, vu le nombre d’individus concernés, on peut raisonnablement penser qu’il y a eu des délais entre le placement et cet appel. Les interpellations de masse créent donc elles-mêmes les circonstances exceptionnelles qui permettent légalement de retarder l’information du procureur et des parents, et l’appel de l’avocat. L’enfant est alors laissé seul, en tête à tête avec les policiers, généralement dans une geôle de garde à vue peu accueillante. Je ne suis pas psychologue, mais je doute que cela ait des effets positifs sur sa construction psychique.
Par ailleurs, on sait, au moins depuis les travaux du sociologue américain Howard Becker, s’agissant particulièrement des adolescents, combien le premier contact avec les institutions répressives est déterminant dans leur devenir citoyen. La gestion du mouvement actuel est à ce titre très préoccupante : nous sommes en train de créer une génération d’individus dont le premier contact avec la force publique aura été un contact problématique.
Or, le rapport entre la police et la population est déjà dégradé en France, comme le rappelle la Commission nationale consultative des droits de l’homme dans son avis du 19 octobre 2023. Il est à craindre que ces interpellations et gardes à vue en masse le détériorent encore, et pour longtemps.
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Pour approfondir
**Blocages, manifestations : quelles sont les pratiques autorisées pour les forces de l’ordre
Alors que la police des polices a été saisie de 18 enquêtes liées à l’action des forces de l’ordre lors des manifestations lycéennes, la question de leur doctrine et de l’usage des armes « de force intermédiaires » se retrouve une nouvelle fois au centre des débats.
Par Lara Pino LerroPublié le 08 octobre 2026 à 14h52, modifié le 10 octobre 2026 à 03h18 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/10/08/blocages-manifestations-quelles-sont-les-pratiques-autorisees-pour-les-forces-de-l-ordre_6790209_4355770.html
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Main arrachée par une grenade à Lens (Pas-de-Calais), adolescent éborgné par un tir provenant d’un lanceur de balles de défense (LBD) à Tours, lycéen touché au visage par une grenade lacrymogène dans le Val-d’Oise… Les blessés se multiplient ces derniers jours en marge de rassemblements et de blocages organisés depuis fin septembre par les mouvements lycéens militant pour de meilleures conditions d’enseignement.
Alors que l’IGPN, « la police des polices », a été saisie à ce stade de 18 enquêtes liées à l’action des forces de police, la question des conditions du maintien de l’ordre et du caractère proportionné de celle-ci revient une nouvelle fois au centre des débats. Remise en cause ces dernières années jusqu’aux plus hauts niveaux de l’Union européenne (UE), la gestion française des mouvements sociaux ne cesse de ressurgir.
Voici les clés pour comprendre comment fonctionne le maintien de l’ordre en France et quelles règles il est censé respecter.
Qui sont les agents chargés du maintien de l’ordre ?
En France, le maintien de l’ordre repose en premier lieu sur deux unités spécialisées : les escadrons de gendarmerie mobile (EGM, 12 502 agents en 2022) et les compagnies républicaines de sécurité (CRS, 11 164 agents).
Ces unités sont spécialement formées au maintien de l’ordre, dont c’est l’essentiel de l’activité. Les préfectures de police (à Paris et dans les Bouches-du-Rhône) et les départements ont également leurs agents spécialisés, homologues des CRS : les compagnies d’intervention à Paris et les compagnies de sécurisation et d’intervention ou compagnies départementales d’intervention au niveau des départements.
Les forces de la BRAV-M (brigades motorisées), créées dans le cadre du mouvement des « gilets jaunes », et celles de la brigade anticriminalité (BAC) peuvent également être associées au dispositif. Si les premières sont formées à la gestion du maintien de l’ordre, un rapport d’enquête de l’Assemblée nationale constatait en 2021 que les secondes « ne bénéficient pas d’une formation initiale et continue similaire à celle délivrée aux CRS et EGM », regrettant que leur participation à des activités de maintien de l’ordre puisse « parfois occasionner des difficultés, voire des incidents ». Un constat également partagé par un Défenseur des droits, Jacques Toubon, dans une décision-cadre datée du 9 juillet 2020, qui notait que « les incidents les plus nombreux qui surviennent à l’occasion des manifestations mettent en cause des unités non spécialisées dans la gestion du maintien de l’ordre » et dans la gestion de « l’action collective ou [de] la mise à distance ».
Que dit la doctrine sur le maintien de l’ordre ?
Le comportement des forces de l’ordre est encadré à la fois par la loi et par la « doctrine », un ensemble de principes, de règles et de méthodes édictés par l’administration, qui vient préciser un peu plus ce qui est attendu d’eux, même s’il n’a pas de valeur juridique.
La doctrine du maintien de l’ordre a été uniformisée ces dernières années, en particulier après le mouvement des « gilets jaunes ». Un schéma national du maintien de l’ordre a ainsi été mis en place en 2020 afin d’appliquer un code commun à l’ensemble des forces de l’ordre pour l’ensemble des manifestations.
Le texte insiste principalement sur le fait que l’emploi de la force « doit être absolument nécessaire, strictement proportionné et gradué, avec des moyens adaptés », et que chaque usage des armes de force intermédiaires (grenades de désencerclement, LBD…), encadré par des directives, doit être répertorié.
Cette doctrine a été complétée, à la suite des émeutes de 2023 qui ont suivi la mort de Nahel, par un schéma national des violences urbaines, aujourd’hui amendé et renommé guide opérationnel des violences urbaines. Centré sur la gestion des troubles à l’ordre public particulièrement violents, le document consacre notamment le recours aux unités d’élite de la police, RAID et BRI-PP, en cas d’épisode prolongé.
Dans quelles circonstances les forces de l’ordre peuvent-elles utiliser la force ?
« Un attroupement peut être dissipé par la force publique après deux sommations de se disperser restées sans effet [et]adressées dans les conditions prévues par l’article L. 211-9 du code de la sécurité intérieure », dit l’article 431-3 du code pénal.
Concrètement, cela signifie que l’emploi de la force est autorisé dès lors qu’un représentant de l’Etat (préfet ou maire, par exemple) ou un officier de police judiciaire estime qu’il y a des raisons d’empêcher un attroupement, et qu’il a, par deux fois et sans succès, demandé aux participants de se disperser.
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Ainsi, tout recours à la force doit être précédé du message : « Attention ! Attention ! Vous participez à un attroupement. Obéissance à la loi. Vous devez vous disperser et quitter les lieux », puis complété de sommations en deux temps : « Première sommation : nous allons faire usage de la force. Quittez immédiatement les lieux » et « Dernière sommation : nous allons faire usage de la force. Quittez immédiatement les lieux ». Ces avertissements peuvent être remplacés ou complétés par des fusées rouges.
Dans le cadre de la légitime défense, consacrée à l’article 122-5 du code pénal, les policiers ne sont cependant pas tenus d’effectuer de sommations. Le guide opérationnel des violences urbaines précise ici que, dans le cas de « violences urbaines », « le recours à la force ne nécessite pas la réalisation de sommations au préalable dès lors que sont commises des voies de fait ou violences ou que les policiers ne peuvent défendre autrement les lieux qu’ils occupent ».
Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a qualifié ces derniers jours la situation avec ce terme de « violences urbaines », qui décrit, selon le guide opérationnel des forces de l’ordre, des situations pouvant attenter à la sécurité des personnes et des biens.
Quelles armes peuvent être utilisées et dans quelles conditions ?
Si le schéma national du maintien de l’ordre reconnaît la nécessité de faire évoluer les armes de force intermédiaires pour « faire émerger des solutions moins vulnérantes », il souligne néanmoins « l’intérêt de l’emploi des moyens et armes de force intermédiaires au maintien de l’ordre », dont les controversés LBD et grenades de désencerclement ou assourdissantes.
Ces armes dites « à létalité réduite » sont cependant largement décriées au sein de la société civile. La commission nationale consultative des droits de l’homme a appelé, mardi 6 octobre, les autorités à conserver une réponse « ciblée, nécessaire, proportionnée et adaptée à la vulnérabilité particulière du public lycéen », tandis que la Ligue des droits de l’homme a regretté, le 1er octobre, « l’usage indiscriminé de gaz lacrymogène et d’armes sublétales mutilantes (LBD, grenades explosives), contraire au droit international ».
Malgré la présence d’un public très majoritairement mineur dans les manifestations liées à la mobilisation lycéenne, le ministre de l’intérieur a défendu l’usage de ces armes intermédiaires, insistant sur leur caractère « absolument indispensable quand les policiers, les gendarmes, ont en face d’eux une violence extrême », et louant leur capacité à « maintenir à distance [et à] graduer la réponse ». La grenade assourdissante EF-SON, qui a entraîné la mutilation d’un lycéen à Lens, a tout de même été suspendue à titre conservatoire le 6 octobre.
Comme le soulignait le sociologue Sebastian Roché, mardi, sur BFM-TV, bien que d’autres pays de l’UE utilisent également des armes intermédiaires et des LBD dans le cadre de manifestations, comme l’Espagne, la Grèce ou la Pologne, c’est en France qu’elles font aujourd’hui le plus de victimes dans le contexte de manifestations. Dans une note publiée en juillet 2023, la Défenseure des droits, Claire Hédon, conseillait à la France de proscrire l’usage de LBD, au regard du « risque accru » présenté par l’arme, « en particulier pour les enfants ».
Mise à jour du vendredi 9 octobre, 11 heures : Attribution de la décision-cadre du 9 juillet 2020 à Jacques Toubon, Défenseur des droits jusqu’au 16 juillet 2020, la version précédente mentionnant la Défenseure des droits.
***Mobilisation lycéenne : les questions soulevées par deux semaines d’interventions policières
Par Arthur Carpentier et Eléa Pommiers
Publié le 08 octobre 2026 à 10h54, modifié le 08 octobre 2026 à 12h37 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/08/mobilisation-lyceenne-les-questions-soulevees-par-deux-semaines-d-interventions-policieres_6790179_3224.html
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Décryptage
De plus en plus critiqué, après la diffusion d’images d’actions policières au cours desquelles des adolescents ont été blessés, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a multiplié les exercices de communication offensifs. Entre le 28 septembre et le 5 octobre, les forces de sécurité affirment avoir réalisé 6 059 interpellations. Un chiffre inédit.
« Trop jeune pour être écouté, mais assez grand pour se faire gazer », « des moyens pas des moignons », « la police nous prothèse »… Au cœur des manifestations organisées le mardi 6 octobre à travers le pays, rassemblant lycéens, étudiants et syndicats, slogans et pancartes dénonçant l’action policière se sont frayé une place de choix aux côtés des revendications lycéennes, au point de devenir un moteur à part entière de la mobilisation.
Les vidéos d’interventions brutales des forces de l’ordre et les images d’adolescents blessés, virales sur les réseaux sociaux depuis le début du mouvement, ont affermi la détermination des élèves déjà engagés sur les blocages, mais aussi rallié de nouveaux profils de jeunes, ainsi que de nombreux adultes « indignés », voire « révoltés » par la répression de ce mouvement d’adolescents.
Entre le 28 septembre et le 5 octobre, les forces de sécurité affirment avoir procédé à 6 059 interpellations, qui ont mené à 5 060 gardes à vue, dont 87 % de mineurs, selon la chancellerie. Ces chiffres sont inédits. Rien que le jeudi 1er octobre, le ministère de l’intérieur annonçait que 1 949 personnes interpellées. Soit plus que la journée record du mouvement des « gilets jaunes », le 8 décembre 2018, au cours de laquelle avaient eu lieu 1 723 interpellations, notamment préventives.
Ce choix politique d’apporter une forte réponse policière s’est traduit aussi par de graves blessures. A Lens, le 5 octobre, un élève de 2de, âgé de 15 ans, a eu la main totalement arrachée par une grenade assourdissante, d’un modèle dont l’utilisation a été suspendue temporairement depuis. Le 30 septembre, un lycéen de 16 ans a été éborgné et a perdu l’usage de son œil, la blessure étant jugée compatible avec un tir de lanceur de balles de défense, selon la procureure de la République Catherine Sorita-Minard. Deux jours plus tôt, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), Eden, 14 ans, a eu la mâchoire doublement fracturée, après un tir à bout portant de lance-grenades Cougar. D’autres blessures de gravités diverses ont depuis été recensées, et, au 7 octobre, l’inspection générale de la police nationale s’était vu confier 18 enquêtes, selon le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.

« Le maintien de l’ordre s’est développé avec l’idée d’un degré de désordre toléré, pour ne pas en causer plus par une intervention, observe Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences en sociologie à l’Ecole normale supérieure et auteur de Face-à-face. Maintien de l’ordre et démocratie (PUF, 288 pages, 22 euros). Ces dernières années, il semble se réduire, et on tend à considérer un maintien de l’ordre réussi lorsque les troubles sont réduits, voire totalement prévenus, ce qui rend plus probables des interventions avec usage de la force. »
« Violences urbaines »
Dans un premier temps de la mobilisation pourtant, la réponse policière apportée aux actions lycéennes est essentiellement restée suspendue aux demandes des proviseurs. « Même si ces actions se font hors cadre de manifestation déclarée, tant que c’est calme, tant qu’il n’y a pas de violences, la police va encadrer sans intervenir », assure Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale.
Les premiers fonctionnaires à entrer en action étaient donc la plupart du temps issus d’unités locales de voie publique. Brigade anticriminalité, brigade territoriale de contact, police secours… Des unités polyvalentes, familières des spécificités du territoire, mais plus habituées à la lutte contre la délinquance qu’au rétablissement de l’ordre. « Ces unités peuvent être moins bien formées au maintien de l’ordre, car ce n’est pas leur mission première, elles en utilisent moins régulièrement les outils, et elles sont dotées de peu d’effectifs, elles peuvent donc parfois être dépassées », explique le général de gendarmerie à la retraite Bertrand Cavallier, spécialiste du maintien de l’ordre.


Pour les fonctionnaires eux-mêmes, cela peut mener à des situations dangereuses, par exemple en facilitant les situations d’isolement, comme l’a montré le violent lynchage au sol d’un commandant du renseignement territorial, le 2 octobre, à Belfort.
Cédric Moreau de Bellaing note également que « la capacité à mettre à distance les provocations et les violences est nettement moins forte dans les services non spécialisés, ça devient de l’ordre du rapport interpersonnel ». Aux provocations adolescentes ont ainsi parfois pu répondre la provocation ou l’action violente, plutôt qu’une recherche de la désescalade.
L’intensité de la situation est montée d’un cran au cours de la dernière semaine de septembre, avec l’extension du mouvement. Alors que 180 lycées étaient concernés par des actions, le 28 septembre, ils étaient plus d’un millier le 1er octobre, avec, par endroits, des manifestants capables d’aller plus loin dans les dégradations ou la confrontation, à l’aide de mortiers d’artifice en particulier. Face à cette évolution, la réponse gouvernementale a fait la part belle au ministre de l’intérieur, qui prenait désormais la parole avant le ministre de l’éducation, lors des bilans quotidiens. Le 1er octobre, Laurent Nuñez annonçait la mobilisation de compagnies républicaines de sécurité et de gendarmes mobiles, pour faire face à des situations qu’il qualifiait de « violences urbaines ».
Durcissement de la réponse
Avec cette formule apparaît l’idée qu’il y aurait, parmi les manifestants, deux camps, l’un composé de lycéens pacifiques, l’autre d’émeutiers. Ce basculement a donné l’impression de fermer toute fenêtre de résolution politique, en validant le durcissement de la réponse policière, sans tenir compte du public particulier mobilisé. « On aurait pu imaginer que l’âge des protestataires aurait eu un effet sur le type de technique engagé, mais les méthodes de maintien de l’ordre appliquées ne diffèrent pas fondamentalement des stratégies employées à d’autres moments, avec d’autres publics », relève M. Moreau de Bellaing.
Au cœur de cette stratégie, la notion de « maintien à distance », visant à éviter la confrontation au corps à corps. Mais cette approche ne signifie pas une absence de risques, puisqu’elle implique le recours à des armes dangereuses, telles que des grenades. L’emploi d’unités à effectif faible peut d’ailleurs engendrer un recours plus rapide aux armes, pour compenser la difficulté à réaliser de grandes manœuvres, ou simplement à dissuader des opposants violents de venir au contact.
Malgré la mise à distance, le très grand nombre d’interpellations a imposé des actions au contact et parfois un recours à la violence physique. Avec, à chaque fois, le risque de coaliser l’ensemble des manifestants et de faire naître un sentiment d’opposition à l’action policière.
D’autant plus que les lycéens, outre leur jeune âge, ne sont la plupart du temps pas familiers des pratiques manifestantes. Le Syndicat des commissaires de la police nationale semble l’avoir lui-même constaté. Il a publié, le 5 octobre, un guide intitulé « Manifester : c’est ton droit, il y a des règles ». Ce document vise à expliquer aux élèves le cadre légal d’une manifestation, et à donner un ensemble de codes à des adolescents qui ne pouvaient raisonnablement pas les maîtriser.
Les lycéens ne perçoivent pas, en outre, l’action policière qu’à travers les actions auxquelles ils participent. Ils sont également exposés aux images restituées sur les réseaux sociaux. Au fil des jours, ni l’institution ni le ministre n’ont formulé de critique ou de réserve vis-à-vis des nombreuses images d’actions des forces de l’ordre, susceptibles de choquer le public, notamment lycéen.
« Aucune consigne de retenue »
Indépendamment des faits les plus graves faisant l’objet d’une enquête, des images ont choqué. Ainsi, à Alençon, un imposant policier a tiré une adolescente de 14 ans avec une clé d’étranglement, malgré les pleurs de la jeune fille criant sa difficulté à respirer. Un commissaire divisionnaire, à Paris, a interpellé deux passants au motif qu’ils filmaient une intervention. Ou, à plusieurs reprises, des fonctionnaires en civil, non identifiés comme policiers, se sont moqués de lycéens.


M. Nuñez a répété ne pas vouloir se prononcer quand des enquêtes judiciaires étaient diligentées pour établir des responsabilités. Interrogé sur RTL, le 7 octobre, après que le procureur de la République de Pontoise, Guirec Le Bras, a décidé de mettre en examen le policier auteur du tir de lance-grenades à bout portant ayant fracassé la mâchoire du lycéen de 14 ans – utilisation contraire aux règles et jamais vue au cours de la décennie écoulée –, le ministre de l’intérieur a refusé de prendre position, et a simplement souligné le travail effectué par l’institution judiciaire.
Ses prises de parole, loin de chercher à freiner certaines dérives, ont aussi participé à alimenter le sentiment lycéen de l’existence d’une répression policière organisée. Dans un télégramme adressé le 30 septembre aux préfets et responsables policiers, publié sur X, M. Nuñez déclarait ainsi par un oxymore que « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre ». Le 2 octobre, au journal télévisé de TF1, le ministre a tenu à répéter qu’« il n’y [avait] aucune consigne de retenue » donnée aux forces de l’ordre.
De plus en plus critiqué, le ministre a multiplié ces derniers jours les exercices de communication offensifs, s’exonérant de toute réflexion sur la question des violences policières. Le 6 octobre, au micro de France Inter, il disait ne pas souhaiter « présenter des excuses [aux familles de blessés] », des enquêtes étant en cours. Pour la première fois depuis le début du mouvement, il concédait tout même : « J’ai une pensée pour ce jeune [à la main arrachée à Lens], c’est évidemment un drame assez bouleversant ». Le lendemain, devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, le ministre avait retrouvé sa défense monolithique, sans concession. « J’assume la doctrine d’ordre public, j’assume les instructions que je donne (…), mais je ne suis pas responsable des violences. »